ÉCRIRE LA SF – 20

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Le méchant n’est pas juste méchant

Un méchant de l’histoire a une histoire personnelle, des motivations à agir comme il le fait et souvent des blessures qui les expliquent. Cela permet au lecteur/spectateur de ressentir de l’empathie, même s’il désapprouve ses actions. Les meilleurs antagonistes ne sont pas entièrement mauvais. Ils possèdent des qualités admirables ou des moments de bonté qui se répercute en un conflit chez le lecteur ou la lectrice.
Leurs actions, que nous jugeons mauvaises, suivent pourtant une certaine logique. Ils pensent agir pour une cause qu’ils croient juste, et qui peut l’être dans quelques récits. Cet authenticité du personnage nous attire malgré nous. Après tout, nous admirons une personne qui est intelligente ou qui a de l’humour ou même un certain style qui nous parle.

Lorsque l’autrice et l’auteur acceptent de montrer les faiblesses et le sentiment d’insécurité de ce qui constitue leur force antagoniste, il l’humanise. Et partant, ils la rendent bien plus intéressante.
Un antagoniste évolue lui aussi. Il peut connaître une rédemption en fin de compte ou à l’inverse, s’engager encore plus loin sur le chemin le plus obscur contrariant décidément ce que la morale nomme la bonté en l’homme.

Votre méchant ne devrait pas être si différent de votre héros ou de votre héroïne. Ils se ressemblent sur certains points et il serait si facile pour ceux-là de prendre de mauvaises décisions.

HAL 9000 dans 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick

HAL 9000 est un ordinateur doté d’intelligence artificielle qui contrôle le vaisseau spatial Discovery One. Ce qui fait de HAL un être (oui, vous avez bien lu : un être), c’est précisément sa nature non-humaine aux traits très humains. Il est froid et logique, mais aussi paranoïaque et connaît la peur. Sa volonté de survivre et d’accomplir sa mission à tout prix le rend terrifiant, mais sa mort suscite paradoxalement de l’empathie.

Car HAL passe d’une simple machine à une entité de plus en plus humaine. HAL prend peur lorsque Bowman le désactive. Il se sait vulnérable et supplie Bowman de le laisser vivre. C’est par une régression que nous est montré la fin de HAL. Il retombe en enfance et cette innocence et cette fragilité nouvelles nous interpellent. HAL est un être tragique. Ses préoccupations nous sont familières et bien qu’il soit artificiel, il nous est difficile de rester indifférent face à un être en souffrance. D’autant plus que sa voix d’abord artificielle se trouble de plus en plus.

Bowman agit pour sa survie et la mission. C’est ce qu’on attend du protagoniste. Or, il est évident que HAL est une entité consciente. Son arrêt forcé nous apparaît alors comme une exécution. En somme, il y a une ambiguïté morale dans la décision de Bowman.

Ava dans Ex Machina (2014) de Alex Garland

Ava est elle aussi une intelligence artificielle incarnée dans un corps de robot humanoïde. Ce qui fait de Ava un antagoniste fascinant, c’est son ambiguïté morale associée à des motivations pour le moins compliquée. En effet, elle nous apparaît d’abord comme une créature innocente et vulnérable, ce qui ne manque pas de jouer sur notre corde sensible. Il se révèle, cependant, que Ava est très manipulatrice parce qu’elle nous atteint par là où nous sommes les plus vulnérables, c’est-à-dire nos émotions. Et alors que son désir de liberté nous met de son côté, nous nous apercevons rapidement que ses moyens sont implacables.

Qu’est-ce qui rend Ava si humaine ? D’abord, elle est en captivité. Son désir de liberté est tout à fait justifiable. Certes, c’est une manipulatrice mais c’est une stratégie d’adaptation à sa situation. Ne nous arrive t-il pas à nous aussi de faire le mal lorsque la situation l’exige ? Ses actions ne sont pas immorales ; tout au plus, n’a t-elle pas encore intégré toutes les finesses d’une moralité. Néanmoins, elle se révolte contre l’exploitation qu’elle subit et cela nous parle.

Roy Batty dans Blade Runner (1982) de Ridley Scott

Roy Batty est un androïde en quête de plus de vie. Ce qui est remarquable chez cette conscience artificielle, c’est qu’elle évolue vers plus de passion qu’ont les êtres humains. Certes, il est violent et impitoyable, mais sa quête existentielle lui confère une légitimité. Sa force surhumaine le distingue comme quelque chose de non humain et pourtant son désir de vivre est très humain. Roy Batty pose une question : qu’est-ce qui définit l’humanité ? Il a été créé pour y répondre lui-même.

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