RECHERCHES SUR SON PERSONNAGE

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personnageLorsqu’on croit que son personnage ne fonctionne pas, c’est souvent parce qu’on ne parvient pas à faire passer les émotions. On bloque souvent sur le simple constat qu’il ne fonctionne pas mais sans pouvoir se l’expliquer vraiment.

C’est parce qu’on ne fait pas assez de recherches sur son personnage, nous dit Linda Seger.

La première étape lors de l’invention d’un personnage est la recherche. Comme la plupart des écrits sont une exploration personnelle de nouveaux territoires, il faut faire quelques recherches pour s’assurer que le personnage et le contexte ont un sens et sonnent juste.

Ces recherches sont généralement appréciés des auteurs, dit Linda Seger. Ils les considèrent comme une aventure, une exploration, une opportunité de découvrir de nouveaux mondes et d’autres êtres.

Le plaisir de la recherche

Lorsque les recherches sur un personnage prouvent quelque chose qu’il sait intuitivement, l’auteur éprouve comme une satisfaction. Chaque nouvelle connaissance acquise grâce à la recherche lui donne le sentiment d’avoir fait de grands progrès dans la création d’un personnage passionnant.

Pourtant, ce n’est pas si facile que cela et cela peut être intimidant. On peut ne pas apprécier de jouer les rats de bibliothèque ou de frapper aux portes d’inconnus. Et en plus, il faut consacrer un temps que l’on ne possède peut-être pas.

D’autant plus que le lecteur n’a vraiment besoin que de peu des informations que vous aurez ramassées sur l’histoire d’un personnage. L’auteur doit avoir confiance que tout ce travail approfondit le personnage, nous dit Linda Seger, même si une grande partie de ces informations n’apparaît jamais directement dans le scénario.

Par où commencer ?

D’abord, par vous-mêmes. Vous avez fait des recherches toute votre vie, il y a donc beaucoup de matière à exploiter. Ce peut être des généralités, des observations, des constats qui formeront une base sur laquelle s’appuiera un personnage.

Vous avez observé et vous observez encore comment les gens marchent, ce qu’ils font, ce qu’ils portent, les rythmes de leur vie, et même leurs schémas de pensée.

Vos activités ou votre activité professionnelle vous permettent aussi d’absorber du matériel. Ce que vous avez appris, ce que vous avez vécu, peut vous donner les détails dont vous avez besoin pour votre prochaine histoire.

Vos expériences peuvent vous faire gagner un temps précieux. La création d’un personnage commence avec ce que vous savez déjà. Mais cette recherche générale essentiellement tournée vers vous-même peut ne pas donner suffisamment d’informations nous prévient Linda Seger.

Vous devrez également faire des recherches spécifiques pour compléter les détails de votre personnage qui peuvent ne pas faire partie de votre propre observation et expérience. Lire est le moyen d’acquérir des connaissances, ou voir des documentaires ce qui est tout aussi important que le lecture dans l’acquisition de connaissances.

Le personnage existe dans son contexte

Pour Linda Seger, un personnage est d’abord le produit de son environnement. Il est vrai que la civilisation, la culture, l’éducation, le milieu social et certainement d’autres facteurs peuvent permettre l’hypothèse d’un, disons, déterminisme.

Ce que Linda Seger cherche à dire, cependant, c’est qu’un personnage du dix-septième siècle sera forcément différent d’un personnage qui vit de nos jours ou bien qu’un médecin de campagne n’aura forcément pas la même patientèle qu’un médecin pratiquant dans une grande métropole ou d’un médecin sans frontières.

Pour comprendre un personnage, il faut d’abord comprendre le contexte qui l’entoure. Syd Field considérait le contexte comme un contenant, comme l’espace qui entoure le personnage, qui est ensuite rempli avec les spécificités de l’histoire et des personnages.

Les contextes qui influencent le plus le personnage comprennent la culture, la période historique, le lieu et l’occupation. Vous savez certainement que pour comprendre quelque chose ou quelqu’un, mieux vaut le situer dans son contexte.

Les influences culturelles

Celles-ci peuvent déterminer (une fois de plus, ce concept de déterminisme dont le langage lui-même se fait apparemment le complice) le comportement, les attitudes, l’expressivité émotionnelle et la philosophie.

Le milieu social aussi est source de différences (ne le comprenez pas comme inégalités, cela ferait cliché et nous sommes dans la création d’un personnage). Le contexte religieux peut aussi avoir quelques influences sur la position du personnage qui réagit alors dans l’immédiat sans la nécessité de s’étonner et de prendre de la distance grâce au médiat de la raison.

L’éducation aussi dont on aurait tort de croire qu’elle est liée au milieu social (bien que cela pourrait être le cas selon la période socio-historique dans laquelle se joue le récit) pourrait influencer la composition d’un personnage.

Tous ces aspects culturels auront une grande influence sur cette composition, déterminant sa façon de penser et de parler, ses valeurs, ses préoccupations et sa vie affective, nous confirme Linda Seger.

Souvent, votre histoire comportera des personnages issus de plusieurs cultures différentes. Pour ceux qui viennent de votre propre culture, vous pouvez vous tourner vers vos propres expériences pour trouver les rythmes et les attitudes.
Pour les personnages d’autres cultures, Linda Seger nous conseille que nous devrions peut-être faire des recherches supplémentaires pour nous assurer que leur culture sonne juste et que nous avons créé des personnages distincts, et non pas simplement des personnages avec des noms différents qui résonnent et agissent tous de la même façon.

La période historique

Linda Seger ne le cache pas. Il est difficile d’écrire une histoire qui se situe dans une autre période historique.

Les rythmes de vie sont différents, et même les mots sont différents puisque de nombreux mots et significations sont tombés en désuétude. On peut connaître une période particulière de manière générale mais des recherches spécifiques concernant les détails devront être menées.

Linda Seger nous prévient cependant. Même après de nombreuses recherches, vous devrez souvent imaginer des détails que vous ne pouvez pas trouver. Vous userez alors de tout ce que vous avez appris pour que la période sonne juste.
Vous écrivez certes un récit de fiction mais votre approche sera probablement semblable à celle de l’historiographe.

Les lieux

Plus une personne est bien informée sur le lieu, moins de recherches sont nécessaires. Cependant, l’auteur qui connaît une région trouve souvent qu’il doit y retourner pour des recherches spécifiques parce que le lieu affecte certains aspects d’un personnage tels que le style de vie ou un certain comportement.

Et en effet, que l’on vive sous les tropiques ou dans l’Arctique, l’adaptation aux conditions naturelles évoquent des personnages radicalement différents. Ou bien si vous situez un moment de votre histoire dans un asile psychiatrique ou dans une maison de retraite, il vous sera nécessaire de vous imprégner de l’atmosphère singulière de ces lieux.

Simplement parce que vous apprendrez certaines choses auxquelles vous ne vous attendiez certainement pas. Et de nombreuses questions émergeront lorsque vous serez en train d’écrire votre histoire.
En rencontrant des personnes qui vivent dans ces lieux dont vous voulez vous inspirer, vous aurez les réponses à vos interrogations. La connaissance vient aussi des autres. Rendre un lieu vivant, c’est connaître les gens qui y vivent.

L’activité du personnage

L’activité d’un personnage est en prise directe avec le contexte. Un jeune loup des finances n’a certainement pas le même rythme de vie, ni le même style de vie qu’un agriculteur. Ils ne répondent pas aux mêmes besoins impérieux.

Ils ont des attitudes différentes, des valeurs différentes, des préoccupations différentes en raison de leur activité. D’où l’intérêt encore une fois d’aller à la rencontre de ces personnes réelles pour inventer un personnage de fiction crédible.
Et pourquoi ? D’abord pour vous débarrasser de vos préjugés, de vos présuppositions sur telle ou telle activité. Vous devriez être aussi objectif que possible et désapprendre ce que vous pensez savoir.

Ne craignez pas que l’on vous rejette. Cela peut arriver mais la plupart du temps, les personnes que vous rencontrerez seront heureuses de vous parler surtout si vous êtes honnêtes envers elles et envers vous-même et que vous les avez averties que vos questions quelque peu intrusives aideront à l’écriture d’un projet.

Ensuite, vous pourriez aussi vous pencher sur l’activité elle-même. En quoi consiste-t-elle ? Une saine curiosité envers quelque chose que vous aimeriez connaître.
En vous rendant sur les endroits où cette activité se pratique, vous pourriez simplement être au bon endroit au bon moment pour glaner quelques idées pour votre histoire en devenir.

Ce n’est pas tant le personnage que vous façonnerez de cette façon. Les informations que vous pourriez faire remonter nourriront plutôt vos scènes et dialogues.

L’art du questionnement

En posant ces questions de type Qui, Quoi, Où, Quand, Pourquoi, l’auteur commencerait à tirer des conclusions sur le type de personnage qui devient un perceur de coffres-forts, par exemple, et sur la manière dont il diffère des autres personnages qui commettent d’autres crimes.

Entre un criminel qui tue et un perceur de coffres-forts qui ne ferait pas de mal à une mouche, bien qu’ils offrent tous deux une certaine résistance vis-à-vis de l’autorité, l’un est certainement plus un sociopathe que l’autre.

En découvrant une activité dont vous n’avez pas l’habitude, il est aussi conseillé de prêter attention au vocabulaire et autres idiosyncrasies propres à une sphère particulière.

Pour en revenir au personnage, toutes ces recherches devraient vous amener à commencer à penser des Story Points comme les nomme la théorie narrative Dramatica concernant votre personnage.

Grâce à ce type d’entretien, l’auteur commence à obtenir des informations basiques qui complètent le contexte et rendent son personnage plus réaliste.

Cela peut à son tour stimuler le processus créatif, en aidant l’histoire à émerger naturellement et de manière cohérente, vraisemblable (c’est tout l’art du poète écrivait Aristote).

Modeler son personnage sur une personne réelle ou fictive

personnageWilliam Kelley explique qu’il s’est fondé sur des personnes réelles pour créer les personnages de Eli et Rachel dans Witness.

Il étudia d’abord la personne en regardant attentivement son visage (le visage trahit l’âme, disait-il) et en écoutant très attentivement les intonations, les accents et cette gaieté dans la voix et si le personnage qu’il commençait à imaginer pourrait faire ressortir ses impressions. Il n’a pas été autorisé à prendre une photo de lui, alors il l’a mémorisé.

D’autres auteurs s’inspireront de plusieurs personnes réelles ou d’autres personnages de fiction pour créer leur propre personnage. C’est un moyen aussi d’éviter le stéréotype en assemblant des traits de caractère disparates pour former un tout qui règle lui-même les éléments dont il a besoin pour exister.
Pour paraphraser Paul Ricœur, la mise en forme de votre personnage bénéficie d’un dynamisme intégrateur, le personnage intègre différents traits de caractère (autonomes par ailleurs) pour s’inventer.

Linda Seger tient à préciser que si vous trouvez un modèle pour votre personnage à la suite de vos recherches, c’est un plus. Mais votre personnage spécifique ne doit pas nécessairement résulter de la recherche. Il peut sortir de votre imagination, à condition que vous compreniez d’abord le contexte dans lequel il évoluera.

Brainstorming proposé par Linda Seger
  • Que dois-je savoir sur le contexte de mes personnages ? Non seulement l’univers dans lequel ils évoluent mais aussi l’environnement immédiat de chaque personnage. Prenez Rick Grimes de The Walking Dead. Le nouveau monde est zombifié mais dès le pilote, nous comprenons que son entourage est important, qu’il a même des difficultés de couple avec Lori et que sa femme et son fils ont disparu et que pour lui, le problème est de les retrouver.
  • Est-ce que je comprends bien la culture dont sont issues mes personnages ? On peut être imprégné de traditions qui se sont sédimentés de génération en génération. Il faut s’ouvrir à l’autre et comprendre le poids de sa culture sur au moins sa conduite. Il vous faut comprendre les habitudes, les croyances qui font partie de cette culture.
  • Ai-je rencontré, parlé et passé du temps avec des gens de cette culture ? Rassemblez autant de témoignages que possible. Ce qui vous semble insignifiant pour votre projet maintenant peut s’avérer précieux plus tard.
  • Est-ce que je comprends pourquoi ils sont semblables à moi et différents de moi ? C’est aussi une question d’altérité. Pourriez-vous accepter ce que l’autre a de méprisable à vos yeux ? Et cette image de vous que vous voyez dans l’autre comme dans un miroir, pourriez-vous mettre une distance entre vous et elle ?
  • Ai-je passé assez de temps avec plusieurs personnes différentes, pour ne pas créer un stéréotype basé sur une ou deux rencontres ? Votre travail consiste à passer du multiple à l’un, de la foule indistincte à l’individu. Rien n’interdit qu’il soit aussi une fonction de l’histoire. L’antagoniste par exemple dépassera les limites et contraintes d’un simple méchant de l’histoire pour gagner en complexité au moins sur ses intentions ou sur ses motivations.
  • Suis-je familier avec l’univers personnel de mes personnages ? Je pense que l’on peut détourner cette question et examiner plutôt leur mode de vie. Il peut en découler une certaine vision du monde. Par exemple, que révèle ce qu’il possède ou ne possède pas sur leur personnalité ? Si votre personnage fait passer sa vie professionnelle avant sa vie familiale ou ses amours, est-il vraiment sincère ou cette position ne cache-t-elle pas un vrai malaise (ou mal être) ?
  • Quelle que soit l’activité de mon personnage, est-ce que je me suis assez renseigné sur cette activité et ce qu’elle implique ? Il me semble que l’idée de Linda Seger derrière cette question est de savoir les conditions de cette activité et quel est l’impact de ces conditions sur l’entourage du personnage.
    Je ne crois pas qu’il s’agit seulement de se demander si votre personnage aime ou non ce qu’il fait mais s’il aime ou non ce qu’il fait ET comment son entourage (sa famille, ses amis) vit cette activité.
  • Est-ce que je connais l’endroit où vivent mes personnages ? Est-ce que je connais la configuration du terrain, l’expérience de marcher dans la rue ? Parce qu’il vous faut connaître là où vivent vos personnages. Que ce soit physiquement parce que vous y êtes déjà allé ou bien vous y vivez vous-mêmes, que ce soit indirectement (parfois une carte postale suffit) ou parce que vous avez visionné quelques documentaires sur cet endroit.
  • Avez-vous bien pris la mesure de l’influence des lieux sur les personnages ? Quel effet ont-ils sur eux ? Est-ce que les lieux qu’ils peuplent oppressent vos personnages ? Et puis aussi on ne se comporte pas de même façon en tous lieux. Les lieux sacrés avec leur charge symbolique peuvent avoir non seulement une puissante influence sur le comportement d’un personnage mais apporter du sens à l’intrigue.
  • Si vous situez votre récit au cours d’une période historique, avez-vous une connaissance suffisante de cette période pour être vraisemblable ? Des questions comme les tournures de phrases, les conditions de vie, les tenues vestimentaires, la nature des relations entre les individus, les rapports entre les individus et les institutions, le poids des religions ou les croyances qui en tenaient lieu, sont parmi les questions que vous devez soulevées.
  • N’y a-t-il pas encore des personnes ou des sources d’information que vous n’auriez pas encore consultées ?

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