Dramatica

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (46)

L’article précédent examinait le type Conceptualizing de la classe Psychology.
Abordons dans cet article les quatre variations du type Conceiving de la même classe.

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Les quatre variations du type Conceiving (classe Psychology)

Sommaire de tous les articles sur la théorie narrative Dramatica :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE

Pour une explication du type Conceiving, nous vous renvoyons à
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (31)

Permission

Sommairement; ce que la situation ou les circonstances nous autorisent à faire. La liberté d’action du personnage, les choix qu’il fait ou les décisions qu’il prend sont engoncés dans un cadre.
Mais cela n’est pas forcément négatif pour le personnage.

Et pas plus que positif, d’ailleurs.
Permission ne donne pas une valeur quelconque à la situation par le personnage ou les autres (ceux qui observent la situation). Elle peut simplement décrire une phase processuelle dans les limites de laquelle un personnage (et comme dans la vie réelle, somme toute) ne peut que manifester son agir.
Permission ne décrit donc pas ce qui peut se passer s’il s’écarte de la norme.

Il signifie une faculté du personnage limitée par des restrictions. Que cette capacité soit innée ou non, si le personnage n’est pas bridé d’une manière ou d’une autre, il représente un danger pour le système et peut-être pour lui-même.

C’est pour cela que cette contrainte peut être imposée par le personnage lui-même qui se fixe des limites à son action ou bien par les autres pour le contrôler par exemple.
Lorsqu’un personnage considère ce qu’il peut faire et ne pas faire, ce n’est pas une capacité particulière qu’il affirme mais plutôt les limitations qu’il s’est fixé à son action.

Lorsque l’on se préoccupe des conséquences d’une désapprobation ou bien lorsqu’on hésite à faire quelque chose (ce qui revient à craindre les conséquences de ses actes), cela crée une indécision.
Et celle-ci est paralysante. L’action est stoppée parce qu’elle ne peut franchir certaines limites. C’est aussi cela que décrit Permission.

Cet étau que s’impose le personnage ou qui lui est imposé génère une frustration qui peut alors provoquer une réaction explosive si le nœud est trop serré. Si le personnage est conscient d’un sentiment d’étouffement que les circonstances ou la situation causent en lui, il pourrait éprouver des phobies, par exemple. Ou n’importe quelle autre névrose.

Deficiency

Cette variation du type Conceiving décrit des motivations basées sur le manque. Dramatica voit une relation d’opposition entre Permission et Deficiency. C’est-à-dire que les contraintes illustrées par Permission et qui limitent l’activité du personnage sont ressenties par ce dernier comme une privation.

Et la dialectique qui s’opère entre les limites et les privations qu’elles suggèrent  débouchera sur quelque chose que l’on peut comprendre comme une étape de l’évolution de ce personnage.
La fixité est peut-être l’un de nos plus grands maux qui consiste à ne jamais remettre en cause ce que l’on est et pourquoi est-on ce que l’on est.

Découvrir sa propre vérité, c’est mettre au jour nos déficiences. Et cette quête d’identité est une véritable motivation. D’où aussi sa catégorisation de Deficiency par Dramatica parmi les concepts thématiques .

Et un personnage peut très bien ressentir un manque dans sa vie sans qu’il comprenne ce sentiment. L’objet qui lui manque se trouve au-delà de limites qui sont comme des frontières opaques. Il ne peut voir au-delà.
Comme on ignore ce que l’on ne connaît pas, il peut au mieux imaginer ce qui lui fait défaut et qui cause en lui cette pauvreté, cette misère qu’il ressent confusément.

Cette absence qu’il éprouve est cependant un moteur. D’abord un besoin qui deviendra désir. Et le personnage sera animé dans le dessein de combler ce manque.
Et certes, c’est un besoin. Dramatica nuance cependant le besoin et le manque. Un besoin s’inscrit dans un contexte et est chargé d’un but. Ce but est ce qui fait apparaître le besoin comme nécessaire.

A l’inverse, le manque ne se justifie par aucun but. Le personnage cherche à combler un manque. C’est cet acte qui le motive. Ne plus ressentir de manque est le dessein qu’il s’est fixé. Se sentir plein est le but recherché.
Ainsi, il pourrait lui manquer n’importe quoi dans sa vie. Une fois trouvé ce qui créait cette sorte de malaise, il en est satisfait.

Prenons l’exemple d’un personnage qui manque de confiance en soi. Son objectif dans l’histoire est de vaincre le méchant. Tant qu’il n’aura pas conquis cette affirmation de soi qui lui manque, toutes ses tentatives seront vaines.
A travers ses tribulations et peut-être avec l’aide d’un mentor, il acquerra ce défaut majeur dans sa personnalité. Ce n’est qu’à ce moment que ses chances de vaincre son adversaire (c’est-à-dire son but) seront bien plus évidentes (même si l’auteur laisse toujours un doute quant à l’issue du combat pour préserver le suspense jusqu’au bout).

Concrètement,  Deficiency décrit un personnage qui n’est pas satisfait par ce qu’il a. Cela se traduit par une exigence.
Il veut posséder ce qu’il n’a pas. Néanmoins, ce besoin de possession peut être source aussi de souffrances et de frustrations. Surtout s’il ne sait pas ce qu’il cherche et darde tout azimut son désir de posséder.

Il peut paraître secondaire qu’un personnage essaie de satisfaire des besoins qui sont sans rapport avec son objectif dans l’histoire. Mais outre le fait que cela lui donne les compétences nécessaires pour aborder plus sereinement son but, il peut aussi réaliser qu’il se trompait d’objectif
A la lumière des révélations qu’il fait ainsi sur lui-même, il peut découvrir que son véritable objectif est tout autre.

Need

Need corresponds à un besoin personnel qui doit être satisfait. C’est une nécessité nécessairement subjective. Ce qui implique que ce besoin ne doit pas être forcément reconnu des autres. Et d’ailleurs, peut-il vraiment l’être ?

Need (littéralement besoin) est toujours fondé sur un but. Ce qui le différencie de Deficiency et explique aussi pourquoi il ne s’oppose pas à ce dernier.
Le manque et le besoin sont deux choses différentes qui peuvent coexister ou non chez un même personnage. Ou bien un personnage pourrait être en manque de quelque chose et un autre aurait pour exigence de satisfaire un besoin mais le manque de l’un et le besoin de l’autre ne les met pas en conflit.

Le besoin est soumis à un jugement de valeur. Il concerne ce qui manque pour satisfaire à une exigence. En tant que jugement, il n’est pas forcément partagé par tout le monde. Le besoin de l’un peut donc entrer en conflit avec celui d’un autre.
Pour Dramatica, deux besoins qui s’opposent ne sont pas thématiques mais appartiennent à la structure de l’histoire ou aux fonctions des personnages dans l’histoire (comme l’antagoniste et le protagoniste).

Dramatica souligne par ailleurs que même un besoin universel de nourriture et d’eau peut être soumis à des jugements contradictoires. En effet, nous avons tous besoin d’eau et de nourriture pour vivre. Dramatica utilise un exemple extrême dans le cas d’un personnage tétraplégique avec des complications sans fin qui n’aspire qu’à une chose : mourir.
Se sustenter pour survivre aura pour ce personnage une bien moindre valeur que la plupart d’entre nous.

Need dans le vocabulaire de Dramatica est donc un besoin essentiellement subjectif. Satisfaire à ce besoin devient alors un désir tout à fait subjectif (et l’intersubjectivité est souvent source de conflits).

Expediency

Expediency est une notion importante du vocabulaire Dramatica. Cela consiste à choisir le cours des choses le plus efficace tout en tenant compte des répercussions. Ce n’est d’ailleurs pas tant en termes d’efficacité que doit être compris Expediency.
Ce terme décrit en fait ce que ressent un personnage quant à ce qu’il doit faire ou être afin d’éviter d’éventuelles conséquences négatives.

Et ces conséquences peuvent venir de l’environnement du personnage comme une désapprobation de ses actes par d’autres personnages ou bien être le fait du personnage lui-même qui pourrait regimber à suivre certaines voies.
Les récriminations qu’il cherche à éviter proviennent donc soit de l’extérieur, soit de lui-même.

Goethe a écrit que le plus grand mal qui puisse arriver à l’homme, c’est qu’il en vienne à penser du mal de lui-même. Si un personnage ne vit pas conformément à l’image qu’il a de lui-même, comme l’estime de soi par exemple, il sera émotionnellement perturbé. Il se battra avec lui-même parce qu’il y aura désaccord entre ses actes et cette image qu’il a de lui-même. Le personnage craindra alors des conséquences émotionnelles.

Si les conséquences sont au-dehors du personnage, il ressentira une pression extérieure comme une menace envers son statut social, par exemple.

Expediency vise  les conséquences probables et décide des choix que fera le personnage. Ce dernier est face à des opportunités. Il doit prendre une décision et le choix de celle-ci se fera soit sur une base émotionnelle (comme ressentir un sentiment de culpabilité et chercher le pardon) soit sur un raisonnement logique (donc en gardant la tête froide après avoir bien pesé les avantages et désavantages de chacune des opportunités qui s’offrent).
Dramatica reprend à son compte la distinction opérée par Aristote entre la conscience morale et une motivation émotionnelle.

La conscience morale serait plus intellectuelle, plus raisonnée comme une force supérieure de motivation.
Alors que l’émotion serait moins noble, plus basique, plus primale et plus éphémère. L’émotion serait alors moins efficace que les décisions raisonnées ou du moins aurait des conséquences plus instables.

Dramatica ne partage pas cette dernière opinion. Par contre, la théorie met en avant la distinction entre Need et Expediency.
C’est-à-dire entre une vue objective et une approche subjective du problème qui exige une réponse.
Et plus ou moins immédiate car il y a souvent une certaine urgence dans la prise de décision ce qui permet à l’émotion de se frayer un chemin dans le processus.

Et le rapport qui unit Need et Expediency est conflictuel et créateur de tension dramatique.
Lorsqu’un personnage est influencé par Expediency, c’est comme s’il se disait Je devrais faire cela [Need]…
(mais je n’en ai pas vraiment envie !) [Expediency]

Nous aborderons les variations du type Being dans la prochain article.

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