Histoire

UN SECOND ACTE QUI RELIE L’HISTOIRE

La fonction du second acte est d’explorer le territoire émotionnel tel qu’il s’est développé à la fin de l’acte Un. Une exploration qui prendra fin au cours de l’acte Trois lors du dénouement.
Ce qui fait de lui quelque chose de plus significatif que la simple continuation des éléments mis en place au cours du premier acte. Le second acte est un élément dramatique indépendant qui entretient une double relation.
On considère souvent que l’acte Deux est l’espace de l’intrigue. C’est vrai structurellement. Mais l’acte Deux a en fait tout à voir avec l’histoire.

L’intrigue au service de l’histoire

Structurellement, le premier acte met en place l’intrigue, l’acte Deux explore l’histoire et l’acte Trois résout à la fois l’intrigue et l’histoire.
Par exemple, Witness nous est introduit comme un thriller dès l’acte Un mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. L’histoire est celle d’un amour naissant et c’est ainsi que le second acte en vient à explorer cette Love Story et à reléguer le thriller en arrière-plan.

L’intrigue qui développe le meurtre de l’inspecteur ne refait surface que lorsque la Love Story a besoin d’accélérer l’action et d’augmenter les enjeux. Une Love Story qui par ailleurs explore les forces et les faiblesses humaines que l’intrigue convoque.
Car effectivement, il n’aurait pas été possible d’examiner toutes les forces et toutes les faiblesses qu’un être humain possède. Seules certaines d’entre elles devaient faire sens dans l’histoire et c’est le travail de l’intrigue que de sélectionner les concepts que l’histoire a ensuite développés au cours de l’acte Deux.

Le dévoilement d’une intériorité

Quelque soit l’action, l’histoire dans l’acte Deux est l’histoire de personnages qui vont à la découverte d’eux-mêmes en luttant contre une angoisse existentielle.
Pour Peter Dunne, l’acte Deux est comme une loupe sur le cœur et l’âme du personnage principal. L’histoire questionne les réponses que les personnages apportent aux méandres de l’intrigue.

C’est ainsi que les faiblesses ou failles d’un personnage sont exacerbées au cours du second acte. Elles l’acculent dans ses limites. Et elles façonnent ses réponses émotionnelles qui sont la marque de la peur.

L’acte Deux nous révèle quelles sont les peurs du héros. Au début de l’histoire, ce personnage principal est ancré dans un contexte implicite que l’on devine antérieur à l’histoire. Au cours du premier acte, il est arraché à ce contexte. Il offre certes une certaine résistance pensant que ce trouble pourrait n’être que temporaire mais, question d’ironie, nous savons bien qu’il n’en sera rien.

Ce déplacement du héros d’une situation où il a ses habitudes (ce que Peter Dunne considère comme une zone de confort) dans un contexte nouveau et angoissant expose au lecteur les premiers signes des peurs, des frayeurs… qui maintenaient en fait le héros dans une situation initiale qui créait en lui un malaise, un mal être, un manque qu’il n’osait affronter.

Intrigue et histoire sont inséparables

Et dépendantes. Les lignes dramatiques de l’intrigue poussent les aspects émotionnels de l’histoire vers l’avant. C’est ainsi que la menace des ripoux dans Witness met en lumière l’émotion qui est l’essence de cette histoire. La menace ne fait que planer dans l’acte Deux.

Elle n’est pas physiquement présente mais permet de mettre au jour ce qui se passe dans l’intériorité de John et de Rachel.
L’auteur a conçu une intimité spécifique pour chacun de ses personnages. Mais pour la démontrer, il aura besoin de l’intrigue.

Pour se protéger car un personnage de fiction (tout comme n’importe lequel d’entre nous) sait bien que s’il se livre, s’il se découvre aux autres, il risque d’en être blessé, il va mettre en place une défense qui se concrétise dans une réticence à admettre notre mal être ou nos angoisses.

L’auteur devra donc trouver le moyen de forcer le personnage à se dépasser en forçant sur lui une situation (l’intrigue) qui va le faire s’ouvrir et l’obliger à être honnête avec lui-même afin qu’il sorte de cette situation délicate, de ce malheur, de cette infortune.

Un acte de foi

C’est effectivement un acte de foi que devra faire le personnage principal car il n’a aucune expérience pour lui permettre de gérer la situation nouvelle comme l’explique la théorie narrative Dramatica dans son chapitre 11.

Le héros devra confesser ses faiblesses. Mais il ne peut le faire seul face à lui-même. C’est là qu’intervient un second personnage, très présent aussi dans l’histoire.
Le personnage principal va se révéler à cet autre personnage. Parce que la personne qu’il est n’est rien sans autrui. C’est l’autre qui nous permet d’exister.

En se livrant tout entier à cet autre personnage, le héros va tout risquer dans l’espoir d’être compris et que cet autre ne trahira pas cette intimité soudainement éclairée.
Cet acte de foi ou de confession est un moment important du développement du personnage principal. Et un auteur ne devrait pas en faire l’économie.

Connais-toi toi-même

Le héros ne peut espérer vaincre son antagonisme s’il n’a pas au préalable surmonter ses propres failles.
Les événements de l’acte Deux sont alors mêlés avec leurs buts, leurs légitimités dans l’histoire afin de proposer un tissu homogène d’actions physiques et de ce parcours métaphysique que doit faire le personnage principal.

C’est une structure délicate à mettre en œuvre. Il faut éviter la confusion. Considérez l’acte Deux comme une histoire dans l’histoire.

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