COHÉRENCES ET PARADOXES DU PERSONNAGE

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Lorsque vous pensez à quelqu’un que vous appréciez (personnage ou personne réelle), les toutes premières qualités de cette personne ou de ce personnage qui vous viennent à l’esprit pourraient être ce qu’il y a de plus cohérent dans sa personnalité. Vous pourriez juger qu’il est toujours compatissant et empathique, par exemple.

Mais d’autres pensées sur cette personne ou ce personnage pourraient être des détails surprenants, illogiques, paradoxaux, nous prévient Linda Seger. Cet être compatissant que vous appréciez pourrait révéler des traits de caractère plus étranges tels que faire preuve de discrimination envers certaines races mais sans être foncièrement raciste.

Définir son personnage

La définition du personnage est un processus circulaire. Vous posez des questions. Vous observez. Vous réfléchissez à vos propres expériences et vous inventez d’autres expériences. Vous les comparez à la cohérence de votre personnage. Vous pensez à des détails qui sont uniques et imprévisibles.

Pourtant, il existe des qualités spécifiques que l’on retrouve dans tous les personnages multidimensionnels. Lorsque votre personnage refuse de prendre vie, la compréhension de ces qualités peut vous aider à le développer, l’enrichir et l’approfondir.

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Linda Seger

Que vous modeliez votre personnage sur une personne que vous connaissez intimement, sur une personne que vous observez, sur vous-même, ou que vous construisiez un assemblage à partir d’un certain nombre de détails, la création d’un personnage commence généralement par un tracé assez prononcé.
Ce sera la première image vivante qui commence à vous donner une idée de l’identité de votre personnage nous assure Linda Seger.

Quelques étapes de la création d’un personnage
  • Se faire une première idée à partir de l’observation ou de l’expérience,

  • Poser les premières épures du personnage,
  • Trouver le cœur du personnage afin de créer une cohérence,
  • Trouver les paradoxes et contradictions à l’intérieur du personnage pour créer sa complexité,
  • Ajouter des émotions, des attitudes et des valeurs pour compléter le personnage,
  • Ajout de détails pour rendre le personnage spécifique et unique.

L’observation

La plupart des matériaux utilisés par les auteurs pour créer des personnages proviennent de l’observation de petits détails. Vous ne vous doutez pas comme l’observation et l’imagination s’accordent dans ces moments.

Vous observez une personne.
Quelle pourrait être la personnalité de cette personne ? Qu’est-ce que vous inspire ce qu’elle est en train de faire ? Posez-vous des questions sur cette personne. Vous serez surpris du personnage, de l’idée de personnage plutôt, qui apparaîtra.

D’abord on observe, puis on convertit dans un personnage ce qu’on découvre par l’observation.

L’intégration

Quel que soit votre point de départ dans la création de votre personnage, vous devrez finalement faire appel à votre propre expérience. Il n’y a nulle part ailleurs où se tourner pour savoir si vous avez le bon personnage, nous dit Linda Seger.
Personne d’autre ne peut vous dire si vous avez ou non un personnage crédible, réel et cohérent. Vous devez vous fier à votre propre compréhension de ce que sont les gens.

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James Dearden est un réalisateur et scénariste britannique.

Voyez ce que dit James Dearden : Tout ce que je sais, je le sais par ma propre expérience. En fin de compte, un auteur doit puiser en lui-même. J’ai mes personnages en moi. Et si vous n’avez pas l’expérience, alors vous devez aller la chercher. Tous les personnages que j’écris viennent de moi. Je les puise à l’intérieur de moi. Je me dis toujours : « Comment réagirais-je dans cette situation ?

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Carl Sauter était un auteur qui écrivait aussi pour des séries télévisées.

Et Carl Sautter : Je pense qu’il faut trouver l’élément dans les personnages qui est vous. Et ce n’est pas que chaque personnage soit autobiographique, mais souvent vous vous demanderez : « Quel est le personnage que vous aimeriez être ? Qu’est-ce que vous aimeriez pouvoir faire ? Lorsque vous commencez à écrire des histoires que vous seul pouvez écrire, vous vous élevez en tant qu’auteur à un tout autre niveau. Donc, quoi que ce soit, même s’il s’agit d’un personnage secondaire, j’essaie de trouver une partie de celui-ci à laquelle je peux vraiment m’identifier personnellement.

Des auteurs disent qu’ils portent en eux toutes les fautes mais aussi toutes les bonnes choses à propos de leurs personnages.
À la télévision, souligne Linda Seger, il y a souvent un scénariste dans la série qui représente le personnage. Cette personne devient une sorte de fil à plomb ou de mesure du fonctionnement du personnage.

Si vous ne faites pas l’expérience d’une introspection, et si vous ne vous connaissez pas un tant soit peu vous-même, vous ne connaîtrez jamais votre personnage. Il est évident que vous ne le connaissez pas, ajoute même le scénariste Coleman Luck.

La description

Le lecteur se forge une impression visuelle d’un personnage qu’il rencontre dans une histoire. La plupart des histoires donnent des descriptions de personnages très vivantes pour donner au lecteur une idée immédiate de qui est cette personne.

Même si un récit évite les descriptions physiques, se concentrant davantage sur la vie intérieure de ses personnages, le lecteur fait encore le saut imaginatif, formant ses propres images à partir des détails psychologiques.

Que fait une description physique ? Tout d’abord, elle est évocatrice – elle implique d’autres aspects du personnage. Le lecteur commence à associer d’autres qualités et à imaginer des détails supplémentaires à partir des quelques lignes de description que vous avez données.

Le cœur du personnage

Les personnages doivent être cohérents. Cela ne signifie pas qu’ils sont prévisibles ou stéréotypés, nous prévient Linda Seger. Cela signifie que les personnages, comme les gens, ont une sorte de personnalité de base qui définit qui ils sont et nous oriente sur la façon dont ils vont agir. Une sorte de mêmeté insensible au temps pour paraphraser Paul Ricœur.
Si les personnages s’écartent de ce socle, ils peuvent être perçus comme improbables, comme n’ayant pas de sens ou comme forcés.

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Barry Morrow est un scénariste américain.

Et Barry Morrow ajoute : L’attrait des personnages d’un film réside en partie dans leur prévisibilité. Vous comprenez qui ils sont et vous avez un sens de leur propre histoire, de leurs valeurs, de leur éthique et de leur vision du monde. Le personnage va devoir choisir et faire certains choix que le spectateur peut anticiper et apprécier.

Vous voulez une certaine cohérence. Vous ne voulez pas que vos personnages changent à chaque fois que vous leur parlez. Vous ne voulez pas qu’ils soient à un endroit à un moment donné et à un autre endroit totalement autre émotionnellement et psychologiquement à un autre moment.

Ce que vous recherchez, ce sont des êtres fictifs mais humains qui ont des caractéristiques connues. Donc, une fois que vous avez créé un personnage, l’art consiste à essayer de le garder actuel tout en conservant ces sentiments et détails spécifiques qui sont très rassurants pour le lecteur (souvent parce qu’il peut s’y rapporter).

Remarquez comment un ensemble de caractéristiques implique d’autres traits de personnalité. Une personne assez raffinée pour connaître la musique de Mendelssohn peut aussi connaître la peinture de Vermeer et de Rembrandt. Une personne qui a grandi dans une ferme sait probablement quelque chose sur la réparation des tracteurs et des voitures.

Le lecteur s’attend à certains comportements implicites de la part d’un personnage. Si l’auteur va délibérément à l’encontre de ces comportements, cela doit être explicite.

Si vous n’avez qu’une ou deux caractéristiques, bien que cohérentes, vous risquez de créer un stéréotype. Mais un personnage cohérent n’est pas nécessairement un personnage limité. En faisant un brainstorming sur les cohérences, vous pouvez trouver de nombreuses associations qui ne sont pas stéréotypées.
Vous devrez tout de même sélectionner les aspects de votre personnage que vous révélerez dans votre histoire. Mais pour le lecteur, il sera clair que vous connaissez et comprenez la composition fondamentale de ce type de personne, ajoute Linda Seger.

L’unité des contraires

La nature humaine étant ce qu’elle est, un personnage est toujours plus qu’un ensemble de traits de personnalité qui s’accordent bien. Dans la vie réelle, on est illogique et imprévisible. Lorsqu’on observe les autres, on est toujours surpris, étonné en bien ou en mal d’ailleurs et souvent les idées préconçues que nous avions élaborées à leur égard sont bouleversées.

Nombre de ces caractéristiques ne nous sont révélées qu’après avoir connu quelqu’un pendant suffisamment de temps. Ce sont des détails qui ne sont pas facilement apparents, mais que nous trouvons particulièrement convaincants, qui nous attirent vers certaines personnes.
De la même manière, les paradoxes et autres contradictions sont souvent à la base de la création d’un personnage fascinant et unique. Les paradoxes ne nient pas la cohérence d’un personnage. Ils s’ajoutent.

personnageVoyez ce que dit Leonard Tourney à propos des paradoxes chez un personnage : Les personnages sont plus intéressants s’ils sont faits de matériaux mixtes, s’ils contiennent des éléments conflictuels en eux. Pour créer ces éléments conflictuels, vous commencez par en établir un, puis vous vous demandez : « Compte tenu de cet élément, quels éléments y a-t-il chez la même personne qui créeraient chez elle une sorte de conflit ? Prenez un élément comme le bien-être chez soi – ce n’est pas un élément particulièrement conflictuel, mais si le weekend, ce personnage sort avec ses amis et fait quelque chose de très physique, alors cela ne correspond pas du tout à ce à quoi on s’attend. Avec cette caractéristique, vous allez dans la direction d’un personnage qui suscite l’intérêt.

Valeurs, Attitudes et émotions

Si vous ne créez que des caractères cohérents, ils peuvent encore être dimensionnels. Si vous ajoutez quelques paradoxes et contradictions, vos personnages deviendront plus uniques. Et si vous voulez les approfondir davantage, vous pouvez leur ajouter d’autres qualités. Vous pouvez développer leurs émotions, leurs attitudes et leurs valeurs.

C’est à leur humanité que vous vous adressez à travers leur émotions.

Dans de nombreuses histoires, nous ne pouvons nous empêcher de créer des liens empathiques avec les personnages, surtout le personnage principal. Nous ressentons leurs frustrations, nous partageons leurs moments d’exaltation, nous comprenons leurs désirs et leurs aspirations ainsi que leurs répulsions et même leurs dégoûts de soi.

Les types d’émotions accessibles et compréhensibles peuvent être définis de différentes manières. Linda Seger mentionne que certains psychologues décrivent avec humour les émotions comme étant la colère, la tristesse, la joie et la peur.
Et ce n’est pas faux puisque chaque émotion en implique d’autres.

Si vous trouvez que l’un de vos personnages manque de couches émotionnelles, Linda Seger recommande souvent que l’auteur parcourt son histoire et se demande ce que chacun de ses personnages ressent dans chacune des scènes où il apparaît.

Bien que toutes les réponses qui émergeront de ce questionnement n’ont pas à être intégrées dans l’histoire, comprendre les émotions peut permettre le développement d’un personnage plus riche et d’une scène plus profonde.

Outre les thèmes liés à la vie, il existe d’autres forces motrices qui contrôlent les personnages. La recherche du pardon, le désir de réconciliation, l’aspiration à l’amour ou à un foyer se retrouvent dans de nombreuses histoires.
L’intégration de valeurs dans des personnages particuliers ne signifie pas que vos personnages doivent discourir de ce qu’ils croient. Au contraire, vous communiquez des valeurs à travers ce que fait le personnage, à travers le conflit et à travers les attitudes du personnage.

Les attitudes

Les attitudes véhiculent des opinions, un point de vue, l’orientation particulière qu’un personnage prend dans une certaine situation. Elles approfondissent et définissent un personnage, en montrant comment un personnage regarde la vie.

Dans un roman, il est facile d’entrer dans la tête d’un personnage. Pour un scénario, obligation est faite de transmettre l’émotion par l’attitude. Les personnages ont des attitudes les uns envers les autres, envers eux-mêmes, envers la situation, envers des enjeux particuliers.

Si vous insufflez à vos personnages une vie émotionnelle, avec des attitudes et des valeurs spécifiques, ils seront multidimensionnels. Mais il y a une autre étape qui peut rendre le personnage original et unique, nous souffle Linda Seger. Il s’agit d’ajouter des détails.
Les êtres humains ont des caractéristiques distinctives, de petits détails qui les rendent singuliers et spéciaux. Par exemple, une personne fait des origamis ou bien cette autre est passionnée de jazz. Ou encore Indiana Jones qui ne supporte pas les serpents.

Ces détails peuvent être des actions, des comportements, l’utilisation d’un jargon, des gestes, les vêtements que l’on porte, la façon dont une personne éclate de rire, les approches inhabituelles qu’elle adopte face à une situation.
Ce qui importe pour un auteur de fictions, c’est que ces détails décrivent les imperfections d’un individu. C’est ce que disait aussi Joseph Campbell : Les auteurs doivent être fidèles à la vérité. Et c’est un problème, car la seule façon de décrire un être humain est de décrire ses imperfections. L’être humain parfait est inintéressant. Ce sont les imperfections de la vie qui sont séduisantes. La perfection est ennuyeuse. Elle n’est pas humaine. Le point ombilical, l’humanité, la chose qui vous rend humain et non pas surnaturel et immortel : l’imperfection, l’effort, la vie… c’est cela qui est louable.

Brainstorming proposé par Linda Seger
  • Mes personnages sont-ils vrais ? Ai-je montré un certain nombre de qualités que mes personnages pourraient avoir ? Il y a une recherche de vraisemblance lors de la création d’un être de fiction. Par qualités, comprenez autant des vertus que des vices.
  • Qu’est-ce qui rend mes personnages captivants ? Intéressants ? Fascinants ? Différents ? Mes personnages sont-ils parfois imprévisibles ? Les paradoxes (les contradictions) contredisent-ils les qualités propres à chaque personnage ou servent-ils à les développer ? Vous le constatez, Linda Seger insiste fortement à la réflexion lors de la création du moindre des personnages.
  • Quels sont les sujets de préoccupation de mes personnages ? Ces valeurs sont-elles compréhensibles ? Sont-elles véhiculées par des actions et des attitudes, plutôt que par de longs monologues ?
  • Est-ce que les sentiments de mes personnages sont manifestes ? Chaque personnage a-t-il une large gamme d’émotions, plutôt que de répéter les mêmes ?
  • Comment les attitudes de mes personnages peuvent aider à définir leurs personnalités ?

Le processus de création du personnage est un processus continu. Même lorsqu’ils n’écrivent pas, les auteurs ont besoin de rassembler des détails, en se tournant vers la réalité pour trouver l’inspiration et les idées, conclut Linda Seger.

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