Dramatica

DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (65)

Dans cette nouvelle série d’articles, nous allons aborder le chapitre 18 de la théorie narrative Dramatica.

Sommaire de tous les articles :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE 

CHAPITRE 18 : LA PROGRESSION DE L’INTRIGUE
La progression de l’intrigue

Rappel sur la terminologie de Dramatica

Appréciations
Les appréciations concernent la réception par le lecteur du discours de l’auteur. En somme, c’est sa compréhension et son interprétation de l’histoire.

Througlines (ou lignes dramatiques)
Il existe quatre lignes dramatiques dans une histoire :

  1. Celle qui décrit la quête de l’objectif
  2. Celle du personnage principal
  3. Celle de l’Influence Character
  4. Et celle de la relation entre le personnage principal et l’Influence Character.

Pour une approche de ces concepts fondamentaux, je vous renvoie à :
DRAMATICA : LA THEORIE EXPLIQUEE (3)

Chacune de ces lignes dramatiques est reçue et interprétée par le lecteur, Dramatica considère donc que le lecteur porte une appréciation sur chacune de ces lignes.
Il existe donc une appréciation de l’Objective Story Throughline (qui décrit l’effort vers l’obtention de l’objectif de l’histoire (le Story Goal). C’est généralement le but que s’est fixé le personnage principal.

Le lecteur porte aussi une appréciation sur la ligne dramatique que va suivre le personnage principal. Cette ligne dramatique peut être comparée à l’arc dramatique de celui-ci, c’est-à-dire à son évolution progressive au cours de l’histoire. En effet, le personnage principal débute l’histoire dans un certain état de conscience et il la termine transformé.
L’arc dramatique est comme une force qui pousse le personnage principal à se dépasser.

Une autre appréciation concerne l’Influence Character. Le lecteur est témoin de l’action, de l’influence de ce personnage sur le personnage principal. C’est ce témoignage qui est apprécié. Ce n’est pas un jugement de valeur. Nous ne jugeons pas si ce que fait cet Influence Character est bien ou mal. On observe ses agissements et on comprend ce qu’il fait.
Il faut bien garder en tête que le mot appréciations dans le langage de Dramatica n’est pas un jugement.

Une quatrième appréciation concerne celle de la relation qui unit le personnage principal et l’Influence Character. Les relations entre les personnages est certainement ce qu’il y a de plus fascinant dans une histoire. Parmi toutes les relations possibles, celle qui unit le personnage principal et l’Influence Character est la plus intéressante à explorer, d’où son primat pour la théorie Dramatica.

Il y a même des appréciations qui seraient comme une synthèse de ces quatre points de vue (les lignes dramatiques) et qui portent sur l’objectif, les exigences et les conséquences.
Voir à ce sujet :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (62)

Ces appréciations centrales à l »histoire semblent être les plus compatibles avec l’intrigue parce qu’elles affectent les préoccupations (le problème soulevé) par chacune de ces quatre lignes dramatiques.
Concernant ce concept de préoccupations, je vous renvoie à :
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (56)

Aussi variées que puissent être ces appréciations, il y a cependant une qualité qu’elles partagent : elles restent identiques du début à la fin de l’histoire. Par exemple, si le type du Story Goal est Obtaining, ce type ne changera jamais tout au long de l’histoire.
Si le problème du personnage principal relève de l’élément de caractérisation (ou caractéristique) Logic, Logic sera toujours son problème de Il était une fois… à …Et ils vécurent heureux.
[J’insiste sur ce concept d’appréciations : Obtaining et Logic, par exemple, sont des appréciations parce qu’ils sont reconnus par le lecteur dans le contenu de l’histoire. Mais Obtaining et Logic ne sont pas identifiés comme tels ou du moins pas nommés comme tels.
Obtaining et Logic sont des contenants. Et ils contiennent une forme, c’est-à-dire une matière narrative. Par exemple, tous vos personnages sont à la recherche d’un trésor. Cette recherche constitue la matière narrative dont va se servir l’auteur et qu’il va tout emplir d’événements, de retournements de situations, d’explosions…
La théorie narrative Dramatica identifie cette forme narrative singulière (dans notre exemple, cette chasse au trésor) dans un contenant qu’elle catégorise ensuite en Obtaining. Ce qu’il y a de bien avec la théorie Dramatica, c’est qu’elle cherche systématiquement à mettre en pratique ses concepts].

Bien sûr, le personnage principal peut résoudre son problème, mais il ne lui arrivera jamais ( en cours de route) de cesser magiquement d’être animé d’un type de problème et commencer à se motiver pour un autre. Des appréciations de cette nature stable sont dénommées des appréciations statiques.

Les appréciations statiques sont thématiques en soi parce qu’elles forment une préférence ou un commentaire précis sur l’histoire en tant que tout. L’auteur a forcément quelque chose à dire et c’est par les appréciations statiques qu’il y parvient.
[Thématiques en soi] : C’est-à-dire qu’elles constituent le thème.
L’auteur a forcément quelque chose à dire. Et c’est à-travers le thème qu’il le dit. Partant, par les appréciations statiques.

Même les 8 appréciations de l’intrigue, à savoir :

  1. Story Goal
  2. Requirements
  3. Consequences
  4. Forewarnings
  5. Dividends
  6. Costs 
  7. Prerequisites
  8. Precondition

Voir cet article : 
DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE (63)

ont un aspect thématique parce qu’elles décrivent ce dont l’intrigue parle. Mais cela ne suffit pas à l’intrigue. En fait, il existe une autre sorte d’appréciations totalement différentes qui évoluent d’un problème à l’autre dans le cours de l’histoire.
Gardez bien en tête que les appréciations sont la réception de l’histoire par le lecteur. Elles correspondent à sa compréhension de ce qu’il s’y passe.

Ces appréciations qui évoluent au cours de l’histoire sont dénommées Appréciations progressives. Et c’est par elles que l’histoire explore la série d’événements qui surviennent au cours

  • de la ligne dramatique de l’Objective Story,
  • dans l’évolution du personnage principal (connu aussi comme son arc dramatique),
  • dans l’évolution aussi de la nature de l’influence (ou impact) de l’Influence Character sur le personnage principal
  • et ces appréciations progressives concernent aussi le développement de la relation si importante entre le personnage principal et son Influence Character (relation dénommée par Dramatica comme la Subjective Story Throughline).

On voit bien que, dans un sens, chacune des quatre lignes dramatiques a une intrigue qui lui est personnelle. Et pourtant, elles s’affectent toutes les unes les autres d’une manière assez consistante.
Qu’est-ce qui les sépare et pourtant, dans le même temps, les lient ?

Pour comprendre cette sorte de relation, considérons un match  couvert par quatre arbitres différents. L’intrigue réelle du jeu est la série d’événements qui ont lieu sur le terrain. Aucun des quatre arbitres ne peut vraiment observer tous les événements car chacun d’entre eux ne peut voir que ce qui est visible depuis sa position.
Un arbitre de l’autre côté du terrain peut voir des interactions qui sont complètement masquées ou cachées du côté qui lui est opposé. Et de ce côté opposé, le premier arbitre peut rapporter des activités que l’arbitre de l’autre côté du terrain ne peut voir.

En se basant sur ce qu’il croit s’être passé (observé depuis sa position), l’un des arbitres peut siffler un penalty ou laisser le jeu continuer. Souvent, les autres arbitres accepteront ce jugement et le jeu continuera.
Néanmoins, il se peut qu’un ou plusieurs des autres arbitres ne soient pas d’accord avec les conclusions simplement parce les événements semblaient différents de leurs perspectives singulières.

Dans ce cas, le juge-arbitre entre en jeu pour modérer les arbitres et déterminer ce que sera la décision finale même s’il n’a pas vu ce qui s’est passé lui-même.
Dans une histoire, chacune des lignes dramatiques est un des quatre arbitres sur le terrain. Chacune d’entre elles donne un angle de vue sur les événements de l’histoire au moment de leur survenue.

En somme, la véritable intrigue de l’histoire n’est jamais vue directement. Elle est simplement synthétisée comme conséquence (ou résultat) des intrigues des quatre lignes dramatiques, chacune étant prise en considération.
L’intrigue qui est vue à un moment donné de l’histoire n’est pas l’intrigue réelle. En fait, et là suivez-moi bien, l’intrigue réelle ne peut jamais être saisie. Elle est une idée qui s’incarne dans un tout apparent qui est la synthèse des intrigues de chacune des quatre lignes dramatiques.

Comment pouvons-nous alors connaître ce qui se produit forcément dans l’histoire ? On peut le comprendre en examinant le mécanisme des appréciations progressives qui se produisent dans chaque ligne dramatique.
De cette manière, nous pouvons tracer la course des événements de chaque point de vue. Notez qu’il ne s’agit pas de raconter le même événement sous un regard différent (comme dans Angles d’attaque de Barry Levy). Les intrigues sont autant de points de vue différents, qui content une intrigue différente.

Et c’est lorsque, en quelque sorte, tout se mélange dans notre esprit que nous recevons l’histoire comme une intrigue singulière, unique alors que les intrigues se déploient au cours de l’histoire.

On reviendra sur les appréciations progressives dans le prochain chapitre.

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