QUESTIONS DE TENSION

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La tension dramatique conserve l’attention. Voyez comme l’issue de votre récit passionne votre lecteur et votre lectrice. Les mots que vous posez provoquent chez eux une expérience. La tension dramatique participe de cette expérience.

Tous les genres ont besoin d’une tension dramatique.

Une tension externe

Il existe une ligne dramatique qui couvre les événements tels qu’ils se produisent, c’est-à-dire sans qu’aucune subjectivité singulière ou multiple ne vienne biaiser la perception que lecteurs et lectrices ont de ces faits.

C’est au sein de cette ligne que se situe le conflit majeur du récit qui s’incarne dans l’objectif. Cet objectif provoque un conflit car un personnage cherche à le réaliser (qu’il s’agisse par exemple d’obtenir ou de se débarrasser de quelque chose) et cette volonté affichée suscite chez d’autres personnages des réactions diverses.

Les réactions qui s’opposent (et cela avec des raisons légitimes) constituent le conflit. Ce conflit est externe au personnage principal, il ne se déroule pas en lui ou en elle. Ainsi, la tension qui lui est liée est aussi externe.

Un conflit requiert cinq éléments :

  • Un protagoniste, c’est-à-dire en quelque sorte le personnage par qui le scandale arrive. En somme, c’est son histoire qui nous est contée.
  • Un problème qui crée une situation. Par exemple, votre protagoniste a un rendez-vous important pour une embauche. Au moment de partir, il ne trouve pas les clefs de sa voiture. Ce problème crée une nouvelle situation qu’il lui faut résoudre car en cas d’échec, il connaît les conséquences (lecteurs et lectrices aussi, c’est à cause de cela qu’il y a de la tension dramatique).
  • Un objectif, c’est-à-dire ce que le protagoniste croit devoir accomplir comme solution à son problème. Cet objectif est ce qui permet au protagoniste d’être proactif. Le protagoniste n’est décidément pas un personnage qui subit.
  • Une opposition car un conflit est fait de forces contradictoires. Ce sont deux volontés qui se confrontent.
  • Une motivation c’est-à-dire une raison d’agir. La motivation se distingue de l’enjeu. La femme de votre héros est prise en otage. L’objectif du héros est de sauver sa femme des mains des terroristes. Ce sera son objectif. L’enjeu est évident : il consiste en la vie de sa femme. Mais la motivation pourrait être que votre héros et sa femme sont sur le point de divorcer et que sauver sa femme le motive suffisamment pour sauver son mariage ou du moins que leur séparation ne soit pas une déchirure suintant la haine. Ce sera la solution de votre héros pour continuer vers une vie nouvelle.
Une issue toujours incertaine

Lecteurs et lectrices ne devraient pas prévoir le résultat et votre personnage principal devraient mériter son sort. Si l’une de ces deux conditions n’est pas satisfaite, vous perdrez probablement votre lecteur/spectateur.

Une utilisation judicieuse des éléments de conflit externe (décrits ci-dessus) posera des questions dramatiques au lecteur, suscitant une anticipation émotionnelle quant à la fin de l’histoire. Cette anticipation peut être émotionnelle ou intellectuelle, mais l’histoire doit susciter des questions sur son dénouement.

Lecteurs et lectrices s’impliquent émotionnellement avec le personnage principal et sa situation. Il y a identification, empathie ou sympathie avec des réminiscences de leur propre vécu. On comprend la situation dans laquelle auteurs et autrices ont jeté le personnage principal.

Cette implication émotionnelle par nature irraisonnée auprès du personnage principal crée de la tension dramatique par le questionnement qu’elle suscite. Ce personnage réussira t-il ce pourquoi il prend tant de risques. Et certes, pour justifier le risque, l’enjeu doit être à la hauteur du péril encouru.

Notez la simplicité de la question posée : obtiendra t-il ce qu’il veut ? D’autres réponses sont plus difficiles à obtenir car elles ont recours à la raison et à la logique. Auteurs et autrices doivent répondre à des questions existentielles sur la situation :

  • Que se passe t-il ? C’est-à-dire qui est mobilisé par l’événement ?
  • Comment cela a t-il pu se produire ? C’est-à-dire quelles sont les conditions de l’apparition de l’événement ?
  • Et comment cela a t-il pu être seulement possible ? Vous avez posé un effet ou une conséquence ; comment l’expliquer ?

Il sera important de répondre à ces interrogations car lecteurs et lectrices veulent comprendre. C’est comme de leur poser une énigme et si vous ne donnez pas la réponse, ce sera la frustration assurée.

Une tension interne

Les personnages peuvent évoluer vers une nature supérieure ou inférieure, pour le meilleur ou pour le pire, fortement, modérément, ou pas du tout. Ce qui compte, c’est que le conflit intérieur du personnage, ou son absence, facilite l’histoire.

La lutte personnelle à laquelle se livre plus ou moins consciemment un personnage génère de la tension dramatique. Comme tout élément de l’histoire, cette tension meut le récit. Les forces en présence (ici, à l’intérieur même du personnage) s’opposent dans un mouvement dialectique, c’est-à-dire que de leur confrontation, de leur frottement résulte de nouvelles actions, de nouvelles décisions à prendre et de nouveaux choix à faire.

Un conflit interne s’organise habituellement en quatre éléments (qui crée donc une situation personnelle pour le personnage) :

  • Le problème personnel d’un personnage est un dilemme ou un état d’esprit qui le retient dans le passé. Un sentiment de culpabilité, un manque d’amour de soi… En quelque sorte le vécu du personnage l’a amené à concevoir sur lui-même des conclusions erronées.
  • Une aspiration à changer. Le changement est le besoin. Si le personnage ne change pas, il sera perdu. Son salut passe par la prise de conscience que quelque chose en lui doit s’accomplir afin que son point de vue sur sa place dans le monde soit en adéquation avec son existence.
  • Une force intérieure se déploie pour contrer l’aspiration à changer. Cette force n’a pas de source dans le monde, le personnage crée et nourrit lui-même cette opposition. Ce pourrait être par exemple ses propres peurs tout à fait injustifiées mais qu’il ne peut s’empêcher d’éprouver aussi subjectives soit-elle. L’origine de ces forces se situe dans le passé du personnage à la suite par exemple d’un traumatisme : un personnage peut s’accuser de la mort accidentelle d’un être aimé par exemple.
    Et cette culpabilité peut le conduire à un enfermement aux épais murs.
  • De même, il y aura un enjeu, c’est-à-dire le résultat positif ou négatif de la résolution ou de la non-résolution du problème interne.

On pourrait objecter que le personnage pourrait chercher à sortir de cette situation très tôt dans sa vie. Mais pourquoi le ferait-il car aussi brisé qu’il peut être, cet état le rassure. Mais alors pourquoi cherche t-il à en sortir malgré le risque encouru ? Sans entrer dans un psychologisme inutile, posons que lors de l’élaboration d’un personnage, une force en lui existe qui le pousse à se réaliser pleinement.

Selon les intentions de l’auteur ou de l’autrice, ce personnage a conscience de cette faiblesse dans sa personnalité et agit pour la corriger ou bien il ignore totalement cet état qui est le sien et ce seront ses pérégrinations et tribulations au cours de l’acte Deux qui l’amèneront à un autre point de vue plus fidèle à ce qu’il est vraiment (si tant est que nous ne saurons jamais vraiment ce que nous sommes mais nous pouvons tenter de nous en approcher).

Des mauvais choix

On peut être douloureusement conscient de son problème personnel. Ainsi, un individu alcoolique a conscience que cette habitude détruit son mariage mais il fait le mauvais choix de continuer.

Ce protagoniste pourrait être aussi à peine conscient de ces questions dramatiques qui le concernent. Il ne s’aperçoit pas qu’il est limité par une compréhension superficielle de ce qu’il lui arrive (une jeune femme se renferme sur elle-même après une déception amoureuse et fait fuir d’autres amours possibles considérant l’autre seulement selon son propre vécu) ; il peut ne pas prendre conscience qu’un trait de sa personnalité oriente ses choix vers les mauvaises options (il a fallu plusieurs interventions extérieures pour sortir Scrooge de son avarice, de ce mauvais choix de vie) ; et peut-être plus souvent encore, du moins en fiction, le personnage est sous l’emprise d’un traumatisme émotionnelle qui le brûle comme les flammes de l’Enfer (des parents abusifs par exemple dont il pourrait reproduire le comportement avec ses propres enfants).

Dans ce combat personnel et surtout intime, la tension dramatique s’installe d’elle-même. En fait, elle est inhérente à la situation personnelle du personnage. Certes, si ce personnage ne réussit pas à surmonter ou à intégrer en lui disons ce qui ressemble fortement à une névrose (il peut souffrir d’une névrose obsessionnelle, d’angoisse ou d’échec), ses chances de vaincre l’adversité incarnée dans un antagonisme (qui a savamment su lui rappeler sa faiblesse tout au long du récit) ne seront pas très élevées.

En revanche, posséder une telle faiblesse dans sa personnalité est une voie royale pour gagner la sympathie et voire l’empathie des lecteurs et des lectrices. De surcroît, cela renforce le conflit extérieur autour de l’objectif.

La tension dramatique est progressive. Au début de l’acte Deux, ce peut être quelques victoires mineures contre l’antagoniste ou bien cet antagoniste ne fait que quelques dégâts insignifiants (lors d’une prise d’otage, la femme du héros n’est pas directement menacée, elle est parmi les autres ; néanmoins, les actions du héros attireront de plus en plus l’attention des ravisseurs sur elle).
De même, le personnage alcoolique ne se retrouve pas seul dès le premier verre. Il y aura des avertissements avant que sa femme le quitte. A mesure que l’enjeu augmente, le lecteur/spectateur s’intéresse davantage à l’issue de l’histoire.

Donnez au protagoniste plus de choses à perdre à chaque conflit pour alimenter l’engagement du lecteur jusqu’au climax, le moment du récit qui apporte des réponses et qui porte le message de l’auteur et de l’autrice.
Chaque défi lors d’un conflit, externe ou interne, maintient le lecteur dans l’expectative. Le fait de soulever des questions sur chaque conflit crée plus de tension dramatique quant à l’issue finale. Le protagoniste récupérera t-il ce qu’il a perdu ? Son amant reviendra-t-il ?

Il ne s’agit pas de créer des situations alambiquées pour les personnages. Le travail de l’autrice et de l’auteur consiste à élaborer une situation envers laquelle lecteurs et lectrices ne cesseront de s’interroger.
Vous réussirez mieux à créer un conflit si vous réfléchissez à la façon dont vous pouvez soulever une question dans l’esprit du lecteur. Votre héroïne s’évertue à convaincre un autre personnage. Vous ne décrivez pas seulement deux individus qui argumentent ; vous devriez orienter la scène de telle façon que nous, spectateurs de cette scène, nous nous inquiétons de savoir si elle réussira ou non à le convaincre parce que nous sommes aussi au fait de l’enjeu pour l’héroïne ; l’objet de cet affrontement pourrait être d’ailleurs considérer comme la signification de cette scène, ce qui justifie son appartenance au récit.

Une question d’équilibre

Équilibrez les questions dramatiques entre les tensions externe et interne. Après une scène externe sous haute tension, ne vous relâchez pas. Donnez à votre protagoniste un autre conflit avec, cette fois, ses propres démons.

La tension, quelle qu’elle soit, soulève des questions chez votre lecteur et votre lectrice. Faites en sorte qu’il & elle (iel peut-être) se pose des questions, et ne leur donnez pas toutes les réponses immédiatement. La tension dramatique se nourrit aussi de suspense.

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