STRUCTURE : ASSURANCE POUR L’HISTOIRE

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Un scénario est un outil de travail pour une équipe. C’est un outil à la fois technique et littéraire qui a besoin de conventions sur lesquelles tout le monde s’accordera.
Une structure peut s’avérer alors indispensable.
Si une histoire se concentre sur un personnage et son objectif, ce que fait ce personnage lorsqu’il est confronté à des obstacles qui lui barrent le chemin vers cet objectif est l’histoire.

Définissons une histoire simplement :
– Il y a un personnage.
– Il a un objectif.
– Il y a un mur entre le personnage et l’objectif.
– Le personnage doit passer au-dessus, en dessous ou contourner le mur pour atteindre son objectif.

L’histoire est donc essentiellement une intrigue,

c’est-à-dire les tenants et aboutissants pour atteindre un certain objectif. Le but peut changer en cours de route, les obstacles prendre une multitude de formes (même si certaines formes se retrouvent dans différentes histoires à la fois clichés et un peu moins cliché lorsqu’elles sont topoï) mais le fait est : une histoire est un personnage qui s’efforce sérieusement d’atteindre un objectif qu’il s’est fixé.

Maintenant, si l’on tente d’exprimer cette conviction sans lui fournir un cadre, sans lui donner une organisation, il est très probable que l’idée va consteller en une infinie de points qui n’auront en fin de compte que peu de sens.
Pour qu’une histoire soit appréhendée par un lecteur, il faut la considérer comme un tout et pour que cette unité soit possible, il faut donner un ordre à l’histoire c’est-à-dire une structure.

Une structure dramatique en 7 points

Une structure dramatique (qui remonte à Aristote) est la structure en trois actes. Cette forme originaire a été retravaillée avec le temps et a abouti à différentes théories.
L’une de celles-ci résume une structure narrative à 7 points majeurs dont 6 relatifs à l’objectif du protagoniste.

Gardez à l’esprit que la structure est importante mais que toute idée d’histoire débute avec un personnage. Ce qu’il lui arrive dans cette histoire ou ce qu’il fait dans la poursuite de son objectif est ce qui constitue l’histoire.

Considérez que la structure est une sorte de cadre qui permet au personnage de ne pas se perdre dans les limbes dans lesquelles votre muse pourrait bien vous guider si vous n’y prenez garde.
Le personnage se définit par ce qu’il fait mais ce qu’il fait dépend entièrement du personnage. Il doit agir logiquement envers son but dans le respect de sa personnalité. Tout est entrelacé.

Donc, l’histoire est un tout et ce tout tient en place avec une structure (comme une ossature que l’on recouvre de chair car sans ossature, la chair s’effondre).

Les 7 points d’une structure
La routine de vie

Il s’agit du quotidien de votre protagoniste. Ce quotidien nous permet de faire connaissance avec le personnage principal et de découvrir son problème (c’est-à-dire la faille dans sa personnalité dont le problème serait comme une métaphore).

Nous le voyons évoluer dans son environnement, côtoyer les personnages qui l’entourent mais surtout nous apprenons ou comprenons qu’il n’est pas véritablement satisfait de sa vie et qu’il doit changer.
Cependant, il se peut que le personnage n’ait pas encore pris conscience de la nécessité de changer.

Dans Thelma et Louise de Callie Khouri, Thelma nous est présenté comme une femme au foyer complètement soumise à son mari Darryl (un bel exemple de phallocrate).
Elle doit même lui demander l’autorisation de partir en weekend.

La personnalité de Thelma nous est bien montrée et aussi son premier acte de rébellion lorsqu’elle rappelle Louise pour lui dire qu’elle se prépare.
StructureLors de ces préparatifs justement, il est montré aussi cette arme qu’elle manipule avec dégoût. Cette arme n’est pas un McGuffin (un artifice qui justifie l’intrigue et qui n’a aucune importance dans cette intrigue, un prétexte en quelque sorte) et conformément à l’astuce dramatique du Chekhov’s Gun qui explique que tout doit avoir de la signification, nous pourrons constater plus tard dans l’histoire, à sa manière de manipuler cette arme, à quel point elle a évolué au cours de ce road-movie.

Son problème est maintenant évident : puisque l’on obtient que ce l’on mérite, elle doit faire quelque chose au sujet de Darryl pour devenir meilleure, c’est-à-dire que pour vivre mieux, elle doit changer.

Notez aussi que vous pourriez placer le défaut de la personnalité de votre personnage principal dans un texte sous-entendu. Par exemple, votre personnage est amoureux d’une femme mais il ne peut se résoudre à la toucher. Pourquoi cet amour reste-t-il platonique ? Pourquoi n’admet-il pas qu’il est homosexuel ? En as t-il seulement conscience ?
Pourtant le seul fait que vous montrez est un amour platonique. Le véritable problème est sous-entendu.

L’incident déclencheur

L’incident déclencheur est un événement qui advient dans la vie du personnage principal et qui est le premier indice que sa routine de vie va être bouleversée. C’est en quelque sorte une proposition d’aventure (Call to Adventure pour Joseph Campbell et Christopher Vogler). Généralement, cette proposition ne sera pas immédiatement acceptée (probablement par prudence).

Mais en fin de compte, elle le forcera à agir, elle l’aidera à définir son objectif.
Lorsque Thelma et Louise s’arrêtent à un bar, Louise est un peu réticente mais Thelma lui rappelle que Louise lui a promis de s’amuser. Sans certainement se rendre compte de l’effet qu’elle fait sur Harlan (un inconnu), Thelma se laisse entraîner et griser.

Sous le prétexte de prendre un peu l’air, l’homme attire Thelma sur le parking (qui était vraiment la seule à ne pas se rendre compte de ce qu’il se passait).
Commence alors une scène de viol qualifié. Louise intervient alors, le revolver de Thelma au poing et fait un trou dans la poitrine de Harlan.

C’est l’incident déclencheur. Les vies de Thelma et Louise ne peuvent plus dorénavant être ce qu’elles étaient. Mais ni Thelma, ni Louise n’ont encore d’objectifs définis. L’incident déclencheur est un appel à l’aventure et le signe que le quotidien fait dorénavant partie d’un passé révolu.
StructureOn peut considérer que l’incident déclencheur fixe une intention à l’histoire.

Lorsque Harry Potter reçoit (difficilement) la lettre de son acceptation à Poudlard, l’histoire prend résolument l’orientation d’une initiation, Poudlard étant un haut centre de l’éducation des sorciers.

L’incident déclencheur change la vie du protagoniste à jamais. Il le force à se forger un objectif auquel il n’a peut-être jamais pensé ou s’il y a déjà pensé, alors il n’a jamais eu le courage de se lancer à sa poursuite.

Fin de l’acte Un

La fin du premier acte correspond au moment où le personnage principal décide d’un plan d’action pour atteindre son objectif. Il prend en charge son problème (j’aurais tendance à dire que c’est à ce moment que l’auteur assume la responsabilité de son message. Les commentaires sont un bon terrain si vous voulez en débattre).

Initié par l’incident déclencheur, un mouvement s’est créé. Le personnage principal a d’abord refusé de s’impliquer (si vous y prêtez attention, vous vous apercevrez que le refus est une réponse comme outil narratif souvent employée et pas seulement par le personnage principal) puis un nouvel événement le force à prendre la décision d’agir pour atteindre un objectif.

Mickey Morrissey, ami et mentor de Frank Galvin, est à l'origine de l'incident déclencheur
Mickey Morrissey, ami et mentor de Frank Galvin, est à l’origine de l’incident déclencheur

Dans Le verdict, Frank ne prend pas immédiatement avec tout le sérieux nécessaire l’affaire que lui a apporté son ami Mickey.
Ce n’est seulement que lorsqu’il rend visite à sa cliente dans le coma qu’il décide de prendre en charge sa défense véritable en refusant la proposition de l’évêché. La prise en charge du problème est un mouvement en deux temps.

Son objectif externe est fixé et dans le mouvement qui se poursuit, un changement intime s’opère aussi en lui. Il prend conscience que pour retrouver sa dignité d’homme quelque peu émoussée, il lui faut réussir cette nouvelle mission.

A la fin de l’acte Un, le personnage principal a un objectif et l’histoire, une orientation.
Lorsque Thelma a une conversation avec Darryl et qu’elle l’envoie se faire voir, on nous montre clairement que son attitude commence à changer et lorsqu’elle prend la décision de se rendre à Mexico, elle assoit définitivement son objectif. La fin de l’acte Un est généralement un point de non retour pour le personnage.

Le point médian

On peut admettre le point médian d’une histoire comme une articulation où l’histoire prend une toute nouvelle direction, habituellement inattendue.

Ce point médian pourrait intervenir à n’importe quel moment de l’histoire mais il n’aurait pas de sens s’il ne se situait pas d’ordinaire quelque part dans la seconde moitié de l’acte Deux.

Au point médian, le but peut changer (c’est-à-dire que jusqu’à présent, le héros de l’histoire se trompait plus ou moins lourdement sur la finalité de sa présence dans cette histoire).

Le personnage principal peut prendre conscience de la faille dans sa personnalité, une faille qui l’empêche vraiment de s’accomplir, d’être en harmonie avec sa véritable nature.
Vous noterez d’ailleurs que cette recherche d’harmonie, d’ordre, de retour à la normale est peut-être le but suprême, qu’il soit individuel ou social.

Le véritable besoin du personnage (qui concerne son intériorité ;  sa façon d’être au monde ; sa façon de penser le monde ou bien ses relations aux autres car c’est encore dans la reconnaissance de son besoin de l’autre que l’on peut peut-être donner un sens à sa vie) devient plus important que ses désirs, que ce qu’il veut.

Lorsque Louise remet à Thelma l’argent que Jimmy a apporté, le point médian commence. Juste après que Louise est remis l’argent à Thelma, celle-ci rencontre J.D.
Cette rencontre est primordial pour l’arc dramatique de Thelma (c’est-à-dire son parcours psychologique dans cette histoire). Thelma ne connaît pas grand-chose des choses du sexe : elle n’a connu que Darryl qui ne l’a pas véritablement révélée sur ce plan.

J.D. va lui faire découvrir le plaisir et Thelma sera sur un petit nuage du moins jusqu’à ce que Louise lui demande où est l’argent. Mais J.D. a volé cet argent.
Jusqu’à présent, Thelma s’est laissée guider par les événements. Elle n’a jamais été un moteur de l’action (la protagoniste est Louise mais Thelma est le personnage principal), du moins intentionnellement.

Ce qu’il lui arrivait faisait l’action. Lorsqu’elle voit la désespérance de son amie Louise, elle n’accepte pas que tout ne soit pas OK. Elle veut que tout soit OK et elle va prendre la décision de commettre un braquage. Fin du point médian.

Le All is Lost

Le All is Lost est ce moment de l’histoire où tout semble perdu pour le personnage principal. Il a le sentiment qu’il n’arrivera jamais à atteindre son objectif. Ce moment est bien décrit par Blake Snyder ).
Cela se produit vers la fin de l’acte Deux.

Dans Thelma et Louise, le All is Lost véhicule deux informations :
– Hal Slocombe, le policier qui les poursuit, réalise qu’elles ne sont pas des criminelles par nature mais qu’elles sont plutôt victimes des circonstances.
– Louise comprend que le secret de leur destination (Mexico) est éventé. Elles étaient persuadées que les policiers ne savaient pas où elles se rendaient : cela les rassurait, faisait leur force.

Maintenant ils savent et elles sont effrayées. Mais toujours déterminées, elles s’enfoncent dans la nuit. La symbolique de la nuit est d’ailleurs bien employée pour signifier que dorénavant, elles n’ont plus de but (ce qui est une forme de désespoir).

L’ultime défi

Alors que le personnage principal est en pleine déroute, désespéré, il doit trouver en lui la force nécessaire pour continuer son aventure. Pratiquement, il verra quelque chose, entendra quelque chose ou même se souviendra de quelque chose qui réanimera en lui sa quête et lui donnera la force et la volonté de continuer.

C’est le début de l’acte Trois, normalement, mais rien n’interdit de lier le All is Lost et la préparation du climax, l’ultime défi, à la fin de l’acte Deux.
Voire de présenter ce climax juste avant la fin de l’acte Deux pour préparer l’entrée dans l’acte Trois.

Puis vient le moment du test final, le dernier obstacle à surmonter afin d’atteindre au but. C’est à ce moment du climax que la réponse à la question dramatique est donnée au lecteur. Grossièrement, on sait s’il a réussi ou non son objectif.

Lorsque Thelma et Louise ont été repérées, leur destin est scellé ou semble l’être. Le dilemme qui s’offre à elles est soit d’abandonner et de se rendre aux autorités, soit d’affronter ces mêmes autorités. Mais aucune de ces solutions n’apportent réellement de réponse à la question dramatique.

Celle-ci consiste à savoir si Thelma allait réussir à changer, à prendre le contrôle de sa vie. Et s’il y a quelque chose que Thelma a appris, c’est que maintenant, elle vit sa vie conformément à sa vraie nature et qu’elle doit garder ce contrôle, cette maîtrise de soi.
StructureAu bord du Grand Canyon, Louise dit qu’elle n’abandonnera pas. Thelma suggère qu’elles ne se fassent pas prendre, qu’elles devraient continuer. Notez que c’est Thelma qui prend la décision, Louise ne fait que lui demander si elle est sûre.
La réponse que toutes deux donne au dilemme est cet ultime défi. Thelma a atteint son but, elle est complètement libre maintenant. Plus personne ne lui dira comment gérer sa vie.

Le retour à l’équilibre

C’est le retour à une vie normale avec un personnage foncièrement changé, meilleur en un sens (même s’il est mort).
Il suffit de deux ou trois pages pour décrire ce retour à l’équilibre d’autant plus que le lecteur n’attend plus rien de l’histoire. Si vous persistez à donner trop de détails alors que l’histoire est finie, votre lecteur n’ira de toutes façons pas au bout de votre récit.

Thelma a connu un tel parcours de découvertes sur elle-même et un tel changement que sa mort est positive. Par contre, film culte pour les femmes (et pas seulement pour le féminisme), l’implication de la mort de Thelma et de Louise résonne chez le lecteur. C’est son point de vue à lui que cette histoire a changé.

Bien sûr, ces 7 points structurels ne sont qu’indications. Cependant, il est prudent de faire intervenir l’incident déclencheur assez tôt tout en continuant d’exposer les personnages les plus importants de votre histoire. Vous devez montrer qui est le personnage principal et pourquoi le lecteur devrait ressentir de la compassion pour lui.

A part l’incident déclencheur (qui peut être le fruit du hasard), tous les autres points dramatiques devraient être reliés à un objectif particulier.

3 parcours fondamentaux

En effet, il y a trois parcours qui intéressent un protagoniste et tous trois ont un objectif à atteindre.

La A Story

C’est l’intrigue proprement dite, celle qui est au vu et su de tous les personnages et du lecteur. Son objectif correspond à la mission du héros dans l’histoire.

S’il s’agit d’une romance, par exemple, la mission du garçon (votre personnage principal) sera de se faire aimer de cette fille dont il est tombé amoureux.

La B Story

Il y a différentes définitions pour la B Story. Ce peut être une histoire dans l’histoire. Ce n’est pas un récit encadré dans le récit principal (la A Story). C’est une intrigue à part entière qui se tisse dans l’intrigue principale.
Par exemple, votre jeune homme est ami avec un couple qui se déchire. L’histoire de ce couple qui constitue la B Story n’est pas de dire qu’aimer est une vaine activité car la fonction de la B Story est d’appuyer votre thème.

Dans l’exemple de notre romance, il s’agit de démontrer que l’amour est le sens de la vie. Donc votre B Story ne doit pas aller à l’encontre de votre thématique.
Cette B Story possède elle aussi un objectif. Que l’objectif soit atteint ou pas importe peu car le message qui doit ressortir est que l’amour est le sens de la vie.

Plus globalement, la B Story décrit les relations qui existent entre le personnage principal et d’autres personnages de l’histoire. L’intersubjectivité enrichit grandement le contenu d’une histoire.

La C Story

Cette C Story décrit le parcours interne du personnage principal, son évolution psychologique dans l’histoire. Elle consiste généralement à démontrer comment le héros parvient à surmonter sa faille, ce défaut dans sa personnalité qui le mine de l’intérieur.
C’est l’arc dramatique du personnage.

Vous noterez que si l’objectif de la C Story n’est pas résolu avant le climax, votre protagoniste ne sera pas en mesure d’affronter son ultime défi.

L’idéal serait que chacun de ces parcours possède une structure en 7 points. A vous de voir si votre histoire s’y prêterait.
Hormis l’incident déclencheur, chacun des points le long de ces parcours concourt à atteindre l’objectif de l’histoire (aussi dénommé Story Goal).
A lire au sujet du Story Goal :
LE STORY GOAL
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DRAMATICA, LA THEORIE EXPLIQUEE

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INTRIGUE SECONDAIRE & B STORY

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