L’HISTOIRE, SA STRUCTURE ET DRAMATICA

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Pour Melanie Anne Phillips, co-autrice de la théorie Dramatica, la plupart des auteurs ne sont pas des théoriciens du récit de fiction et ne veulent pas l’être. Néanmoins, une bonne compréhension du fonctionnement des histoires peut aider à soutenir l’instinct de l’auteur, afin de seulement s’assurer qu’une structure déficiente ne ruine pas sa créativité.

Qu’est-ce donc que la structure d’une histoire ? C’est un plan de la manière dont les gens s’y prennent pour résoudre différents types de problèmes, et un message spécifique de l’auteur quant aux méthodes qui sont meilleures que d’autres.

D’où vient cette notion de structure de l’histoire ?

Melanie Anne Phillips est affirmative à ce sujet : depuis la nuit des temps environ, nous racontons des histoires, mais personne n’a vraiment inventé la structure des histoires. Au contraire, la structure de l’histoire est apparue comme une conséquence de l’effort visant à décrire la façon dont les individus gèrent les problèmes et comment ils interagissent avec les autres lorsqu’ils sont confrontés à des problèmes qui touchent plusieurs personnes.

La structure des histoires est d’abord apparue comme des conventions – certains truismes sur la façon dont les gens pensent et ressentent et se comportent les uns avec les autres (il est très difficile de se libérer des autres, l’humain est un être social).

Ces truismes ne couvraient peut-être pas toutes les situations du monde réel, mais ils étaient suffisamment utiles comme guides généraux pour élaborer une histoire qui semblait réelle pour les lecteurs ou pour les auditeurs d’abord, et qui mettait en évidence les choix personnels et le comportement en général (souvent les choix personnels sont orientés selon un comportement habituel issu du rapport que l’on entretient aux autres).

Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs veulent quelque chose d’un peu plus tangible – quelque chose sur lequel ils peuvent s’appuyer comme base pour une histoire qui fonctionne vraiment. De plus, quelques théoriciens comme Aristote, Jung et Campbell, ont cherché une sorte de fil conducteur dans la structure, peut-être une perspective globale dans laquelle tout cela avait un sens, ou au moins un moyen de mieux relier ce qu’il se passait dans les histoires avec les problèmes de la vie réelle et la façon dont les gens les traitaient (ou même devraient les traiter).

Si vous vous penchez sur la théorie narrative Dramatica, vous vous apercevrez vite que cette œuvre de Melanie Anne Phillips et Chris Huntley se démarque à mille lieues de ces théoriciens. Dramatica est ardue à appréhender mais l’effort fourni pour sa compréhension devrait être récompensé dans votre propre projet.

Les recherches et l’étonnement de ces théoriciens a conduit à l’élaboration de nombreuses idées allant du concept de structure en trois actes au « héros aux mille visages« , en passant par le célèbre et presque omniprésent « hero’s journey« .

Le point de vue de Dramatica

Voyez le point de vue de Phillips sur la structure de l’histoire. Pour elle, il s’agit des conflits qui surviennent entre un individu qui essaie de faire le meilleur pour lui-même et ce que son rôle dans la société exige de lui.
Ce rôle plus étendu pourrait être aussi simple que ce dont un ami cher a vraiment besoin (et qu’il faudrait aider), ce dont un enfant a besoin pour être heureux (de l’amour de sa maman essentiellement), ou ce qu’une nation demande à son dirigeant.

Chris Huntley et Melanie Anne Phillips ont développé leur propre modèle de structure d’histoire basé sur une nouvelle idée que personne n’avait jamais proposée auparavant, appelée « Story Mind » – comme si l’histoire elle-même avait sa propre psychologie, dans laquelle chaque personnage représente un aspect de cet esprit comme universel (et parfois pas mal perturbé).

Dans leurs recherches, ils en sont venus à penser que chaque individu possède certains traits communs que nous partageons tous, comme la raison et le scepticisme. Et nous les utilisons tous pour essayer de résoudre nos problèmes personnels. Mais lorsque nous nous réunissons en groupe pour résoudre des problèmes d’intérêt commun, nous commençons à nous spécialiser de sorte qu’une personne se révèle être la voix de la raison pour le groupe, et une autre devient le sceptique du groupe.
De cette façon, le groupe peut approfondir ou résoudre des problèmes complexes plus efficacement que si chacun affrontait le problème frontalement, essayant de faire tout le travail.

Phillips et Huntley avaient le sentiment que ce genre de choses se produit naturellement chaque fois qu’un groupe se réunit pour atteindre un objectif commun parce que, dans un sens, c’est un bon moyen de survivre pour le groupe dans son ensemble, et donc pour chacun de ses membres.

Les prémisses de Dramatica commençaient à naître.

Cette théorie de la structure de l’histoire ne se limite pas à cela, mais, armés de ce concept initial révolutionnaire, ils ont passé environ trois ans à essayer de construire ce paradigme. Et le résultat final est un modèle interactif qui tient compte de tous les types de traits que nous partageons, qu’ils soient grands ou insignifiants.

Ils ont estimé que c’étaient là les éléments de la structure et ils ont créé une sorte de tableau périodique de la structure pour montrer leurs propriétés dramatiques et comment ils sont tous liés les uns aux autres.

Et au-delà de cela, ils ont découvert qu’il y avait une dynamique intégrée dans les conventions de la structure qui ne pouvait être vue que si on la considérait comme un Story Mind. Ils ont cataloguées ces conventions que leurs prédécesseurs avaient largement commentées et ont constaté que l’ensemble de la structure était vraiment très souple et que les truismes n’étaient plus nécessaires, car vous pouviez créer des structures très spécifiques pour à peu près n’importe quelle question que vous souhaitiez explorer en tant qu’auteur.

Ils ont alors construit une charte graphique montrant comment les éléments dramatiques interagissaient les uns avec les autres. Je vous prépare un sujet plus détaillé de cette charte graphique des éléments dramatiques dans le forum sur Dramatica.

Le graphique fournit une carte des éléments qui composent les histoires et il est le meilleur moyen de comprendre le processus de « liquidation » de la tension dramatique de votre histoire.

Essentiellement, lorsque vous rencontrez des difficultés dans la vie, vous essayez une solution l’une après l’autre – un élément différent de la charte après l’autre jusqu’à ce que vous en trouviez un qui fonctionne. Dans cette charte, c’est comme si vous déplaciez l’élément dramatique dans le style du Rubik’s Cube.

Chaque fois que vous essayez une solution au lieu d’une autre, non seulement vous mettez la nouvelle en avant, mais en même temps vous mettez l’ancienne en arrière-plan même temporairement.

Parfois vous déplacez les positions des éléments dramatiques pour en changer l’ordre dans lequel ils s’appliquent. Pour Melanie Anne Phillips, certains problèmes sont causés par l’utilisation d’un mauvais processus et d’autres par l’utilisation des bons processus mais dans le mauvais ordre.

Ne pas briser la structure

Qu’est-ce qu’une règle dramatique ? Par analogie, vous pouvez tourner un Rubik’s Cube, mais vous ne pouvez pas en extraire un des petits cubes et l’échanger avec un autre petit cube. En d’autres termes, vous pouvez créer toutes sortes de motifs, mais vous ne pouvez pas casser la structure.

De même, dans les histoires, vous pouvez créer toutes sortes de motifs dramatiques, mais vous ne pouvez pas simplement déposer les éléments de l’histoire où vous voulez – ils doivent se mouvoir en place.

Lorsque vous répondez à des questions sur votre histoire dans Dramatica, vous exprimez votre intention dramatique – le schéma dramatique que vous voulez créer pour votre lecteur. Cela en dit long sur l’arrangement final que vous souhaitez obtenir avec certaines des « couleurs » du Rubik’s Cube de votre histoire.

Chaque fois que vous faites un choix, vous dites : « Je veux que mon histoire ressemble à ceci, par opposition à cela« . Vous choisissez tout autant ce que vous ne voulez pas dans votre histoire que ce que vous voulez qui y figure.

Les choix sont cumulatifs. En travaillant votre structure avec les préceptes mis en exergue dans Dramatica, vous constatez que vos choix futurs commencent à être limités, non pas par des règles arbitraires et rigides, mais parce que vous ne pouvez pas tout faire en même temps et au même endroit.

Certains choix ou combinaisons de choix empêchent tout simplement d’autres options d’être possibles dans cette histoire particulière, celle que vous êtes précisément en train d’écrire.

Que se passerait-il si vous mettiez tout ce que vous voulez dans une histoire ? Certes, tout est possible. Cela signifie qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise structure, en fait, si vous ne vous limitiez pas, il n’y aurait pas de structure du tout. Vous auriez une œuvre, c’est certain, mais une œuvre déstructurée et donc difficilement lisible.

Qu’est-ce que la structure ? La structure n’est rien d’autre qu’un point de vue objectif ou émotionnel, ou les deux. De nombreuses histoires n’ont pas besoin de structure parce qu’elles ne visent pas à faire passer un message quelle que soit son importance, mais sont conçues pour être des expériences sans signification globale plus importante par-dessus l’expérience.

Différences entre le conte et le récit

Dramatica nomme comme contes (Tales) les structures expérientielles et les structures de sens plus large comme des histoires. La différence entre le conte et l’histoire selon Dramatica est que le conte avec ses valeurs morales est foncièrement dit sous le seul aspect de l’expérience décrivant ce qui est bien ou ce qui est mal.
Alors que l’histoire qui partage aussi des expériences avec le lecteur greffent sur celles-ci une signification qui n’est d’ailleurs perçue qu’en seconde lecture. Le lecteur reçoit d’abord l’image de l’expérience. C’est après avoir médité quelque peu que la signification lui apparaît.

Donc, si vous avez une chaîne d’événements ininterrompue qui a du sens, associée à une série d’expériences émotionnelles qui ne violent pas les sentiments réels des gens, c’est tout ce dont vous avez besoin pour avoir la structure complète d’un conte au sens que Melanie Anne Phillips lui donne.
Mais, pour avoir une structure de récit complète, chaque événement et expérience fait partie d’un schéma global qui devient clair au moment où l’histoire est terminée. Il n’y a rien de mieux ou de pire dans un conte par rapport à une histoire, mais les auteurs d’histoires prennent sur eux une rigueur plus exigeante.

Historiquement, il fut facile de manquer une étape dans les événements d’un conte (un peu comme de sauter du coq à l’âne) ou de passer brutalement d’une émotion à une autre sans préparation aucune.

Et il fut encore plus difficile de faire en sorte que chacun de ces moments dramatiques contribue à donner un sens plus profond à une histoire.

Dramatica n’a pas été conçue pour vous inspirer ou vous aider à construire le monde de votre histoire en soi, mais pour garantir que, quel que soit le sujet sur lequel vous souhaitez écrire, et que vous souhaitiez le raconter sous la forme d’un conte ou d’une histoire, la structure sous-jacente sera solide, complète et adaptée au message que vous souhaitez transmettre à vos lecteurs ou à votre public.

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