Dramatica

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (62)

Commençons la traduction du chapitre 17 de la théorie narrative Dramatica.

Sommaire de tous les articles :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE

CHAPITRE 17
Appréciations de l’intrigue (sur le plan thématique)
L’aspect thématique de l’intrigue

Une intrigue a deux côtés : l’un deux s’occupe de la séquence de ce qui se passe chronologiquement ou non dans l’histoire. L’autre aspect est thématique par nature et détermine ce que contient l’intrigue.
Les termes qui décrivent la séquence sont les actes, les chapitres et les scènes. Les termes qui décrivent les thématiques de l’intrigue incluent ceux d’objectifs, d’exigences (de l’histoire) ainsi que conséquences.

Terminologie :
Les exigences

Ce sont les éléments dramatiques posés comme conditions préalables pour atteindre l’objectif. Atteindre cet objectif ne peut être direct. Chaque situation dramatique est un assemblage de rouages qui doivent être ajustés et réalignés comme préalable pour permettre l’objectif.
Ces rouages rendent l’objectif possible. Cela peut impliquer la réalisation de certaines étapes en séquence réglées de façon à harmoniser l’objectif et les conditions de sa réalisation.

On rejoint en cela le principe de causalité. Les événements s’organisent en un certain ordre (l’un dépend de l’autre) et la conséquence de cet arrangement particulier d’événements est de proposer au lecteur de manière logique et cohérente la tentative de réaliser l’objectif (tentative qui se manifeste alors dans le climax comme réponse de l’auteur à savoir si l’objectif peut être réussi ou non).

Que ce soit une approche séquentielle bâtie sur un rapport de cause à effet entre les événements ou bien que ce soit une approche globale, holistique qui considère l’objectif comme un tout indépendant comme conséquence d’un certain nombre d’événements éparpillés dans le cours de l’histoire mais qui ne sont pas nécessairement liés entre eux par un principe de causalité, les prérequis ou conditions préalables sont décrits ou illustrés par une exigence principale qui doit être remplie pour que l’objectif soit possible. En d’autres mots, l’exigence décrit la condition nécessaire de l’objectif et est constituée de prérequis et de conditions préalables.

La conséquence

La conséquence est le résultat d’un éventuel échec de l’objectif. Il existe effectivement une incertitude quant à la réussite de l’objectif. Cette incertitude est décrite par la conséquence en cas d’échec.
Pour chaque objectif, il y a une conséquence. Cela prédispose l’objectif à être certes l’objet d’un désir mais ce n’est pas toujours le cas.
Parfois la différence entre l’objectif et la conséquence serait de choisir le moindre de deux maux. Sous un angle moins pessimiste,  objectif et conséquence pourraient être une question de grandeur entre deux possibilités plutôt positives que négatives.

Parfois la conséquence se produit lorsque l’objectif n’est pas atteint et d’autres fois, la conséquence existe déjà et ne peut être éliminée que si l’objectif est accompli. Si la conséquence et l’objectif sont relativement proches concernant leurs valeurs positives ou négatives, il peut être parfois difficile de distinguer entre la conséquence et l’objectif.
Ainsi, pour s’assurer de l’objectif, il suffit de questionner son protagoniste et de vérifier quelle est l’approche qu’il adopte pour espérer obtenir quelque chose. Ce sera son objectif.

L’objectif

Parmi tous les objectifs possibles que se donnent les personnages dans une histoire, il y en a un qui ressort tout particulièrement, comme central à l’histoire.
Cet objectif particulier est celui du protagoniste qui espère réussir quelque chose.

Ce quelque chose peut être extérieur comme l’acquisition d’un objet. C’est quelque chose de matériel, d’extérieur au protagoniste. Assez souvent, cependant, cet objectif est d’un ordre plus personnel, plus intime. Ce peut être la recherche d’un certain état d’esprit ou bien une illumination comme la découverte d’une vérité sur soi ou une conversion quelconque.
Ce peut être un sentiment, une attitude, une connaissance ou encore une nouvelle aptitude ou attitude.

Bien que cela soit sa principale préoccupation dans l’histoire, l’objectif que s’est fixé le protagoniste n’est pas nécessairement une bonne chose pour lui. Et il n’est absolument pas assuré qu’il réussisse cet objectif.
C’est au cours de l’intrigue et progressivement que la valeur de cet objectif et son éventuelle réussite seront clarifiées à la fois pour le protagoniste et pour le lecteur.

Pour Dramatica, la nature de cet objectif (c’est-à-dire comment l’auteur le décrit) dépend des choix dramatiques de l’auteur justement. Il y a une cohérence entre les choix de l’auteur et la façon dont il décide d’illustrer cette nature et cela lui est tout à fait personnel.
De plus, pour une catégorie d’objectif donnée. l’auteur peut choisir ensuite entre une infinité de possibilités narratives.

Les appréciations

Les appréciations sont des concepts dramatiques partagés entre le lecteur et l’auteur. D’une certaine manière, cela correspond à la façon dont un lecteur recevra le discours de l’auteur. C’est un ensemble de significations communes à toutes les histoires. Si par exemple, un auteur introduit dans son histoire la mort d’un enfant, la perception et la réception de cet événement par le lecteur sera similaire quelle que soit l’histoire qui le relate.

Lorsque nous tentons de gérer un problème dans notre vie, certaines considérations et perspectives sont communément adoptées. On se fixe des objectifs, des exigences et des conséquences.
Pour Dramatica, les histoires sont analogues à ce processus de résolution de problèmes. Il est donc logique qu’elles incorporent aussi ces aspects. Ces considérations partagées entre le lecteur et l’histoire est ce que Dramatica nomme des appréciations.

Les thématiques de l’intrigue

Les thématiques de l’intrigue sont aussi appelées appréciations par Dramatica. Ce qui les distingue est que ces thématiques n’appartiennent pas à une ligne dramatique en particulier.

Sur le concept des lignes dramatiques ou Throughlines, je vous renvoie à :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (3)

Ces thématiques de l’intrigue sont éparpillées parmi les quatre lignes dramatiques. C’est parce que ces appréciations de l’intrigue représentent l’impact collectif des quatre lignes dramatiques (ou Throughlines) combinées.
L’objectif dans ce cas n’est pas l’objectif particulier d’une ligne dramatique mais le Story Goal. C’est-à-dire l’objectif global.

Conseils de lecture :

Le Story Goal dérive des quatre lignes dramatiques et les impacte toutes les quatre. L’effet global des appréciations de l’intrigue peut être clairement vu tant que le personnage principal, son Influence Character et les personnages objectifs sont pris dans les rets de la quête pour le Story Goal.

Terminologie :
Le personnage principal (Main Character)

Le personnage principal représente la position du lecteur dans l’histoire. Toute histoire devrait avoir un personnage central qui ancre l’attachement émotionnel qu’un lecteur peut ressentir vis-à-vis d’une histoire.
Le personnage principal est le canal par lequel le lecteur fait subjectivement l’expérience de l’histoire.

Ce personnage principal peut être un personnage qui reste relativement lui-même parce qu’il a besoin de s’affermir dans sa détermination ou bien un personnage qui va altérer sa nature dans une tentative pour résoudre ses problèmes.
Quoiqu’il en soit, c’est à travers ses yeux que nous percevons l’argument personnel de l’histoire (comme par exemple ce qu’il en coûte au personnage d’aller jusqu’au bout de son objectif).

Influence Character

Ce personnage qui n’est pas une fonction de l’histoire (ce n’est pas un archétype) force le personnage principal (qui n’est pas non plus un archétype) à faire face à son problème personnel. Chaque personnage principal d’une histoire a son Influence Character qui le force à affronter ses problèmes personnels.

Je reviens un instant sur le concept de fonctions. Une fonction est un archétype dans la terminologie de Dramatica. Parmi ces archétypes, nous découvrons le protagoniste, l’antagoniste, Raison, Emotion, Sidekick, Sceptique, Gardien et Contagonist.
Ces fonctions ont un rôle précis à jouer dans une histoire.

Je vous invite à lire ces articles pour une première approche sur les archétypes tels que les conçoit Dramatica :

  1. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 1
  2. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 2
  3. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 3
  4. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 4
  5. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 5
  6. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 6
  7. ARCHETYPES DE MELANIE ANNE PHILLIPS – PART 7

Maintenant, en théorie, n’importe laquelle de ces fonctions pourrait être personnage principal ou bien Influence Character. Classiquement, le personnage principal est aussi le protagoniste. Lorsque c’est le cas (c’est généralement le cas), Dramatica le nomme alors héros de l’histoire.

Concernant l’Influence Character, n’importe laquelle des autres fonctions peut aussi emprunter cette approche. Par exemple, le sidedkick s’il est l’allié du personnage principal peut servir d’Influence Character auprès de lui.
Mais il n’est pas le seul et un antagoniste peut très bien être aussi Influence Character. Dans ce cas et par exemple, la force antagoniste pourrait permettre au personnage principal de se révéler comme c’est le cas dans Coup de foudre à Notting Hill où Anna est effectivement à la fois antagoniste et Influence character de William Thacker.

Du point de vue du personnage principal, cet Influence character peut être perçu comme lui bloquant la voie vers la solution de son problème personnel. Ou bien il peut être vu comme tentant d’empêcher littéralement le personnage principal de réussir son objectif. Lorsque cet Influence Character n’est pas l’antagoniste, on peut le voir non pas comme obstruant la solution de ce dernier mais plutôt lui proposant une autre voie pour solutionner son problème. Et ce sera tout à fait cohérent et légitime comme approche.
Lorsque l’Influence Character est l’antagoniste, son approche envers le protagoniste est bien plus rude (tout en étant aussi légitime et cohérente selon son propre point de vue).

D’un point de vue objectif, l’Influence Character fonctionne pour que le personnage principal adresse son problème directement et n’ait pas tendance à l’occulter. Lorsqu’une difficulté survient, elle incite le personnage principal à se dévoiler et à exposer son problème personnel afin de résoudre cette difficulté.

C’est l’Influence Character qui crée la tension dramatique (ou la pression) que subit le personnage principal. Comme je l’ai mentionné, l’auteur choisit souvent que son personnage principal soit aussi protagoniste. Et l’Influence Character est combiné avec les fonctions de Gardien ou de Contagonist.

Ainsi, chacun de ces personnages œuvrent doublement comme moteurs pour à la fois l’aspect objectif et l’aspect subjectif de l’histoire.

Concernant les personnages objectifs, je vous renvoie vers :

  1. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (6)
  2. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (7)
  3. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (8)

Et pour les personnages subjectifs :

  1. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (21)
  2. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (22)
  3. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (23)
  4. DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (24)

L’arrangement de l’Influence Character avec le Gardien ou le Contagonist ou celui de personnage principal avec le protagoniste n’est cependant pas une obligation. D’autres archétypes peuvent être choisies afin d’éclairer la relation qui existe entre les problèmes objectifs et subjectifs que soulève l’histoire.

Nous continuerons dans le prochain article.

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