GLENN GERS : UN AUTEUR AU TRAVAIL (3)

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Dans le précédent article, j’ai défini quelques prénoms pour les quelques personnages centraux dont Glenn Gers entend se servir pour donner vie à son récit en cours de gestation. En effet, Gers nous invite à assister en direct à l’accouchement d’un scénario depuis le tout début du processus de création.

Le prénom choisi pour chaque personnage est fondé sur l’impression que l’on cherche à donner avec ce personnage. Faites quelques recherches, vous pourriez ainsi vous inspirer de personnes que vous connaissez, de personnes célèbres réels ou fictifs ou bien encore d’un assemblage de traits de caractère que vous auriez empruntés chez deux ou trois personnes totalement différentes par ailleurs.

Justifier ses personnages

Glenn Gers n’hésite pas à donner du temps et de la réflexion à ses personnages avant même de penser à l’intrigue. Certes, il a établi que l’animateur d’un podcast sur les crimes non résolus avait été assassiné et qu’un groupe d’individus issus de milieux divers s’assembleraient pour pourchasser le coupable, un serial killer pour l’occasion.

Ce qui importe au début du processus de création, ce n’est pas de chercher à développer une intrigue, ne serait-ce que pour savoir si elle possède suffisamment de matière pour la soutenir. Ce qui compte, c’est le développement des personnages. En travaillant vos personnages, vous vous fabriquerez une sorte de catalogue et si vous changez d’idée, que vous estimiez que vous avez un autre récit en tête plus passionnant que celui que vous aviez d’abord envisagé, au moins vos personnages ne tomberont pas dans le néant contrairement à votre idée précédente.

Ce que se demande Glenn Gers, c’est pourquoi un groupe de personnes qui ne se connaissent pas, dont le seul lien est qu’ils écoutent le même podcast (ce pourrait être une émission de radio ou de télévision) décident de se réunir pour pourchasser un tueur, ce qui est foncièrement dangereux et qui nécessite une préparation.

C’est le genre de questions qui peut laisser perplexes. Dans ce cas, lorsque vous hésitez, ayez recours à la méthode du brainstorming :

Pourquoi ces gens font-ils ce qu’ils font ?

  • Parce qu’ils possèdent tous l’âme d’un justicier et qu’ils veulent sauver le monde de l’engeance maléfique qui le recouvre.
  • Parce qu’ils s’ennuient dans leur morne quotidien et cherchent à donner du sens à leur existence.
  • Parce qu’un être aimé a été tué par un serial killer et que le coupable n’a jamais été retrouvé.

La liste des réponses possibles est laissée à l’appréciation de votre imagination et de vos souvenirs. A ce moment du processus de création, les choses sont encore obscures et vagues. Dégrossir le matériel dramatique dont nous nous servirons pour écrire notre histoire est une étape qui prend du temps.
Peut-être des mois entiers ; mais c’est une étape préparatoire qui rendra possible quelque chose de plus grand encore : une histoire achevée.

Écrire consiste à façonner chaque jour des détails qui s’assembleront pour former un tout. Concernant le personnage que nous avons nommé Ariane dans le précédent article et qui deviendra l’amante du personnage principal, nous pouvons suivre l’idée de Glenn Gers qui envisage que cette femme saisit l’opportunité de rejoindre le groupe non seulement pour sortir de la morosité de sa vie au jour le jour (célibataire, une activité professionnelle dans laquelle elle ne rencontre personne mais une passion néanmoins : elle est fascinée par les énigmes).

Nous pourrions aussi lui donner une timidité maladive, ce qui pourrait expliquer son retrait volontaire du monde, par la peur qu’autrui lui inspire. Il faudrait alors trouver le moyen de l’intégrer au groupe malgré sa réticence. Il est clair néanmoins qu’elle sera un atout dans la résolution de l’intrigue. Reprenez la fiche de ce personnage et ajoutez-y les réflexions qui vous sont venues à l’esprit.
J’ajouterai que cette notion d’un personnage craintif, qui manque d’assurance, participera grandement à l’évolution de ce personnage qui deviendra au fil de l’intrigue une personne plus sûre d’elle-même, qui assumera totalement sa présence auprès des autres, dans le monde. Ce à quoi elle aspirait sans jamais avoir eu la force de le réaliser.

Une chasse dangereuse

Lorsqu’on a des informations concernant un criminel, si l’on ne se sent pas menacé, dans la vie réelle, nous communiquons ces informations aux autorités. Dans une fiction, il y a toujours un sens de l’exagération : le ou les personnages, qui possèdent cette information, l’utiliseront à leur profit. Non pas pour s’enrichir matériellement (ce peut être un motif extérieur) mais surtout pour s’accomplir spirituellement. C’est un effort exceptionnel qui exige une telle folie pour que l’être en question s’accomplisse pleinement.

Maintenant que Ariane commence à posséder quelques formes, tentons de cerner le personnage principal qu’Ariane pourrait influencer. S’il est un personnage désabusé (il est épuisé par son métier de journaliste d’investigation), cela nous contraint dans une limite d’âge.
En effet, des années de journalisme (peut-être en faire un correspondant de guerre) l’ont tenu éloigné de sa famille qui ne le comprend plus et lui-même ne se sent pas la force de renouer avec sa femme et même ses enfants.

Retenir cette option pour notre personnage principal nous offre deux possibilités : nous savons qu’Ariane et lui deviendront amants et probablement qu’ils s’aimeront d’ici la fin du récit. Soit nous considérons qu’une différence d’âge n’importe pas (une jeune femme de 25 ans tombe amoureuse d’un quinquagénaire) ou bien nous les situons tous deux dans une tranche d’âge similaire.

La première option m’inspire une toute autre histoire et est en elle-même une thématique qui n’appartient décidément pas à ce récit. La seconde option semble plus plausible.

Vous le constatez, au cours de l’élaboration de vos personnages mais aussi de votre intrigue, des événements qui s’y succéderont, vous devrez faire des choix. C’est comme dans la vie réelle, chaque décision que l’on prend oriente notre vie mais a aussi un prix. Chaque choix est un sacrifice de quelque chose en vue de l’obtention de quelque chose d’autre.

La question maintenant est de comprendre pourquoi Éric décide de rejoindre le groupe.

Quelque chose qu’il faut comprendre à propos des personnages consiste en deux notions : ce qu’ils sont devenus & ce qu’ils deviennent, leurs passés et leurs futurs (ou leurs évolutions au cours de l’intrigue).

Quand on sait comment un personnage est devenu ce qu’il est, il est plus facile et plus agréable de le pétrir tel l’artisan qui façonne à partir du chaos (l’argile) une chose qui prend progressivement une existence. Cette métaphore peut ne pas paraître heureuse, mais auteurs et autrices font de même lorsqu’ils élaborent leurs personnages.

Les personnages centraux d’un récit sont en perpétuel mouvement (du moins jusqu’au dénouement). L’intérêt aussi d’avoir un personnage principal qui a déjà roulé sa bosse est qu’il a acquis bon nombre d’expériences, des malheurs et des joies, des connaissances. En fait, les personnages centraux d’un récit devraient être dans une sorte de formation continue jusqu’à connaître leur véritable nature et s’ils échouent, ce sera une tragédie.

Le personnage principal

Pour Gers, son personnage principal peut apparaître désabusé, il n’en est pas moins toujours un journaliste d’investigation. Parce qu’il tente de sauver son couple et son rôle de père, il opte pour une mission proche et ayant eu vent de la constitution d’un groupe de recherches après le meurtre d’un animateur de podcast, il décide d’infiltrer le groupe afin d’en analyser les personnalités des différents membres.

Ce que pose Glenn Gers, c’est que son personnage principal sera d’abord vis-à-vis du groupe dans une sorte d’indifférence froide. Il leur ment sur ses véritables intentions ; il les observe d’un œil critique. Puis, à travers ses pérégrinations et tribulations (dit autrement, l’intrigue), il sera amené à aimer ce groupe et non seulement Ariane.

On peut interpréter cela comme un homme qui se serait détaché du monde et des autres et réapprend à aimer, à espérer en l’humanité.

Un conseil néanmoins : ne vous forcez pas à trouver des réponses complètes et définitives. Vous avez quelques inspirations sur un personnage ou un moment de l’histoire : prenez la fiche de ce personnage ou bien la scène (si vous avez fait un plan numérotant les différents moments de votre récit), complétez cette fiche ou cette scène et passez à autre chose (concernant votre histoire, peut-être d’autres recherches sur des lieux, sur de nouveaux noms de personnage si Éric ou Ariane par exemple ne vous conviennent plus).

Ce qui importe, pour Glenn Gers du moins, est de garder l’esprit frais.

Gers a donc définitivement accepté le genre de la comédie romantique. Ce qui signifie qu’après leur première rencontre, le personnage principal et son Love Interest devront se découvrir mutuellement. Dans notre cas, passez d’une indifférence à l’amour. Pour ce faire, Glenn Gers les envoie dans un road trip.
Soit ils seront poursuivis par le serial killer qui en veut sérieusement à leurs vies (ou à la vie de l’un d’entre eux), soit comme n’importe quel enquêteur, ils suivent les indices qui les mèneront au tueur.

Remarquez comme nous sommes passés de la fiche d’un personnage à un événement du récit : ce road trip est une décision majeure pour nos deux personnages (dont l’un d’entre eux se montrera d’abord réticent pour que ce road trip soit issu d’une situation conflictuelle).

Un plan s’initie avec ce tout premier événement qui, notez-le, est apparu des ruminations de Glenn Gers. Maintenez toujours un dialogue avec vous-mêmes. Acceptez vos idées.

Le plan de votre récit

Commencez par donner un titre à votre scène ou à votre séquence. Par exemple, Éric et Ariane partent ensemble.

Ne vous préoccupez pas des détails pour le moment. Par contre, sous ce titre, interrogez-vous : Sont-ils ensemble parce qu’ils sont pourchassés ou bien parce qu’ils suivent une piste ?

L’amalgame des genres (ici, une comédie romantique sous la forme d’un thriller) représente un défi. Glenn Gers pense qu’écrire est déjà un défi. Et que le tout premier défi est précisément d’accommoder les conventions de deux genres. Ce qui n’est certainement pas gagné d’avance.
Il n’y a rien de plus éloigné en effet qu’une romance et un thriller.

La comédie romantique consiste à prendre deux individus qui ne se connaissent pas et qui devront apprendre à surmonter leurs différences (et leur indifférence) et les obstacles afin de se rapprocher l’un de l’autre.

Ce qui est au cœur de la comédie romantique, c’est que deux êtres apprendront à s’aimer. L’amour ne naît pas du néant. Afin de rendre plausible cet amour naissant, les deux personnages concernés seront animés d’un même but. Ils œuvrent ensemble à l’accomplissement d’un quelconque projet.

Glenn Gers remarque aussi que le titre de sa séquence ouvre une question thématique. La constitution du groupe ne se fait pas physiquement mais virtuellement. Imaginons que c’est par messages privés (donc cachés derrière l’anonymat de la vie privée) que les membres du groupe en devenir commenceront par communiquer.

La thématique à laquelle je pense est comment concilier le droit à la liberté d’opinion et d’expression et le droit à la vie privée. De nouvelles recherches s’imposent. Notons ce thème dans la liste des thèmes possibles.

Glenn Gers constate aussi qu’il a deux options pour organiser son récit : soit le méchant de l’histoire est connu du lecteur/spectateur et ses interactions ont lieues avec un héros ou une héroïne qui ne sont jamais totalement préparés à l’affrontement.

Soit le mystère de l’identité du tueur est maintenu. Gers pense aussi que cette seconde option sied mieux à la romance qui s’ordonne bien mieux lorsqu’elle est nimbée de mystère. Comment une histoire peut-elle passée du mystère ou du thriller à un suspense romantique ?

D’abord par l’intrigue. Celle-ci contient des éléments de suspense, de mystère ou de thriller. Mais jamais ces éléments ne prendront le dessus sur la romance. En fait pour qu’une comédie romantique/Thriller fonctionne, il faut que les éléments constitutifs de l’un et l’autre genre apparaissent de manière égale au cours de l’intrigue. Dit autrement, la romance ne sera pas l’intrigue secondaire du Thriller.

Deux tensions dramatiques

Nous aurons d’une part l’intensité dramatique d’un amour naissant qui s’intensifie au fil de l’intrigue (un amour toujours détourné) et d’autre part la tension dramatique du suspense qui met en avant le danger bien connu d’une bombe à retardement.
Concernant notre projet en cours, nous aurons une romance entre Éric et Ariane (sans cesse empêchée par les situations personnelles de ces deux personnages) et la description de leurs investigations concernant le meurtre de l’animateur. Et plus ils seront proches de la vérité, et plus leurs vies seront menacées.

A ce moment de sa réflexion, Glenn Gers pense que le meurtre de l’animateur n’aura pas été commis par un véritable serial killer mais plutôt par un copycat et plus précisément par un personnage proche de la description que nous avions faite du tueur dans notre premier article et qui imiterait alors un assassin célèbre (comme un quidam qui reproduirait les meurtres de Jack L’éventreur).

C’est probablement mieux ainsi parce que garder l’incognito lorsqu’on est un tueur célèbre pourrait s’avérer difficile. Comme il s’agit d’une série qu’envisage Glenn Gers, dévoiler l’identité du tueur à la fin du pilote mettrait fin aussitôt au récit.
Le cliffhanger qu’envisage Gers pour son pilote est que le tueur de l’animateur dont on ignore à la fois l’identité et qu’il est déjà un membre du groupe menacera directement Éric et Ariane mais sans se manifester à eux leur prouvant ainsi qu’ils sont sur la bonne piste. Ce cliffhanger vient s’ajouter à la liste des scènes.

Gardons à l’esprit aussi que dans un thriller, il y a toujours une impression de menace. Celle-ci s’installe dès l’introduction des personnages qui vivent dans des lieux différents, dont les vies sont singulières et qui ne sont reliés que par les messages privés qu’ils s’échangent sur le net. Tout l’acte Un devrait être conçu autour de cette menace que chacun ressent au fur et à mesure de leur engagement dans la recherche du tueur comme si une ombre apparaissait derrière eux alors qu’ils sont seuls face à leur écran.

Une sorte de délire paranoïde ce qui peut aider à décrire les difficultés d’intégration, une sorte d’inadaptation sociale pour les personnages de ce récit.

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