Les émotions au cœur de l'acte Deux

LES EMOTIONS AU CŒUR DE L’ACTE DEUX

Somme toute, l’acte Deux est comme une histoire à l’intérieur de l’histoire. Autant donc le subdiviser en un début, un milieu et une fin.

Vous remarquerez d’ailleurs qu’il en va de même avec les scènes mêmes si les trois parties ne se produisent pas chronologiquement. Pour en revenir à l’acte deux, il serait recommandé de subdiviser davantage sa structure jusqu’à en saisir la moindre section, la moindre séquence significative.
Une approche globale de l’histoire est assez effrayante et quelque peu décourageante. Il vaut mieux considérer tous les angles, explorer chacun d’entre eux et ensuite tenter l’assemblage pour en faire un tout.

L’acte Deux n’est pas l’intrigue

Certes, le second acte est le lieu privilégié de l’intrigue. Apparemment. Car en fait, l’acte Deux bien qu’il expose les événements et toutes les inventions de l’intrigue est à propos de l’histoire sous-jacente à l’intrigue.

Et cette histoire est émotionnelle. Qu’est-ce que cela signifie ? que les enjeux sont émotionnels. Et pour qu’ils puissent posséder cette qualité, il faut que ceux-ci soient élevés.

Pour Marilyn Horowitz, l’auteur ne devrait cesser de réécrire tant qu’il n’a pas poussé les enjeux à leur maximum. Tant qu’il n’aura pas débridé son imaginaire et fait subir à ses personnages ce qu’il n’oserait faire dans la vie réelle.

Pour Horowitz, le problème de nombre d’auteurs est qu’ils tentent de résoudre les conflits plutôt que de les générer. Ils font ceci parce que c’est au cœur de notre instinct de survie et que c’est un moyen de s’intégrer dans la société. Celle-ci nous apprend à nous conformer et surtout à ne pas être excessivement dramatique.

Et pourtant, écrire des fictions, c’est précisément ne pas se conformer  et être dramatique. Ecrire permet de se libérer parce que nous décrivons des situations imaginaires. Même si celles-ci sont simples comme d’aller acheter le pain pour le repas dominical, ce qui se passe à l’intérieur de la situation, son contenu,  devra être poussé à l’extrême.
Sans crainte de heurter qui ou quoi que ce soit.
Mais nous résistons parce qu’une part de nous-mêmes n’est pas très sûre que ce soit prudent d’écrire comme cela.

Un message

L’auteur doit donc dépasser ses réticences naturelles pour aller chercher profondément en lui ce qu’il peut  donner de plus dramatique dans une situation.
Il rencontrera certainement dans le processus un message ou une leçon qu’il souhaite communiquer même si cela est encore confus dans son esprit.

En liant des enjeux puissants à un message à transmettre, il y a de fortes chances à ce que le lecteur comprenne au-delà de l’aspect même le plus dramatique (donc le plus improbable)  d’une situation, quelque chose qui lui permettra  de résoudre quelque chose dans sa propre vie. En somme d’être meilleur, d’être plus heureux.
Si l’auteur parvient à un tel résultat, on peut dire que son écriture vaut l’effort qu’il a fourni.

Le principe consiste donc à combattre notre résistance naturelle à générer du conflit.

Nous sommes sensibles à des stimuli qui vont venir titiller quelques sentiments d’inquiétude, qui vont venir exciter une fibre émotionnelle en nous.
Les événements de l’intrigue doivent être compris par le lecteur comme important pour lui pour qu’il se sente émotionnellement affecté.

Une expérience émotionnelle

L’histoire doit avoir pour conséquence une réaction émotionnelle chez le lecteur. L’auteur doit donc utiliser des procédés qui vont lui permettre d’évoquer la réponse émotionnelle la plus forte possible chez son lecteur.

Et cela en temps réel, c’est-à-dire simultanément à ce qui se passe dans l’histoire. L’auteur doit prendre conscience de la relation qui existe nécessairement entre son histoire et les émotions de son lecteur.

Cette relation s’établit par une structure émotionnelle. En quelque sorte, un mécanisme narratif qui va évoquer une reconnaissance de l’émotion afin de maximiser celle-ci et la signification de l’expérience pour le lecteur.

Une histoire peut être définie comme un ensemble ordonné d’événements cohérents afin de provoquer des effets précis chez un lecteur.
Cette cohérence de l’action peut être comprise comme un réseau de relations causales. L’effet d’un événement est causé par quelque chose qui est elle-même l’effet d’une cause qui l’a précédée.

Ainsi, l’auteur sait à peu près où il va avec son histoire. Néanmoins, cette structure se fonde essentiellement sur l’exploration assez intime et poussée d’un personnage qui possède une humanité certes fictionnelle mais qui n’en existe pas moins.

3 réflexions sur “ LES EMOTIONS AU CŒUR DE L’ACTE DEUX ”

  1. Bonjour William,

    Merci de rappeler ou préciser la finalité de l’acte II !

    Perso, sur l’instinct de survie que tu évoques à juste titre, une interview d’Arnaud Desplechin vue sur le câble (Ciné+) m’a fait réfléchir. Il dit qu’il jette une idée de scène ou de séquence sur papier pour la relire un ou quelques jours plus tard et comprendre ce qu’elle contient (intérieurement). Et enfin, si l’idée mérite d’être développée et devenir un film.

    Il précise qu’il a déjà connu une réaction de rejet, surpris d’avoir pu imaginer une telle violence (émotionnelle) dans un conflit.

    Outre que çà confirme bien qu’une idée ne vient jamais en bloc mais par bribes, je pense que cet instinct de survie intervient aussi sous forme d’impatience d’aboutir au véritable fond de son sujet jusqu’à se culpabiliser et se sentir nul (c’est mon cas) tant qu’on n’y est pas parvenu.

    Ajouté à une surprise telle que vécue par Arnaud Desplechin, la tâche est vraiment ardue et doit impliquer jusqu’à la plus petite scénette ou séquence notamment inscrite à l’acte II …

    Pour s’aider mais au détriment encore de son instinct de survie et de son impatience (de se sortir d’un marasme ressenti comme une douleur), il serait même conseillé de connaître (et donc en plus, s’attarder sur) la fin le plus tôt possible !

    Pour résumer et selon moi, d’après ce que j’ai pu lire et tenter de pratiquer, l’acte II sépare la fin du début conçu par opposition d’elle et l’incident déclencheur (associé à l’incident clé de Syd Field) ne ferait qu’inverser le pôle du début pour s’attacher à progressivement le rétablir jusqu’à la fin selon un arc dramatique (ou transformationnel pour le ou les personnage(s) ).

    Ardu en effet mais quand-même tant mieux : L’instinct de survie avec ou sans impatience envers soi, est finalement un excellent sinon le meilleur mur porteur pour traiter … de survie, thème universel de base et postulat commun à toute histoire d’initiation ou d’expérience (je n’ose dire « intime » ou « émanant de son tréfond » pour laisser les surprises venir sans trop de craintes).

    1. Bonsoir Patrice,
      Cette impatience dont tu parles est une recherche. Même film après film, un réalisateur est toujours en quête d’une quelconque vérité. Il est hors de question de se sentir nul ou impuissant. Ce serait trop vite abandonné. L’idée est là. Il faut persévérer, se convaincre.

      Le dénouement de son histoire est effectivement le message que l’on cherche à communiquer. Et ensuite, on travaille de nouveau sur ce message. On l’approfondit fort de l’expérience et de la connaissance du travail précédent.
      Je ne pense pas que le dénouement soit en opposition de l’acte Un. Le changement chez le personnage principal est la clef émotionnel du message à transmettre. C’est l’acte deux qui a en charge de montrer cette transformation progressive du personnage que l’on pourrait qualifier de thématique, somme toute.
      Je n’apprécie guère ce terme de transformationnel. Un arc dramatique décrit une courbe. Les points (c’est-à-dire les différentes prises de conscience ou révélations) peuvent être schématiquement reliés par une ligne ce qui dessine une courbe.

      Merci de me lire et de ton intervention toujours pertinente et qui m’incite à approfondir les notions que je tente de communiquer.

      1. Bonjour William, c’est moi qui te remercie et te reste reconnaissant. Toi aussi tu permets d’approfondir les notions et de les regarder sous un nouvel angle et sans doute le meilleur.

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