ÉCRIRE LE SURNATUREL

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Le surnaturel en fiction, également connu comme fiction gothique, est une sorte de fantasy urbaine qui implique des thèmes tels que la magie, les monstres, l’occulte, les démons, les fantômes, Dieu, le Diable… Il est similaire à l’horreur, traitant des mêmes thèmes sombres et inquiétants ; mais le but du genre n’est pas nécessairement de créer la peur.

Au contraire, il a été populairement hybridé avec l’action, la romance, le drame et même l’humour. La fiction surnaturelle peut se décliner sur une gamme de tons allant du thriller surnaturel – proche de l’horreur mais avec un protagoniste plus puissant – à une sorte de fantasy urbaine magique aux thèmes légèrement gothiques.

Compte tenu de cet éventail et de cette liberté de genre, les auteurs ne sont pas soumis à la pression des conventions et des styles attendus des genres plus classiques. Cependant, il y a moins de conseils et moins de bons exemples dont on peut s’inspirer.

Passez du temps à penser les origines de votre univers

Dans un domaine où le surnaturel et le naturel coexistent, il doit y avoir une raison et un équilibre. La réalité existe sans cesse (sans doute sans surnaturel) en raison de la sélection naturelle qui a donné naissance à de nombreuses formes interdépendantes de vie physique et naturelle (plantes et animaux).

La raison pour laquelle une sorte de cercle de la vie peut se poursuivre est que toutes les plantes et tous les animaux ont évolué de manière interdépendante. Au niveau le plus élémentaire, les animaux ont besoin de se nourrir de plantes et d’autres animaux pour survivre, et les plantes ont besoin des animaux, ne serait-ce que la pollinisation.

Indépendamment du fait apparent que tout existe pour une raison, chaque chose a sa propre place logique dans le monde naturel – orientée principalement vers la survie, vers la conservation (une sorte de vouloir vivre qui se joue un peu trop souvent aux dépens des autres).
Lorsque vous introduisez des éléments surnaturels, il devrait y avoir une cohérence entre le monde et leur présence dans ce monde ainsi qu’une logique dans la façon dont ils ont été une force à travers le temps.

Cela ne signifie pas qu’il doit y avoir une divinité ou une présence mystique à l’origine de la magie (bien qu’il s’agisse d’une hypothèse parfaitement valable), mais qu’elle doit s’intégrer au monde de manière équilibrée. Par exemple, vous devriez avoir une raison pour laquelle les vampires n’ont pas conquis la terre s’ils sont infiniment plus puissants que les humains. Vous devriez avoir une raison pour laquelle chaque centimètre carré de la Terre n’est pas occupé par les fantômes des défunts.

Notez qu’il n’est pas indispensable que vous partagiez ces informations avec vos lecteurs et lectrices par un exposé détaillé. Vous n’avez pas besoin de créer un prologue qui explique chaque facette de la logique singulière que vous avez implanté dans votre monde. Le plus important est que vous vous représentiez cette logique en votre for intérieur, de sorte que les éléments de votre histoire fonctionnent ensemble de manière quelque peu rationnelle afin que les lecteurs puissent la déceler lors de la lecture.

Créez des signes et de brèves explications pour ces équilibres, uniquement lorsqu’ils apparaissent sur le plan thématique, afin d’assouvir la curiosité de vos lecteurs au fur et à mesure de leur immersion dans le récit.

Donnez à vos entités spirituelles des motivations et des caractéristiques qui conviennent à ce qu’elles sont.

Satire mise à part, peu de choses sont aussi clichées et ennuyeuses pour un lecteur que des créatures surnaturelles dont l’existence est peu ou pas réfléchie. Les vampires sont le plus souvent dépeints comme des monstres sans cervelle ou des adolescents mélodramatiques. Les fantômes passent leur temps à effrayer les vivants.
Parce que les êtres immortels, même stupides, ont une raison de vivre qui consiste à harceler le vivant. Créer des êtres surnaturels si peu crédibles s’explique tout simplement parce qu’auteurs et autrices ne leur consacrent pas assez de temps. Il est bon de se mettre à la place de ces personnages surnaturels. Il faut se méfier des perspectives plutôt limitées et irréfléchies que l’on a peut-être trop souvent lues ou entendues.

Il est également conseillé de regarder le monde à travers les yeux de vos personnages surnaturels. À moins d’être absolument brisé et insensé, toute personne se lasserait d’être stupide ou d’agir sans but. Les monstres surnaturels doués d’une conscience ne peuvent être crédibles dans cette condition.

Prenez en compte la façon dont un immortel voit le passage du temps, et comment une vie infinie à contempler les autres changerait vos actions, votre personnalité et vos motivations.
Cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas créer des personnages surnaturels stupides, désespérés ou fous. Assurez-vous simplement que cela a un sens dans le contexte des expériences de ce personnage. Notez que vos lecteurs le percevront pour ce qu’il est, et intégrez cette folie dans votre histoire d’une manière qui soit cohérente avec le vécu de votre personnage.

Créez des limites strictes et clairement définies pour vos entités surnaturelles.

Il est important d’avoir des limites clairement définies pour les entités surnaturelles, qu’elles soient votre protagoniste ou votre antagoniste (car les deux doivent mériter le respect du lecteur). Dès le début, vous devez établir ce dont elles sont capables, ce dont elles sont incapables, leurs besoins et leurs faiblesses. Vous avez besoin de principes.

Ces principes sont importants car ils sollicitent notre entendement et notre imagination (deux des facultés les plus utiles dont nous disposons). Prenons l’exemple des histoires de Djinn (ces génies des légendes musulmanes).
Sans règles ni limites, ce sont des dieux inintéressants qui parcourent la Terre avec un pouvoir infini. Nous n’avons pas besoin de faire l’effort de les comprendre parce qu’ils ne sont que des êtres qui nous sont totalement étrangers, omnipotents et que nous ne reconnaissons rien en eux qui pourrait nous relier à eux, même d’une manière ténue.

Mais dès que vous introduisez des limites à leur pouvoir (comme le fait de ne pouvoir utiliser leur magie illimitée que lorsque quelqu’un fait un vœu), vous créez une énigme : ce vœu sera t-il exaucé ? Plus encore, nous croyons reconnaître dans cette question, dans ce souhait, un désir qui nous est personnel.

En conséquence, vos personnages surnaturels deviendront plus intéressants, plus motivés et plus attachants, simplement parce qu’ils doivent faire un effort pour agir.

Chaque limitation doit également avoir une logique derrière elle. L’eau bénite, par exemple, ne devrait pas pouvoir blesser une créature simplement parce que les films et les romans nous disent que l’eau bénite blesse les monstres. Dans ce scénario, la manifestation physique de la sainteté devrait être quelque chose qui blesse spécifiquement les monstres qui sont des manifestations du mal.

Vous pourriez aussi adopter une approche plus pseudo-scientifique, comme dans le cas de la technologie de capture de l’ectoplasme de S.O.S. Fantômes, qui fonctionne en absorbant la matière dont sont faits les fantômes.
Ce mariage de la logique et des limites dans la fiction vous permet de créer un ensemble de règles à respecter. Cela augmente le défi pour vous, le plaisir et la confiance de vos lecteurs, car ils peuvent voir que vous ne les trompez pas avec un jeu de règles inexistantes que vous inventez de toutes pièces en fonction des besoins de l’intrigue à un moment donné.

Prenez en considération comment votre univers répond au surnaturel

Si nous avions des preuves concrètes de l’existence de fantômes, de vampires métamorphes ou de démons voleurs d’âmes, nous vivrions d’une manière bien différente de celle que nous connaissons actuellement. Par exemple, nous pourrions nous efforcer d’atteindre la paix de notre vivant si nous étions condamnés à vivre dans l’agitation en cas de refus.

En conséquence, le monde pourrait compter beaucoup plus de monastères et… de salles de yoga. De même, le concept d’athéisme strict n’existerait pas. En dehors de cela, les humains auraient tendance à avoir des attitudes différentes envers les spectres, en fonction du type de personne qu’ils sont.

De même, il devrait y avoir une certaine logique dans la façon dont les habitants de votre monde réagissent au surnaturel, ainsi qu’une logique dans la façon dont ils vivent leur vie avec la connaissance du surnaturel.

Et même si le monde est ignorant de la présence du surnaturel, il sera probablement (mais peut-être pas définitivement) affecté par cette présence.
Déterminez si le monde connaît ou non l’existence du surnaturel (au-delà des superstitions et des croyances des religions). Si ce n’est pas le cas, il doit y avoir une très bonne raison pour que cela reste un secret (les humains ne peuvent pas tous être des idiots – c’est une offense au sens du réalisme du lecteur et cela crée également un monde terne).

Ensuite, créez une dynamique relationnelle (les relations qu’elles quelles soient sont le pouls du récit). Que se passera-t-il si les humains découvrent que le surnaturel est réel ? Comment les humains sont-ils affectés s’ils ne connaissent pas le surnaturel ? Comment justifient-ils toute l’étrangeté qui les entoure ?

Encore une fois, il n’est pas nécessaire d’expliquer cela directement au lecteur/spectateur. ll suffit que vous en ayez pris conscience pour que votre construction du monde et votre intrigue deviennent plus concrètes et dynamiques.

Évitez les clichés usés du genre

Le genre du surnaturel est relativement nouveau et il existe déjà des clichés éculés à éviter : Il s’agit notamment de terminer l’histoire en se demandant si le surnaturel est vraiment réel (Ann Radcliffe terminait ses romans gothiques en offrant une solution réaliste aux événements surnaturels qu’elle relatait. Elle ne laissait pas la question en suspens ou d’inclure des immortels sexy qui pourraient tout aussi bien être des humains.
Comprenez que les normes traditionnelles du surnaturel (les vampires qui brûlent au soleil, par exemple) ne sont que des choses que l’on voit dans les films encore et encore…

En bref, si vous avez lu et vu des livres et des films sur le surnaturel faire quelque chose de répétitif qui vous semble boiteux et paresseux, ne le répétez pas, à moins que vous n’ayez décidé de vous en moquer. C’est un genre qui est encore ouvert à la créativité et à l’innovation. Tirez-en parti de toutes les manières possibles, en proposant quelque chose de nouveau et d’excitant dès que vous le pouvez.

Comprenez la raison pour laquelle le surnaturel sert à améliorer votre récit.

La raison de l’utilisation du surnaturel doit aller au-delà de sa popularité ou de votre plaisir à voir ces étranges créatures. Déterminez ce que vous faites en utilisant le surnaturel dans votre histoire. Remettez-vous en question l’idée de Dieu ? Explorez-vous le thème de l’obsession à travers les esprits ? De la dépendance à travers les vampires ? Le bien contre le mal avec les anges et les démons ? Explorez-vous simplement le thème des ténèbres et de la peur, à travers la présence de leurs formes incarnées ? Ou le sentiment d’être un paria ou un monstre ? Ou le fait qu’une personne voit la vérité du monde, alors que tous les autres sont aveugles ?

Les thèmes et applications possibles sont infinis. Déterminez pourquoi vous utilisez le surnaturel, puis adaptez le monde et l’intrigue pour rendre cet objectif encore plus dynamique.

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