LE PERSONNAGE & VOUS

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Un personnage est un être insaisissable qu’il faut aborder sous différents angles pour espérer comprendre sa manière de penser le monde. L’approche la plus naturelle consiste à se demander ce que veut ce personnage, quelle est son intention ?

Qu’il ait tort ou raison de poursuivre tel ou tel dessein importe peu à ce moment de la réflexion sur un personnage. La seconde question à se poser serait d’envisager comment ce personnage peut-il grandir de ses expériences à travers son aventure ?

Le changement, que l’on connaît aussi sous l’expression d’arc dramatique, est l’une des principales caractéristiques d’un être dramatique. Considérez deux situations psychiques : par exemple, le personnage commence l’histoire dans un état de profonde fébrilité. Il a un grand projet mais doute profondément quant à la nécessité de ce projet, si son intention de le mener à bien est moralement une bonne chose.
Au dénouement, après être passé par quelques moments clefs de son aventure, il s’est progressivement convaincu que ce projet ne serait bénéfique ni pour lui-même, ni pour les autres. Il renonce alors au projet et gagne une sérénité à laquelle il a toujours aspiré mais cherchait à obtenir avec des moyens inadéquats.

Même si nous n’éprouvons pas, en tant que lectrice et lecteur, une empathie envers les malheurs que traverse un personnage, la simple observation de sa tentative d’adaptation au monde dans lequel il vit rend passionnant ce récit dans le récit qu’est la lente transformation d’un personnage.

Si le personnage échoue ?

C’est alors qu’une troisième question s’impose car sa réponse servira de lien entre le personnage et le lecteur/spectateur : Pourquoi le personnage fait-il ce qu’il fait ? Qu’a t-il à perdre ou à gagner de son aventure ? Dit autrement, quels sont les enjeux pour lui de réaliser ce projet ?

L’enjeu véritable est que le personnage parvienne à grandir de son aventure. S’il n’y parvient pas, que se passera t-il pour lui ? Par exemple, un prêtre doute de sa foi. Selon le message de l’autrice ou de l’auteur, il peut devenir soit convaincu que croire est une illusion ou bien se renforcer dans sa foi qui trébuchait quelque peu par la conséquence de quelque événement dans le passé de ce prêtre.

L’enjeu pour le personnage devient une espèce de salut, peut-être même de rédemption. Le personnage est face à trois possibilités : le plus souvent, il réussit son objectif extérieur (désamorcer à temps la bombe) et du même coup, il est en harmonie avec lui-même ; un autre cas est lorsque le défi extérieur est réussi mais, sur le plan personnel, c’est un échec (il a désamorcé la bombe mais n’a pas gagné la liberté à laquelle il aspirait tant) ; ou bien nous avons le cas de la tragédie qui décrit un double échec : sur le plan extérieur (la bombe explose) et sous l’angle intime (il survit à l’explosion mais se soumet au nouvel ordre qu’il cherchait à fuir).

La quatrième question pose la problématique de la relation du lecteur et de la lectrice au personnage. En quoi cette lectrice et ce lecteur pourraient-ils se sentir concernés par ce qu’il arrive au personnage ? Si, par exemple, un personnage ne parvient pas à faire le deuil d’un être aimé, sommes-nous sûrs, en qu’autrice et auteur, que le lecteur/spectateur comprend même timidement ce sentiment de perte que ressent le personnage ?
Il est indispensable de lier émotionnellement le personnage (qu’il soit protagoniste ou antagoniste) au lecteur/spectateur sinon celui-ci ne se sentira pas émotionnellement impliqué dans le récit. Et lorsque l’émotion fait défaut, l’ennui s’installe.

Des traits de caractère

Bien sûr, si un astéroïde file droit vers la terre, l’objectif du héros ou de l’héroïne sera de contrer cette menace. Mais, encore une fois, qu’est-ce qui les meut sur le plan personnel ? En sauvant la terre, l’héroïne pourra t-elle accepter enfin la mort de sa petite fille ? C’est cette problématique personnelle qui retient le lecteur/spectateur dans l’histoire et l’attire irrésistiblement vers le personnage.
Cela fonctionne avec presque tous les personnages du récit. Considérons deux compagnons d’arme : un homme et une femme. Tous deux risquent leurs vies au fil des missions. Puis vint le moment de la révélation où l’on apprend que le jeune homme a une importance qu’il ignorait jusqu’à présent et que la jeune femme avait pour mission de le protéger. Or elle est allée au-delà de sa mission en tombant amoureuse du jeune homme. Ce qui nous émeut, c’est la détresse de cette jeune femme plongée dans un amour sans réciprocité car le jeune homme est maintenant engagé par ailleurs. L’action se dissipe dans l’émotion à fleur de peau que nous pouvons percevoir dans les affres de la jeune femme.

Chaque personnage possède une caractéristique qui le distingue des autres. Certes, si l’un d’entre eux doit faire montre d’une certaine dextérité pour se sortir d’une situation compliquée, autant que ce savoir-faire singulier soit démontrée lors de l’exposition du personnage afin que l’on ne soit pas surpris par exemple de la facilité avec laquelle il se débarrasse de ses liens si l’autrice ou l’auteur ne nous avait pas déjà fait la démonstration de cette habileté.

Par ailleurs, il existe une définition du personnage qui lui colle à la peau. Il peut être un être ambitieux et agir cyniquement pour servir son ambition ou bien il peut être un être d’amour avec une telle sincérité dans son cœur qu’il est comme un réceptacle dans lequel d’autres peuvent verser leurs tourments et être soulagés, ne serait-ce qu’un moment.
Cette définition du personnage, vous devriez l’avoir en tête d’un bout à l’autre car c’est la force qui caractérise votre personnage. Non seulement, il ne peut être atteint à travers cette force mais il peut aussi l’utiliser pour contrer les effets dévastateurs d’une intrusion physique ou morale ou spirituelle qui passe par ses points faibles.

Donc se pose la question de la faille dans la personnalité du personnage. Puisque toute notion appelle son contraire, s’il y a une force, il existe nécessairement une faiblesse. Cette faiblesse consiste seulement en une incapacité à faire une certaine chose. Si un personnage n’éprouve aucune compassion envers autrui, nous pourrions considérer qu’il s’agit de sa faiblesse. C’est alors par celle-ci que le personnage est vulnérable.
La faille dans la personnalité est davantage abstraite. Ce pourrait être de l’orgueil, une cruauté innée, un égoïsme inflexible, une timidité ou une peur incontrôlables..

Le personnage a sa propre voix

C’est certainement difficile mais lorsque vous avez une esquisse de ce qu’est votre personnage, il faut que vous le laissiez s’emparer de vous. Aidez-vous d’un archétype éventuellement mais devenez ce personnage.

Deux approches sont possibles : vous écrivez quelques paragraphes sur le personnage pour expliquer d’où il vient, ce qui le préoccupe, comment et pourquoi il a un objectif singulier ou bien vous lui faites tenir un journal qui explique les mêmes choses mais cette fois avec Je. Utiliser Je crée une intimité avec le personnage et plus tard, lors du processus d’écriture du scénario, cette biographie écrite de la main du personnage sera un point d’appui pour le situer adéquatement dans certaines scènes.

Ce travail préalable sur le personnage (on peut dire par le personnage) facilitera grandement l’écriture des dialogues et non seulement la position d’un personnage dans une scène.
Ce qui importe, c’est que vous vous donniez le moyen de découvrir votre personnage.

Tout comme dans la vie réelle, on se pose des questions sur les personnes qu’on rencontre. Les réponses ne sont pas immédiates. Pour en savoir plus sur une personne étrangère, il faut avoir la curiosité et la patience d’apprendre à la connaître. Même lorsqu’une relation de confiance est établie, dans la vie réelle, la personne concernée peut encore garder des secrets. En fiction, l’autrice et l’auteur devront découvrir les secrets de leurs personnages. Chaque fois que vous penserez à lui, de nouvelles vérités le concernant se révéleront. On ne cesse jamais vraiment de travailler sur un personnage. Il devient une espèce de hantise qui persiste d’ailleurs d’œuvre en œuvre.

En gardant ce journal et en le complétant, vous aurez tant de matériel qui ne sera pas nécessaire pour le projet actuel mais une connaissance intime, très personnelle, bien plus que dans la vie réelle. Écrire un journal de la main du personnage donne une écriture profonde, c’est-à-dire non seulement très émotionnelle mais aussi psychologique voire psychanalytique.

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