Dramatica

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (107)

Dramatica semble compliquée et mes incessants renvois vers des points de théorie et des exemples d’application (c’est-à-dire vers mes autres articles, en fait) ne rendent pas les choses faciles. Consacrez néanmoins un effort, ne serait-ce que de curiosité, à cette théorie narrative.

Le précédent article a mis en avant le Story Engine, part intégrante du Storyform (que d’aucuns nomment le squelette, c’est-à-dire la structure de l’histoire).
Story Engine est en effet la force vitale de l’histoire alors que la structure est davantage une armature. Il se constitue de composants dramatiques dont vous choisissez certaines valeurs ou propriétés ou qualités (selon le terme qui fait le plus sens pour vous).

Ces composants dramatiques sont nommés Appreciations dans la terminologie de Dramatica. Ces Appreciations sont un moyen pour le lecteur de se saisir de l’histoire. Je ne saurais trop vous conseiller de relire ces articles à propos de ces appréciations :

  1. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (62)
  2. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (63)
  3. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (64)

La théorie narrative Dramatica fonctionne par quaternités (il y a toujours 4 valeurs qui possèdent certaines relations entre elles). Ces relations font que lorsque vous optez pour une caractéristique (une classe, un type, une variation de type ou un élément de caractérisation), la valeur qui lui est associée (en paire dynamique, en Companion Pair ou bien en Dependent Pair) vous est donnée par Dramatica.

Le Story Engine peut être compliqué parce que même si chacune des appréciations dramatiques (Appreciation) qu’il précise ont des valeurs (ou caractéristiques ou propriétés) paramétrées telles que vous le souhaitez (que le terme paramètre ne vous effraie pas, Dramatica ne tuera point votre créativité, bien au contraire, il l’excite), il peut être difficile d’imaginer comment l’auteur va pouvoir mettre en vie ces appréciations dramatiques dans son propre scénario.

Retour sur le Storyform

Le Storyform est une liste d’appréciations dramatiques (Appreciations) qui fonctionneront ensemble afin de créer les arguments rationnels et émotionnels d’une histoire.

Définissons le terme argument selon Dramatica :

Argument décrit la progression au-travers de l’histoire (tout est mouvement, tout s’inscrit dans une durée) des significations logiques (ou raisonnées) ET émotionnelles (ou passionnées) qui se combinent pour prouver le message de l’histoire.

C’est comme si l’auteur épuisait toutes ces affirmations sur un message donné tout en répondant dans le même temps à toutes les objections qui pourraient lui être formulées.
Un argument est un débat nécessaire pour qu’un auteur assoit dans l’esprit de son lecteur sa propre vision des choses.

Comme l’auteur ne fait pas de propagande, il lui faut alors expliquer les choses par une délibération. On peut aimer penser que cette délibération qui pèse tous les éléments d’une question (éléments qui ne sont pas seulement contradictoires car ils peuvent proposer d’autres alternatives) débouche sur quelque chose qui la dépasse, sur une signification autre que l’intention initiale de l’auteur. C’est une dialectique, c’est-à-dire que par la confrontation des idées, nous nous élèverons spirituellement.

Appreciations sont des endroits spécifiques (ou moments) dans l’histoire chargés de significations qui s’interpellent les unes les autres pour construire et orienter les arguments rationnel et émotionnel de l’histoire.

Ce qui est apparent dans une histoire, c’est le contenu, ce qui est narré. Si l’on va au-delà de l’opacité de ce qui se montre, nous découvrons ce que Dramatica nomme Appreciations.

Ces Appreciations sont des contenants (ou signifiants) qui recevront une valeur, une propriété, une caractéristique, un attribut ou une qualité (ou signifié) quel que soit le terme qui vous convient le mieux. Ce qui est montré, ce n’est ni le signifiant, ni le signifié mais une illustration ou une représentation (c’est-à-dire une forme) de ce qui est signifié.

Le Storyform est hors contexte

C’est effectivement la première chose à accepter pour s’approprier le Storyform. Car créer ce contexte relève du processus d’écriture de l’histoire. Or le Storyform est la fondation sur laquelle ce processus s’appuie.

C’est de la combinaison de Appreciations et d’un contexte que le lecteur reçoit la signification. Et tant que vous n’avez pas imaginé Appreciations (en d’autres termes, tant que vous n’avez pas illustré Appreciations), vous ne pouvez pas être sûr que vous avez le bon Storyform.
Ainsi, vous vous ouvrez le champ des possibilités et votre histoire ne sera pas prévisible ou stéréotypée parce que les possibilités sont infinies.

Deux auteurs travaillant sur le même Storyform ne produiront pas la même histoire. Et même un auteur travaillant sur le même Storyform donnera deux œuvres différentes.

Bien connaître ne serait-ce que l’une des quatre lignes dramatiques est-il suffisant pour illustrer Appreciations ?
Même dans ce cas, je crains que vous ne puissiez formuler des idées concrètes pour représenter Appreciations.

Par exemple, comment illustrer le concept de Benchmark ?
Concernant cet important concept, je vous renvoie à cette série d’articles sur les contenants thématiques :

  1. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (71)
  2. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (72)
  3. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (73)
  4. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (74)
  5. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (75)

et plus si affinités (Je vous conseille de vous y prendre au moins à deux fois pour tenter de comprendre le dernier de la liste).

Ce qui semble ardu, ce serait par exemple comment appliquer dans un projet (de scénario par exemple) un tel concept abstrait de Benchmark avec pour attribut Conceptualizing et pour ligne dramatique (ou Throughline) la Subjective Story Throughline (que Dramatica nomme aussi Relationship Story Throughline parce qu’elle concerne la relation entre le personnage principal et l’Influence Character).

C’est un exemple mais la difficulté se loge précisément dans ces questions pratiques que se pose l’auteur devant Dramatica. Comment concrètement utiliser ces concepts ? Comment les représenter ?

Si je reprends l’exemple de Benchmark, je crois comprendre qu’il s’agit de marquer le progrès que connaît la relation entre le personnage principal et l’Influence Character.
Disons que pour mon histoire, cet Influence Character sera sa petite amie et je souhaite que leur relation se dégrade.

Jusqu’ici, je pourrais me dire que je suis en harmonie avec les concepts de Relationship Story Throughline (qui décrit ce qu’il se passe entre mon personnage principal et sa petite amie) et de Benchmark (qui décrit l’évolution de leur relation par un certain nombre de moments significatifs).

Mais une question nouvelle apparaît. J’ai compris que le type ou la variation de type sont généralement porteurs du thème et cela m’intéresse.
Mais si j’opte pour le type Conceptualizing qui signifie essentiellement concevoir une idée, comment puis-je l’illustrer dans ma propre histoire ?

Ces questions que se pose l’auteur devant Dramatica n’obscurcissent pas son horizon. Au contraire, y réfléchir le mènera vers quelque chose de bon.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le type Conceptualizing, je peux vous conseiller la lecture de DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (85)

Pour préserver sa créativité, il faut expérimenter. Si nous optons pour le type Conceptualizing comme Benchmark de la Subjective Story Throughline, il nous faut poser devant nous cette Appreciation particulière et la mettre en contexte, c’est-à-dire l’illustrer, la mettre en scène avec tout ce que notre imagination est capable de produire (sans même s’interroger sur la crédibilité ou la cohérence de ce que nous inventons avec l’ensemble de l’histoire que l’on souhaite écrire).

Par exemple, la petite amie pourrait mettre en place une stratégie pour amener le personnage principal à provoquer lui-même la rupture. Benchmark dans ce cas pourrait signifier comment cette stratégie parvient à faire naître cette idée de rupture dans l’esprit du personnage principal et comment cette idée évolue.

Ou alors je pourrais vouloir dire que le personnage principal ne supporte plus le comportement de sa petite amie et le Benchmark pourrait alors être illustré par des incidents qui viendront appuyer cette exaspération. Et si on a d’autres idées, on les pose aussi sur le papier.

Cette façon de faire permet d’explorer Appreciation, de le pénétrer intimement et peut-être que l’une des inventions, l’une de ces mises en contexte de Appreciation fera jaillir un bon sang mais c’est bien sûr.

Pour que cela fonctionne, il faut déjà avoir une idée de ce que sont ces Appreciations pour la théorie. Qu’est-ce qu’une Relationship Story Benchmark ? Qu’est-ce qu’une Main Character Unique Ability ?

Ces informations, vous les trouverez dans le SOMMAIRE des articles sur la théorie. Concernant les types et les variations de type, par exemple, elles sont regroupées sous le Chapitre 12 : Les éléments de structure (Le thème).

Un peu de lecture sur les Contenants thématiques, sur les types et les variations de type permettra déjà de répondre à beaucoup de vos interrogations. Il est important de comprendre à quoi correspond, à quel moment correspond chacune des notions impliquées dans Appreciations.

Appreciations capture en quelque sorte ces moments de l’histoire qui lui sont nécessaires pour qu’elle soit comprise du lecteur. L’auteur doit se saisir de leur raison d’être et s’y tenir parce qu’elle lui offre une perspective pour développer son histoire justement.

Si vous avez lu ou relu les articles que je vous ai indiqué dans le présent article, vous avez compris qu’un histoire se compose de quatre lignes dramatiques (ou Throughlines).
Chacune de ces lignes dramatiques doit être traitée indépendamment des autres. Elle est une et se suffit à elle-même. Et elle possède son propre jeu Appreciations que vous identifierez d’abord et qu’ensuite vous illustrerez par vos propres inventions (ou mises en scène).

Reprenez l’exemple de l’article précédent dans lequel je vous faisais la démonstration théorique et pratique du Story Engine. Ce Story Engine est précisément constitué avec Appreciations et deux des lignes dramatiques : Overall Story Throughline et Main Character Throughline.

Chaque ligne dramatique est une perspective différente sur l’histoire. Comme je l’ai dit, chacune d’entre elles possède son propre jeu Appreciations. Ce qui implique qu’il ne faut pas mélanger les perspectives. Celle du personnage principal (Main Character) diffère de Objective Story, par exemple. Chaque ligne doit être autonome.

Question de termes

J’ai fait le choix de conserver le vocabulaire de Dramatica. Les explications que j’en donne ont été traduites pour éviter toutes connotations et autres interférences qui pourraient émaner du langage parlé.
Le langage parlé n’est pas aussi précis que les mots écrits. Sauf peut-être ceux de la poésie qui touchent au plus près de la nature des choses.

Comprendre la pensée de Dramatica, ce que signifie et ce que ne signifie pas un terme, est fondamental quand viendra le moment de représenter ce terme, de l’illustrer par une scène ou une situation (et des dialogues).

Dans DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (31), je vous donne un premier aperçu des types tels que Dramatica les comprend. Chaque type possède ses limites. La représentation que vous en ferez doit en tenir compte.
Par exemple, Being est essentiellement une image de soi que l’on renvoie aux autres. Si l’un de vos personnages embarque cette propriété, considérez peut-être qu’il manque de franchise envers les autres et que cette propriété pourrait causer certains situations ou circonstances qui ne seraient pas possibles autrement.

De même si vous vous penchez sur la variation Morality (qui est une variation du type Obtaining), vous comprendrez que Dramatica l’associe aux personnages altruistes.
S’il advient que ce personnage agisse soudainement de manière égoïste, soit il a subi une terrible épreuve qui l’oblige à adopter une attitude radicalement différente, soit vous faites une erreur (et vous ne parviendrez pas à rendre ce personnage cohérent créant de la confusion dans l’esprit du lecteur).

En fait, vous allez donner forme à de la matière, à un matériau dramatique. Cette matière vous est précisée par Dramatica et la forme est l’expression de votre innovation, de votre imagination, de votre créativité.
C’est ainsi que deux plasticiens à partir d’une même matière produiront deux œuvres différentes.

A suivre dans le prochain article

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