TRAGÉDIE, COMÉDIE ET SCÉNARIO

Nous avons vu dans un article précédent que pour écrire une histoire efficace, il était important d’apprendre à distinguer entre tous les différentes effets cognitifs qu’une histoire pouvait véhiculer. En d’autres termes, tout ce qui permet une réaction émotionnelle, un mouvement émotif, du lecteur.

Une seconde étape consiste à repérer dans les textes choisis d’autres auteurs (ceux que l’on apprécie) les différentes structures mises en place pour engendrer dans l’esprit du lecteur telle ou telle réaction émotionnelle.
Il existe donc autant de structures singulières que d’effets cognitifs recherchés par un auteur. C’est comme si chaque effet cognitif avait sa propre recette. Et vous allez fabriquer vous-mêmes votre propre livre de recettes accumulant tout un corpus de scénarios que vous avez tout particulièrement appréciés.

Il faut donc identifier et trouver les différents ingrédients qui entrent dans la constitution de l’effet cognitif voulu et de les combiner afin de produire cet effet. Le tout premier endroit où l’on doit chercher est dans l’intrigue elle-même. C’est dans cet espace, différent de l’exposition et du dénouement, que les auteurs mettent habituellement en place la structure singulière qui leur permettra d’atteindre à un certain effet cognitif.

Une fois qu’un auteur a compris comment un autre auteur est parvenu à créer tel effet dans l’esprit du lecteur (identification de l’effet et du moyen pour l’achever), il peut se servir de ce modèle pour émouvoir le cœur et l’esprit de son lecteur.

Ainsi, cet auteur aura à sa disposition un catalogue de modèles dans lequel il pourra choisir celui qui convient le mieux à son expression personnelle.
Cette expression personnelle consiste à se demander dans quelles contrées psychologiques souhaitons-nous emmener notre lecteur, quelle émotion, quelle idée, quelle perspective voulons-nous qu’il emporte avec lui. Le premier pas est donc une décision.
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PENSER LE SCÉNARIO

Penser le scénario, c’est étudier le scénario. Et l’étude de l’art scénaristique (expression un peu paradoxale car le scénario est d’abord un outil de travail et non une œuvre d’art, il est l’œuvre d’un artisan) a trois avantages.

Le tout premier de ses avantages est de se perfectionner dans l’art de conter des histoires. C’est une faculté que nous possédons tous même si parfois nous ne croyons pas être fait pour cette activité, il arrive de nombreuses situations dans la vie au quotidien où nous contons des histoires : dans notre relation aux autres, dans notre travail, dans la vie politique, dans la publicité aussi et même pour endormir les plus petits (ou les masses).

Le second avantage que l’on peut tirer de l’étude d’un scénario est que cela nous permet d’approfondir notre appréciation des films, des téléfilms ou des séries télévisées.
Quant au troisième avantage, l’étude du travail d’autres scénaristes peut grandement vous aider à apprendre à écrire vous-mêmes votre propre scénario.
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AARON SORKIN : LA RÉÉCRITURE

La réécriture est une étape indispensable surtout lorsqu’il s’agit d’un scénario. Avant de procéder à cette tâche, Aaron Sorkin donne un conseil fort judicieux : aller jusqu’au bout de votre premier jet.

Il est difficile d’accepter de réécrire ce que l’on pense du moins en notre esprit comme quelque chose d’abouti dont on peut être fier et vous avez raison de l’être.

Le souci vient du fait qu’entre cet idéal et les mots couchés sur le papier, il y a une différence. Sur le papier, votre imaginaire n’est pas aussi brillant. Par vous-mêmes, en vous relisant, vous verrez bien ce qui ne fonctionne pas.
La réécriture est néanmoins plus facile que l’écriture du premier jet parce que vous savez ce qui ne fonctionne pas et que vous devez le résoudre.

Surtout, si vous vous rendez compte qu’à la page 20 ou 25 de votre scénario en cours d’élaboration, vous n’avez ni introduit le personnage principal, ni fait mention de l’incident déclencheur, continuez malgré tout sur votre lancée. Allez jusqu’au bout (à moins que vous ne jugiez qu’effectivement, il vaut mieux recommencer mais ne cédez pas trop facilement à la tentation, vous ne progresserez pas ainsi et mesurer l’avancement de son projet est particulièrement fertile pour l’inspiration).
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AARON SORKIN : LA SCÈNE

La finalité d’une scène est de faire avancer l’intrigue. La scène a définitivement un mouvement vers l’avant. Et le lecteur le sait.

L’auteur doit donc s’assurer qu’à la fin de la scène, il y ait bien une progression de son histoire. Ce n’est pas forcément un tournant majeur comme le passage dans l’acte Deux (ce qui relève davantage de la structure) mais plutôt le sentiment que les choses avancent.

Comment s’y prendre pour marquer cette progression ?

Différentes manières de faire sont possibles. Par exemple, une scène se termine sur une interrogation. La réponse sera donnée dans une scène ultérieure accolée ou non à la première scène. La réponse à la question posée fera avancer l’histoire.
Prenons un personnage qui se fait tirer dessus à la fin de la première scène mais aucune certitude n’est donnée sur sa mort. Si la mort ou la survie de ce personnage est une question fondamentale pour l’intrigue, savoir ce qu’il est advenu de ce personnage orientera l’intrigue dans une certaine direction. Cette orientation suffit à faire avancer l’histoire.

Toutes les scènes ne se prêtent pas à cette dynamique. Certaines permettent par exemple d’éclairer la personnalité d’un personnage. Néanmoins, la grande majorité des scènes sera implémentée avec quelque chose de suspendu qui se réalisera dans une autre scène.
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AARON SORKIN : ÉCRIRE

Un des conseils que donne Aaron Sorkin est de ne pas se précipiter à écrire. Le scénario doit être mûri, pensé. Il faut prendre le temps des recherches ou comme il aime à le répéter, se cogner la tête contre les murs à la recherche d’une idée et comment l’exploiter.

Que vous mettiez trois semaines ou bien 12 mois ou plus si nécessaire à délivrer un produit fini, 90 % du temps consacré à son élaboration consiste précisément à ne pas écrire mais à préparer ce moment de l’écriture.

Le temps consacré à ne pas écrire accumule des notes, des remises en question de choix que l’on croyait les bons, de retours en arrière et plus souvent que de raison, de désespérance.

C’est un sentiment très décourageant de ne pas écrire une seule ligne de l’histoire que l’on aspire tant à concrétiser. Mais il faut lui laisser le temps de mûrir, être patient avec soi-même.

Parce que le jour où vous commencerez à écrire et que vous sentez que tout ce temps que vous avez passé à atermoyer votre désir d’écriture vous permet d’être heureux, alors vous ne regretterez pas ce que vous pourriez être amené à penser comme du temps perdu.
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L'art de conter en images.