L’ANTAGONISTE – PART 3

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La suite et fin de notre étude sur l’antagoniste. La première partie se trouve ici et la seconde ici.
Le némésis comme l’appelle Michael Hauge pour identifier le méchant de l’histoire doit mener le jeu. Il doit rendre l’objectif du protagoniste pratiquement impossible à atteindre. Cette supériorité manifeste, c’est vous l’auteur qui l’a décrivez. Vous pourriez par exemple :

  • lui donner plus de force physique ou pourquoi pas ? une intelligence supérieure au héros. Ainsi celui-ci devra réunir les intelligences combinées de ses alliés afin de résister aux assauts de l’antagoniste.
  • lui donner un avantage social supérieur. Le méchant pourrait être à une position hiérarchique au-dessus de celle du protagoniste ou pourrait bénéficier d’une popularité qui fait défaut au héros.
  • le méchant pourrait être plus puissant dans le sens où il posséderait un pouvoir surnaturel que ne peut contrer le héros ou bien il serait le leader d’une puissante armée et le héros serait en position d’infériorité.

Plus subtil, l’antagoniste n’ayant rien à perdre pourrait profiter ainsi d’un avantage tactique sur le héros qui met dans la balance un enjeu important. Mû par le désespoir, le méchant ne reculera devant rien pour nuire aux plans du héros.

Du point de vue dramatique, cela rend votre personnage principal plus sympathique aux yeux du lecteur. En effet, face à un ennemi plus puissant que lui, le héros se retrouve dans la position de l’opprimé qui livre une bataille de plus en plus difficile, qui ose même s’engager dans un combat alors, qu’apparemment, les chances de l’emporter sont contre lui.
Tout cela rend un personnage éminemment sympathique et surtout le force à accomplir des actes héroïques. Et c’est certainement ce que le lecteur s’attend à voir.

Créer son antagoniste

La création du méchant est un outil dramatique dont vous devez abuser. Il n’est pas seulement un antagoniste pour le héros, il l’est aussi pour vous. Votre antagoniste doit vous assimiler lorsque vous lui donnerez vie. Vous devriez faire ressortir chez votre méchant toutes les frustrations que vous avez éprouvées, toutes les humiliations que vous avez subies, toutes ces voix qui résonnent encore en vous et qui, il y a peut-être longtemps, vous ont laissé des blessures qui ne se referment pas dans votre inconscient personnel.
Libérez vos colères contenues, libérez ce passé douloureux dans l’écriture d’un antagoniste de qualité. Cette introspection vous autorisera non seulement à créer un antagoniste à la hauteur des ambitions de votre héros mais agira probablement aussi sur vous comme une catharsis.

Dans le comportement et aussi dans la bouche du méchant de votre histoire, vous pouvez faire et dire des choses que vous ne feriez ou ne diriez pas dans la vraie vie. Soyez audacieux et sans peur dans vos fictions. L’idée est que vous parveniez à relâcher une énergie qui se trouvait en vous et d’en nourrir votre antagoniste.

Lorsque vous concevez votre méchant et planifiez la relation entre lui et le protagoniste, vous devez définir la nature du conflit qui les oppose. Celle-ci peut être personnelle ou liée à la situation ou bien les deux à la fois.
Si le conflit est situationnel (c’est-à-dire que le héros est à la mauvaise place au mauvais moment), vous devez prendre garde que cette coïncidence ne se produise que dans l’acte Un et idéalement au moment de l’incident déclencheur.

Gardez aussi à l’esprit que vous n’avez nulle nécessité à personnifier un méchant. Cet antagoniste peut être n’importe quelle entité. Dans ces cas, effectivement, le conflit qui oppose le protagoniste et l’antagoniste est de nature situationnelle.
Quelques exemples :

  • des animaux qu’ils soient ceux des Dents de la mer de Spielberg ou ceux des Oiseaux de Hitchcock.
  • des catastrophes naturelles ou des cataclysmes.  Que ce soit des animaux ou des catastrophes naturelles telle qu’une pandémie, l’un comme l’autre peuvent se résumer en un combat de l’homme contre la nature (parfois, on peut d’ailleurs se demander qui est l’antagoniste entre les deux).
  • des monstres antédiluviens ou des extraterrestres. Cette catégorie d’entités est souvent prise comme un avertissement. Qu’elle est un rapport avec les dérèglements climatiques (sorte de fin du monde ?!) ou la menace d’un progrès trop fulgurant où l’homme s’aliène à la machine, la marque de fabrique de telles entités monstrueuses est le gigantisme. En d’autres termes, l’homme ne pourra gérer les conséquences de ses actions dans le monde et devra faire appel à de nouveaux héros pour être sauvé.
  • l’environnement du héros. Avions, navires, trains peuvent devenir des lieux dangereux mais aussi la nuit, l’isolement, le monde des affaires… Tout contexte où le héros se retrouve en difficultés est un ennemi potentiel.
  • des problèmes plus personnels tels que l’handicap ou l’addiction contre lesquels le protagoniste doit se battre ou bien encore tous conflits intérieurs qui le rongent au début de l’histoire.

Lorsque le méchant n’est pas incarné, il n’y a pas de relations directes entre lui et le protagoniste. Généralement, le protagoniste doit alors sauver sa peau ou celle du monde, tout dépend de votre histoire.
Qu’il soit personnifié ou non, l’antagoniste est toujours implacable et lorsqu’il s’agit d’une entité non anthropomorphe, elle n’a pas d’intérêt direct à s’en prendre au héros. Cependant, afin d’humaniser le conflit, des personnages secondaires interviendront pour donner forme humaine à l’antagonisme.
Ces personnages ne représentent pas un obstacle majeur vers la voie de la réussite pour le héros. Ces personnages ne seront pas dans le climax. Ils sont en fait des obstacles ou des épreuves comme les autres que le protagoniste doit surmonter et vaincre pour continuer son chemin vers son but ultime, vers la rencontre ultime avec l’antagoniste (le moment du climax) qui décidera de son sort, à savoir s’il obtient ou non ce qu’il désire depuis le début de l’histoire.

Le fonctionnement de l’antagoniste

Le fonctionnement d’un méchant est relativement simple. Afin de menacer l’intégrité du héros, l’antagoniste va s’en prendre à son point faible. Tout héros bien conçu a une faiblesse majeure dans sa personnalité. Cette faille est au cœur même de son arc dramatique et est souvent la clef pour comprendre la prémisse ou le thème d’un récit. Comment le méchant peut-il exploiter la faiblesse d’un héros n’est pas le plus important. Par moments, cela n’a même aucune importance. Ce qui compte, c’est que tout au long de l’histoire le méchant exploitera cette faiblesse pour créer du conflit et donc de la tension.
Cette constante pression sur le héros est exactement la force qui le fait changer. C’est par elle qu’il devient meilleur et qu’il comble cette faille dans son caractère.

antagonistePrenons un exemple intéressant : Retour vers le futur de Robert Zemeckis et Bob Gale.
Marty n’est pas le héros de cette histoire. Le véritable héros est George McFly, son père. En effet, Marty pourrait être considéré comme l’archétype du mentor et non celui de héros. L’histoire est cependant raconté selon le point de vue de Marty (ce qui peut prêter à confusion concernant les fonctions de chacun).

George est le personnage dont l’arc dramatique change. C’est une des caractéristiques majeures d’un héros. Il voit son arc évoluer au cours de l’histoire.
Biff Tannen est idéal pour s’attaquer à la faiblesse principale de George, à savoir sa couardise. En effet, George ne supportant pas le conflit s’écrase littéralement devant Biff. Mais, au moment du climax, George trouve la force de surmonter sa lâcheté et met K.O son ennemi, Bill Tannen. A partir de ce moment de gloire, la vie de George est radicalement modifiée.

Sans la présence de Bill et de son influence sur l’arc dramatique de George, l’histoire aurait été trop frustrante pour le lecteur. En effet, aussi sympathique que soit Marty, sa fonction de mentor auprès de son père n’est pas suffisante pour faire une bonne histoire.

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