TROUVER L’INSPIRATION, TRICHER CONTRE SA MUSE

Melanie Anne Phillips, l’une des auteurs de Dramatica, nous propose une méthode pour trouver l’inspiration, c’est-à-dire dans le contexte où l’on se croit dans une impasse.
Son concept est qu’il est plus facile de se retrouver avec plusieurs idées que d’en trouver une seule.

Certes, on en vient à lutter un peu contre son intuition qui nous incite à une idée, une forme, une image, un son, une réplique… une émotion, mais ce qu’il faut comprendre face à la page blanche si intimidante, c’est que vous êtes face à un problème de structure. Le souci n’est pas le contenu mais le contenant.

On ne contrôle pas sa créativité. Elle est autonome. C’est un objet qui ne nous appartient pas. Et pourtant, elle ne cesse de tourner à plein régime en dedans. Il n’y a pas un moment où nous n’avons de nouvelles pensées, de nouvelles idées et pas seulement celles que nous voulions à ce moment.

Alors, si nous décidons de laisser faire notre muse ou du moins ce que nous considérons comme l’illumination, nous risquons de perdre patience et courage.

Néanmoins, nous pouvons forcer les choses et reprendre notre libre-arbitre. Nous pourrions faire croire à notre muse, à notre créativité, que nous avons résolu notre problème en nous remettant totalement à elle.

Considérons cette prémisse : Le marshall d’une vieille ville frontalière de l’Ouest américain lutte contre une bande de renégats qui mettent la ville à sac.

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UNE RECHERCHE CONTINUELLE

Avoir un projet d’écriture, qu’il soit de fiction ou documentaire, et peut-être même plus spécifiquement le documentaire, possède une valeur. Que la portée du projet soit voulue sociale, politique, historique, philosophique, artistique… quel que soit le contenu, la recherche sur ce contenu est directement relative à la valeur supposée du projet.

L’impatience met souvent à mal le processus de recherche. On croit connaître le sujet dont on veut parler. Puisque depuis que l’être humain a appris à communiquer, il est difficile de trouver des sujets dont on ignore tout.
Il y a forcément quelqu’un qui a déjà parlé de dynamiques sociales, d’événements historiques, de personnes historiques (y compris dans leur intimité)… que l’angoisse que l’on se pose quant à savoir comment innover sur un sujet à propos duquel tout semble déjà avoir été dit est bien souvent trop paralysante.

Et pourtant, il ne suffit pas de se contenter de recueillir toutes les informations plus ou moins détaillées sur un sujet pour posséder ce sujet.
Le véritable effort, ce qui donnera un élan sincère et passionnant à votre envie d’écrire est de pousser la recherche au-delà de ce qui est donné. Le vrai travail de recherche commence à partir des informations données.

A partir des informations que l’on cueille un peu partout, il faut atteindre à une connaissance plus profonde sur le sujet. L’intelligence de votre projet d’écriture, sa qualité, ne peut émaner que d’une recherche qui pénétrera l’opacité de l’information donnée. C’est-à-dire que si vous vous contentez de prendre sans esprit critique, vous ne ferez pas un scénario engageant.
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SUSPENSE : UNE NATURE HUMAINE NUANCÉE

Admettons que nos perceptions sans vouloir nous tromper ne nous rendent pas néanmoins la vérité des faits.
L’image (ou du moins lorsque les mots du scénario sont devenus des images) participe à l’illusion. L’histoire contée règle la perception que le lecteur doit avoir d’elle. C’est ainsi qu’elle parsème tout au long de son déroulement des fausses pistes, des diversions, des leurres afin de biaiser à son bénéfice le lecteur.

Les choses ne sont pas ce qu’elles sont

Pour créer du suspense, l’auteur met en place des informations comme autant d’indices trompeurs. Car il faut amener le lecteur à croire à une certaine situation. C’est une astuce narrative qui n’est pas significative du message que tente de communiquer le lecteur. Sa finalité est de maintenir l’attention du lecteur en posant encore une question dramatique.
Les choses sont-elles vraiment comme cela, se demande le lecteur qui est alors curieux de vérifier par lui-même ce qu’il se cache sous le jeu des apparences.

Et la question restera irrésolue tant qu’elle servira les exigences de l’histoire. Et cette question peut porter sur n’importe quelle information quel que soit le genre de votre histoire.
Dans une comédie, on peut vouloir amener le lecteur à croire que ce garçon est attiré par l’héroïne pour détourner son attention du véritable amoureux dont ni l’héroïne, ni le lecteur ne connaît l’identité de celui (ou peut-être de celle) qui lui envoie des messages si enflammés.

Dans un thriller, le motif serait le même sauf que cette fois les indices désigneraient un coupable qui ne prouvera son innocence qu’au moment le plus opportun de l’intrigue.
Ces indices trompeurs aident à prolonger le mystère et le suspense qui sont nécessairement au cœur de toute histoire.

Il n’est cependant pas évident de placer des informations sans que le lecteur ne se doute qu’on cherche à le tromper. Et l’inverse est aussi vrai. L’auteur doit pouvoir s’assurer que l’information qu’il donne est perçue comme il l’entend par son lecteur.

La fausse piste est donc un excellent moyen d’ajouter de la complexité non seulement à l’intrigue mais aussi à la caractérisation de ses personnages. Dans les thrillers qui fonctionnent essentiellement sur le suspense, l’auteur possède un véritable pouvoir sur son lecteur. Par le choix de ses mots, l’auteur peint l’innocent avec les couleurs de la culpabilité. Il convainc son lecteur de la culpabilité d’un innocent et autorise le véritable coupable à jouir d’une liberté imméritée. Cela fait réfléchir sur la moralité mise en jeu à travers les personnages.
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LA SOLITUDE DU HÉROS ET DES AUTRES

La solitude des personnages ou leur isolement ou encore leur marginalisation est un des éléments dramatiques participant à la construction du suspense. L’isolement trempe les forts disait Cézanne, cet être magnifique qui se sentait incompris.

Cette solitude ou du moins le ressenti de la solitude écrase aussi les faibles. L’isolement, donc (bien qu’il soit utile de distinguer l’isolement et la solitude, cette dernière n’étant pas toujours seulement souffrance), ou l’une de ses formes littéraires comme thématique ou comme outil pour mettre en place un contexte ou des circonstances est un outil polyvalent et puissant qui nécessite d’être bien compris pour être savamment utilisé.

L’isolement peut être physique comme une réclusion, une mise à l’écart du monde volontaire ou non. Il peut être une exclusion sociale, une marginalisation là aussi volontaire ou non (telle l’agoraphobie, forme d’une anxiété sociale révélatrice de la terreur qu’inspire le regard des autres).

La solitude du personnage peut être servie d’au moins trois manières dans une histoire. Elle peut être un tournant majeur de l’histoire emmenant celle-ci dans une toute nouvelle direction. Elle peut être thématique ou bien peindre le passé d’un personnage afin d’expliquer certains traits de sa personnalité actuelle.
La solitude a en fait tellement de facettes qu’il serait presque délicat de n’en choisir qu’un aspect et pourtant un seul suffit à décrire la distance que nous mettons parfois dans notre rapport aux autres.
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D’ABORD, LA PRÉMISSE

Un projet de scénario (et tout autant d’une autre forme d’écriture) est quelque chose qui doit s’organiser surtout lorsqu’on s’adresse à l’imagination des gens.

Écrire est un processus qui exige de faire des choix. Nous devrons décider de l’orientation de l’histoire, de jeter dans cette histoire des scènes et des circonstances, bref, de construire cette histoire.

Que l’on veuille ou non, ces choix élargiront l’histoire vers d’autres horizons de sens, ajouteront une vraie profondeur aux personnages et peut-être même rendront-ils cette histoire digne que l’on s’en souvienne.

Faire un plan

Pour faire des choix, il faut suivre une stratégie. Il n’y a pas de magie en cela. Des idées d’histoire surgissent à tout moment, en tous lieux. L’inspiration aime frapper lorsqu’on ne la sollicite pas ou plus.

Ce n’est pas de désespérer après un apparent assèchement. A Contrario, il faut faire le tri dans l’écoulement incessant des idées qui laissent une empreinte après leur passage, qui se fondent les unes dans les autres.

Trier ses idées ou simplement en prendre conscience, c’est de reconnaître une prémisse suffisamment solide qui deviendra une histoire.
Un moyen d’y arriver, c’est d’avoir le courage d’abandonner celles qui promettent peut-être beaucoup par leur éclat et qui, en fin de compte, cachent leur fragilité et ne sauraient supporter la structure exigée pour que le projet aboutisse (réalisé ou publié).

La structure est, en effet, presque une garantie de réussite. Loin de nous le débat qu’un travail structuré joue contre la créativité. Considérons plutôt que les outils mis en œuvre lors de la création serviront utilement à émaner du néant quelque chose qui sera création.

La prémisse est partie intégrante de ce plan. Elle s’énonce en peu de mots mais contient suffisamment d’énergie dans une image, dans un moment, dans un sentiment, dans une croyance qui ont assez de puissance et de significations personnelles pour l’auteur et l’auteure pour les engager elle et lui dans une histoire d’au moins 90 pages (pour un scénario).
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L'art de conter en images.