LA RÉÉCRITURE DE VOTRE HISTOIRE

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Réécrire après votre premier jet essentiellement créatif n’est pas un travail laborieux. Au contraire, il est même la promesse que ce polissage rendra votre joyau encore plus brillant. Tous ces moments que vous avez couché au cours de la première écriture de votre scénario sont comme des graines qu’il va vous falloir rempoter  pour qu’elles accomplissent leur destinée en tant que scènes efficaces et passionnantes.
Le processus de la réécriture est agréable et créatif. Ne le négligez pas. Votre inspiration sera toujours aussi vive que la première fois, appelez-là muse ou désespoir, vous pourrez de toutes les façons possibles compter sur elle.

Nouvelle convocation de la muse

Pourquoi votre inspiration est-elle de nouveau nécessaire lors de la réécriture ? Parce que réécrire n’est pas un copiez-collez. Ici, il ne s’agit pas de changer des mots.
Réécrire signifie exactement ce que cela sous-entend. Vous recommencez votre scénario presque à partir de rien (rien n’est pas le néant. On crée à partir de rien puisque l’on a conscience qu’il n’y a rien et notre nature tend à le combler). Cela peut apparaître comme une déchirure mais il n’en est en fait rien. Cela fait partie du processus d’écriture.

Vous devez être convaincu que votre premier jet doit être retravaillé. Tôt ou tard, vous vous apercevrez qu’une scène que vous trouviez pourtant formidable ne fait pas avancer votre histoire. Lors de la réécriture, il faudra soit la modifier, soit la supprimer. Cela ne veut pas dire pour autant que cette réécriture vous apportera satisfaction. Gardez l’esprit ouvert et recommencez à noircir des pages.
Toute l’expérience que vous avez acquise au cours de cette première écriture de votre projet se reflétera dans ce second jet. Et si celui-ci a besoin encore d’être retravaillé, les expériences cumulées des premier et second travaux vous aideront à en écrire un troisième…
A chaque fois, vous vous rapprochez de la récompense. Ecrire est un processus. Un partie de ce processus est de dégrossir la matière première sortie de votre imagination.

Un scénario est un outil de travail destiné à faire un film. Donc toutes les histoires ne sont pas éligibles à devenir un film.

A la fin du premier jet de votre projet, on peut avoir quelques difficultés à comprendre ce qui ne va pas. On se dit qu’il faut réécrire mais le réécrire comment ?

Posez-vous les questions suivantes une fois votre premier jet terminé :

  • Votre histoire communique-t-elle  vos intentions ?
    Est-ce que vous parvenez à dire ce que vous voulez avec votre histoire ? Votre histoire reflète-t-elle bien votre prémisse ou votre thème ?
  • Avez-vous consacré le temps nécessaire à l’exposition ?
    Habituellement, dans une structure en 3 actes, l’acte Un dédié à l’exposition occupe environ le quart des pages de votre scénario.
  • Au cours de l’exposition, avez-vous éliminé toutes les informations relatives au passé de vos personnages ?
    En effet, lors de la création de vos personnages, vous leur avez défini un passé. Ce passé doit transpirer à travers leurs comportements. Vous montrez comment ils réagissent dans certaines situations comme autant d’indices visuelles sur leur personnalité. Ce sont les traits fondamentaux des personnages qui doivent être exposés, ceux qui vont dans le sens de votre intrigue. Les informations relatives au passé de vos personnages ne sont pas à confondre avec les informations que vous devez communiquer à votre lecteur pour qu’il comprenne votre monde et puisse s’y immerger.
    Dans ce cas, vous donnez des informations sur la situation et non pas sur les personnages. Par exemple, ne faites pas dire au narrateur ou par un autre personnage que votre héros est un orphelin. Il est préférable de créer une scène où son statut d’orphelin sera mis en avant comme par exemple le voir s’attarder longuement sur des photos d’une famille unie (et qui n’est évidemment pas la sienne).
  • Avez-vous bien choisi votre personnage principal ?
    Celui-ci doit être intéressant c’est-à-dire que votre lecteur doit avoir envie de le suivre, d’éprouver de la compassion pour lui. Le personnage principal est un individu qui veut absolument quelque chose, qui a des problèmes pour l’obtenir et surtout avec lequel le lecteur va se trouver émotionnellement engagé. Le lecteur doit espérer qu’il réalise le but qu’il s’est fixé et craindre aussi que cet objectif ne soit entravé par des forces extérieures au personnage ou par le personnage lui-même.
    Le lecteur doit éprouver plus d’empathie que de sympathie envers le personnage. Tous les héros ne sont pas nécessairement sympathiques au lecteur, si vous en avez fait un serial killer, n’espérez pas trop qu’on le trouve sympathique. Cependant, si le lecteur comprend pourquoi le héros fait ce qu’il fait, il restera accroché à ses basques attendant la suite des événements.
    Votre personnage principal va vivre une aventure. C’est le Hero’s Journey. En conséquence, même s’il n’est pas habitué à agir avec courage, l’objectif qu’il doit atteindre est si impérieux qu’il est prêt à aller au-delà de lui-même pour le réaliser. Nous craignons que le héros ne succombe à ses faiblesses, c’est une réaction naturelle, mais nous nous attendons aussi qu’il fasse acte de bravoure dans des circonstances extraordinaires. Il n’y a rien de plus divertissant pour un lecteur que de voir un personnage somme toute ordinaire jeté dans des situations extraordinaires et surmonté des obstacles apparemment infranchissables en montrant de la bravoure.
    Vous devez connaître intimement votre personnage principal. Ses rêves, ses besoins, ses désirs, vous devriez les partager avec lui. Si vous êtes réticent à provoquer cette rencontre intime avec votre héros, c’est que vous vous êtes probablement trompé de héros. Votre personnage principal doit vous passionner. Votre héros doit posséder une faille majeure : trop confiant en lui-même, doute, narcissisme, jalousie… Cette faiblesse lui octroie de plus en plus de problèmes donc de conflits. Le conflit est le maître mot de toute œuvre dramatique.
  • L’arc dramatique de votre héros évolue-t-il fondamentalement ?
    Votre héros doit avoir un devenir, c’est dans l’ordre naturel des choses. A la fin de son aventure, il ne doit plus être le même. D’une manière ou d’une autre, il doit être meilleur qu’il ne l’était au début de son histoire.
  • Parmi tous vos personnages, certains peuvent-ils être supprimés ou combinés ?
    C’est une question importante lors de la réécriture. Si vous désirez conserver un personnage, assurez-vous que sa présence dans les scènes est vraiment indispensable.
  • Votre personnage principal est-il toujours sous tension ?
    La tension est un élément dramatique indispensable pour garder le lecteur en connexion avec le héros. La tension est intimement lié aux enjeux. Vérifiez lors de la réécriture que ce qui est en jeu pour le héros soit important. Si vous estimez qu’une scène ne fonctionne pas, il est probable que son enjeu a été sous-estimé. Réécrire cette scène en augmentant l’enjeu peut solutionner le problème. Une astuce consiste à relâcher une tension avant d’en provoquer une autre. Évitez de cumuler les problèmes donc les conflits donc les tensions sans les résoudre, non nécessairement les uns à la suite des autres, mais ne tardez pas seulement à donner la solution à quelques conflits avant de penser à en rajouter de nouveaux.
  • Le méchant de votre histoire est-il le personnage à l’origine du changement profond de la personnalité du héros ?
    Au cours de son aventure, votre héros apprend des choses sur lui-même. Il prend conscience de certaines vérités. Ces leçons sont les fruits des épreuves et des obstacles que le héros aura à surmonter au cours de son voyage. Le maître d’œuvre de ces obstacles est l’antagoniste du héros. Notez que cet antagonisme peut prendre n’importe quelle forme. Il peut être un personnage ou bien une entité (une dictature comme une catastrophe naturelle).
    Au cours de la réécriture, concentrez-vous sur votre méchant. Essayez de le développer en trois dimensions plutôt qu’un simple stéréotype. Si nécessaire, fixez-lui un objectif. La mission du héros sera alors de contrer l’objectif du méchant. Cela fonctionne plutôt bien avec les thrillers. Quoi qu’il en soit, le méchant est le moteur de l’arc dramatique du personnage principal du récit. Par contre, si vous donnez lors de la réécriture une importance accrue au méchant, gardez le point de vue du héros. L’histoire doit être vécue à travers les yeux de votre héros. Le lecteur doit adopter sa perspective, pas celle du méchant, même si celui-ci est capital dans l’organisation de votre récit (à moins que le méchant de l’histoire ne soit votre personnage principal).
  • Vos personnages secondaires sont-ils bien développés ?
    Il n’y a pas que le protagoniste et l’antagoniste dans une histoire. Les personnages qualifiés de secondaire ne sont pas des figurants. Il faut distinguer les personnages majeurs des personnages mineurs. Généralement, l’action ou l’histoire s’articulent autour des personnages majeurs, comme le protagoniste, celui qui fait avancer l’intrigue.
    Les personnages mineurs ou secondaires sont nécessaires pour renforcer la crédibilité de votre histoire. Ils jouent un rôle de soutien plutôt qu’un rôle central dans votre histoire. Beaucoup de personnages secondaires ne sont pas essentiels, l’histoire pourrait continuer d’exister sans eux bien qu’ils la rendraient probablement plus intéressante ou crédible.
    Par ailleurs, certains de ces personnages mineurs peuvent avoir un rôle essentiel et permanent dans l’histoire. Le sidekick ou l’Influence Character sont de ceux-là. Le sidekick est comme un allié ou pour le héros, ou pour le méchant ou parfois pour les deux à la fois. L’Influence Character est un personnage proche du héros qui essaie de le détourner de son objectif. Alors que l’antagoniste cherche ouvertement à nuire au héros, l’Influence Character tente de le convaincre d’emprunter une autre voie pour réaliser son objectif. L’Influence Character retarde le héros dans sa quête alors que l’antagoniste veut empêcher le héros de parvenir au bout de sa quête (notez que ce concept d’Influence Character qui appartient à la théorie narrative Dramatica peut aussi désigner l’antagoniste lorsque cet antagoniste a une grande influence sur le devenir du personnage principal).
    Assurez-vous lors de la réécriture que vos personnages secondaires accomplissent bien la fonction dramatique qui leur a été assignée. Si vous estimez que l’un de ces personnages manque de force, que sa description présente des lacunes, utilisez alors l’un des nombreux archétypes disponibles. En plus des caractéristiques archétypiques, ajoutez-en certaines de votre cru qui s’alignent avec l’archétype ainsi vous étofferez votre personnage, vous lui donnerez une chair plus palpable.
  • Les lieux de l’action influencent-ils une scène ?
    Une scène est une unité, un élément organique du récit, qui se déroule dans un lieu et un moment spécifiques. Si l’un d’entre eux change (un autre lieu ou un autre moment ou bien les deux à la fois), vous avez une nouvelle scène. Cela est la théorie. Cependant, Robert McKee va beaucoup plus loin et c’est tant mieux en affirmant qu’une scène décrit un événement. Cet événement peut alors être fragmenté en lieux et temps différents mais formera toujours une scène.
    Lors de la réécriture, posez-vous la question de savoir si dans une scène particulière, le lieu ou bien le moment de cette scène ont une influence sur l’action ou le comportement des personnages. Si, effectivement, ils ont un rôle à jouer dans la résolution de cette scène, vérifiez que vous leur avez donné toute l’importance qu’ils méritent. Par exemple, si vos personnages se trouvent dans une pièce en feu, vous allez les faire réagir en conséquence. Il serait bien alors d’octroyer à cette incendie un rôle important dans la scène comme si les flammes incarnaient un personnage qui interagit avec les autres personnages.
  • Vos scènes sont-elles efficaces ?
    Avant de vous lancer dans la réécriture de votre premier jet, nous vous conseillons de relire nos articles sur Robert McKee et en particulier les Story Events et Story Values.
  • Vos scènes peuvent-elles être fusionnées ?
    Lorsqu’une scène ne vous paraît pas fonctionner, il est probable qu’elle est inutile. Souvenez-vous qu’Aristote a écrit qu’une histoire est un Tout, que les parties qui la composent se fondent en un Tout, une synthèse. Si vous retirez l’une de ces parties et que votre histoire ne s’effondre pas, cela signifie que cette partie est inutile au Tout. Avant de l’éliminer, vérifiez si votre intention première peut être reprise dans une autre scène. Ainsi, vous allez droit au but, vous ne perdez pas votre lecteur dans les volutes de votre imagination et vous enrichissez la scène qui sera le dépositaire de la scène éliminée.
  • Comment pourriez-vous ajouter plus de conflit dans vos scènes ?
    Vous le savez, le conflit est à la base de toute œuvre dramatique. Chaque scène doit présenter un enjeu et une certaine tension. Le conflit est fait d’enjeu et de tension, ce n’est pas seulement un combat physique. Lorsque vous réécrivez vos scènes, essayez d’augmenter les enjeux, la tension suivra puisqu’elle est proportionnelle aux enjeux. Lisez nos articles de la rubrique Scènes et Dialogues afin de vous familiariser avec certaines idées que vous pourriez suivre lors de la réécriture de vos scènes.
  • Est-ce que dans chaque scène des traits de la personnalité du personnage ressortent ?
    Vous avez consacré du temps et de l’énergie à créer vos personnages. Est-ce que les scènes où votre personnage principal apparaît (normalement, il devrait apparaître dans la majorité des scènes) montrent un comportement qui traduit sa personnalité ou qui affine dans l’esprit du lecteur la personnalité de ce personnage ?
  • Est-ce que dans chaque scène vous parvenez à bien faire ressortir les émotions de vos personnages ?
    Les émotions, les sentiments sont ce que le lecteur partage idéalement avec vos personnages. Ne perdez jamais de vue le lecteur lorsque vous écrivez ou réécrivez vos scènes (votre interlocuteur est votre lecteur).
  • Que pourriez-vous ajouter pour rendre vos scènes plus mémorables, plus intéressantes ?
  • Est-ce que l’action monte en intensité au fil de l’histoire ?
    Au cours de son aventure, votre héros devra surmonter nombre de difficultés. Celles-ci doivent être plus difficiles au fur et à mesure que l’intrigue avance.

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