CAMPBELL : ESSAI D’EXEGESE – PART 7

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THE HERO WITH A THOUSAND FACES

Part 1: THE ADVENTURE OF THE HERO
1. The call to adventure

Two dreams will suffice to illustrate the spontaneous appearance of the figure of the herald in the psyche that is ripe for transformation. The first is the dream of a young man seeking the way to a new world-orientation:“I am in a green land where many sheep are at pasture. It is the ‘land of

sheep.’ In the land of sheep stands an unknown woman and points the way.”

The second is the dream of a young girl whose girl companion has lately died of consumption; she is afraid that she may have the disease herself. “I was in a blossoming garden; the sun was just going down with a blood-red glow. Then there appeared before me a black, noble knight, who spoke to me with a very serious, deep and frightening voice: ‘Wilt thou go with me?’ Without attending my answer, he took me by the hand, and carried me away.”

Whether dream or myth, in these adventures there is an atmosphere of irresistible fascination about the figure that appears suddenly as guide, marking a new period, a new stage, in the biography. That which has to be faced, and is somehow profoundly familiar to the unconscious—though unknown, surprising, and even frightening to the conscious personality— makes itself known; and what formerly was meaningful may become strangely emptied of value: like the world of the king’s child, with the sudden disappearance into the well of the golden ball. Thereafter, even though the hero returns for a while to his familiar occupations, they may be found unfruitful. A series of signs of increasing force then will become visible, until—as in the following legend of “The Four Signs” which is the most celebrated example of the call to adventure in the literature of the world — the summons can no longer be denied.

Deux rêves suffiront pour décrire l’apparition spontanée de la figure du héraut dans la psyché mûre pour une transformation. Le premier est le rêve d’un jeune homme qui cherche le chemin qui le mènerait à un nouveau monde : ‘Je suis dans un pays verdoyant où paissent de nombreux moutons. C’est le pays des moutons. Dans le pays des moutons se tient une femme inconnue qui m’indique le chemin à suivre.’

Le second est celui d’une jeune fille dont le compagnon vient d’être emporté par la tuberculose et elle craint d’avoir elle-même cette maladie ; ‘J’étais dans un jardin fleuri ; le soleil venait de se coucher avec une lueur rouge sang. Alors apparut devant moi un noble chevalier noir, qui me parla d’une voix grave, profonde et effrayante : Veux-tu venir avec moi ?. Sans attendre ma réponse, il me prit par la main et m’emporta.’

Qu’il s’agisse d’un rêve ou d’un mythe, il y a dans ces aventures une atmosphère de fascination irrésistible autour de la figure qui apparaît soudainement comme un guide, marquant une nouvelle période, une nouvelle étape, dans la vie du personnage.
Ce qui doit être affronté, et qui est en quelque sorte profondément familier à l’inconscient – bien qu’inconnu, surprenant et même effrayant pour la personnalité consciente – se fait connaître ; et ce qui était auparavant significatif peut devenir étrangement vide de toute valeur : comme le monde de la petite princesse avec la disparition soudaine de la balle d’or dans la fontaine. Par la suite, même si le héros retourne pour un temps à ses occupations familières, celles-ci peuvent s’avérer vaines et dénuées de sens.

Une série de signes de plus en plus puissants deviennent alors visibles, jusqu’à ce que, comme dans la légende des Quatre Signes qui conte l’aventure du futur Bouddha et qui est l’exemple le plus célèbre d’un appel à l’aventure dans la littérature universelle, l’appel ne puisse plus être refusé.

Le pays des moutons

Ce rêve est celui d’un patient de Carl Gustav Jung. Il semble indéchiffrable dit ainsi. On peut néanmoins admettre qu’il dérive des impressions de l’enfance et particulièrement de celles imprégnées d’une nature religieuse. Néanmoins, Campbell l’utilise pour signaler la figure de la femme : le rêveur voit (car il s’agit d’une impression visuelle et non d’une réelle perception) une femme inconnue qui lui apparaît d’abord voilée.

Dans la suite du récit, son visage s’illumine comme un soleil. Ce qui importe à Campbell est que cette femme pointe le chemin vers lequel le rêveur doit se diriger. Il y reconnaît la présence du héraut. Ce green land, ce paysage verdoyant, est celui de l’innocence, de l’enfance, de la docilité et de l’obéissance animales représentées par les moutons.

Retour sur Jung

Carl Gustav Jung est le fondateur de la psychologie analytique. Sa séparation d’avec la pensée freudienne tient en la croyance d’un inconscient collectif aussi bien que personnel, c’est-à-dire un inconscient universel que tout être humain a en commun avec tout autre être humain.

Jung est convaincu qu’il existe deux types fondamentaux de personnalité : les extravertis et les intravertis.

Jung est aussi très largement connu pour ses archétypes. Il apporte aussi la notion de complexe dans un sens très singulier car il s’agit pour Jung d’expériences conflictuelles fortement chargées émotionnellement et par là, plus ou moins refoulées. Jung est persuadé que l’être humain est agité à la fois de pulsions nobles et divines et de pulsions animales et Jung croit en l’âme.

Le rêve de la jeune fille

Ce rêve est décrit par le psychanalyste Wilhem Stekel. Stekel met en avant la relation qui existe entre la lueur rouge-sang et la pensée du sang craché par les tuberculeux.

Les forces à l’œuvre dans l’inconscient

Pour Campbell, le mythe de Jonas dans le ventre de la baleine est un motif récurrent. Ce ventre représente l’incarnation de l’inconscient. Plus précisément, l’eau est l’inconscient et la créature qui y vit représente toutes les forces qui agissent au sein de cet inconscient. Ces forces sont puissantes et dangereuses et doivent être contrôlées par la conscience.

Lorsqu’il se lance dans son aventure, le héros quitte le monde de la lumière, c’est-à-dire un monde dont il a apparemment le contrôle. Puis lorsqu’il franchit le seuil du monde inconnu, il rencontre le monstre des abysses.

A ce moment, le héros est comme désintégré et devra se reconstruire, ressusciter dans le vocabulaire de Campbell. Ou bien, comme Siegfried, il tue le dragon et en boit le sang afin d’en assimiler les pouvoirs. Siegfried a transcendé son humanité car désormais il entend le langage de la nature. Ainsi, Siegfried se reconstruit en incorporant en quelque sorte dans son ADN les pouvoirs naturels, c’est-à-dire la vie.

Campbell explique que notre esprit qui nous caractérise en tant qu’être humain a tendance à nous éloigner de ces pouvoirs, à ne pas vouloir les reconnaître. L’esprit s’ordonne à lui-même ce qu’il fait alors qu’il devrait servir le corps (ici pointe une certaine critique des penseurs des Lumières).

Au vingtième siècle, un certain nombre de penseurs étudiant la mythologie et la religion comparées ont remarqué quelque chose de particulier dans les mythes de différentes cultures à travers les époques. Nombre d’entre eux présentaient des similitudes fondamentales en termes de thème, de structure et de symbolisme.

On s’est alors demandé comment de telles similitudes pouvaient apparaître dans des cultures distinctes dans l’espace et dans le temps. Carl Jung et Joseph Campbell, deux des plus éminents penseurs qui ont étudié ce problème, ont proposé que la raison de ces similitudes soit due au fait que de nombreux thèmes et symboles mythologiques émergent d’une zone de l’esprit appelée l’inconscient collectif.

Nous possédons un inconscient personnel, composé d’éléments tirés de nos expériences, de notre vécu, mais l’inconscient collectif contient des éléments ou des structures cognitives qui se sont propagés au cours de l’histoire de l’humanité et qui sont donc communs à tous.

Ces structures cognitives qui se sont perfectionnées avec le temps, que Jung a appelées archétypes, ne peuvent pas être observées directement, mais se manifestent par diverses figures ou formes symboliques qui constituent la base de nombreux mythes – ce qui explique que des mythes similaires puissent apparaître dans des cultures séparées par des centaines ou des milliers d’années.

Campbell le dit ainsi : Les symboles de la mythologie ne sont pas fabriqués ; ils ne peuvent être sollicités sur commande, inventés ou supprimés de façon permanente. Ils sont des productions spontanées de la psyché.
En tant que manifestations des couches les plus profondes de l’inconscient, les mythes sont censés révéler des vérités intemporelles sur les désirs, les peurs et les aspirations communs à tous les individus. Pour Jung, les mythes sont ainsi le phénomène psychique le plus évident à révéler la nature de notre âme.

Une maturation psychologique

Les mythes ont rempli diverses fonctions dans différentes cultures à travers le temps. L’une des fonctions les plus courantes a été de fournir aux individus un modèle pour les aider dans leur maturation et leur développement psychologiques.
Le développement psychologique, par le biais de ce que Jung appelle le processus d’individuation, se produit lorsque les contenus inconscients de la psyché sont intégrés dans la personnalité consciente (the conscious personality citée par Campbell), ce qui aboutit à la formation de ce que Jung appelle la vraie personnalité ou le Soi.

L’exploration du symbolisme mythologique est un moyen d’amener le contenu inconscient à la lumière de la conscience. Ces symboles mythologiques sont issus de la psyché, signale Campbell ; ils parlent depuis et à l’esprit. Et ils sont en fait les moyens de communication entre les profondeurs de notre vie spirituelle et cette couche relativement mince de conscience par laquelle nous gouvernons nos existences diurnes (Campbell et Jung distinguent l’existence diurne de celle que nous vivons dans nos rêves).

Le jaillissement du contenu inconscient est important car l’inconscient contient des potentiels non réalisés qui, s’ils sont découverts et intégrés à la conscience, peuvent entraîner une transformation personnelle. Découvrir et nourrir ces potentiels intimes est ce que Campbell nomme le chemin de la félicité (Pathway to Bliss). Les mythes d’individus qui vivent des aventures héroïques en tentant d’actualiser ces potentiels et de trouver leur propre chemin vers la félicité sont nombreux dans de nombreuses cultures à travers l’histoire.

Si ces mythes varient dans leurs détails en fonction de leur époque et même d’une certaine période au sein d’une époque et de leur lieu d’origine, ils partagent un modèle commun que Joseph Campbell a baptisé le monomythe, c’est-à-dire le mythe du parcours héroïque (Hero’s Journey).

Dans les mythes qui suivent le schéma du Hero’s Journey, le héros s’aventure d’un monde familier vers des contrées étranges et parfois menaçantes (inquiétantes essentiellement parce qu’elles sont inconnues du héros) – qu’il s’agisse d’un désert, d’un océan ou de se perdre dans une forêt sombre.

Campbell propose de considérer cela comme un symbole du courage de s’aventurer hors de sa personnalité consciente, vers les régions inexplorées de son inconscient, à la recherche de l’Ultimate Boon : la onzième étape du parcours héroïque, sorte de récompense qu’offre les potentiels non réalisés cachés en lui.

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