Dramatica

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (92)

Lorsque j’ai commencé à me livrer à la traduction de la théorie narrative Dramatica, j’ai toujours voulu l’annoter de mes propres commentaires afin d’en faciliter l’application pratique dans la vie des auteurs.
Depuis, j’ai aussi commencé à réviser les articles afin de traduire en français non pas le texte mot à mot mais surtout la pensée des auteurs (Melanie Anne Phillips et Chris Huntley).

Dans l’article précédent, nous avons abordé une notion fondamentale de Dramatica : Inequity. Vous avez remarqué que la terminologie de Dramatica consiste essentiellement en concepts que l’auteur emplit de matériaux dramatiques bien spécifiques lors de l’écriture.
Inequity n’est cependant pas considérer comme un contenant car en fait, cette notion est en filigrane dans tous les concepts qu’énonce la théorie.
Au niveau le plus détaillé de Dramatica (c’est-à-dire jusqu’aux éléments de caractérisation des personnages), Inequity se montre comme un problème. Le concept qui porte se problème est Problem.
Ce problème apparaît comme la source du conflit.

Dramatica est un modèle représenté par une charte graphique.
Cette charte propose quatre domaines ou classes (Universe, Physics, Psychology et Mind). C’est le niveau le plus élevé.

Chacune de ces classes se subdivise en quatre types. Chacun de ces types se subdivise en quatre variations de type. Et chacune des variations en quatre éléments de caractérisation.

DramaticaDramaticaComme le conflit se répercute de l’élément de caractérisation jusqu’à la classe, il apparaît plus général, moins spécifique. Plus on s’éloigne de la source de la perturbation (Inequity) (désignée par l’élément de caractérisation), et moins les effets seront précis.

En fait, Dramatica part du particulier et aboutit au général. C’est une forme d’induction qui permet à l’auteur par inférences successives de traiter des thèmes universels et intemporels en les illustrant par des faits singuliers observables.
C’est ainsi que l’on peut raconter quelque chose d’unique à partir de la prémisse de Roméo et Juliette, par exemple.

Ainsi, le tout premier niveau où l’on peut observer les effets de Inequity est celui des éléments de caractérisation (le niveau le plus bas de la charte graphique). Ces effets sont ce que Dramatica nomme Problem. Et ces Problem affectent le fonctionnement des personnages dans l’histoire (ce sont véritablement des éléments de caractérisation des personnages).

Le niveau supérieur (les variations de type) décrivent ce que Dramatica nomme Issue (voir l’article précédent). Issue a en charge le ou les thèmes qui seront abordés dans l’histoire. C’est une explication plus abstraite des faits observables au niveau des personnages.

En remontant encore d’un niveau, nous trouvons les types. Les types sont associés à la notion de Concern pour Dramatica. Il s’agit d’une description assez générale des préoccupations qui animent les personnages. En d’autres termes, c’est aussi les raisons qui orientent ostensiblement les personnages vers l’objectif.

Le niveau le plus haut est ce que Dramatica nomme Domain. Chaque domaine correspond à l’une des quatre lignes dramatiques. C’est une définition assez large du problème. Selon Dramatica, c’est ce qui pourrait se rapprocher le plus du genre tel qu’on le conçoit habituellement.

Aborder un problème sous un angle différent de celui de Dramatica ?

Cela peut être utile. Dramatica est d’abord un outil mais il n’est pas le seul qu’on puisse utiliser. Classiquement, la notion d’Inequity hors du contexte de Dramatica se retrouve dans la formulation de la prémisse.

Au cœur de l’histoire existe un déséquilibre ou une injustice, ou encore une inégalité flagrante et c’est ce problème qui constitue l’histoire. Toute l’histoire est fondée sur ce problème. La prémisse dessine à grands traits le problème. C’est une abstraction comme la volonté de vivre contre la volonté de mourir, par exemple.
Avec une telle prémisse, de nombreuses possibilités narratives s’offrent à l’auteur. Dans chacune des lignes dramatiques identifiées par Dramatica, vous pourriez aussi la définir selon une prémisse spécifique, même si les prémisses semblent sans rapport apparent.

Par exemple, le personnage principal pourrait être un vieillard qui recherche la sérénité tout en désirant continuer à voyager comme il le faisait dans son jeune âge. Son Influence Character pourrait être effrayé par le noir tout en affichant son mépris du surnaturel.
La relation qui unit le personnage principal et l’Influence Character pourrait se fonder sur la prémisse de la peur du mariage comparée à la peur de vieillir seul. Et l’Objective Story pourrait articuler une recherche du sens de la vie contre les dangers de sortir des sentiers battus.

Chaque ligne dramatique propose une prémisse qui peut paraître incompatible avec les autres. Et pourtant, rien n’interdit qu’on ne puisse leur appliquer les principes de Dramatica. Ceux-ci imposent un vocabulaire essentiellement de concepts comme Contenants thématiques par exemple. Il suffit de jeter un œil sur la charte graphique pour se faire une idée de la terminologie qu’emploie Dramatica.
Les prémisses que nous venons de donner en exemple ci-dessus ont un énorme avantage par rapport à Dramatica, c’est qu’elles sont formulées en langage courant.  Elles mettent en avant un contenu alors que Dramatica propose plutôt des contenants. Et on doit avouer qu’écrire un contenu est plus facile que de penser en termes de contenants (abstraits) et plus direct pour bien penser son sujet.

Néanmoins, la théorie Dramatica est un véritable atout pour débusquer les éventuelles incohérences de son écriture et en fin de compte, l’effort qu’elle demande est assez simple (après avoir étudié la théorie et j’espère que nos articles ont éclairé quelque peu votre connaissance).

Reconsidérons notre prémisse que nous avions attribué à l’Objective Story Throughline : donner du sens à sa vie mais craindre de sortir des sentiers battus parce qu’assumer son individualité, c’est refuser le stéréotype social, c’est se désengager de la masse rassurante.
Si l’on choisit cette seconde voie, cependant, on prend un risque. Nous pouvons assimiler ce risque à la mort (symbolique ou littérale). Pour les personnages, c’est cette approche qui se fonde sur la létalité de leurs choix et décisions qui réglera globalement leur parcours lors du déploiement de l’histoire.

Que veulent les personnages dans cette histoire ? Ils veulent acquérir de la signification. La classe Physics de Dramatica ne concerne pas seulement le monde matériel. On peut vouloir acquérir aussi une certaine sagesse, par exemple. Ou bien encore, s’instruire.
Et que trouve-t-on parmi les types de Physics ? Obtaining. Que représente Obtaining ? Le désir d’avoir une vie qui ait du sens. C’est cette préoccupation qui occupe les personnages dans cette histoire et qui sera rangé sous le concept Concern de Dramatica.

Maintenant, que signifie vraiment vouloir donner un sens à sa vie ? C’est assumer son individualité. C’est mettre en avant son intérêt personnel au détriment de la communauté. Comme vous le constatez, sous Obtaining de la classe Physics, nous avons la variation de type Self-interest.
Nous pouvons toujours aborder un concept Dramatica sous un aspect positif comme négatif. Dans notre exemple, ce sera plutôt positif comme démarche.

Cette démarche justement qui exige que nos personnages participent à des activités dont ils n’ont pas l’habitude. C’est précisément cela que signifie prendre des risques. C’est de s’engager dans des actions dont nous n’avons aucune expérience ou bien que nous ne pouvons nous référer à nos expériences passées pour tenter de prévoir les conséquences de nos actions.

Et parmi les éléments de caractérisation des personnages sous Self-interest, nous pouvons opter pour l’élément Control. Control implique que nous nous concentrions exclusivement sur la tâche en cours pour la maîtriser. Or, dans notre exemple, c’est justement le manque de contrôle qui est à l’œuvre et contre lequel les personnages luttent.
Là aussi, le concept peut être formulé sous son aspect positif (les personnages contrôlent leur situation) ou négatif (et les personnages cherchent à maîtriser leur situation). Et ceci sera catégorisé sous le concept de Problem (puisque nous nous situons au niveau des personnages).

Ainsi, nous aurons pour l’Objective Story Througline :

  1. Domain : Classe Physics
  2. Concern : Obtaining
  3. Issue : Self-interest
  4. Problem : Control

Ce que peut vous apporter la théorie, c’est qu’elle vous permet d’estimer la cohérence, la viabilité de votre construction. Considérez les concepts Dramatica comme architectoniques pour vous assurer que vos choix d’auteur sont cohérents et suivent une certaine logique pour que vous puissiez communiquer efficacement avec votre lecteur.

Ce que propose Dramatica aussi, c’est qu’à travers cet assemblage qui pourrait sembler contraindre ou du moins arbitraire est qu’il promet le plus de conflit possible.
Détailler le problème est aussi facilité parce que vous pouvez partir à sa recherche à partir de n’importe quel niveau de la charte graphique.

A suivre dans le prochain article.

 

 

 

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