QUESTION D’INTÉRIEUR

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Que se passe t-il à l’intérieur d’un personnage au fil des moments de votre récit ? C’est un problème auquel auteurs et autrices sont constamment confrontés.

La lecture serait bien ennuyeuse si nous ne pouvions interpréter les vies intérieures de ces personnages qui évoluent devant nos yeux. Nous sommes avides de leurs joies, de leurs tourments, de leurs désirs secrets, de leurs aspirations et de leurs peurs cachées.

Vu de l’extérieur, c’est assez simple : on a un personnage en opposition active contre les efforts d’un autre personnage.

C’est-à-dire un personnage en actions et ce sont précisément lesdites actions qui révèlent l’intériorité tandis que l’aspect extérieur des choses devient aussitôt bien plus passionnant.

Les dialogues ne font pas tout

Les dialogues traduisent une partie des sentiments quand il ne s’agit pas de rhétorique. Par contre, lorsqu’un personnage en saisit un autre par le col et le plaque contre un mur, il est plus aisé de pénétrer l’opacité des mots.

Inventez les actions qui reflètent ce qu’il se passe à l’intérieur d’un personnage est difficile. Le recours aux dialogues est une solution de facilité et doit être évitée le plus possible. Ne vous acharnez pas sur une scène si vous ne voyez d’autre solution que le dialogue.
Remettez à plus tard l’élaboration de cette scène. Laissez-lui le temps de mûrir.

Considérez Annie Hall. L’un des moments les plus heureux du couple fut la scène des homards. Après leur séparation, Alvy tente la même expérience avec une autre femme et échoue. Cette seconde séquence dramatise le manque d’Annie, ce qu’Alvy aimerait retrouver.

Cela nous en dit long sur son état moral, son état d’esprit en général. Le dialogue, bien qu’il soit présent dans les deux scènes, n’est vraiment pas nécessaire pour notre compréhension des actions, des personnages et du résultat.

Même lorsque le dialogue est utilisé, il ne dit pas toujours exactement ce qu’il semble dire. Si on voit un personnage s’approcher furtivement d’un autre avec un couteau de boucher caché dans son dos pendant qu’il parle de son amour éternel pour l’autre personne, que devons-nous croire ? Le dialogue ou l’action ?

En fait, c’est la juxtaposition du dialogue et de l’action, très souvent mal assortis, qui nous donne notre image la plus claire du monde intérieur d’un personnage. Lorsqu’un personnage ment à un autre personnage et que nous connaissons la vérité (c’est une ironie dramatique), nous apprenons une deuxième chose sur le monde intérieur du personnage qui ment : la vérité que nous connaissions déjà, mais aussi comment et à qui il a menti.
Souvent nous sommes capables de comprendre pourquoi le personnage a menti ce qui est comme une prise directe sur ses motivations, un accès direct à sa vie intérieure.

Cet accès, c’est-à-dire cette différence entre ce qui apparaît, l’évidence, et ce qui ne se montre pas mais qui n’est pas caché (il n’y a pas d’énigme à découvrir) se nomme en langue anglaise Subtext.
Le sous-texte (subtext) est tout contenu d’une œuvre créative, qui n’est pas annoncé explicitement (par les personnages ou l’auteur), mais qui est implicite, ou qui devient quelque chose que lecteurs et lectrices comprennent peu à peu.

Lorsque Ilsa braque une arme sur Rick dans Casablanca, pour le forcer à lui remettre les lettres de transit, cet acte est en apparence hostile et agressif. Pourtant, parce que nous la connaissons, parce que nous connaissons les circonstances et que nous voyons la façon dont elle fait cette tentative, nous sommes capables de déceler ce qu’il se passe sous la surface : son amour pour Rick, son admiration et son amour pour Victor, son désir de s’excuser pour ce qu’il s’est passé à Paris.

En dévoilant soigneusement des bribes d’informations au lecteur/spectateur, en nous montrant ce que les différents personnages savent et que les autres ignorent, en nous incitant à voir une action sous un angle complexe et en faisant des choix judicieux dans la façon dont les informations sont révélées à l’écran, à la fois aux personnages et aux lecteurs/spectateurs. le scénariste peut construire une scène riche en sous-texte.

Non seulement cela enrichit la scène et révèle beaucoup de choses sur les personnages et la façon dont ils assument leurs propres connaissances, mais cela augmente considérablement le plaisir du lecteur/spectateur et sa participation à l’histoire.
Lecteurs et lectrices s’efforcent de comprendre tout ce qu’il se passe et lorsqu’ils saisissent la nature du sous-texte, ils ont l’impression de participer réellement à l’histoire et de comprendre beaucoup mieux la vie intérieure des personnages.

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