LA FICTION : RENDRE L’IMPOSSIBLE RÉEL

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Une fiction au sujet de vampires, de loup-garous ou de sorcières ? La plupart d’entre nous ne croyons pas plus aux vampires qu’aux loup-garous. Peut-être un peu aux sorcières. Pourtant, nous apprécions des fictions comme Dark Shadows de Tim Burton ou encore Twilight ou Buffy.

Qu’est-ce qui fait que nous les apprécions ? Parce que le temps de leur lecture est un temps singulier de suspension de notre incrédulité. En somme, nous avons envie de croire.

Suspendre l’incrédulité

On peut se poser la même question à propos des fictions dans lesquelles la justice est rendue, l’amour triomphe ou des protagonistes solitaires sauvent le monde. Dans la vie réelle, ces choses n’arrivent pas toujours, ou du moins pas facilement d’autant qu’une intrigue bien conçue ne facilite pas les coïncidences.

Même les histoires axées sur les personnages, comme les sagas, des ados au seuil de l’âge adulte et d’autres genres, exposent des événements qui ne sont pas des faits quotidiens. Ce qu’il se passe dans toutes ces fictions est, dans une certaine mesure, absurde et pourtant les lecteurs suivent.

Il y a des fictions dont le principe même défie la logique et pourtant nous voulons connaître ce qu’il va se passer ensuite. Même la fiction réaliste peut faire vivre à ses personnages des choses qui enverraient des êtres humains ordinaires en thérapie, et pourtant nous nous identifions à ces personnages et louons les pouvoirs d’observation de l’auteur ou de l’autrice et cette capacité qui est la leur à saisir la vérité de l’expérience humaine.

Comment rendre une fiction réelle ? Prenons l’exemple du controversé complot (Conspiracy fiction dans la langue anglaise traduit par Thriller Conspirationniste le plus souvent, ce qui est en soi critiquable car utilisé un anglicisme pour traduire un terme anglais est audacieux).
Dan Brown, Margaret Atwood et même Philip K. Dick ont su donné à la fiction complotiste un réel format littéraire.

Mais la théorie complotiste n’est pas le seul argument d’une fiction pour laquelle l’incrédulité du lecteur ou de la lectrice devrait être levée. Le contrôle du gouvernement par une minorité autoproclamée, d’anciennes sociétés secrètes dont l’origine se perd dans la nuit des temps, le clonage et le génie génétique, et les êtres surnaturels tels que les vampires, les loups-garous et les métamorphes semblent tous nous préoccuper.

Pourquoi ces menaces singulières aujourd’hui et non des idéologies, ou les bombes nucléaires, ou les sectes, les extraterrestres ou tout autre sujet d’inquiétude qui nous a préoccupés dans le passé ? De toute évidence, les craintes paranoïaques sont d’actualité. Elles sont le reflet de ce qui est nouveau et inconnu. Sauf pour les vampires qui existent depuis un certain temps, du moins dans le domaine du divertissement, ce qui peut expliquer pourquoi ils sont passés de monstres effrayants à des objets sexuels, constate Donald Maass.

Les lecteurs, en général, ne sont pas paranoïaques. Malgré les efforts des extrémistes religieux, notre époque reste rationnelle et scientifique. Il est important que les auteurs de fictions à suspense l’acceptent. Pourquoi ? Parce que leur première tâche est de convaincre les lecteurs que l’improbable est non seulement possible ou probable, mais qu’il se produit réellement.

Effrayer pour convaincre

Beaucoup de fictions ont des prémisses similaires à celles de romans, de films et d’émissions de télévision qui ont déjà connu un grand succès, mais elles ne fonctionnent pas. Elles ne parviennent pas à effrayer. L’échec ne réside pas dans la sélection d’une possibilité terrifiante. Après tout, beaucoup d’autres romanciers nous ont déjà tenus éveillés avec des cabales maçonniques, des ordinateurs fous et des clones d’Hitler.

Non, le véritable échec est de surmonter notre résistance rationnelle. Je n’y crois pas : C’est la première hypothèse du lecteur. La première responsabilité d’un auteur de thriller est de nous convaincre que oui, c’est possible.

Comment ? Essentiellement, vous devriez réduire à néant chaque résistance du lecteur. Chaque objection rationnelle doit être effacée, une à la fois. Chaque aide pour le héros doit être éliminée et le méchant de l’histoire surmontera ses propres obstacles. C’est difficile à croire mais pratiquement toutes les fictions de thrillers ne parviennent pas à relever ces défis, constate encore Donald Maass.

Même des best-sellers établis ont du mal à nous effrayer avec l’improbable. C’est pourquoi ils ont développé certaines stratégies narratives pour nous y aider. Trois d’entre elles sont récurrentes dans ce genre de fiction. Quelles sont ces formules magiques ?

D’abord, il faut ignorer le lecteur et se focaliser sur les personnages de l’histoire. Deuxièmement, mettre l’accent sur les méchants humains. Par exemple, dans Die Hard 4 : Retour en Enfer, la menace terroriste est un virus informatique qu’on ne peut pas éradiquer. Pourtant, c’est sur le méchant de l’histoire Thomas Gabriel et ses sbires que se focalise toute la tension.

Troisièmement, convaincre le lecteur de l’improbable en l’accablant de pseudo-faits (précisément les dégâts causés par le virus dans notre exemple) par la démonstration manifeste et puissante, et en éliminant simultanément toutes les raisons pour lesquelles ce quoi que ce soit effrayant n’arriverait pas dans le monde réel. Si je continue avec mon exemple, le chaos provoqué par le piratage du système informatique gérant les transports a un impact tout à fait crédible sur le lecteur qui en perçoit presque l’expérience.

Tous ces moyens permettent de contourner le scepticisme naturel du lecteur. Donald Maass insiste sur le fait que ces techniques ne sont pas simples ou faciles à appliquer. Elles exigent un niveau d’engagement extrême. Si vous voulez effrayer les lecteurs, profondément et réellement, alors vous allez devoir faire plus de travail que vous ne l’avez jamais imaginé – et plus de pages aussi. Avez-vous déjà remarqué que la plupart des thrillers sont longs ? Il y a une raison à cela.

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