QUI EST MON PERSONNAGE PRINCIPAL ?

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Un personnage est comme un être réel. Il est certainement moins complexe qu’un être réel mais il en est tout de même une imitation lorsqu’on le tisse avec différents fils physique, sociologique et psychologique.

Bien qu’il n’y ait rien de mal à cette méthode, elle peut parfois desservir l’intention de l’auteur lors de moments particuliers de son récit. Bien sûr, il peut être utile de créer des personnages à partir du néant et d’apprendre à les connaître suffisamment bien pour développer des scènes. Mais cela ne nous incite pas nécessairement à nous intéresser à eux ou à susciter une empathie envers eux, ce qui est le facteur clé pour retenir l’attention du lecteur du début à la fin.

Élaborer un personnage

Avant qu’un personnage se révèle aux lecteurs et lectrices et que ce personnage soit sur papier ou sur écran, il faut le construire. Pour découvrir son histoire, pour prendre un peu de distance, c’est-à-dire la considérer davantage comme un objet que l’on observe, il est toujours fécond de s’interroger à propos de son ouvrage en cours d’élaboration.

Qui est mon personnage principal ?

De tous les personnages qui viendront peupler votre récit, le personnage principal (qui n’est pas nécessairement protagoniste car le protagoniste fait avancer l’intrigue mais lecteurs et lectrices pourraient ressentir très peu de choses envers lui), le personnage principal, donc, est celui sur lequel se porte l’empathie des lecteurs.

Qui est ce personnage principal ? Pour Karl Iglesias, si vous ne savez pas à propos de qui vous écrivez, pensez au personnage dont la vie est rendue difficile dans votre histoire, à celui qui ressent ou souffre le plus, à celui qui sera obligé d’apprendre le plus de ses tribulations et pérégrinations et qui changera en conséquence (c’est-à-dire que le changement peut être radical, touché aux racines même du personnage ou bien un renforcement de ses croyances dont il n’était pas certain au début du récit).
Le changement est une conséquence du principe qui justifie cette expression de personnage principal, ou simplement, rajoute Karl Iglesias, le personnage est principal lorsque nous vivons l’histoire sous son point de vue.

Être protagoniste, c’est assurer une fonction. L’antagoniste assure lui aussi une fonction. Ces termes désignent des archétypes. L’archétype est une excellente base pour créer des personnages. Mais c’est une base justement et elle manque de profondeur. Opter pour un archétype, c’est aussi vouloir lui ajouter de la profondeur, en fait, c’est ne pas se contenter de l’archétype.

La théorie narrative Dramatica distingue la fonction qui est objective de la subjectivité. Lorsqu’on parle d’un personnage principal, c’est un personnage subjectif. Ainsi, lecteurs et lectrices éprouvent l’histoire par le point de vue de ce personnage principal.

Dramatica considère alors qu’un personnage qui est à la fois protagoniste & personnage principal peut être appelé le héros de l’histoire (tout comme il existe un méchant de l’histoire). Un héros (et il est ainsi dans la plupart des récits) force l’admiration (en fait, le méchant aussi). Il n’est pas parfait. Selon Karl Iglesias, nous fantasmons d’être ce héros (ou ce méchant).

Il en résulte de la sympathie (étape préalable à l’empathie) car nous nous reconnaissons en eux, et nous nous identifions à eux, à leurs désirs et à leurs besoins. Ces personnages luttent pour s’élever au-dessus de leurs doutes, de leurs limites et de leurs obstacles.
Alfred Hitchcock a fait une carrière à partir de ces protagonistes, des gens ordinaires dans des circonstances extraordinaires.

Il ou elle est le héros ou l’héroïne improbable. Les chances sont contre eux. Ils sont dépassés par les forces antagonistes et accablés par elles. Nous sommes donc enclins à les protéger, les aider ou les consoler à mesure que l’histoire progresse.

Le personnage principal est un protagoniste captivant parce qu’il nous fait ressentir au moins trois émotions selon Karl Iglesias : de la compassion pour leur manque d’estime de soi ou de ressources pour réussir (parmi ces ressources sont compris tout handicap physique, émotionnel, social ou mental) ; de l’admiration pour leur détermination à triompher des obstacles et à prendre le contrôle de leur vie ; et du suspense pour l’improbabilité qu’ils réussissent, les chances étant si élevées contre eux.

Et s’ils doivent réussir, comment ? La réussite peut être nuancée. Le personnage peut connaître le triomphe et s’accomplir pleinement dans le même coup. Mais il peut échouer à combler son désir, l’objet de sa quête peut être inatteignable mais dans sa tentative pour l’obtenir, il grandit. C’est ainsi que malgré son échec, il est devenu une personne autre et plus conforme à sa véritable nature.

Et la réciproque est possible aussi. Il peut réussir la mission qu’il s’est fixé lorsqu’il a débuté son aventure, mais au bout du compte, sur un plan intime, il n’a pas changé. Son besoin qui n’est pas le désir le fait toujours autant souffrir. Malgré la réussite de l’objectif, il a échoué sur le plan personnel. Puis, il y a la tragédie qui est un double échec : désir et besoin ne sont pas assouvis.

Une âme perdue ?

Parfois, le personnage prend le mauvais virage, s’engage dans la mauvaise voie. Il est moralement imparfait et représente le côté le plus sombre de la nature humaine. Ce personnage suscite la fascination car nous sommes pour ainsi dire intrigués par les aspects sombres de la nature humaine. Peut-être ressentons-nous un soupçon d’admiration coupable pour leur courage d’être mauvais et de défier les mœurs établies (souvent, le personnage principal se reconnaît à sa fronde contre l’ordre établi du monde dans lequel auteurs et autrices le jettent).

Ils ne sont pas sympathiques, donc pour créer le lien crucial avec eux, le lecteur doit les comprendre et admirer quelque chose en eux – leur intelligence, leurs motivations, leur manque d’options, ou même une valeur positive rare, comme la loyauté envers la famille (Le Parrain), l’attention portée à un autre être humain (Midnight Cowboy), ou la passion (Amadeus).

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One thought on “QUI EST MON PERSONNAGE PRINCIPAL ?

  1. Bonjour William, tu ne vas pas tomber des nues mais encore tout à fait d’accord avec toi de distinguer le personnage principal du protagoniste qui n’est en effet qu’une fonction que le personnage principal peut aussi endosser autant que celle de l’antagoniste (notion de « méchant » parfois réductrice si çà ne doit faire mal que pour situer où persisterait la douleur à transformer ou plutôt désinfecter et soigner).

    On pourrait même en déduire sans trop de risque, que le personnage principal ne sert que de miroir intime à l’âme de son auteur qui à ce titre, lui attribue des fonctions dramatiques (protagoniste, antagoniste, objet du désir, mentor, …) tant que c’est par elles qu’il se confronte à sa quête de se découvrir, se retrouver, se réconcilier …

    De là certainement cette empathie voulue d’abord réciproque puisqu’il s’agit d’un échange d’humanité pour en dégager sa force d’amour dans la prétention ou l’espoir de nous unir autour.

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