LA SCENE & SES FONCTIONS

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Il n’y pas de vraiment de règles dans l’écriture d’une scène. Une histoire, un scénario vient à la vie par ses scènes.

Disons que s’il devait y avoir quelques critères obligatoires pour qu’une scène fonctionne, ce serait un peu comme les ingrédients d’un bon plat auxquels vous ajoutez bien plus qu’un savoir-faire mais une créativité qui donnera finalement quelque chose de… surprenant.
Il vous faut piéger l’attention du lecteur dès la première ligne (n’oubliez pas qu’un scénario, c’est d’abord des mots).

Votre défi est d’écrire des scènes intéressantes et stimulantes. Elles participent au rythme général de votre histoire. Ce rythme peut être brutalement interrompu si une scène ne remplit pas correctement sa fonction.

Qu’est-ce qu’une scène exactement ?

Dans l’idéal, une scène donne à voir des personnages intéressants qui entreprennent des actions significatives d’une façon telle qu’elle ne laisse pas indifférent le lecteur.

Elle autorise ce dernier à ressentir les événements comme s’ils se déroulaient en vrai. Lorsqu’elles sont correctement reliées entre elles, les scènes s’ajoutent pour construire l’intrigue et les différentes lignes dramatiques de l’histoire.

Quels sont les éléments dramatiques qui devraient figurer dans une scène ?
  • Des personnages avec une personnalité travaillée et complexe et qui subissent un changement majeur de leur personnalité au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire.
  • Un point de vue via lequel la scène est perçue par le lecteur.
  • Des actions significatives non empreintes de banalité comme si elles se déroulaient en temps réel. Ces actions ont du sens parce qu’elles se rapportent d’une manière ou d’une autre au sens global de l’histoire.
  • La scène est supportée par des dialogues qui révéleront des informations si celles-ci ne peuvent être démontrées à travers le comportement des personnages.
    Par exemple, une information capitale sur le passé du protagoniste si celle-ci ne peut être dévoilée sans ralentir le rythme de l’histoire.
    Gardez à l’esprit cependant que le vecteur principal de divulgation des informations doit être les comportements et attitudes des personnages dans des situations spécifiques.
  • La scène doit être au service de l’intrigue, lui permettre d’avancer. Elle doit aussi aider à approfondir la personnalité des personnages. En effet, la réaction d’un personnage dans une scène est révélateur de sa vraie nature ou d’un problème dont le personnage a conscience ou non (névrose ou psychose, allez savoir…).
  • La scène doit être conflictuelle. Elle expose un conflit (c’est ce qu’on appelle dramatiser) et ce conflit révèle des traits de caractère des personnages.
  • La scène doit se dérouler dans un lieu qui évoque l’univers de votre histoire. Ce monde fictionnel transparaît dans les scènes.
  • Une scène ne peut seulement être consacrée à l’exposition. Seules quelques bribes d’exposition doivent être mentionnées dans une scène.
Question d’équilibre

Une scène peut donc se comprendre comme la surgissement d’événements auxquels des gens réagissent à travers leurs comportements et attitudes.

Une scène bien équilibrée cependant s’écrit avec les points que vous avons cités ci-dessus en accordant un poids particulier à certains d’entre eux selon les intentions de l’auteur ou les besoins de l’histoire.

Lorsque l’équilibre est atteint (par le jeu de l’assemblage des critères évoqués ci-dessus), vous obtiendrez du drame, de l’émotion, de la passion, de la puissance, de l’énergie et tout cela en une seule scène.

Une scène doit donner envie d’en savoir davantage sur l’histoire, de savoir ce qui va se passer ensuite. Certaines scènes réclament davantage d’action (il faut que çà bouge) ; d’autres seront plus à leur aise avec davantage de dialogues.

Vous aurez des scènes pratiquement sans une ligne de dialogues et des scènes où l’action sera faible (car nécessaire à la compréhension de ce qui s’y passe ou de l’intrigue).

Lorsque vous écrivez une scène, vous recherchez un effet spécifique. Pour réussir cet effet, vous devrez trouver le bon équilibre des différents critères qui permettent à une scène de fonctionner.

Mais ce n’est pas tout…

D’autres éléments dramatiques sont aussi à rechercher dans une scène :

  • Une tension dramatique qui crée un conflit potentiel.
  • Un message sous-jacent qui enrichit votre scène. Cependant, rappelez-vous que vous ne faites pas de propagande lorsque vous contez une histoire.
    Toutes les alternatives au problème que pose votre histoire doivent être exposées comme si vous vouliez que votre lecteur porte son propre jugement. Mais votre propre point de vue peut se glisser d’une façon liminaire à la scène (à peine perceptible mais cependant bien présent).
  • Vos intentions dans cette scène afin de vous assurer que les actions que vont entreprendre vos personnages sont bien ciblées avec votre intrigue ou votre histoire. Les personnages ont tendance à prendre un peu trop de libertés parfois.
  • Le rythme et la longueur de la scène qui influent sur la tonalité et l’ambiance qui se dégagent de la scène.

Vous devez éviter la superficialité lorsque vous écrivez une scène. La tension dramatique renforce l’empathie envers vos personnages sans compter qu’elle aide à maintenir le lecteur dans votre histoire.

Le message sous-jacent peut ajouter de la richesse à votre scène. Vos intentions clairement définies vous aideront à guider vos personnages et à leur permettre de bien suivre la trajectoire émotionnelle (ou leur arc dramatique) que vous avez prévue pour eux.

Question d’émotions

Le rythme de vos scènes (ainsi que leur longueur) peuvent vous permettre d’asseoir l’effet émotionnel que vous tentez de communiquer. Tant que vous parviendrez à toucher le lecteur émotionnellement, viscéralement, ce dernier ne ressentira pas de frustration.

Tentez de retrouver dans les films ou les séries les plus intéressants comment chaque scène peut être unique tout en incorporant les critères de sa construction que nous venons d’envisager.

Vous pourriez bien sûr choisir des méthodes différentes pour créer de la tension dramatique que celles que vous observerez.
Vous pourriez opter pour moins de dialogues ou davantage si vous aviez eu à écrire une scène particulière.

Mais gardez à l’esprit que c’est dans l’assemblage de tous ces critères fondamentaux que vous parviendrez à fasciner vos lecteurs avec vos scènes.

Montre, Ne dis pas !

Ce que signifie d’abord cette expression est qu’il ne faut pas  sur-expliquer les choses. Faites confiance à votre lecteur : il est parfaitement capable de comprendre l’expression ou l’attitude d’un personnage.

Lorsque Blanche-Neige croque la pomme, on la voit croquer la pomme. Voilà ! l’action seule suffit.
Ici, il n’y a nul besoin de faire douter Blanche-Neige malgré tout ce qu’elle sait sur sa belle-mère.

Inutile de partir dans des explications fumeuses sur les raisons qui font que Blanche-Neige croque la pomme. Tout se fait dans le moment présent.
Le lecteur ne veut savoir qu’une chose : qu’est-ce qui se passe après qu’elle ait croqué la pomme ?

L’imagination du lecteur

Il y a aussi un autre paramètre important que vous ne devez pas négliger. C’est l’imagination de votre public.

Si vous souhaitez que votre lecteur voit ce que vous décrivez aussi nettement que si c’était un rêve, vous devez lui donner des descriptions de ce qui se passe.
Détaillez vos scènes comme si les actions se déroulaient dans le moment présent. Ce que pense un personnage, son intériorité doivent apparaître dans la scène (encore une fois, comportements et attitudes et éventuellement des dialogues).

Dans les séries télévisées, vous avez souvent un Précédemment dans… surtout si les épisodes ne sont pas bouclés lorsque l’histoire se déroule sur une saison toute entière.

Cela est nécessaire pour éviter de devoir rappeler dans l’épisode en question les événements qui se sont déroulés précédemment ce qui ne peut que ralentir le rythme et finalement lassé le lecteur.

Lorsqu’un résumé est nécessaire pour permettre de remettre le lecteur sur les rails, il faut que cela soit justifié. De toutes façons, essayez de garder ces scènes spécifiques au strict minimum (strict minimum, certes, mais néanmoins nécessaires ; c’est ce que nous pensions en prenant le Précédemment dans... des séries télévisées).

L’histoire se conjugue au présent

Une scène se conjugue au présent (tout comme toute l’histoire). Même lorsque vous décrivez un flashback, celui-ci se déroule dans le présent pour le lecteur.

Cela facilite l’immersion de ce dernier dans votre univers imaginaire. Le but pour un auteur n’est pas que son lecteur soit assis là, sans rien faire, à siroter son histoire.

Il est plus que vital que le lecteur soit pris dans l’aventure.
Et cela se ressent lorsque ce qui se passe dans l’histoire est si intense (merci aux scènes qui communiquent cette intensité rare et si recherchée) que le lecteur ne peut s’empêcher de tourner les pages pour connaître la suite.

Lorsqu’un lecteur s’absorbe dans une histoire à en oublier le monde autour de lui, vous avez réussi votre job d’auteur.

La longueur d’une scène

Construire de la tension dramatique est un impératif. Seulement, il faut permettre aussi au lecteur de reprendre son souffle.

C’est un des avantages de penser son histoire sous la forme de scènes parce que la fin d’une scène offre un endroit confortable pour que le lecteur prenne une pause.

Les longues scènes devraient être évitées ou du moins utilisées avec parcimonie. On a toujours l’impression avec une longue que ce qui s’y passe s’éternise et l’ennui pointe souvent son ombre frustrante.

A quels moments peut-on utiliser de longues scènes ?
  • Lorsque vous sortez d’une phase d’actions très intense ou d’une scène qui a nécessité des dialogues plus nombreux, une longue scène peut permettre au protagoniste (et au lecteur) de digérer ce qui vient de se passer.
    Le plus important, cependant, est que cette longue scène va préparer le terrain pour une nouvelle phase de tension et de suspense.
    Rejoignez-nous sur la définition d’une longue scène : il ne s’agit d’écrire une scène de 15 pages (soit reportée en minutes, une scène de 15 minutes si le texte est bien formaté). Si la durée moyenne d’une scène est de 20 secondes, une longue scène par exemple en fera le double. Tout est relatif au rythme de votre histoire.
  • Lorsque votre scène décrit de l’action pure et dure (des combats, des poursuites, des explosions…), la scène a besoin de prendre son temps pour bien s’articuler dans le flux de l’histoire.
    Il entre aussi dans ce type de scènes, une question économique car les scènes d’action pure ont un coût certain pour un éventuel producteur (vous écrivez un scénario donc un outil de travail pour une équipe et un investissement pour un producteur).
  • Vous avez fait le tour de la question et vous allez devoir faire de cette scène un moment où le dialogue aura la primauté. Afin de ne pas diluer l’impact des mots et leur signification, cette scène aura besoin de s’étendre.
    C’est la seule solution pour que le message passe correctement et que la scène s’inscrive dans une réalité tangible et significative pour l’histoire.
Et les scènes courtes ?

Les scènes courtes ont l’avantage de maintenir l’intérêt et l’attention du lecteur. Cependant trop de scènes courtes vont agitées un peu trop l’intrigue et en perturber le flux naturel.

C’est plus facile à dire qu’à faire mais ce flux naturellement rythmé de votre intrigue est ce qui prend votre lecteur par la main.

Scène longue ou scène courte, toutes deux doivent parvenir au même résultat. C’est l’effet recherché qui décide s’il peut se déployer au cours d’une longue ou d’une courte scène.

La longueur de la scène en fin de compte dépend des intentions de l’auteur et ce qu’il a prévu pour ses personnages dans la situation spécifique que décrit la scène. La scène quelle que soit sa longueur doit révéler des informations qui permettront à l’intrigue d’aller de l’avant.

Une intrigue rejoint l’esprit humain dans le sens où celui-ci doit aller de l’avant et lutter contre tout ce qui peut le retenir d’avancer.
Une scène courte n’implique pas non plus que vous pouvez faire l’économie d’une mise en place.

Votre monde de fiction devrait transparaître dans chaque scène (ne serait-ce que par des éléments symboliques).

A quels moments employer des scènes courtes ?

  • Lorsque vous devez différencier vos personnages. Certaines personnalités  s’accommoderont de scènes courtes pour s’exprimer.
    D’autres préféreront des scènes plus longues. Un personnage discret par exemple n’a nul besoin de scènes qui s’étirent en longueur pour faire ce qu’il a à faire.
  • Pour revenir au rythme normal de votre histoire après une scène longue.
  • Pour créer de la tension ou du suspense. Des scènes courtes permettent de créer une urgence dans la situation décrite.
  • Lorsque les scènes s’ajoutent à une séquence, des scènes courtes permettent de mieux maîtriser la construction de cette séquence.
La structure d’une scène

Chaque scène a besoin d’un début, d’un milieu et d’une fin (Aristote n’est jamais très loin).

Le début devrait immédiatement plonger le lecteur dans la scène, l’accrocher en quelque sorte dès le départ pour attirer son attention, lui donner envie de savoir ce qui va se passer dans cette scène.

Le milieu est le territoire où les enjeux de la scène vont se dévoiler. Le conflit va s’y installer (des enjeux forts génèrent un conflit fort) et où les conséquences pour l’intrigue seront touchées du doigt.

La fin de la scène prépare bien évidemment la scène qui va suivre mais doit laisser aussi chez le lecteur un sentiment de satisfaction, lui donner en quelque sorte le sentiment qu’il n’a pas perdu son temps à suivre cette scène.

Essayez de garder à l’esprit que vous écrivez pour un lecteur avant d’écrire pour vous-mêmes.

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