ÉCRIRE LA SCIENCE-FICTION

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science-fictionLa science-fiction a une façon de vous permettre de parler de la situation dans laquelle nous nous trouvons dans le monde et de vous permettre d’être un peu un philosophe pop sans être didactique, selon Britt Marling.

Voici donc quelques suggestions pour écrire la science-fiction sachant que ces quelques hypothèses sont tout autant valables dans d’autres genres. Celles qui suivent sont néanmoins particulièrement adaptées à la science-fiction.

Créez un récit intime avec des personnages qui vous tiennent à cœur.

Une convention typique de la science-fiction est la création d’univers vastes et expansifs. Nous voyons cela dans des séries telles que Star Wars, Star Trek, Rick et Morty… Lorsque cela est fait intentionnellement et bien conçu (comme dans les exemples ci-dessus), cela peut s’avérer être un voyage captivant et stimulant.

Le problème de cette convention, cependant, est double. Premièrement, les histoires de science-fiction peuvent se perdre dans la grandeur de l’univers au point d’oublier de raconter une histoire personnelle centrée sur les luttes et les réalisations de quelques personnages choisis.
Ainsi, alors que le monde devient incroyable, l’histoire perd son degré d’engagement. Deuxièmement, les auteurs débutants ont parfois l’impression qu’ils doivent créer un vaste univers pour que leur œuvre soit considérée comme de la bonne science-fiction.

N’oubliez pas que la science-fiction fonctionne comme n’importe quel autre genre. Vous n’avez pas besoin de respecter les normes d’un autre auteur, mais seulement les normes de qualité qui maintiendront l’intérêt de vos lecteurs et de vos lectrices.
N’hésitez donc pas à rendre votre histoire aussi grande ou aussi modeste que vous le souhaitez. Ensuite, mettez-vous au défi de vous concentrer sur une histoire personnelle au sein d’un univers quelque soit sa vastitude.

Qu’il s’agisse d’une bataille spatiale grandiose et épique ou d’un humain seul qui se fraye un chemin sur une nouvelle planète, prêtez attention à ses peurs, ses désirs, ses objectifs, ses succès, ses échecs et son évolution en tant que personnage.
Ne laissez jamais votre histoire se limiter à une simple vignette d’exploration d’un monde. Vous ne mettrez pas l’accent sur votre monde en l’accompagnant d’une histoire faible. Le seul effet d’une histoire faible sera un désintérêt général et un manque d’immersion dans le monde que vous avez si habilement créé.

Si vous avez une idée de monde mais pas d’histoire, concevez votre monde dans votre carnet de notes et gardez-le pour une intrigue suffisamment forte pour faire fructifier tout votre travail et vos merveilleuses idées.

Reconnaître la force du genre de la science-fiction.

Alors que la plupart des genres peuvent s’hybrider (la comédie romantique, horreur et comédie, drame et fantasy…), la science-fiction est unique par l’efficacité avec laquelle elle peut se fondre dans d’autres genres.

Vous pouvez créer des drames comme Star Trek ; des mélodrames fantastique comme Star Wars ; des commentaires politiques ou philosophiques comme La Stratégie Ender ; de l’horreur comme Aliens ; de la théologie comme cette Trilogie Cosmique écrite par C.S. Lewis ; de la comédie comme Le Guide du Voyageur Galactique imaginé par Douglas Adams…
La liste est sans fin car la science-fiction est un genre tellement ouvert et somme toute vaguement défini.

Certains hybrides de genres seraient difficiles, voire impossibles, à réaliser avec succès. Une histoire d’horreur romantique, par exemple, serait improbable car les émotions requises du public s’opposeraient les unes aux autres (répulsion et attirance, adhésion et rejet… sont contradictoires à moins qu’elles ne soient savamment mêlées en une seule entité).
Avec la science-fiction, cependant, vous êtes libre d’écrire toute sorte d’histoire tout en étant toujours qualifiée de science-fiction. Ne vous sentez donc pas limité aux conventions de science-fiction qui vous auraient précédé.

Le passé et la construction du monde sont importants.

Connaître tous les événements majeurs de votre monde est essentiel pour la science-fiction, plus que pour tout autre genre. La raison en est que tout ce qui concerne une société futuriste dépend des circonstances qui l’ont amenée à atteindre un futur aussi grandiose.

Avec des éléments aussi puissants que ceux qui sont souvent utilisés en science-fiction (armes, technologie, extraterrestres…), votre univers doit être extrêmement équilibré pour justifier qu’il n’a pas été complètement anéanti par les individus qui ont accès à tout cela. Vous devez également trouver des raisons crédibles pour justifier la coexistence de divers éléments au sein de votre monde.
Par exemple, pourquoi l’intelligence artificielle (l’IA) n’a-t-elle pas complètement anéanti l’humanité alors que celle-ci s’est totalement et volontairement asservie aux machines ? Existe-t-il des protocoles limitant le libre arbitre de l’IA ? Pourquoi l’IA fut-elle inventée alors que les humains étaient encore si peu éclairés ? Et pourquoi toutes les sociétés de l’ère spatiale n’ont-elles pas abouti à un stade comparable de leur évolution technologique, au lieu qu’une culture atteigne la domination technologique bien avant les autres ? Pourquoi conquérir l’espace alors que la paix n’a pas encore été gagnée sur notre propre sol ?

Avec l’énorme puissance requise pour la science-fiction, vous devez accorder une attention particulière à l’équilibre et à la logique de votre univers. Pour chaque exploit incroyable, il doit y avoir une nécessité et une raison.
Dans la science-fiction, il y a souvent des idées futuristes qui ne contiennent que peu ou pas de logique. Les exemples vont des parapluies roses lumineux à l’utilisation d’armes totalement inutiles ou qui ne satisfont décidément pas à résoudre ce pour quoi elles furent créées en premier lieu…

Le problème n’est pas l’absurdité même de ces idées (après tout, les sabres laser sont géniaux, même s’ils sont extravagants), mais bien le fait qu’auteurs et autrices ne réfléchissent pas toujours suffisamment à leur histoire.

Un exemple que vous pouvez prendre dans de nombreuses histoires de science-fiction est celui des pistolets laser ou plasma. Pourquoi les humains passeraient-ils de l’utilisation de balles explosives à celle de lasers comme armement ? Ce n’est pas un mauvais choix, mais il devrait y avoir une raison. La logique souhaite que chaque chose puisse s’expliquer par une cause.

Les humains se sont-ils tellement imprégnés de La Guerre des Étoiles qu’ils se sont déterminés à se battre un jour avec des lasers ? Les lasers peuvent-ils traverser des gilets pare-balles ? Examinons une autre question. S’il s’agit de science-fiction dans l’espace, pourquoi les humains ont-ils déployé tant d’efforts et de ressources pour quitter la planète ? Les ressources de la Terre s’épuisent-elles ? Les humains sont-ils enfin en paix et cherchent-ils simplement l’illumination dans les étoiles ? Les humains se battent-ils entre eux pour dominer l’espace ? Les humains sont-ils confrontés à la surpopulation ?
Il n’y a pas de mauvaises réponses à ces questions, tant qu’il y a cohérence et réflexion entre vos réponses et le reste des éléments de votre scénario ou de votre roman. Par exemple, si vous créez une Terre du futur en l’hybridant au genre du western, il serait peu crédible qu’ils choisissent des sabres laser comme armes.

Votre univers doit soit montrer que l’humanité a choisi la voie de la plus grande logique et de la moindre résistance, soit donner une raison crédible pour laquelle elle ne l’a pas fait. Examinez donc toutes vos idées et technologies géniales, et assurez-vous qu’elles ont un sens dans le contexte de votre univers.

Allez au-delà des conventions traditionnelles chaque fois que cela est possible.

Il n’y a rien de mal à utiliser les conventions de la science-fiction de manière originale. Mais votre récit gagnera en qualité là où vous créerez des idées totalement originales. Les lasers, l’idée d’une propulsion supraluminique de type Warp Drive, les stations spatiales et les robots sont tous des idées très intéressantes, mais vous pourriez les utiliser d’une manière originale qui intéresserait vos lecteurs.

Cela dit, ces conventions ont été exagérées au point que les lecteurs/spectateurs les considèrent désormais comme acquises. Il y a cinquante ans, l’idée fictive d’un moteur à distorsion aurait fait frémir lecteurs et lectrices. Et c’est bien là le rôle de la science-fiction : enflammer l’imagination des lecteurs avec des possibilités nouvelles, merveilleuses et terrifiantes.

Donc, dès que vous en avez l’occasion, essayez de penser à des idées originales et à de nouvelles pratiques de guerroyer, à de nouvelles sociétés et à de nouvelles technologies, qui n’ont pas été utilisées ou qui l’ont été rarement.

Utilisez le point de vue et un narrateur pour adapter la façon dont votre lecteur voit le monde.

Pensez à toutes les technologies étonnantes qui existent dans notre vie quotidienne quel que soit leur domaine d’exploitation. Maintenant, imaginez que notre monde moderne soit raconté à des personnes vivant dans les siècles passés.
Si vous vouliez enthousiasmer cet antique lecteur avec de telles innovations, voudriez-vous raconter l’histoire du point de vue d’une personne ordinaire de cette époque ? Certainement pas.

Comme beaucoup d’entre nous, un personnage moderne, habitué à de telles merveilles, considérerait toute notre technologie comme acquise. Il ne considérerait pas un téléphone portable comme un appareil incroyable, de même que toutes nos connaissances actuelles.
Par conséquent, le protagoniste moderne ne prendrait pas la peine, de manière réaliste, de décrire ou d’expliquer une quelconque forme de technologie moderne, en particulier avec une certaine excitation.

Si vous souhaitez donner à votre histoire un ton pessimiste (comme dans un récit de science-fiction dystopique), dénué de toute excitation ou de tout émerveillement, c’est tout à fait acceptable. Mais si vous souhaitez que vos lecteurs ressentent une certaine exaltation, vous allez devoir faire preuve de créativité. Heureusement, il existe un certain nombre de moyens de résoudre ce problème.
La première solution consiste à introduire un narrateur ou le point de vue singulier d’un personnage qui n’appartient pas à l’époque fascinante sur laquelle vous écrivez. C’est ce que l’on observe dans les histoires qui incluent un voyage dans le temps ou un humain qui est transporté dans un monde extraterrestre futuriste. Les personnages regardent tout avec émerveillement car tout est nouveau pour eux.

Dans le domaine de la fantasy, nous en voyons un exemple dans Harry Potter, un personnage à l’enfance tout à fait normale qui se retrouve soudainement propulsé dans le monde magique de Poudlard. Imaginez combien Harry aurait accordé moins de détails et d’attention à ce nouveau monde impressionnant, s’il avait grandi dedans.
En tant qu’étranger, il partage une perspective similaire à celle du public et permet un grand niveau de satisfaction dans la façon dont le monde est présenté.

Le narrateur peut aussi être un humain moderne qui s’adresse à une personne futuriste, lui posant toutes sortes de questions que les lecteurs aimeraient savoir, et racontant l’histoire avec enthousiasme.
C’est ce que l’on voit dans Entretien avec un vampire, où le narrateur interroge le vampire (le protagoniste et personnage principal qui raconte l’histoire) sur toutes les choses que ce narrateur prendrait autrement pour acquises.

Vous pouvez également choisir de faire en sorte que votre personnage soit issu d’une vie normale sur Terre, mais qu’il soit vaguement conscient que des choses fascinantes se jouent en dehors de la planète. Vous pouvez aussi créer un personnage excentrique qui s’enthousiasme pour des choses que les autres trouvent ordinaires.

Quelle que soit la façon dont vous choisissez d’illustrer votre monde, vous devez créer une raison valable pour que votre narrateur ou votre personnage principal le fasse avec le niveau d’émerveillement, d’intérêt et de complexité que vous avez choisi.

Lorsque vous créez votre monde, souscrivez soit à la science, soit à un fantastique logique.

Il n’y a aucun problème à utiliser une technologie, dans un monde fictif, qui n’est pas scientifiquement possible (bien qu’il doive y avoir une certaine logique et des limites fictives pour équilibrer les pouvoirs et maintenir la cohérence). L’idée des sabres laser est une bonne idée même s’ils s’avèrent en fin de compte irréalisables. On ne peut qu’être impressionné par les histoires qui s’efforcent d’être réalistes sur le plan scientifique et qui expliquent des principes très réels ou des sciences théoriques appliquées (tant que ce n’est pas exagéré).
Cependant, n’insultez pas l’intelligence de vos lecteurs et de vos lectrices en donnant des explications scientifiques approfondies pour des technologies qui n’ont pas de réel fondement scientifique.

Nous en voyons des exemples à la fois bons et mauvais dans la franchise Star Wars. Quelle que soit notre connaissance des possibilités et des avancées scientifiques, chacun sait que les sabres lasers sont des… foutaises. Cependant, étant donné l’hybridation du genre fantastique, cela ne nous dérange pas vraiment. En fait, nous sommes même d’accord avec l’explication selon laquelle la lumière est concentrée par un cristal magique récupéré pendant l’entraînement d’un Jedi. Nous sommes d’accord avec cette explication parce qu’elle est aussi vague et magique que le reste de l’histoire, et parce qu’elle nous en dit plus sur l’histoire du monde qu’elle n’essaie de nous tromper avec une fausse science.

Cependant, lorsque nous apprenons que la raison des pouvoirs des Jedi est une substance biologique appelée « midi-chloriens« , nous sommes beaucoup moins crédules. Nous savons que les pouvoirs d’un Jedi sont de pures inventions imaginaires, tout autant que ses sabres, mais nous n’avons pas besoin d’une explication scientifique car nous avons déjà accepté l’univers magique.
La révélation des « midi-chloriens » n’apporte rien à l’intrigue, rien aux traditions suggérées du monde de l’histoire, et donne juste l’impression que l’auteur invente des solutions bâtardes pour renforcer le réalisme de son univers ou de l’univers dont il a hérité.

Dans votre propre récit, vous pouvez expliquer une logique fictive, ou les principes fictifs impliqués dans les choses qui n’ont pas tout à fait de sens. Tant que cela a pour but de créer un équilibre ou d’ajouter à la fascination ou au mythe de votre monde, nous pouvons l’accepter.
Nous accepterions même les détails scientifiques (à condition qu’ils soient habilement intégrés aux dialogues et à la narration sans nous submerger d’un seul coup), pour autant que la science soit réelle.

Mais n’ennuyez pas votre lecteur avec une fausse science plus ou moins détaillée qui ne sert aucun but. Ayez confiance dans le niveau de fantaisie que vous choisissez pour votre histoire, maintenez-le au même niveau d’homogénéité logique que le reste des éléments du monde, et faites confiance aux lecteurs et lectrices qui choisiront de s’immerger dans la magie soigneusement élaborée de votre histoire.

Méfiez-vous de l’allégorie et de la propagande dans la science-fiction.

science-fictionL’un des aspects les plus intéressants de la science-fiction est sa capacité à montrer l’avenir potentiel de l’humanité, ainsi qu’à explorer des idées philosophiques et l’effet qu’elles pourraient avoir sur notre avenir. La série de jeux vidéo de science-fiction/horreur/steampunk Bioshock en est un exemple.

Bioshock s’intéresse à ce qu’il adviendrait d’un monde entièrement régi par un capitalisme de type « survie du plus fort » à la Ayn Rand. Le problème auquel les écrivains sont souvent confrontés est qu’ils sont totalement en faveur ou totalement opposés à certaines idéologies ou groupes… C’est très bien, à un niveau personnel.
Cependant, lorsqu’il s’agit d’écrire un roman ou un scénario, vous êtes confronté aux dangers de l’allégorie et de la propagande. L’allégorie est un outil qui sert à expliquer ou à « prêcher », et non à explorer des questions complexes comme le fait si souvent la science-fiction. L’allégorie n’aborde pas les problèmes sous un angle réaliste et multidimensionnel, mais fait preuve de condescendance en disant « ceci est mauvais, et cela est bon« . Une morale non justifiée, en quelque sorte.

La propagande, quant à elle, consiste à dépeindre une idéologie ou une philosophie comme sacrée, pure et irréprochable. Vous verrez de la propagande dans des utopies où des vertus telles que le pacifisme ou le patriotisme mènent à un monde parfait. On peut être favorable au pacifisme, cela n’excuse pas la propagande.

Peu importe ce que vous croyez, vous devez vous efforcer de valider les critiques et les problèmes de l’idéologie que vous représentez. C’est un geste d’honnêteté envers les lecteurs qui sont d’accord et envers ceux qui ne sont pas d’accord avec votre message, un rameau d’olivier qui indique que vous les traiterez avec autant d’honnêteté que possible.
En conséquence, tout lecteur potentiel sera plus enclin à croire que vous ne le tromperez pas, et sera plus disposé à regarder le monde à travers vos yeux.

Vous remarquerez que Bioshock ne tombe pas dans l’allégorie, ni dans la propagande. Premièrement, le noyau de l’histoire ne réside pas dans les idéaux politiques, mais dans l’histoire personnelle du protagoniste qui doit décider entre le destin choisi pour lui ou faire son propre chemin pavé de miséricorde.
Deuxièmement, il ne dépeint pas les idéaux capitalistes comme étant strictement ineptes, inférieurs, déraisonnables et mauvais. Bien sûr, il dépeint l’idéologie de manière sombre, mais c’est principalement dû à des actions que ne contrôle pas l’antagoniste (une approche originale, d’ailleurs).

En outre, nous voyons les progrès scientifiques et les avantages pour le monde qui ne sont possibles que grâce au système philosophique que Bioshock critique. Il ne diabolise pas la philosophie en la qualifiant de complètement mauvaise, pas plus qu’il ne romance une forme alternative comme étant complètement bonne.
Il critique en montrant un résultat possible de la philosophie, à la fois bon et mauvais, tout en laissant au public la possibilité de réfléchir et de parvenir à ses propres conclusions. Si vous voulez que votre histoire soit respectée pour son réalisme, vous devez montrer à la fois la lumière et l’obscurité – le mariage du bon et du mauvais. Par exemple, si vous voulez critiquer l’humanité et la voie vers laquelle nous nous dirigeons, faites-le avec un certain réalisme et un certain équilibre. Examinez les problèmes que les humains ont réellement tenté de résoudre et la façon dont ils ont évolué. Regardez ensuite les défis auxquels nous sommes confrontés et les démons du passé que nous n’avons pas réussi à surmonter.

Ne nous dictez pas notre façon de penser en brossant un tableau tout beau ou tout mauvais. Faites preuve de réalisme, laissez-nous la possibilité de tirer nos propres conclusions et faites confiance à votre public, qui n’est pas constitué d’idiots ayant besoin qu’on leur fasse la morale à la petite cuillère.

Évitez l’anthropocentrisme

L’anthropocentrisme est un mot savant que Wikipedia définit comme « la croyance qui considère les êtres humains comme l’entité la plus significative de l’univers et interprète ou considère le monde en termes de valeurs et d’expériences humaines« .

En d’autres termes, il s’agit d’une évaluation inféconde de l’humanité, en comparaison avec tout ce qui existe, une vision du monde aussi ancienne et artificielle que l’idée que le soleil et la galaxie tournent autour de la Terre. On le voit dans des films de science-fiction comme Independence Day II, où tout le propos de cette histoire semble être de montrer à quel point les humains sont « spéciaux ».

Le problème de cette attitude dans la narration est le même que celui de toute histoire qui fait l’éloge d’une idéologie, d’une religion, d’une figure… C’est trop simpliste, c’est devenu un cliché usé qui limite la créativité, et cela brise le sentiment d’immersion de nombreux lecteurs.

Et si le lecteur vous surprend à le faire (tout comme n’importe quelle autre forme de propagande), il sera plus enclin à se méfier de vous en tant qu’auteur ou autrice. Pensez-y comme quelqu’un qui passerait toute la journée à vous dire à quel point vous êtes une personne extraordinaire, et que tout en vous est meilleur que quiconque. Si quelqu’un faisait cela, vous deviendriez soit le plus grand égocentrique du monde, soit (de façon plus réaliste) vous commenceriez à douter des motivations de cette personne.

En outre, les humains qui réfléchissent savent que, même si notre espèce a de bons côtés, nous sommes loin d’être parfaits. De plus, l’univers ne tourne pas autour de nous. Notez qu’il est certainement valable de dépeindre les humains sous un jour favorable, d’inclure des personnages anthropocentriques et de laisser le lecteur/spectateur regarder l’univers à travers un regard humain.
Ce qu’il faut éviter, c’est de centrer l’univers que vous créez sur l’appréciation singulière de l’humanité par rapport à tout le reste.

Examinez attentivement les idées d’êtres non humains mais doués de sensibilité.

Un autre problème lié à l’anthropocentrisme est l’utilisation des humains comme norme de sensibilité. Nous voyons cela dans d’innombrables formes de science-fiction. Souvent, nous voyons une race non humaine (des elfes de l’espace, une IA…) qui est extrêmement logique et intelligente, mais complètement dépourvue de vertus émotionnelles comme la compassion, la passion et la loyauté.

D’autre part, nous aurons des races qui sont hyper émotives, mais qui n’ont aucun sens de la logique, de la prévoyance ou de l’auto-préservation. Dans ces histoires, les humains représentent le juste milieu, l’équilibre parfait. Mais, comme toute forme d’anthropocentrisme, cela heurte le sens du réalisme de certains lecteurs et est devenu un cliché de la science-fiction.
Il n’y a aucune raison réelle pour qu’une espèce ne puisse pas être à la fois plus logique et plus émotionnelle que les humains, ou moins. De plus, les autres espèces sensibles devraient avoir des normes qui leur sont propres, dictées par leur évolution et leur histoire personnelle en tant qu’espèce.

L’une des meilleures façons de créer des espèces sensibles non anthropocentriques est de tracer les grandes lignes de leur existence historique. Pour ce faire, essayez d’envisager d’autres chemins que ceux empruntés par les humains vers la sensibilité. Par exemple, au lieu d’une culture tribale compétitive pour la perpétuation de l’espèce, vous pouvez créer une espèce coloniale sans concept de monogamie.

Cela donnera lieu à une voie vers la sensibilité très différente de celle à laquelle les humains pensent habituellement. Leurs motivations, leurs émotions, leurs pulsions et leurs valeurs seront complètement différentes mais tout aussi valables que celles des humains.

Par ailleurs, d’autres espèces sensibles peuvent être presque identiques aux humains, mais avec de petites différences essentielles dans leur histoire. Il s’agit simplement de réfléchir à la création de nouvelles formes de sensibilité et de supprimer les limites créatives imposées par l’anthropocentrisme.

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