LE MEILLEUR AMI DE VOTRE HEROS

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Les histoires sont construites sur la base d’un désir et d’un conflit. Afin de préparer émotionnellement le lecteur, il faut que le héros de votre histoire poursuive un désir incoercible. C’est une mission qu’il lui faut absolument accomplir.

Et vous devez faire en sorte que cet objectif soit irréalisable. Mais le but à atteindre n’est pas suffisant pour convoquer toute l’émotion dont est capable votre lecteur.
Votre personnage principal doit suivre un arc dramatique. C’est-à-dire que sa personnalité changera au cours de l’histoire. Soit il découvrira quelque chose sur lui-même qui va le rendre plus fort et meilleur.
Soit sa détermination à ne pas céder à la tentation sera renforcée. Et il conservera sa véritable nature contre vents et marées.

Pour parvenir à assumer sa transfiguration, il va lui falloir surmonter sa plus grande peur. C’est quelque chose de profondément émotionnel. Et là aussi, vous devez faire en sorte que cela paraisse impossible à faire.

Donc pour que votre héros parvienne à obtenir ce qu’il veut (son désir) et ce dont il a besoin pour grandir, il va avoir besoin d’aide.
Cette aide, selon Michael Hauge, est incarnée par un meilleur ami, du moins quelqu’un de très proche de votre héros.
Ce peut être évidemment son ami le plus proche mais aussi un partenaire dont l’allégeance ne fait aucun doute, un mentor ou encore celui ou celle qui l’accompagne dans sa vie.
Cette notion de proximité est vitale dans la relation qui lie le héros à ce personnage.
Car ce dernier va l’aider à accomplir son objectif (le Outer Motivation selon la terminologie de Michael Hauge) et qui l’incitera aussi à prendre conscience qu’il doit changer.

Une fonction

Il s’agit en effet d’une fonction. Vous pourriez d’ailleurs confier cette tâche à un archétype si l’un d’entre eux offrait une personnalité qui vous sied bien tant que vous préservez cette proximité avec le héros.

Le meilleur ami de votre hérosPour illustrer son propos, Michael Hauge prend l’exemple du personnage de Lionel Logue du Discours d’un roi de David Seidler.
Logue illustre parfaitement l’archétype du mentor c’est-à-dire un précepteur (ou sa forme moderne de coach) qui est en charge de l’instruction du héros afin de lui donner les capacités nécessaires pour atteindre son but.

La présence de Logue auprès du futur Roi George VI est de l’aider à faire face à ses peurs afin qu’il accomplisse son Outer Motivation qui consiste à prononcer un discours sans bégayer.

Le meilleur ami de votre hérosBien sûr comme le rappelle Michael Hauge, vous n’êtes nullement obligé d’opter pour l’archétype du mentor. Vous pourriez simplement inventé un personnage qui assiste physiquement le héros dans la poursuite de son but et lui donner exactement la personnalité que vous souhaitez. C’est le cas de Russell dans Là-Haut de Bob Peterson.

Une relation toute fraîche

C’est ce que préconise Hauge parce que c’est plus facile à mettre en place. Il propose d’introduire cet ami (quelque que soit l’incarnation que vous lui donnerez, le principal est de respecter la proximité avec le héros), de l’introduire donc après ce qu’il a appelé le point majeur 1 de la structure, c’est-à-dire après l’opportunité.

Ainsi, le héros apprend à connaître ce personnage tout comme le lecteur d’ailleurs. Nous nous familiarisons avec le personnage dans le même temps que le personnage principal.
Plus facile à mettre en place donc que si la relation entre eux existait avant le début de l’histoire. Car dans ce cas, vous ne pourriez pas faire l’économie de scènes que vous seriez obligé d’inclure pour expliquer cette relation entre eux. Alors que s’ils se découvrent mutuellement, le lecteur sera moins confus quant à la nature de cette relation.

Et en plus, cela sert votre histoire.

La fonction doit être claire dès son introduction

C’est exactement ce qui se passe dans Le Discours d’un Roi. Dès que Elisabeth (la femme de Bertie) rencontre Logue, elle lui dit que son mari a déjà vu d’autres praticiens en vain.
Et Logue lui réponds : He hasn’t seen me (Il ne m’a pas encore vu).

Il y a quelque chose que vous devez comprendre aussi avec cette fonction. C’est qu’elle n’élimine pas le conflit entre le héros et cet ami.  La relation entre Bertie et Logue est très conflictuelle et ce, dès le début.
Celle entre Obi Wan Kenobi et Luke ne l’était pas moins à sa manière.

Cette aide est le meilleur ami, le précepteur, l’allié du héros et elle doit pousser ce dernier jusqu’à ces derniers retranchements. Il en va de la liberté du héros.

En effet, imaginons que votre personnage principal se considère comme un lâche. Mais l’est-il par nature, par essence, dans sa définition même ?
Que nenni ! Il se considère comme tel au début de l’histoire. Car il ne sait pas encore qu’il peut être autrement.

Et celui qui va défier cette croyance erronée sur lui-même est cette aide qui va constamment le critiquer et l’influencer et l’orienter vers ce qui est nécessaire pour qu’il atteigne son objectif.
Par exemple, il l’aidera à prendre conscience qu’il n’est pas un lâche (et partant. le mettra en position pour réussir son but dans l’histoire).

Et c’est ce type de relation que l’on rencontre entre Shrek et l’âne ou bien entre Bertie et Logue.

Une séparation temporaire

Lorsqu’on invente des personnages et un réseau de relations, il est important de comprendre la nature des relations qui les unit. Ainsi, ce lien particulier entre le héros et son meilleur ami, par exemple, va conduire le héros à rejeter cette aide.

Il va repousser son ami. Mais l’amitié que porte cet ami à votre personnage principal est bien trop puissante pour que cette offense qui lui est faite ne détruise leur relation.
Il y aura certes une séparation mais elle ne sera que temporaire parce que le héros reviendra avec son ami. Leur relation sera à nouveau correctement alignée.

Une essence obligée

Contrairement à la vie réelle, l’invention d’un personnage de fiction lui procure une essence, une définition. Il est donc déterminé.
L’arc dramatique d’un tel personnage de fiction doit donc l’amener progressivement à la rencontre de cette vraie nature, de cette vérité qui est sienne et que pourtant, au début de l’histoire, il ignore.

Il ne peut y arriver seul. C’est pour cela que l’on peut lui écrire un arc dramatique. Et pour qu’il puisse assumer cette transformation d’une vie dans la peur et la crainte en une existence pleine et courageuse, il faut que soit incarnée auprès de lui une aide puissante et bien développée.

Ce personnage ne peut donc être dans l’ombre du héros. Travaillez-le en profondeur car sa fonction de guide vers la vérité du héros est d’une importance capitale pour votre histoire.
Et l’une des pièces majeures de l’arc dramatique de votre personnage principal.

Une blessure originaire

Pour Michael Hauge, il y a une blessure dans la construction du personnage. Elle réside en son passé.
Il n’est pas le seul à penser cela.

Voir à ce propos :

SnapshotPeterRussellPassionCoreWounds

PASSION & BLESSURES FONDAMENTALES
de Peter Russell

C’est sur son passé que l’aide confrontera le personnage principal, le forçant à faire face à cette blessure et l’aidant à la surmonter.
Le lecteur peut aussi comprendre les causes de cette peur qui empêche le héros de grandir. Lodge, par exemple, parvient à faire remonter à la surface les traumatismes qui ont marqué Bertie dans son enfance.
Nous pouvons ainsi comprendre les difficultés de Bertie à assumer son devoir et sa destinée de roi.

Michael Hauge fait dire à cet allié qui soutient loyalement et sans complaisance le personnage principal :
Que tu sois d’accord ou non, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour t’aider à obtenir ce que tu veux et ce dont tu as besoin. Et non seulement cet objectif visible que tu es si désespéré d’atteindre mais aussi la réalisation de qui tu es vraiment.

L’allié est donc là pour aider le héros à faire les bons choix. Et le sortir de l’erreur dans laquelle il se complaît par pure mauvaise foi comme le dirait Jean-Paul Sartre.
Parce qu’au début de l’histoire, le personnage principal ne se voit pas comme il est vraiment car il porte un masque. Et ce masque est au-delà de sa persona. C’est précisément cette blessure qui l’aveugle.

Une blessure que l’allié va aider à extérioriser et à intégrer.

Un ami pour la vie

Comme dans la vraie vie, un allié est celui qui, quelles que soient les difficultés ou la douleur, offre un soutien honnête et loyal et une véritable amitié.

Pour une introduction à l’arc dramatique, nous vous proposons :
PETER RUSSEL : EVOLUTION DU PERSONNAGE
PETER RUSSEL & L’ARC DRAMATIQUE

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