CAMPBELL SUR L’IMAGINATION MYTHIQUE

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mythePour Joseph Campbell, l’imagination mythique a commencé dès le chasseur-cueilleur face aux merveilles de la nature qu’il ne comprenait pas. Il suffit de voir l’art (de l’artiste et de l’artisan) pour se convaincre du lien entre l’ignorance des choses de la nature et cette soif de connaissance de ces premières civilisations.

Un art rupestre

Joseph Campbell entre dans une salle démesurée, comme une grande cathédrale, avec ces animaux peints sur la paroi rocheuse. Et ils sont peints avec une vie comme celle que rend la peinture sur soie.

Et ce qui semble inconcevable pour Campbell est que les lieux baignent d’une terrible obscurité. Vous ne savez pas où vous êtes, vous n’avez aucun repère. Toute orientation a disparu et ces lieux ne connaissent pas la lumière.

Et pourtant il y a ces animaux magnifiquement peints. Un taureau qui fera plus de 6 mètres de long et peint de telle sorte que les hanches sont représentées par un renflement dans la roche. La paroi rocheuse elle-même participe à la création de l’œuvre. C’est un ensemble.

Et un artiste

A quoi pensaient ces premiers artistes lorsqu’ils ont fait cela ? Se demande Joseph Campbell. Et ce n’est pas une chose facile à faire. Comment sont-ils parvenus en ces lieux ? De quelle lumière bénéficiaient-ils pour obtenir quelque chose de cette grâce et de cette perfection ?

Et en ce qui concerne le problème de la beauté, cette beauté est-elle voulue, ou est-ce quelque chose qui est l’expression naturelle d’un esprit tourné vers le beau. Quand vous entendez un oiseau chanter, la beauté du chant de l’oiseau, est-elle intentionnelle ? Dans quel sens est-elle intentionnelle ?
Mais c’est l’expression de l’oiseau, la beauté de l’esprit de l’oiseau. C’est ainsi que Joseph Campbell comprend cet art rupestre.

Dans quelle mesure l’intention de l’artiste était-elle ce que nous appellerions esthétique ? Ou dans quelle mesure était-elle expressive ? et dans quelle mesure n’était-ce simplement appris à faire de cette façon ? C’est un point difficile à résoudre.

Quand une araignée fait sa toile, la beauté vient de la nature de l’araignée. C’est une beauté instinctive. Et quelle part de la beauté de notre propre vie est la beauté d’être vivant, et quelle part de se sentir vivant est une intention consciente ? C’est une grande question.

Un temple

Pour Joseph Campbell, les cathédrales avec leurs images et leurs vitraux représentent un paysage de l’âme. En pénétrant dans une cathédrale, vous entrez dans un monde spirituel d’images.

Quand vous entrez dans une cathédrale, c’est la mère, le sein de votre vie spirituelle. L’Église mère. Toutes les formes autour sont significatives de valeurs spirituelles, et l’imagerie est sous forme anthropomorphique : Dieu et Jésus et les saints ont une forme humaine.

Dans la grotte de Lascaux, les images ont des formes animales. Mais la forme est secondaire. Ce qui importe est le message.
Le message de la grotte est celui d’une relation du temps aux pouvoirs éternels qui doit être en quelque sorte vécue dans ce lieu. Saint Augustin dans ses Confessions posait aussi le problème de la relation du temporel à l’éternel.

Selon Joseph Campbell lorsque vous êtes dans ces grottes, vous avez une étrange transformation de conscience. Vous sentez que c’est l’endroit d’où vient la vie, et ce monde là-haut au soleil, c’est un monde secondaire. Ces grottes sont le monde primordial et pour Campbell, cela nous dépasse. Nous ne pouvons le saisir.

Une initiation

A quoi servaient ces grottes ? Les spéculations les plus courantes des érudits qui s’y intéressent sont qu’elles concernaient l’initiation des garçons à la chasse. Ces grottes sont vraiment dangereuses. L’obscurité y est totale. C’est froid et humide. Les pièges y sont nombreux. La peur est omniprésente.

Et les garçons devaient surmonter tout cela, et aller dans le ventre de la terre. Et le chaman, ou celui qui vous aiderait à traverser, ne vous faciliterait pas la tâche. Ce que signifiait cette épreuve, ce que la tribu ou plutôt la tradition voulait dire est que ce monde souterrain est la terre natale d’où viennent tous les animaux.

Et ces rituels ont trait à la génération d’une situation propice à la chasse. Et les garçons devaient apprendre non seulement à chasser, mais aussi à respecter les animaux et les rituels à accomplir, et comment dans leur propre vie ne plus être des petits garçons mais des hommes.

Parce que la chasse était très dangereuse et ce sont les sanctuaires des rites masculins originels, quand les garçons ne sont plus les fils de leur mère, mais les fils de leur père.
Et Campbell ajoute qu’on peut le vivre aujourd’hui, en fait, dans des cultures qui ont encore des initiations avec de jeunes garçons. Ils leur font vivre une épreuve, une épreuve terrifiante, que le jeune doit surmonter, qui fait de lui un homme.

joseph cambellNous savons que cela se fait encore en Australie. Quand un garçon devient un peu ingouvernable, un beau jour les hommes arrivent, et ils sont nus, à l’exception de bandes de duvet blanc qui ont été collées sur leur corps, collées avec leur propre sang.

Et ils soufflent dans ces cornes de taureaux, qui représentent la voix des esprits car ils viennent en tant qu’esprits.

Le garçon essaiera de se réfugier chez sa mère. Elle fera semblant d’essayer de le protéger. Les hommes l’emmènent. Une mère n’est plus utile à partir de ce moment-là car ce n’est plus un petit garçon.

Il est dans le groupe des hommes maintenant. Et puis ils lui font subir une véritable épreuve. Ce sont les rites de la circoncision, de la subincision, et autres, ajoute Joseph Campbell.
Le but de ces rites est de faire du petit garçon un membre de la tribu. Mais le plus important est de vivre selon les besoins et les valeurs de cette tribu. Il est initié en peu de temps à l’ensemble du contexte culturel de son peuple.

Le mythe

Le mythe est donc directement lié à la cérémonie et au rituel tribal. Un rituel est la mise en œuvre d’un mythe. En participant à un rituel, vous participez à un mythe.

La disparition des mythes pourrait signifier la fin des rituels.

Joseph Campbell enseigne que le Rituel de la Confirmation chez les chrétiens est aujourd’hui le pendant de ces rites. En tant que petit garçon catholique, vous choisissez votre nom de confirmation, le nom par lequel vous allez être confirmé, et vous grandissez de l’expérience. Mais ici point de scarification.
La contrepartie juive de ces rituels antiques est la bar-mitzvah, et je suppose que l’efficacité de la transformation psychologique dépend de chaque cas. Il n’y avait pas de problème à l’époque antique. Le garçon ressortait avec un corps différent, et il avait traversé quelque chose.

Qu’en est-il de la femme ? La plupart des figures dans ces temples archaïques sont masculines. Est-ce que c’était une sorte de société secrète réservée aux hommes ?
Ce n’était pas une société secrète. Les garçons devaient connaître cette initiation. Maintenant, nous ne savons pas exactement ce qu’il se passe avec la femme pendant cette période, en convient Campbell, parce que nous avons très peu de preuves archéologiques pour nous le dire.

Dans les cultures primaires actuelles, la fille devient une femme dès ses premières règles. C’est naturel. Elle a donc subi la transformation, et quelle est son initiation ? En général, c’est de s’asseoir dans une petite hutte pendant un certain nombre de jours, et de réaliser ce qu’elle est.

Elle est assise là. Elle est maintenant une femme. Et qu’est-ce qu’une femme ? Une femme transporte la vie et la vie se saisit d’elle tout entière.

La femme donne naissance et elle nourrit. Elle est identique à la déesse de la terre dans ses pouvoirs, et elle doit le réaliser à propos d’elle-même. Le garçon ne connaît pas une telle expérience. Il doit être transformé en homme, et devenir volontairement le serviteur de quelque chose de plus grand que lui.

En somme, la nature trouve son moyen d’expression dans la femme ; la société, son ordre social et la finalité elle-même de la société s’incarnent en l’homme.

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