AU CŒUR DE L’HISTOIRE

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De quoi parle votre histoire ? C’est une question que l’auteur doit connaître dès le début de son projet d’écriture.
Elle devrait pouvoir se résumer en une phrase ou deux.

Une histoire, c’est un personnage qui veut quelque chose et dont la volonté sera opposée par au moins un autre personnage. Qu’il s’agisse d’être aimé ou de retrouver un trésor perdu, ce motif basique est récurrent.
Il permet de créer du conflit à travers une série d’événements significatifs, d’aboutir à une crise personnelle au personnage principal et de mener logiquement au climax (la confrontation ultime entre le héros et son antagonisme).

Ce climax est la réponse de l’auteur à la question dramatique (ou plutôt à la problématique thématique) qu’il a lui-même posée.
De nombreux événements se produisent dans le cours d’une histoire. Certains d’entre eux ont une importance particulière dans la recherche de sens.

Les nœuds majeurs de l’intrigue

Ces moments particuliers de l’histoire ne sont pas dépendants du genre. Ils s’inscrivent dans la structure que celle-ci supporte un drame ou une comédie.

Afin de garder une certaine liberté dans son écriture, l’auteur pourrait ne pas inclure forcément tous les points que nous allons énumérer ci-après, il reste cependant indéniable qu’ils facilitent la lecture et la compréhension de l’histoire.

Ces événements principaux peuvent par ailleurs aider l’auteur à planifier son histoire.

Un trauma originel

Cet événement se produit avant que l’histoire commence. Il a lieu dans le passé du personnage. Il le hante tout au long de l’histoire et est souvent la cause de ce que l’on peut considérer comme la faiblesse du héros sur laquelle vient appuyer malicieusement le méchant de l’histoire. Ou plus exactement l’antagonisme qui n’est pas nécessairement un être méchant. Il suffit qu’il soit opposant d’une façon ou d’une autre au désir du protagoniste.

Une historicité

Le récit peut aussi proposer une situation comme la relation difficile entre un père et son fils. Est-ce que la nature de cette relation doit-elle être forcément expliquée pour ajouter du sens à l’histoire ?
Non. Elle est donnée au lecteur. C’est un élément dramatique que l’on ne questionne pas.
Sur ce sujet :

Un incident déclencheur

Quelle que soit la situation de départ, elle constitue un équilibre pour le personnage principal. C’est son monde ordinaire.
Puis quelque chose se passe qui vient bouleverser cet équilibre.

Cet incident déclencheur est censé donné au personnage principal un désir. Il acquiert la volonté d’obtenir quelque chose ou bien de conserver quelque chose. Le désir est superficiel. Par exemple, votre personnage tombe amoureux d’une jolie demoiselle. Il veut que cet amour soit partagé. C’est son désir, sa volonté.

Mais ce désir est en soi un problème. C’est un problème qu’il doit résoudre. Imaginez qu’un chien s’entiche de votre héros. Dans un premier temps, celui-ci est flatté de cette marque d’estime. Mais le chien devient très encombrant et gâche (peut-être par jalousie) toutes les tentatives amoureuses de votre héros. Celui-ci va alors vouloir se débarrasser de cet animal beaucoup trop intrusif dans sa vie maintenant perturbée (c’est son désir).
Quant à l’animal, il est devenu un problème pour le personnage principal. Dans cet exemple, c’est la relation entre l’homme et l’animal qui est problématique et la question dramatique sera de savoir si ces deux êtres peuvent cohabiter sereinement.

Et quant à l’incident déclencheur, il pourrait se concrétiser dans la rencontre entre l’homme et le chien. Dès que ce dernier entre dans la vie du héros, celle-ci est dorénavant déséquilibrée.
Parallèlement au désir (ou but ou mission) et au problème qu’il soulève se dessine en arrière-plan un besoin.

Par contraste du désir qui est extérieur, un besoin intime étaie le personnage. En fait, ce besoin correspond à la faiblesse du personnage. Et pour être parfaitement heureux, il doit combler ce besoin. C’est comme s’il y avait un manque dans sa vie. Un morceau du puzzle de sa personnalité vraie reste à découvrir.
Cette révélation se fera progressivement au cours de l’intrigue et elle est illustrée par l’arc dramatique du personnage, c’est-à-dire son évolution au cours de l’histoire.

Il faut noter que le héros ne pourra affronter son antagonisme au moment du climax (lorsque l’auteur délivre son message au lecteur) s’il n’a pas réussi au préalable à comprendre certaines choses sur lui-même au cours de ses pérégrinations et tribulations dans l’espace de l’intrigue.

Ce but que l’auteur donne à son personnage principal oriente l’histoire. C’est un mouvement qui va d’une situation de départ à une situation d’arrivée avec un personnage foncièrement transfiguré à l’arrivée.

Le passage dans l’acte Deux

C’est à ce moment que le personnage principal décide de prendre en charge son problème. Habituellement, il offre une certaine résistance (ou réticence) à vouloir s’engager dans l’aventure. Mais alors surgit cette scène qui est un tournant majeur de l’histoire.
C’est ainsi que Frank Galvin dans Le Verdict prend la décision de renouer avec sa vie lorsqu’il est face à cette jeune femme dans le coma suite à une erreur médicale.

Il décide de tout risquer non seulement parce qu’il est bouleversé par ce qui arrive à cette jeune femme mais il le fait aussi pour lui. Cette scène qui montre l’entrée dans l’intrigue est un engagement et généralement un point de non retour pour le héros.

Le point médian

Le point médian peut s’étendre sur plusieurs pages. Il se situe environ au milieu de l’histoire (au milieu de l’acte Deux).
Si le passage dans l’acte Deux laissait encore quelques possibilités pour que le héros abandonne sa mission, ce point médian assoit définitivement le personnage dans sa volonté d’aller jusqu’au bout.

C’est à ce moment aussi que l’auteur peut dévoiler certaines vérités encore cachées sur ses personnages. Ou bien une découverte. Dans Dragons, par exemple, de Dean DeBlois et Chris Sanders, d’après le roman de Cressida Cowell (en 2003), le point médian est cette séquence où Astrid, vaincue dans l’arène par Harold, le suit et découvre son secret.

La crise

Ce moment est une étape structurelle importante de l’histoire. Elle correspond à ce moment où tout semble perdu pour le héros ou bien lorsque les amants sont séparés comme dans Pretty Woman.

Cette crise qui s’empare du héros est probablement ce qui l’humanise le plus. Dans Il faut sauver le soldat Ryan, cette crise que connaît le Sergent Miller est lorsque après avoir retrouvé Ryan, celui-ci leur dit qu’il ne veut pas quitter ses frères d’armes.
Les seuls frères qu’il lui reste.
Cela signifie pour Miller que sa mission a échoué. Et son objectif ne sera jamais atteint.

Le climax

L’ultime combat entre le protagoniste et l’antagoniste. C’est à ce moment particulier que le message de l’auteur prend tout son sens. Jusqu’à présent, il nous a présenté comme le pour et le pour de son argument. C’est-à-dire qu’il n’a pas pris position mais au contraire qu’il a avancé et tenté de justifier les arguments de chacun des adversaires.

Le climax lui permet alors de délivrer enfin son message.

La réalisation

Le climax est aussi l’occasion pour le lecteur de comprendre que le personnage principal a changé depuis le début de l’histoire. Il a grandi. Il a compris des choses sur lui-même.

Dans Little Miss Sunshine, cette réalisation se produit à la fin de la danse lorsque la petite famille réalise à quel point les liens familiaux sont importants.

Pour vous aider à mettre en place ces nœuds dramatiques, voici un petit brainstorming :

Qui est votre personnage principal ?

Après votre premier jet, vous pourriez être surpris de vous apercevoir que le personnage dont vous pensiez qu’il était le héros de l’histoire n’en est pas en fait le protagoniste.
Et votre histoire pourrait exiger que vous sépariez le protagoniste (celui qui fait avancer l’action) du personnage principal (le dépositaire de l’empathie du lecteur).

Vous pourriez même considérer que l’antagoniste que vous aviez d’abord choisi ferait très bien l’affaire s’il était le héros de votre histoire.

Quel est son objectif principal ?

Il est important de bien le définir parce que cet objectif oriente l’histoire.
Néanmoins, l’objectif pourrait être un McGuffin, c’est-à-dire un artifice qui motive le héros pour faire ce qu’il fait mais cela n’a aucune importance dans l’histoire.

Cela met en branle l’intrigue mais le message portera sur toute autre chose. Et en particulier sur la description des relations entre les personnages, bien plus intéressante pour l’auteur.

Pourquoi l’objectif est-il si important pour le protagoniste ?

Un fait indéniable : le protagoniste est motivé. Pourquoi fait-il ce qu’il fait ? La cause pointe sur les enjeux. Plus il a à perdre (ou à gagner) et plus il sera motivé. Et le lecteur ne remettra pas en cause ses motivations.

Il faut pouvoir justifier cette persévérance. Pourquoi le héros s’acharne-t-il à vouloir s’emparer du fanion adverse pour le ramener dans son camp ? Et même s’il obéit à un ordre, il faut expliciter cette obéissance.
Tout doit être une question d’enjeux pour le héros.

Qui tente d’empêcher le personnage d’atteindre à son but ?

Il faut être sûr de l’opposition à la volonté du héros. Parce que cette volonté se définit selon la nature de l’opposition qui lui fait face. Elle n’a d’existence (du moins, elle n’est légitime) que par le regard que pose l’antagonisme sur le protagoniste.

C’est ainsi qu’en déterminant qui est votre antagoniste, vous mettez le doigt sur votre protagoniste. On pourrait se demander s’il ne serait pas plus pratique de commencer par inventer l’antagonisme (et imaginer une figure qui le représente au mieux) puis d’en tirer les contours (physique et psychologique) du héros de l’histoire.

Quel est le genre de votre histoire ?

Concernant le genre, nous vous conseillons l’étude qu’en a faite la théorie narrative Dramatica :

Le lieu et l’époque, sont-ils pertinents à l’histoire ?

A ce sujet :

L’aspect émotionnel de votre histoire est-il bien traité ?

L’émotion est la clef.

Nous avons réuni de nombreux articles qui abordent l’émotion sous l’étiquette Émotion dans la barre latérale gauche du site Scenar Mag.

Quelles sont les limites de vos personnages ?

Jusqu’à quel point ce qu’ils font est-il encore légitime ? sans que le lecteur n’émette une objection à les voir agir.
Considérons le commandant d’un navire et son lieutenant. Si le lieutenant prend des décisions qui incombent au commandant alors que ce dernier est dans le plein exercice de ses fonctions, le lecteur ne le comprendra pas. Ou bien il l’interprétera comme un acte de rébellion.

Par ailleurs, si le commandant est dans l’incapacité d’exercer ses fonctions, la chaîne d’autorité peut alors être brisée et le lieutenant sera dans l’obligation de faire des choix auxquels il n’est pas habitué. C’est aussi le moyen d’explorer sa personnalité.

L’incident déclencheur est-il apte à donner une orientation au personnage principal ?

Cet événement n’est pas ce qui décide le personnage principal à se lancer dans l’aventure. C’est un élément perturbateur qui casse le rythme de son quotidien.
Harry Potter reçoit une lettre de Poudlard. C’est l’événement qui décidera de son futur.

Ce peut être une simple rencontre comme dans les 101 Dalmatiens. L’incident déclencheur est le grain de sable qui vient enrayer un quotidien apparemment bien huilé. Mais qui n’était pas satisfaisant pour le personnage principal. Même s’il semble s’en contenter lorsque nous faisons sa connaissance.

Quel est l’événement qui va décider le personnage principal à agir ?

Ce doit être quelque chose qui va vraiment avoir une répercussion sur son devenir. Après l’incident déclencheur, le personnage présente classiquement une certaine réticence. C’est peut-être la peur de l’inconnu ou parce que sa situation ne lui permet pas encore de s’engager.

On pourrait ainsi résumer l’acte Un en un incident déclencheur, un refus de partir à l’aventure et un événement (une scène ou une séquence) vers la fin de l’acte Un où le personnage choisira de prendre en charge son problème.

L’acte Deux est-il bien conflictuel ?

L’acte Deux est l’espace du conflit. Ce sont des consciences qui se livrent des combats à mort en quelque sorte.
Des gladiateurs dans une arène.

Ces lectures pourraient vous intéresser :

Le conflit monte-t-il en intensité ?

Que le héros remporte quelques victoires au début de l’intrigue n’a pas grande signification. Le conflit doit monter en tension au fur et à mesure que l’intrigue se déroule.

Cela implique que l’enjeu soit d’importance pour le héros (sa  femme est en danger de mort, par exemple) et que les difficultés soient de plus en plus compliquées jusqu’à devenir apparemment infranchissables.

Vous pourriez être intéressé par :

Y a t-il un point médian qui sépare l’acte Deux en deux parties ?

Classiquement, ce point médian est un retournement de situation. C’est une scène ou une séquence qui entre dans la construction de l’acte Deux.

Plus à ce sujet :

Ainsi que par :

Y a t-il un moment où le personnage principal connait une crise grave ?

C’est le All is Lost. Tout semble perdu pour le héros. C’est un moment dont il va se servir en fait pour mieux rebondir. Ce moment de profonde dépression, de sentiment d’impasse va lui permettre en quelque sorte de trouver en lui la force nécessaire pour faire face à l’adversité en une ultime confrontation avec son antagonisme.

Ce moment de crise prépare le climax et renforce l’empathie du lecteur envers le personnage principal.
Pour découvrir le All is Lost :
STRUCTURE : LE MOMENT DU « ALL IS LOST »

Ce moment de crise est-il vraiment majeur dans la vie du personnage ?

Il faut le considérer comme une question de vie ou de mort. L’effet du All is Lost consiste à provoquer chez le lecteur une forte réaction émotionnelle. Si l’auteur ne parvient pas à solliciter émotionnellement son lecteur à ce moment particulier de la vie de son personnage principal, il passe à côté à la fois de son lecteur mais aussi de son héros.

Ne recherchez pas une émotion particulière chez le lecteur. Mettez seulement en place le contexte à une réaction émotionnelle, quelle qu’elle soit.
Car ce moment du All is lost (sa finalité peut-être) est de recharger l’investissement émotionnel du lecteur envers le héros et partant, envers l’histoire avant son dénouement.

Le dénouement est-il suffisamment satisfaisant ?

Nous vous conseillons la lecture de :

L’arc dramatique du personnage principal est-il complété ?

Est-ce que l’évolution du personnage (que cela se termine bien ou non pour lui) est clairement et distinctement montré ?

A ce propos :

 

 

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