SCÉNARIO : LA PRÉMISSE ET L’ACCROCHE

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Construire la prémisse

Techniquement, la prémisse est quelque chose que vous auriez dû écrire bien avant même de commencer à écrire votre scénario, et pour ceux qui ne le savent pas déjà, la prémisse de votre histoire est réduite à une ou deux petites phrases.

Pourquoi en avoir déjà rédigé une ? Une prémisse peut agir comme une boussole pour vous permettre de vous concentrer sur l’essence de votre histoire pendant que vous l’écrivez. Cela ne veut pas dire que c’est quelque chose de gravé dans la pierre. Un scénario peut être révisé à tout moment si vous pensez que le récit a pris une autre direction.

Mais si vous avez terminé votre scénario, c’est aussi le bon moment pour vérifier si votre prémisse correspond toujours au contenu de celui-ci, pour le peaufiner et le rendre plus convaincant, ou pour en écrire un nouveau à frais nouveaux.

Il y a plusieurs façons de construire une prémisse, mais tout d’abord, vérifions que vous avez bien défini les bases de celle-ci :

  1. Qui est votre protagoniste ?
  2. Quel est son objectif ?
  3. Et qu’est-ce qui lui fait obstacle ?
    Prenons l’exemple des Dents de la mer :
    Un shérif local s’efforce de sauver les habitants de sa petite ville d’un grand requin blanc.
    C’est l’essentiel, mais il y a place à l’amélioration. (Notez que nous n’avons pas inclus le nom du personnage. Ne le faites que si votre scénario parle d’une personne connue). Comment pouvons-nous donc le renforcer ?
  4. Quel est votre incident déclencheur ?
    Notre prémisse devient potentiellement :
    Après une attaque brutale de requins, un shérif local est déterminé à sauver les habitants de sa petite ville d’un grand blanc implacable, mais un maire sans scrupules se met en travers de sa route.
    Cette modification entraîne un léger changement dans la force antagoniste qui risque de détourner l’attention du requin, alors que pouvons-nous essayer d’autre ?
  5. Quel est l’enjeu ?
    Maintenant, nous avons :
    Un shérif local s’efforce de sauver sa jeune famille ainsi que les habitants de sa petite communauté d’un grand requin blanc terrifiant.
    Nous avons donné au protagoniste un enjeu personnel et ajouté quelques mots pour le faire paraître un peu plus dangereux, et bien que cela puisse suffire, il reste encore de la place pour augmenter les enjeux et rendre la prémisse encore plus passionnante.
  6. Quelle est la faille majeure dans la personnalité de votre personnage principal ?
    Une ultime prémisse pourrait être:
    Un shérif local qui a peur de l’eau doit surmonter ses craintes pour garder les habitants et sa jeune famille à l’abri d’un grand requin blanc terrifiant.

Jouez avec les différents éléments de votre propre scénario pour découvrir lequel crée une prémisse avec le plus grand impact émotionnel. N’oubliez pas qu’une prémisse est également un outil de vente. Il doit accrocher le lecteur. Alors utilisez des adjectifs efficaces pour améliorer le ton et laisser vraiment le lecteur désireux d’en savoir plus.

Pour le plaisir, prenons le point de vue du requin !
Un grand requin blanc affamé et désespéré doit utiliser toute sa ruse pour échapper à un shérif local implacable et à toute sa communauté qui sont déterminés à le chasser.

L’accroche

Attendre trop longtemps avant d’accrocher votre lecteur à votre prose risque de forcer une opinion négative chez ce lecteur à propos de votre prose justement.

Il est reconnu que si votre scénario n’a pas accroché le lecteur au plus tard à la dixième page, ce qui signifie que si votre histoire attend après l’incident déclencheur à devenir vraiment intéressante, vous risquez qu’un lecteur ne l’atteigne même pas, cet incident déclencheur.

Bien que les dix premières pages d’un scénario soient les plus importantes à peaufiner, vous devriez sans doute accrocher votre lecteur dès la première page. Cela ne signifie pas nécessairement que vous devez vous lancer directement dans une séquence d’action, commencer immédiatement par votre incident déclencheur ou utiliser le cliché (parce que trop souvent employé) de l’ouverture sur une scène passionnante puis ensuite vous perdre en analepses pour expliquer ne serait-ce que le comment du pourquoi pour configurer l’arrière-plan soit du monde, soit du vécu d’un personnage.

Jetez maintenant un œil aux 15 premières pages de votre scénario. Notez les moments

  • où vous affichez un trait fort de la personnalité d’un personnage (une force parmi ses traits de caractère ou bien un défaut, une faille, un manque dans sa personnalité),
  • où vous posez une question dramatique convaincante, du moins plus précise que celle générale de savoir si le héros réussira ou non sa mission (interrogez-vous sur les enjeux par exemple),
  • où vous manifestez un conflit (interne ou externe)
  • ou bien encore où vous créez un événement inattendu.

Maintenant, demandez-vous s’ils sont assez puissants, suffisamment captivants ou peut-être, c’est d’ailleurs plutôt paradoxal, assez habituels pour provoquer une reconnaissance chez le lecteur. Si vous êtes plutôt sûr de vous dans vos réponses, alors il est possible que vous accrochiez votre lecteur, ce qui signifie que vous l’incitez à continuer sa lecture.

Et même si vous vous persuadez que votre séquence d’ouverture réussit à accrocher votre lecteur, vérifiez les points que nous allons parcourir ci-après.

Le personnage

Un scénario s’ouvre généralement avec le protagoniste, du moins à la scène 1 car si vous envisagez un prologue, habituellement le protagoniste n’y figure pas, mais quelle action intéressante votre protagoniste fait-il lorsque nous le rencontrons pour la première fois, ce qui nous donne envie d’en savoir plus?

Qu’est-ce que cela nous apprscénarioend sur sa personnalité? Et que voulez-vous que le lecteur pense de lui ? Réfléchissez à cette première impression que vous suggérez dans l’esprit de votre lecteur.

Prenons l’exemple de House of Cards. Lorsque nous rencontrons Frank Underwood pour la première fois, il achève un chien blessé de ses propres mains. On comprend vite que Frank est prêt à faire ce qui est nécessaire comme il le dit lui-même, donnant le ton pour la suite de la série.

Le conflit

Rien ne crée une accroche comme le fait le drame. Alors quel grand (ou petit) conflit fonctionnerait bien pour attirer l’attention du lecteur et l’introduire efficacement dans le monde de votre histoire ? Cela ne doit pas être forcément une action physique. Vous pouvez également créer un conflit interne en donnant à votre protagoniste une décision difficile à prendre, ce qui est une autre façon de garantir que le lecteur voudra continuer à tourner les pages.

scénarioLa séquence d’ouverture de Mission impossible 3 débute avec une prolepse. Nous observons le futur. Nous découvrons Ethan Hunt dans une situation très vulnérable. Il est blessé, frappé et une charge explosive lui entoure la tête.

Mais bien plus, il y a cet ultimatum sur la vie de Julia. Si Ethan ne révèle pas l’information qu’il détient, Julia sera exécuté devant lui. Toute la situation conflictuelle se concentre sur cet enjeu et cela nourrit le drame.

scénarioPour une série, un scénariste peut utiliser une séquence d’ouverture posant de nombreuses questions pour entrer rapidement dans le vif du sujet et créer une accroche avant de retourner dans le monde normal pour laisser le reste se dérouler.

Breaking Bad en est un bon exemple. Un pantalon qui tombe des airs. Un homme nu portant un masque à gaz et conduisant un camping-car de manière imprudente dans le désert, un accident, et ensuite notre protagoniste, Walter White, enregistrant un message d’adieu à sa famille, nous laissant tous nous demander ce qu’il s’est passé pour qu’il en arrive là ?

Le conflit est certes moins frappant que la prolepse de Mission Impossible 3, mais il imprègne cependant toute la séquence.

La rétention d’informations

Le fait de cacher délibérément des informations au lecteur ou de créer une question à laquelle il voudra obtenir une réponse peut également être un excellent moyen de créer une intrigue en insufflant du mystère.

Montrer un début, couper jusqu’à la fin, mais en laissant le milieu de côté peut être un moyen d’y parvenir ; nous voyons un homme prendre une bière chez lui après une longue journée de travail, puis couper jusqu’à ce que sa femme trouve son cadavre manifestement battu sur le sol de la cuisine, créant ainsi la question essentielle de ce qu’il s’est passé entre les deux.

Y a-t-il des éléments que vous pouvez couper ou enlever de vos premières scènes pour aider à créer une question suffisamment intrigante ?

scénarioDans E.T., il y a un ciel sombre, un vaisseau spatial caché derrière les arbres, quelques aperçus d’un extraterrestre noyé d’ombre, et finalement un long doigt dégingandé suivi d’une flopée d’apparents officiels au cours d’une opération secrète, l’éclair d’un badge, une course-poursuite aboutissant à l’abandon de E.T. par ses semblables (on comprend cette décision, d’ailleurs), puis la ville qui se profile au loin.

Nous ne pouvons matériellement pas en savoir davantage mais ce qui nous est déjà donné à voir nous donne envie d’en savoir plus.

scénarioUne technique similaire est utilisée dans la scène d’ouverture de l’épisode pilote de Dexter, où notre héros est enveloppé dans l’ombre, conduisant dans les rues de nuit, nous provoquant avec des répliques telles que cette nuit est la bonne ou J’ai besoin de quelque chose de différent maintenant.
Nous ne savons pas quoi, mais nous voulons certainement rester dans les parages et le découvrir.

Une menace

Créer de la tension dramatique fonctionne bien avec certains genres. Vous n’avez pas besoin d’établir un passé ou des relations entre les personnages lorsque ce personnage est un bébé assis dans un landau qui roule lentement vers une route fréquentée alors que sa mère est béatement inconsciente du danger.

scénarioLe lecteur ou le spectateur voudront instinctivement que le bébé soit sauvé. Mettre un personnage en danger immédiat peut être un moyen rapide d’amener le lecteur à ressentir une immédiate empathie pour lui.

Dans la série Daredevil, la séquence d’ouverture se concentre sur un père qui marche lentement à travers des piétons paniqués, la circulation figée et des sirènes d’urgence qui hurlent.

Il y a eu un accident. Il voit son jeune fils étendu sur le sol, entouré de produits chimiques dangereux qui se répandent encore autour de lui. Mais ce n’est pas tout. L’enfant devient aveugle !

Créer de l’inattendu

Créer l’ordinaire puis donner une tournure inattendue peut aussi faire des merveilles. Quelle est la chose la plus inattendue voire improbable qui pourrait se produire pendant votre séquence d’ouverture et que le lecteur ne verra pas venir ?

Pouvez-vous ajouter quelque chose d’inhabituel dans un monde familier autrement banal pour le rendre plus mémorable ?

Dans Pulp Fiction, nous observons (c’est ce que fait d’abord le spectateur) deux personnes apparemment ordinaires manger dans un restaurant et avoir une conversation triviale, pour ensuite dégainer des armes et braquer le restaurant. C’est précisément l’effet de surprise recherché.

En conclusion

Pour l’essentiel, utilisez ce qui fonctionne le mieux avec votre histoire et réécrivez votre scène (ou séquence) d’ouverture pour y inclure un accroche-regard (ou une accroche-esprit en la matière) convaincant qui incitera le lecteur/spectateur à continuer, que ce soit pour nous donner envie de suivre votre personnage principal, pour résoudre un mystère ou pour faire naître l’essentielle question Mais que va-t-il se passer ensuite ?

Vous pouvez toujours créer une ouverture efficace sans de grandes explosions, sans plan regorgeant d’actions ou bien la menace imminente de la mort. Prenez Blue Velvet comme dernier exemple, où la subtilité peut être tout aussi percutante.
Tout commence avec la parfaite clôture blanche de banlieue, le parfait voisinage amical, le parfait jardin, mais Lynch fait ce qu’il fait le mieux, et un homme s’effondre, un chien joue avec le jet d’un tuyau d’arrosage, et la sinistre descente dans les sous-bois se tordant d’insectes, donne le ton, le mystère, et un sentiment de peur est bel et bien établi.

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