Personnage

LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 1

Nous abordons une nouvelle série sur la conception du personnage selon John Truby que nous avons annotée de nos propres impressions.
Auparavant, nous voudrions toucher un mot sur la texture. La texture consiste à ajouter des détails qui ne sont pas utiles à l’action mais qui humanise votre personnage, ce qui ajoute à sa crédibilité. Cette technique permet de donner l’impression que l’on observe des personnages qui ont une vie en-dehors de l’histoire. Cette épaisseur distingue le personnage parmi tous les personnages de l’histoire et en particulier ceux dont l’existence ne sert que le propos de l’histoire.
Cette texture autorise l’empathie dans une large mesure car le lecteur peut s’identifier à ces traces d’humanité (il les reconnaît en lui ou aimerait les posséder).

John Truby cite en exemple Tootsie de Larry Gelbart , Don McGuire, Murray Schisgal, avec la participation non créditée de Barry Levinson, Robert Garland et Elaine May.
Il a choisi cet exemple pour démontrer que le personnage de Tootsie est défini par les autres personnages qui gravitent autour de lui. Chacun de ces personnages est une version unique du problème moral de Tootsie, à savoir la maltraitance des femmes par les hommes.

Une nouvelle approche en cinq étapes

Il arrive qu’un auteur commence par lister tous les traits de la personnalité d’un personnage, puis il raconte une histoire à son sujet et d’une manière ou d’une autre, il parvient à en faire un autre individu, un être transformé comme conséquence de son aventure.
Ce n’est pas exactement comme cela que l’on doit procéder.

John Truby propose une autre approche qu’il décompose ainsi :

1) Il faut commencer par prendre en compte l’ensemble des personnages (ne pas commencer par se concentrer seulement sur le héros). Avoir une vue d’ensemble des personnages permet de comprendre les relations qui existent entre eux.
Ce sont les relations qui comptent avant même d’approfondir la psyché des personnages. Ceux-ci seront distingués selon leur fonction dans l’histoire mais aussi (le cas échéant) selon l’archétype que vous aurez retenu pour certains d’entre eux.

Conseils de lecture :

Ainsi que d’autres articles sur les archétypes.

2) Lorsque vous aurez mis en place tous les personnages de votre histoire, vous pouvez commencer à les individualiser en fonction du thème et des oppositions (ou relations conflictuelles) qui peuvent exister entre eux.

Conseils de lecture :

3) La troisième étape est toute consacrée à la fabrication de votre héros. 
Vous devez parvenir à créer un personnage complexe, multidimensionnel afin que le lecteur puisse s’intéresser à lui.

Nous vous conseillons la lecture de :
LES PERSONNAGES DYNAMIQUES

4) La principale opposition de votre héros doit maintenant être créée. Certains auteurs préfèrent commencer par le méchant de l’histoire et ensuite le héros parce que l’antagoniste du héros est souvent la clé pour définir ce dernier.
Vous devriez consacrer autant d’efforts et de temps à la création de l’antagoniste qu’à celle du protagoniste. Gardez à l’esprit que l’antagonisme n’a pas nécessairement besoin d’être incarné ; cela peut être une entité quelconque (la nature, la société…).

Concernant l’antagoniste, nous vous proposons :

5) Le temps des conflits.

L’interconnectivité des personnages

John Truby insiste sur l’erreur de commencer par inventer un héros de cap en pied puis chaque personnage ensuite sans établir au préalable une carte relationnelle des personnages.
En postulant que les personnages n’existent que dans leur relation aux autres (comme Tootsie qui ne se définit que relativement aux autres personnages), vous créerez des personnages forts, vous éviterez les stéréotypes et vous aurez moins de personnages mineurs qui risquent davantage de polluer votre scénario que de lui apporter un soutien efficace.

Votre personnage principal est important. Ses décisions font avancer l’intrigue. Il est le sujet des conflits. Il est la personnification de votre thème mais il n’est pas seul dans une histoire. Vous ne pouvez pas braquer toutes les lumières sur lui juste pour en faire un produit commercial. Ce n’est pas comme cela que l’on écrit une bonne histoire même si cela arrive souvent.
Par contre, les lumières devraient mettre l’emphase sur ses relations aux autres, comment il interagit avec les autres.

John Truby insiste bien sur le concept de réseau. Les personnages se définissent les uns par rapport aux autres. Le lien qui unit les personnages entre eux est un lien à double sens. Chaque personnage se nourrit des autres (tu prends ça, je donne ça, tu donnes ça, je prends ça).
En fin de compte, il s’agit d’un schéma actanciel qui décrit les personnages et les relations qui existent entre eux.

Le personnage se définit par qui il n’est pas

C’est comme si un trait de caractère chez un personnage était mis en évidence par un trait de caractère chez un autre. Un personnage se définit par qui il n’est pas. Si vous montrez dans son entourage quelqu’un de très égoïste, alors nous comprendrons que votre personnage ne l’est pas. C’est par le contraste que les personnages se mettent réciproquement en lumières.

A chaque fois que vous comparez votre héros à un personnage secondaire, John Truby précise que vous vous forcez vous-même à distinguer votre héros sous un nouveau jour. En considérant le personnage secondaire comme un individu à part entière, vous inférerez chez votre héros des traits de caractère déterminant de ses réactions émotionnelles dans sa relation avec ce personnage secondaire.
Ainsi, votre héros ne réagira pas de la même façon face à deux personnages à personnalités différentes même si la situation est identique.

La question que l’on pourrait se poser maintenant est de savoir comment les personnages se répondent mutuellement.
John Truby propose alors quatre moyens pour y parvenir :

  1. Selon la fonction du personnage dans l’histoire,
  2. Selon son archétype,
  3. Selon le thème,
  4. Selon le type d’opposition entre les personnages.
La fonction du personnage dans l’histoire

Nous vous proposons ci-après quelques types de personnages identifiés selon leur fonction dans l’histoire. Il existe bien sûr d’autres possibilités ou variations, mais cela peut permettre d’avoir une idée sur ce qu’est la fonction d’un personnage.

Ces différents rôles dans une histoire sont très proches des archétypes mais ils s’en diffèrent parce que la fonction permet d’accorder moins d’importance à leur comportement (n’importe quel type de personnalité est utilisé pour assurer la fonction) et insiste davantage sur ce que chaque personnage apporte à l’histoire (l’archétype propose une base comportementale, codifiée, que vous pouvez ensuite étoffer).

La fonction ne s’intéresse pas à comment chaque personnage approche une situation, elle se préoccupe seulement d’apporter une réponse à la problématique soulevée par une situation. Lors du premier draft (la première version de votre scénario), ne vous préoccupez pas trop de définir des fonctions pour vos personnages, donnez libre cours à votre improvisation.
Au cours des révisions (ou réécritures) de votre scénario, vous débusquerez les fonctions naturellement. Ne cherchez pas à forcer un personnage dans une fonction qui ne lui est pas destinée.

Nous vous proposons 5 fonctions mais il peut y en avoir plus. De nombreux éléments dramatiques tels qu’une foule ou encore les lieux de l’action peuvent avoir eux aussi une fonction dans votre histoire.

LE PROTAGONISTE

C’est le personnage principal de votre histoire connu aussi sous le nom de héros. Le protagoniste est le personnage qui a en charge le problème principal du récit et celui qui doit changer au cours de l’histoire (c’est son arc dramatique).

L’ ANTAGONISTE

Indéniablement le méchant de l’histoire. C’est le principal opposant du protagoniste à la fois physiquement et émotionnellement.

LE MENTOR

Le mentor pourrait être qualifié  comme la voix de la conscience du protagoniste. Le changement dans la personnalité du protagoniste reprend votre thème, la fonction du mentor est alors de guider le protagoniste vers une prise de conscience d’un changement profond de sa personnalité. Le mentor représente alors un aspect futur de la conscience du protagoniste.

Considérons que votre thème est que nul ne peut être seulement bon ou mauvais, il y a toujours un entre-deux.
Par exemple, votre protagoniste est un symbole incarné de virginité et de pureté (à l’image du Petit Chaperon Rouge). Son antagoniste personnifié par le loup est un symbole de luxure, particulièrement libidineux.

L’arc dramatique de notre Petit Chaperon Rouge consiste à démontrer que pour s’accomplir pleinement dans sa vie de femme, elle devra accepter cette part d’ombre en elle-même qui l’attire irrésistiblement vers le loup.

Quant à l’arc dramatique du loup, il se construit autour de la prise de conscience que connaître un véritable amour (pour le Petit Chaperon Rouge) le rend beaucoup plus heureux, que cette passion correspond à sa vraie nature et que cette libido exacerbée qu’il affichait jusqu’à présent n’était qu’une couche superficielle pour masquer une timidité excessive.

On pourrait approfondir le personnage en postulant que cette timidité maladive (cause de son comportement actuel) est dû à une blessure dans son enfance (absence du père et élevé au sein d’une matriarchie, par exemple).
Il y a aussi une ligne dramatique dont il faut tenir compte entre les personnages, à savoir l’évolution de leur relation. Puisque John Truby précise qu’il faut commencer par établir une carte des relations entre les personnages, il est donc normal de considérer les arcs dramatiques de ces relations.

L’arc dramatique de la relation

A leur toute première rencontre, il n’y a que de l’indifférence de la part de notre héroïne, insensible dans un premier temps aux charmes du loup et celui-ci ne voit en elle qu’une chair fraiche dont il pourrait se délecter.
Mais au cours de l’intrigue, les tentatives du loup pour la séduire (c’est-à-dire les obstacles que devra surmonter ou non, d’ailleurs) le Petit Chaperon Rouge vont indiciblement modifier leur relation. Les changements qui s’opèrent chez les deux personnages influent sur leur relation.

Un autre exemple célèbre de relation qui évolue au cours de l’intrigue est celle de la Belle et de la Bête.
Considérons maintenant la mère-grand comme notre mentor. Nous voulons qu’elle aide le Petit Chaperon Rouge à prendre conscience qu’il est temps pour elle de quitter le monde de l’enfance (c’est l’objectif intime et personnel du Petit Chaperon Rouge, même si elle n’en a pas réellement conscience et qu’elle oppose elle-même une certaine résistance).

Gardez à l’esprit que le mentor n’est pas un être parfait. C’est un être humain de fiction et en tant qu’être humain, il a ses qualités et surtout ses faiblesses.
Néanmoins, le mentor a des expériences et des connaissances qu’il va partager avec le protagoniste pour l’aider à atteindre son objectif, c’est-à-dire à changer, à devenir meilleur en un être plus conforme à sa vraie nature.

Mère-grand va donc faire découvrir au Petit Chaperon Rouge un monde que celle-ci ne connaît pas. Car Mère-grand a des mœurs quelque peu dissolues et elle va entraîner le Petit Chaperon Rouge vers des lieux qui ne déplairaient pas au loup.
Cependant, Mère-grand n’a pas pour idée de débaucher sa petite fille. Son idée est de lui montrer que l’amour (et un amour véritable) est accompagné des plaisirs sensuels de la chair et que ni l’amour seul, ni les plaisirs charnels seuls ne peuvent rendre un être heureux, s’accomplissant pleinement dans sa vie de couple.

LE TENTATEUR

ou la tentatrice. Si le mentor peut être considéré comme une sorte d’aide, de protecteur ou de précepteur pour le héros, le tentateur ou la tentatrice seraient plutôt l’inverse dans le sens d’empêcheur de tourner en rond ou bien incarnant une tentation pour dévier le héros de son but.

Dramatica qui est une théorie d’aide à l’écriture a remarqué que les archétypes (tels qu’elle les définit) vont toujours par paire, par exemple le protagoniste ne se conçoit pas sans son antagoniste.
Pour le mentor (que Dramatica nomme Guardian, le gardien), aucune étude ne démontrait qu’un personnage ou un archétype pouvait s’accorder avec lui. Les auteurs de Dramatica en ont donc déduit qu’il devait nécessairement exister un personnage qui devait équilibrer le mentor dans une histoire. N’existant pas de terme pour le désigner, Dramatica l’a nommé Contagonist.

Le Contagonist peut être assimilé au tentateur. Du point de vue de sa fonction dans l’histoire, le tentateur (ou Contagonist) va tenter de convaincre le héros qu’il fait fausse route. D’une certaine manière, sa fonction pourrait être similaire à celle de l’antagoniste. La différence entre eux cependant est que le tentateur est sincère, il n’a pas de mauvaises intentions concernant le héros (contrairement à l’antagoniste).

Son point de vue sur le problème du héros est simplement très personnel et il tente de convaincre le héros du bien-fondé de ce point de vue ce qui revient à le détourner du droit chemin vers son objectif.
Darth Vador, par exemple, semble à première vue, le méchant de l’histoire. Mais le véritable ennemi de Luke est l’empire non Darth Vador.

Darth essaie de convaincre Luke de basculer vers le côté obscur de la Force. Selon lui, seule voie possible pour Luke. Il tente de le détourner mais sans vouloir lui nuire, contrairement à l’empire.
Darth prend alors la fonction opposée à celle du mentor de Luke personnifié par Obi Wan Kenobi.

Généralement, à la fin de l’histoire, le tentateur rejoint les rangs du héros.

LE SIDEKICK

Le sidekick est un proche compagnon très loyal envers ceux qu’il accompagne. Des exemples célèbres sont Sancho Panza et le Docteur Watson.
Le sidekick a des fonctions variées au sein d’une histoire. Il peut être un contrepoint au personnage qu’il accompagne (le héros ou le méchant et parfois même les deux). Il possède souvent des compétences ou des connaissances que n’a pas le personnage accompagné.

Il peut être utilisé pour fournir des informations au lecteur pour permettre à l’auteur de parfaire l’exposition des personnages ou de la situation initiale.
Attention, cependant, à ne pas confondre le sidekick avec un valet servile et décérébré. C’est un être intelligent qui pourrait ne pas être d’accord avec le héros ou le méchant (tout dépend auprès de qui vous le placez).

Un désaccord profond pourrait conduire à une séparation mais le sidekick ne trahira jamais son ancien ami, ce n’est pas sa fonction.

Retenez du sidekick qu’il est un allié. Son origine remonte probablement à L’épopée de Gilgamesh où Enkidu deviendra le plus fidèle compagnon de Gilgamesh après l’avoir combattu.
Le sidekick apporte un soutien émotionnel et une assistance physique. Bien que moins puissant que le protagoniste, le sidekick est en mesure de faire avancer l’intrigue (bien que d’une portée moindre que le héros). Il est certes un personnage secondaire mais son importance est réelle dans une histoire jusqu’au point d’en être le narrateur (tel le Docteur Watson).

Pour en revenir à John Truby, il précise que chaque personnage doit servir l’histoire, elle-même définie dans la prémisse.

La transfiguration attendue du héros (ce qui passionne le plus le lecteur) n’est possible que si tous les personnages assument leur fonction dans l’histoire. Ce changement dans la personnalité du protagoniste est une représentation, une illustration du thème (c’est-à-dire de ce qui a été dit dans la prémisse de votre histoire).

Poursuivez votre lecture avec la seconde partie de cet article :
LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 2

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