COMEDIE : L’IMAGINATION AU POUVOIR

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L’imagination est la première étape dans la conception d’une comédie.Cette imagination est sollicitée par l’expression la plus importante dans l’ordre de la créativité :
Et Si…?

George Scialabba a écrit :
Imagination is intelligence having fun !
L’imagination est l’intelligence qui s’amuse !

Voir autrement

Ecrire une comédie, c’est d’abord percevoir les choses d’une façon que personne d’autre (du moins parmi les lecteurs) n’a considérée avant. Il s’agit de prendre un élément et de le réaligner dans une relation nouvelle et inattendue. Il faut surprendre le lecteur.

Par exemple :
Et si le lait maternel était déclaré dangereux pour la santé des bébés, où vont-ils mettre l’étiquette danger ?

Dans la phase de recherche de votre comédie, la clef est de débrider votre imagination. Demandez-vous constamment Et si… ? et explorez toutes les possibilités, même les plus absurdes, les plus folles.
Vous devez mettre en branle votre imagination.

Rejetez l’inhibition

Lorsque vous écrivez, écrivez librement. Émettez toutes sortes d’hypothèses. Si nécessaire, vous vous corrigerez après.
Mais lors de la phase de recherche, relâchez la bride. Faîtes fi des inhibitions.

 L’observation au cœur du processus

Comme dans toute phase de recherche d’idée, l’observation est le principe derrière le processus. La différence pour un projet de comédie est ensuite d’imaginer l’improbable association. Ce matériel collectionné par l’observation sera écrit et réécrit ensuite en scènes pour fonctionner dans une éventuelle comédie.

Quelques règles qui vont bien pour une comédie 
La double signification

Cette règle permet de mettre en valeur les dialogues. L’auteur joue avec les mots.
Ce peut être une ligne de dialogues qui est répétée mais la seconde fois est chargée d’une signification quelque peu différente.

Cette double signification est souvent porteuse d’implications grossières ou sexuelles.
Elle
Arrêtes de jouer avec mes nerfs !
Lui
Ce n’est pas avec tes nerfs que j’aimerais jouer !

Dans la double signification, les jeux de mots sont aussi chargés d’une métaphore ou encore d’un euphémisme
Tu as vu la taille de ce caillou ? en parlant d’un rocher, par exemple.
Ou encore d’une hyperbole
Je t’ai dit un million de fois de ranger ta chambre !

Evidemment, ces lignes de dialogue peuvent cacher une signification plus profonde comme l’état psychologique du personnage qui les prononcent.

Le renversement du point de vue du lecteur

Généralement, il est préférable d’écrire chaque scène selon l’expérience qu’en a un seul personnage en faisant en sorte que le point de vue soit clair dès l’ouverture de la scène.

Cependant, la comédie s’accommode bien d’un changement de point de vue et la confusion qui s’ensuit dans l’esprit du lecteur ajoute à l’impact de la scène. A la condition, toutefois, que le ton soit bien celui de la comédie et accepté par le lecteur.

Le principal intérêt de renverser les points de vue à l’intérieur d’une scène est surtout ironique : il est communiqué au lecteur des informations que les personnages ignorent sur le moment.

Prenons l’exemple d’un homme et d’une femme faisant l’amour passionnément. Soudainement, la porte de l’appartement s’ouvre et un homme entre en criant : Chérie, je suis à la maison.
Il se rend jusqu’à la chambre et découvre le couple nu et dit :
Mais qu’est-ce qu’elle fait là ?

Le renversement de point de vue qui s’opère chez le lecteur commence par une préparation qui consiste à le tromper, à l’envoyer dans une autre direction.
Dans l’exemple ci-dessus, la scène présente un adultère et le mari rentre à l’improviste. C’est cette idée que l’auteur cherche à faire naître dans l’esprit du lecteur. C’est d’autant plus facile par l’universalité du motif car c’est une pensée habituelle à propos de l’adultère. Le mari qui surprend sa femme dans les bras d’un autre relève du cliché.

Donc lorsque le mari dit : Chérie, je suis à la maison, le lecteur pense qu’il appelle sa femme.
Mais au moment du climax de la scène, l’élément de surprise (très efficace en comédie) est amené par la ligne de dialogue Mais qu’est-ce qu’elle fait ici ? ce qui renverse abruptement le point du vue du lecteur.

La règle de trois

C’est un principe qui suggère que les choses qui vont par trois sont plus amusantes, plus efficaces. Et cela ne concerne pas seulement la structure en trois actes d’un scénario.

Vous pouvez aussi découper une scène en trois parties. Ce qui revient en fin de compte au même : un début, un milieu et une fin.
Voire même écrire trois répliques :
La serveuse avec une voix fortement enrouée
Nous avons des glaces au chocolat et à la vanille
Le client
Vous avez une laryngite ?
La serveuse
Non, seulement chocolat et vanille.

Que ce soit structurel ou non, cette règle de trois a pour objectif de créer la surprise. C’est en effet la chute de l’histoire (que les anglo-saxons nomment Punch Line) où réside l’effet de surprise recherché.

Dans une comédie, une scène peut alors prendre la forme suivante
  1. Elle commence par poser une question dramatique (cette première partie est le takeoff  anglo-saxon).
    15 août. Une procession d’une vingtaine de personnes défile dans la rue principale du village.
    Sur le bas-côté, une vieille femme observe la procession qui s’approche.
    Cette première partie tout comme la seconde ne présentent rien d’autre qu’une normalité. Les réactions et les réponses n’ont rien d’extraordinaire, ni d’extravagant.
  2. Le milieu de la scène va venir ajouter de la tension tout en contrastant la première partie.
    La procession est suivie par la fanfare du village silencieuse pour le moment. Elle est constituée d’un clairon, d’une grosse caisse et d’un joueur de cymbales. Il apparaît à sa démarche que la grosse caisse a un peu de vent dans les voiles.
  3. Dans sa troisième partie, la scène selon la règle de trois présente une hyperbole dans son climax. Le final doit être exagéré.
    La grosse caisse apercevant la vieille femme qui soudain se précipite sur lui prend peur. Il accélère le pas à travers la procession qui s’éparpille afin de ne pas être percuté par les deux boulets que rien ne semble pouvoir arrêter.
    En tête de la procession, le prêtre se retourne et voir s’enfler dans son champ de vision une forme ronde qui le renverse.
    Deux paires de bras et de jambes sont entremêlées à terre lorsque parvient à leur hauteur la vieille femme.
    Celle-ci s’assoit alors sur la grosse caisse qui repose sur le flanc, sort un morceau de saucisson qu’elle s’apprête à déguster. Avant de mordre dans le saucisson, elle tend le bras vers le joueur de la grosse caisse qui sort de sa veste une bouteille de rouge et la pose dans la main de la vieille femme.
La théorie de l’incongruité 

La théorie de l’incongruité suggère que l’humour est la perception de quelque chose d’incongru, quelque chose qui viole nos modèles mentaux et nos attentes.

James Beattie (1735/1803) en 1779 fut le premier à utiliser le mot incongru dans son analyse de l’humour. Cette théorie de l’incongruité est dominante de nos jours en philosophie et psychologie.

Aristote écrivait que pour faire rire, un orateur devait créer une attente dans le public et puis la violer. Cicéron ajoute que la plus commune des plaisanteries est celle où nous attendons une chose et qu’une autre est dite.
Et que c’est de cette attente déçue que le rire surgit.

De nos jours, on distingue le setup ou takeoff c’est-à-dire la première partie de la scène qui met en place les conditions de l’attente. Et la chute de la scène ou Punch Line, la dernière partie qui viole cette attente.
La théorie de l’incongruité veut que la fin soit incongrue avec le début.

James Beattie écrit que le rire procède toujours d’un sentiment ou d’une émotion, excité dans l’esprit, en conséquence de certains objets ou idées qui lui sont présentés. Notre rire semble provenir de la vue de choses incongrues réunies dans le même assemblage.

Le rire dont il est question ici est celui qui est amusant, distrayant, désopilant. Il faut le distinguer par exemple du rire des chatouilles.
La cause de ce rire particulier serait alors deux parties ou circonstances (le comique de situation relève de la théorie de l’incongruité) qui sont incompatibles, illogiques (c’est-à-dire qui heurtent le bon sens).

Un objet complexe

Ces circonstances sont réunies en un objet complexe qui est formé par les relations que crée l’esprit lorsqu’il perçoit ces circonstances. Cette perception et le rire qui en émane se produit lorsque l’esprit réalise l’incongruité entre un concept et l’objet qu’il représente.

Ainsi l’incongruité peut se nicher par exemple dans l’étrangeté de situations qui ne sont pas habituelles ou attendues. Imaginons une vidéo de présentation d’une université destinée à ceux qui vont y faire leur première année. Il s’agit de communiquer sur de l’information.

On pourrait suivre un chemin classique en décrivant par exemple les moyens mis à la disposition des étudiants. Cependant, il pourrait être plus percutant (grâce à l’humour) d’introduire une sorte de grosse peluche (la mascotte, par exemple) qui prendrait en charge les nouveaux élèves.
Deux concepts ici sont mis en œuvre au service de l’information  : celui d’une institution et celui d’un être surnaturel, hors norme, que l’on dote d’entendement et de volonté.

Aucun contraste, aucune opposition ne sont recherchés. C’est l’intention de mettre en place une relation improbable qui importe.
On pourrait même appliquer ce principe à un autre genre que la comédie et lier ainsi une menace en bousculant la frontière entre ce qui semble réel et l’impossible.

L’illogisme comme moyen de communiquer

C’est le manque de correspondance qu’il faut rechercher dans l’information. Prenons l’exemple d’un panda. Il est habituellement associé à cet animal de la douceur. Mais si l’on décide de le rendre agressif, nous allons contre le sens commun afin de communiquer sur une information.

Dans le cas de la comédie, l’intention est de faire rire et non pas de détourner une idée pour en faire l’apologie d’une autre. De même, un vieil homme fragilisé, proie facile, pourrait faire soudain preuve d’une souplesse rare pour se défendre lui-même.

Le concept s’étend de lui-même à d’autres domaines : dans Will Hunting, il est incongru que quelqu’un qui s’occupe de l’entretien soit un génie. On n’attend pas cela du personnage.

La théorie de supériorité

qui consiste à faire en sorte que le lecteur se sente supérieur face à des pensées ou actions ridicules. Cela consiste surtout à démolir soigneusement une personne ou quelque chose reliée à cette personne.
Cette théorie a laissé dorénavant la place à la théorie de l’incongruité plus apte à provoquer le rire.

D’autant plus que cette théorie sur la supériorité n’a pas vraiment résolue la problématique consistant à rire de soi-même.

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