Dramatica

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (85)

Nous abordons dans cet article sur la théorie narrative Dramatica les Contenants thématiques liés à la ligne dramatique de la relation entre le personnage principal et son Influence Character.

Sommaire de tous les articles :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE
Voyons d’abord un autre concept de la théorie Dramatica : le Signpost.

Nous pouvons définir le Signpost comme un marqueur séquentiel de la progression de l’histoire qui indique pour chaque ligne dramatique le type de préoccupation qui est au cœur de celles-ci.

Un rappel

Les histoires avec une structure parfaite sont rares. Ce qui m’amène à penser qu’un auteur devrait toujours suivre ses instincts et dépasser les lois structurelles qui devraient présider à l’élaboration de son projet.

Une théorie et Dramatica ne fait pas exception doit aider à concrétiser une idée ou bien aider à corriger une histoire qui ne fonctionne pas. Ce qu’il y a de bien avec Dramatica, c’est que dans ce sens, cette théorie peut s’appliquer aussi bien à des séries, des romans, des scénarios, des intrigues secondaires et détailler jusqu’à la scène.

Ceci dit, la théorie Dramatica établit que chacune des quatre lignes dramatiques (l’Objective Story, celle du personnage principal, celle de l’Influence Character et celle qui unit ces deux derniers) devraient être assignées à des domaines différents.

Il existe quatre domaines :

  • Situation qui est un état extérieur (et qui correspond à la Classe Universe)
  • Activity qui est aussi un état extérieur (et qui correspond à la Classe Physics)
  • Manipulation  qui décrit un changement psychologique chez le personnage (catégorisée sous la Classe Psychology)
  • Fixed Attitude qui décrit un état psychologique (et qui correspond à la classe Mind).

Je vous renvoie au Chapitre 13 de la théorie sur les descriptions de domaine :

  1. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (51)
  2. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (52)
  3. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (53)
  4. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (54)
  5. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (55)

Prenons Harry Potter.
Harry Potter est le personnage principal de la série et dans la grande majorité des cas, Harry est jeté dans des situations qu’il n’a pas choisies. Par exemple, dès le premier tome, il n’a pas choisi de vivre auprès de son oncle et de sa tante. Il n’a pas choisi non plus d’être celui qui a survécu.

Et ce n’est pas tout. Car il ne sait pas qu’il est un sorcier (et un bon, s’entend). Il ne sait pas qu’il est déjà l’ennemi de Voldemort et l’arme secrète de Dumbledore…
On peut ainsi considérer que le domaine de la ligne dramatique de ce personnage principal sera Situation.

Dans Dramatica, tout fonctionne par quaternités. Les domaines n’y échappent pas.
DramaticaSouvenez-vous que la quaternité permet de créer des rapports entre les éléments qui la constituent. Deux éléments reliés diamétralement forment ce que Dramatica nomme une paire dynamique.
La particularité de cette paire dynamique est qu’elle est conflictuelle, c’est-à-dire que les deux éléments qui la constituent s’opposeront.

Nous savons que Voldemort est l’antagoniste de Harry Potter. C’est sa fonction dans l’histoire. Maintenant, on ne peut nier qu’il aura aussi une grande influence sur Harry et qu’il va tenter de l’inciter à changer son point de vue sur le monde magique. Ainsi, la fonction de Voldemort sera bien évidemment l’antagoniste mais en tant que personnage subjectif, il sera aussi l’Influence Character de Harry Potter.

De plus, pour résoudre ses problèmes, Harry a pour habitude (il tient cela de sa mère) de se sacrifier pour les autres (le sacrifice est la marque des héros). Voldemort a une approche diamétralement opposée ou du moins différente qui est de tuer les autres avec le horcruxe en particulier pour se protéger.

Une quaternité fonctionne par paires de cette façon :
DramaticaSur ce schéma, nous pouvons constater que les éléments 3 & 4 de la quaternité ainsi que les éléments 1 & 2 sont joints par une ligne diagonale. Cette ligne indique le caractère contradictoire, opposé, conflictuel entre les deux éléments concernés.

Un autre rapport est aussi à considérer. Celui qui rejoint les éléments 2 & 3. Dramatica le nomme Dependent Pair. Il s’agit de montrer un contraste entre les deux éléments.
Puisque nous avons assigné à Harry Potter la classe Universe, nous apercevons qu’elle forme une paire dynamique avec la classe Mind.

Il nous reste maintenant à vérifier si cette classe Mind conviendrait à Voldemort puisqu’elle se situe à l’antipode de la classe Universe. Nous avons vu que la classe Mind représente une attitude figée. Et Voldemort effectivement ne change pas d’un iota sa personnalité tout au long de la série. Et même au moment du climax, il refusera de reconsidérer ses actions et ne montrera aucun remord.

Nous avons abordé dans cet article :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (72)
le Composant thématique Concern lié à l’Objective Story Throughline.
Concernant Harry, ce Concern de l’Objective Story est de voir l’évolution de ce gamin – qui dormait sous un escalier et qui était tyrannisé par son cousin Moldu – en un sorcier confiant en lui-même. Ce processus de devenir quelque chose suggère que la ligne dramatique de l’Objective Story tombe sous la classe Psychology, c’est-à-dire une sorte de manipulation de la personnalité d’un personnage pour tirer le meilleur (ou bien le pire selon les histoires) de lui-même.

Et nous pouvons affirmer sans conteste que Dumbledore forme Harry pour devenir le sorcier que sa destinée laisse présager. Maintenant, si nous appliquons le principe à la base des quaternités, nous nous apercevrons que la classe Psychology est en paire dynamique avec la classe Physics.

Chaque ligne dramatique s’inscrit dans un domaine et un seul. La ligne dramatique du personnage principal (Harry) relève de Universe et l’on en déduit que l’on pouvait alors assigner la classe Mind à l’Influence Character. Ce travail de décision est de la responsabilité de l’auteur qui a donc tout intérêt à bien connaître la vérité de son histoire.

Maintenant si nous classons l’Objective Story Throughline en Psychology, il incombera alors la classe Physics à la relation entre le personnage principal et son Influence Character.
Les Signpost se dénombrent aussi par le chiffre magique de la théorie narrative Dramatica : 4. Nous allons donc tenter de trouver dans chaque ligne dramatique quatre de ces Signpost qui marqueront l’évolution de la préoccupation au cœur de chacune des lignes dramatiques.

Le domaine de la ligne dramatique du personnage principal est en rapport avec la classe Universe. Et quels sont les types qui donneront les Signpost sous cette classe ?

  1. Future
    Il y a eu une prophétie que Harry affronterait Voldemort et que seul l’un d’entre eux survivra. Et cette destinée est scellée lorsque Voldemort tue les parents de Harry. Cette prophétie est d’ailleurs statuée avant le début de l’histoire.
    Le future de Harry est lié à son passé.
  2. Past
    Lorsque nous faisons la connaissance de Harry, il ignore cependant tout de cette prophétie et donc de son passé. Et dans le cours de l’histoire, il acquerra progressivement cette connaissance qui lui fait défaut.
  3. Progress
    Harry commencera vraiment à grandir de ses expériences lorsqu’il ne sera plus celui qui est chassé par Voldemort et qu’il deviendra le chasseur. Cette prise de conscience n’intervient pas avant Harry Potter et l’Ordre du Phenix lorsque Harry décide délibérément de sauver Sirius Black.
    Et lorsque l’affrontement final avec Voldemort se produira dans le septième tome, Harry aura fait suffisamment de progrès et sera totalement confiant en ses capacités.
  4. Present
    L’approche prise par J.K. Rowling est très intéressante car le présent de Harry se cristallise dans le dénouement de la série. Harry s’est construit une vie de famille heureuse. Et tous ses problèmes semblent désormais derrière lui.

Voyons maintenant les Signpost de la ligne dramatique de l’Influence Character (Classe Mind ) :

  1. Memory
    Lorsque la série débute, Voldemort n’est plus qu’un mauvais souvenir que tout le monde essaie d’oublier. Il est intéressant aussi de noter qu’il est celui dont on ne prononce pas le nom (ce qui le rend égale à une certaine déité). Memory dans ce cas relève davantage du mythe que du souvenir.
  2. Subconscious
    Ce sont les désirs les plus profonds. Et en effet, lorsque Voldemort revient, il se met aussitôt à tenter d’assouvir son désir profond de pouvoir et d’immortalité. Et évidemment, Harry est sur son chemin. Il doit donc l’éliminer.
  3. Preconscious
    Sous ce vocable sont rangées les réponses immédiates des personnages. Plus on approche du climax et plus Voldemort semble abandonner ses principes de prudence, de planification du mal et de discrétion. Il commence à agir par impulsion souvent létales d’ailleurs.
    Dans Harry Potter et les reliques de la mort, on voit même Voldemort agir avec frénésie dans toute la force du désespoir.
  4. Conscious
    A la fin, Voldemort s’avère incapable d’envisager le moindre remords pour ses méfaits. Et partant, il ne pourra pas être sauvé de sa propre malédiction (tandis que Harry le pourra).

Et maintenant, le domaine de l’Objective Story Throughline. Nous avons assigné la classe Psychology à ce domaine.

 

  1. Conceiving
    C’est le professeur Dumbledore qui a eu l’idée au départ de confier Harry aux Dursley à la fois pour le protéger et pour éviter que sa notoriété ne lui monte à la tête (somme toute, un enfant est très malléable).
    Notez que les Signpost englobent bien plus que ce qui se passe devant les yeux du lecteur. C’est un peu comme si nous imposions à nos personnages des cultures de référence. Et celles-ci viennent avec un passé déterminé qui façonnera le contexte dans lequel les personnages évolueront (même si ce contexte ne sert que d’arrière-plan sans réelles implications dans l’intrigue).
  2. Conceptualizing
    Il fut un temps où Dramatica définissait le type Conceptualizing comme l’élaboration d’un plan, d’une stratégie. Cela est toujours le cas mais la signification de Conceptualizing est beaucoup plus pure de la chose qu’il décrit. Il est tout à fait légitime de penser que Conceptualizing consiste essentiellement en la conception d’un plan et néanmoins se laisser de la place pour penser ce terme comme toute sorte d’engendrement. Dans Conceptualizing, il y a foncièrement quelque chose d’instrumental.
    Voldemort donc cherche par tous moyens de retrouver sa puissance d’antan alors que Dumbledore développe sa stratégie pour vaincre Voldemort.
  3. Being
    Ce type décrit l’image que nous renvoyons aux autres. C’est la personna des personnages. C’est ce qui se montre et n’est pas forcément la vérité du personnage. Dramatica a longtemps considéré Being comme jouer un rôle.
    Harry Potter renvoie l’image de l’Agneau pascal au sens des religions juive et chrétienne. C’est un rôle pour lequel il a été préparé (Being laisse entendre toutefois qu’il avait le choix de ne pas l’accepter).
  4. Becoming
    Après la mort de Voldemort, Harry est devenu quelqu’un de bien plus sage. Cette sagesse acquise est illustrée par son refus de la Baguette de sureau qui aurait pu faire de lui un sorcier très puissant. Plus puissant et plus sage que Dumbledore lui-même.

Il reste à voir la relation de l’évolution entre le personnage principal et l’Influence Character dont les Signpost ressortent à la classe Physics.

  1. Understanding
    Understanding sert à apporter des informations pour que les personnages et le lecteur comprennent certaines relations. Dans Harry Potter, lorsque sa cicatrice brûle en présence de Voldemort et lorsque ce dernier brûle en touchant Harry sont des signes que ces deux personnages sont liés par quelque mystère.
    Understanding est une notion très importante parce que par elle, vous pouvez apporter de la qualité à votre écriture. Ne posez pas de signes sans une véritable intention. N’écrivez pas de signes creux.
  2. Doing
    Dès le début de la série, Harry et Voldemort agissent dans le but de se nuire mutuellement. Harry détruit le tout premier horcruxe et Voldemort revient à la vie par le sang de Harry. Comprenez bien que Doing ne concerne pas pourquoi ils font cela mais simplement qu’ils le font parce que la finalité espérée nécessite une action.
  3. Learning
    Certaines informations doivent être communiquées afin d’assurer l’avancée de l’histoire. Harry, par exemple, apprend le passé de Dumbledore et il découvre ce que sont les Reliques de la Mort.
    Quant à Voldemort, il cherche à se renseigner sur la Baguette de sureau par contre, il ne comprend pas lorsque que Harry en devient le maître.
    Notez que Learning concerne autant la collecte d’informations que de ne pas pouvoir obtenir certaines informations. L’un comme l’autre font avancer l’histoire.
  4. Obtaining
    Obtaining décrit la mission de Harry dans cette histoire. Il doit vaincre Voldemort.

Pour une première approche des classes et des types, je vous renvoie à cet article :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (31)

Nous nous pencherons sur les Contenants thématiques de la Subjective Story Throughline dès le prochain article.

 

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Une réflexion sur « DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (85) »

  1. J’étais en galère quand j’ai trouvé cette série d’articles. J’ai tout repris de A à Z avec prémisse, pitch, arc dramatique… Mon roman n’est pas encore sauvé mais j’ai la tête hors de l’eau. Ce sera mon 4ème, je n’avais jamais travaillé ainsi auparavant? Merci. (et ça vaut bien une petite contribution financière !)

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