L’INDISPENSABLE MENTOR

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Vous devez vous assurer que votre protagoniste ne baisse pas les bras au cours de ce défi que représente son évolution psychologique au cours de l’histoire.
Un moyen de s’en assurer est de créer une série d’incidents qui le forceront à s’engager plus avant sur le sentier le plus difficile et à laisser loin derrière lui le confort illusoire de sa routine de vie.

Un autre moyen est de créer un personnage dont la fonction est d’empêcher le héros de se retirer du jeu. La fonction du mentor puisque c’est son son nom archétypal est de forcer le personnage principal à avancer malgré les pires moments, d’affronter les défis les plus terribles jusqu’à ce qu’il atteigne son objectif ou meurt d’avoir essayé.

Le mentor n’a pas à être nécessairement un personnage omniscient.

Vous devez essayer de surprendre vos lecteurs avec vos personnages et vos situations. Il ne faut pas leur expliquer que ce personnage est un mentor, un maître spirituel ou à penser. Il y aura même des moments où le personnage du mentor ne saura pas lui-même qu’il est un mentor.
Considérons Witness. Il apparaît de prime abord que John Book est celui qui apprend au jeune Samuel après s’être lié d’amitié avec lui. Mais, dans les faits, c’est l’inverse qui se produit. Samuel est la personnification de l’innocence et de la confiance que Book a perdu et dont il a besoin maintenant. Plus tard c’est au tour d’Eli d’éduquer Book sur la non-violence.

Donc lorsque vous en serez à considérer votre mentor, créez des situations subtiles et laissez votre personnage se construire lentement.
Peter Dunne insiste aussi sur l’élément de surprise c’est-à-dire de laisser le lecteur découvrir par lui-même qu’un personnage est un mentor, que ce soit comme une révélation soudaine pour le lecteur, une compréhension soudaine du personnage et maintenez l’élan de votre intrigue et de votre histoire. Ne cassez pas le rythme par des séances d’apprentissage lourdes et évidentes.

Mais qui est ce mentor ?

Pour Peter Dunne, il représente les plus hautes aspirations du protagoniste. Il personnifie le type de personne morale qu’aimerait être le personnage principal. Il reflète le centre spirituel de votre héros.
Cependant, le mentor n’apporte aucune réponse au protagoniste. Il lui enseigne certaines choses mais le héros doit trouver en lui les réponses. Le mentor se contente de lui montrer la bonne voie vers les réponses que le héros recherche.

Le mentor partage son expérience mais celle-ci lui est personnelle. Obi Wan Kenobi tente de convaincre Luke du bien de la Force mais Luke devra lui-même comprendre ce que la Force peut lui apporter, ce qu’il ne réalise qu’au moment de la bataille finale contre l’Etoile de la Mort.

La fonction dramatique du mentor (dans la terminologie de Dramatica, il est le gardien) est d’être un guide spirituel. Il s’adresse à la conscience du héros.
Lorsque le héros après avoir confronté de nombreuses épreuves au cours de l’histoire en arrive au point où il affronte franchement sa propre conscience (généralement assez tard dans le second acte).

Il le fait parce que son mentor a réussi à lui faire comprendre l’importance du mérite personnel (tout comme Luke qui apprend à se faire confiance) mais ce mérite peut bien sûr prendre n’importe quelle forme.
C’est vous l’auteur qui décidez mais quoi qu’il en soit il faut un berger, quelqu’un qui ait suffisamment de bonté d’âme que le héros admirera et désirera émuler.

Peter Dunne précise que c’est vous, l’auteur, qui êtes derrière le mentor, qui va convoquer chez le héros cette aspiration à se dépasser.
Comme bien souvent, c’est dans l’enfance qu’il faudra chercher les souvenirs de personnes chaleureuses, généreuses, patientes et attentionnées. Des souvenirs qui remonteront, par la grâce de la lumière de certains moments de l’intrigue, des espaces où la vie les a refoulés .

Notre enfance a été marquée par la découverte de la bonté chez l’autre et cela l’a enrichie. Mais la vie nous apprend à profiter de l’autre, à s’en servir à notre propre profit ou avantage mais ne nous apprend pas à contribuer, ne serait-ce que par le partage d’expériences.
La vie nous fait perdre le but de notre existence. C’est l’illusion (ambition, argent) qui nous guide et non pas l’espoir.

Le protagoniste connait lui aussi cette absence de but.

Jusqu’au moment de l’incident déclencheur (plus exactement, une fois que le protagoniste a surmonté ses réticences un peu après l’incident déclencheur), cette vie qu’il a connu l’a meurtri, l’a découragé, lui a fait perdre tout espoir.
Il a appris à favoriser l’intérêt particulier au grand dam de l’estime de soi, une estime rare que l’on découvre dans le don, dans le sacrifice.

Lorsqu’on construit sa vie sur le désir ou le besoin plutôt que sur l’honneur, on s’accommode assez bien avec sa conscience surtout lorsque la nécessité fait loi.
Donc, lorsque vous créez une situation dans votre histoire où son monde commence à s’écrouler autour de votre héros, faites en sorte que la seule chose qui puisse le sauver est précisément ce que votre héros ne possède pas, c’est-à-dire le courage de changer.

Comme le dit Peter Dunne, cela réclame des tripes et surtout, il faut une vraie foi (rien que cette notion de foi devrait permettre de pénétrer plus profondément les choses et ouvrir des possibilités pour un scénario).
Et c’est là qu’intervient le mentor pour aider le protagoniste à sortir de la voie sans issue dans laquelle il s’est engagé.

Le parcours que devra suivre votre héros entre l’acte Un et l’acte Trois sera celui qui mène de la peur à la conviction, à la croyance, à la foi quelque que soit le sens exact que vous pourriez leur donner.
Ce sera un parcours de la dépendance à la confiance en soi. Ce ne sera pas facile mais cela est exigé par les besoins de l’histoire.

D’abord une biographie

Maintenant, votre héros n’a aucune raison de faire ce voyage seul.
Reprenons un peu les choses : votre personnage principal a caché sa vraie nature parce que sa vie en a décidé ainsi ou bien il a connu un trauma dans son enfance et cela lui a laissé une blessure qui l’a amputé émotionnellement (donc votre personnage n’est pas entier).

Vous devez donc à priori imaginer une biographie le concernant avant de débuter le processus d’écriture. Vous devez comprendre la détresse émotionnelle dans laquelle se trouve votre personnage.

Essayez de comprendre (d’éprouver, peut-être) ce qu’il ressent. Créez un lien avec votre protagoniste. Soyez bouleversé lorsque vous décrivez le trauma vécu dans l’enfance de votre personnage.

On entend souvent dans le genre horrifique qu’il faut écrire sur ce qui nous fait peur. Lorsque vous détaillez le trauma de votre héros, même si vous n’avez rien connu de tel, vous devriez le sentir dans votre chair et votre âme.
Essayez de comprendre pourquoi ce personnage est devenu ce qu’il est devenu.

Concrètement, les questions et leurs réponses vous permettront d’écrire des événements et des conflits parce que votre muse se nourrira de la colère, de l’amertume, du ressentiment et autres frustrations et rancœurs qui affleureront désormais à la surface de votre personnage.

Le passé de votre personnage a affecté d’une manière ou d’une autre le comportement de celui-ci. A certains moments de la vie, nous sommes à la croisée des chemins.
Sommes-nous suffisamment raisonnable pour savoir ce qui est toujours bon pour nous ? ou bien notre passé, nos expériences ne pèsent-ils pas sur nos décisions ?

Les comportements de votre personnage (ses actions, ses réactions, ses décisions, ses crises…) seront modelés à l’image de son passé. Ce ne peut être d’abord que des habitudes, bonnes et mauvaises. Mais lorsque vous inventerez pour lui cette crise particulière qu’il doit connaître au cours de l’histoire, vous serez capable de discerner les difficultés qu’il éprouve sur la base de son histoire personnelle.

Vous partagerez plus facilement alors ces difficultés avec vos lecteurs et c’est pour cela que les effets du passé sont importants parce que vous devez emmener vos lecteurs dans un voyage émotionnel par personnage interposé.

Les indices que vous sèmerez au compte-goutte au cours de l’histoire et qui révèlent aux lecteurs des détails du passé ne doivent surtout pas être servis en une seule fois.
C’est leur distribution subtile au cours du récit qui progressivement viendront expliquer la crise c’est-à-dire ce moment où votre héros devra faire face à sa conscience qui se retrouve submergée par tout ce qui fut refoulé.

Vous devriez choisir des signes révélateurs d’une personnalité acquise et qui traduisent dans les faits (donc visibles du lecteur) son passé (comme une addiction, par exemple, s’il a une tendance à boire parce qu’il n’aurait pas réussi à faire le deuil d’un être cher ou bien n’importe quel autre comportement même banal mais qui ajoute à la compréhension de l’histoire personnelle du personnage).

Ensuite lorsque vous examinerez ces signes c’est-à-dire en créant des situations où le personnage sera sous pression, vous révélerez le profil psychologique de ce personnage et lorsque le climax arrivera, il sera plus facile d’en expliquer les détails.

Souvenez-vous que vous devez montrer ces signes. Le personnage ou n’importe quel autre personnage n’a pas à dire ce que fut la vie de votre héros. Vous montrerez par ses attitudes, ses comportements, son approche des épreuves et des obstacles ce qui l’anime intérieurement.
Cela permet aussi d’ajouter de la profondeur et de la crédibilité au personnage.

Car en effet, construire la structure émotionnelle de votre personnage est ce qui supportera l’action dramatique. Ce n’est pas l’action extérieure qui décide de ce qu’est un personnage.
Ce sont ses réactions qui déterminent qui il est.

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