Personnage

LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 5

Une fois que vous aurez mis en place le schéma actantiel de votre histoire, c’est-à-dire l’ensemble de vos personnages et les relations qui existent entre eux, il est temps de leur donner vie. En d’autres termes, vous devez les rendre réels.

Les articles précédents :

  1. LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 1
  2. LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 2
  3. LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 3
  4. LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 4

Chacun de vos personnages doit être un individu à part entière avec des traits de caractères qui les distinguent les uns des autres. Que vous les ayez imaginés selon leurs fonctions dans l’histoire ou que vous vous serviez d’archétypes (ce qui revient d’ailleurs au même), votre héros, ses adversaires et les personnages secondaires doivent être détaillés pour les rendre crédibles.

Des relations

Les relations entre personnages sont essentiellement basées sur le thème et sur les oppositions.
Nous avons déjà abordé le thème dans d’autres articles, mais il est toujours utile d’y revenir. Le thème est probablement un des aspects du scénario le plus difficile à maîtriser. Il ajoute de la profondeur à une histoire et la rend plus intéressante à suivre.

En termes simples, le thème est le point de vue que vous souhaitez exprimer à propos d’un aspect spécifique d’un sujet particulier que ce soit l’amour, l’argent, la cupidité… N’importe quel sujet fera l’affaire. Plus précisément, le sujet doit être suffisamment universel pour interpeller le plus grand nombre et votre point de vue devient alors votre message spécifique à ce thème.

Par exemple dans Quand Harry rencontre Sally, le thème n’est pas l’amour mais porte sur la question de savoir si un homme et une femme peuvent seulement être amis ou bien s’ils ne peuvent qu’être amants. La question est donc :
Est-ce que seule l’amitié peut exister entre une femme et un homme ?
Ceci est le thème. La réponse qu’apporte l’auteur à cette question est son message spécifique, son interprétation personnelle.

Un des moyens le plus efficace pour exprimer le thème est par le biais des actions des personnages.
Le protagoniste est le personnage le plus important de l’histoire et celui qui doit changer d’ici la fin de celle-ci. Cette transfiguration, ce changement majeur de sa personnalité se fait progressivement en apprenant les leçons véhiculées par le thème.

Le thème véhicule l’information

Au début de l’histoire, le protagoniste n’a pas encore pris position quant à la réponse à apporter au thème. L’antagoniste représente alors l’aspect négatif du thème. Quant à l’aspect positif, il serait incarné par un personnage porteur des enjeux du thème.

L’ ultime combat du protagoniste contre l’antagoniste (au moment du climax) décide de quel côté sera la réponse au thème : soit vers celui de l’antagoniste (et donc l’auteur a un message plutôt négatif) soit si le protagoniste vainc l’antagoniste, le message porté par le personnage qui soutient le thème (et qui n’est pas le protagoniste) sera alors la réponse positive à la problématique soulevée dans le thème.

Dans Fargo de Joel et Ethan Coen, le thème pourrait être :
Est-ce que l’argent est nécessaire pour être heureux ?
Jerry est le protagoniste, Carl et Gaear sont l’antagonisme et Marge Gunderson en charge de l’enquête est le personnage qui porte les enjeux du thème. Marge étant le seul personnage qui connaît déjà la réponse à la question posée par le thème.

Le point de vue assez simple de Marge sur la vie et son mariage sans histoire mais somme toute assez confortable illustre le message :
Non, l’argent n’est pas nécessaire pour vivre heureux.
Une idée renforcée par tout ce carnage inutile que montre l’histoire.
A la fin de celle-ci, Carl et Gaear sont soit tués, soit capturés et Jerry, le protagoniste, est lui aussi arrêté : des conclusions qui renvoient elles aussi au message que souhaitaient faire passer les auteurs.

La prémisse aborde aussi le thème

Par ailleurs, dans la prémisse de votre histoire qui contient votre thème, vous devriez pouvoir apercevoir un problème moral au cœur de celle-ci. Vous pourrez alors individualiser vos personnages pour représenter les différents arguments de ce problème.

Vous créerez alors au moins deux groupes (les opposants et les alliés) qui forceront le héros par le jeu des conflits à prendre en charge le problème moral.
Les adversaires du héros sont autant de variations autour du thème. Ils représentent une réponse différente au thème qui diverge de celle vers laquelle votre histoire (ou votre message) tend.

John Truby propose alors de suivre quelques étapes pour réussir cette individualisation :

1) Distinguez le problème moral.
Pour vous aider :
LA PREMISSE DE VOTRE HISTOIRE SELON LAJOS EGRI

2) Comparez votre héros avec tous vos autres personnages sur les points suivants :

  • Faiblesses
  • Besoins psychologiques et moraux
    Ce qui caractérise avant tout le besoin, c’est une privation, un manque, l’absence de quelque chose. Le besoin anticipant le désir est un rêve de meilleur. Les inclinations, penchants, aspirations (besoins psychologiques) sont des besoins.
    Les besoins moraux de l’ordre le plus noble et le plus élevé n’apparaissent qu’après avoir pourvu à ceux qui concernent la conservation et l’entretien de la vie.
  • Désirs
    Alors que les besoins sont partagés par le plus grand nombre, le désir est particulier et propre à chacun (désir de richesse, d’immortalité, de gloire, d’amour…).
  • Valeurs
  • Rapports de force entre les personnages (puissance, statut social et capacités)
  • Points de vue sur le problème moral de chaque personnage.

3) Commencez ce comparatif avec la relation la plus importante de votre histoire, c’est-à-dire celle entre le héros et son principal adversaire.
L’antagonisme est la clef de voûte de votre histoire en plus de définir le héros. En effet, l’existence même du héros n’est légitime que relativement à l’antagoniste.
Voir à ce sujet :

4) Après avoir établi la comparaison entre le héros et le méchant de votre histoire, faites de même avec les autres adversaires (chacun d’entre eux illustrant une facette négative du problème moral soulevé par la prémisse).
Ces adversaires peuvent être aussi des obstacles qui ne soient pas personnifiés. Si votre héros se retrouvent perdu en forêt par une nuit de blizzard, c’est une sacrée épine dans son pied et pourtant ce n’est que l’expression de la puissance de la nature.

5) Comparez votre héros avec ses alliés.

6) Comparez entre eux les alliés et les opposants.

Des personnages clairs et distincts

Chaque personnage (hormis le héros) doit représenter une approche différente du problème moral et être suffisamment détaillés pour qu’on puisse les distinguer les uns des autres.

John Truby reprend Tootsie comme exemple :
Le problème moral et central de Michael concerne la manière dont les femmes sont traitées par les hommes.
Son besoin moral est d’apprendre à agir correctement avec les femmes et en particulier avec celle dont il est tombé amoureux.

Les auteurs ont ensuite créés un certain nombre d’oppositions, chacune d’entre elles illustrant une variation du problème moral (non seulement comment les hommes traitent les femmes mais comment les femmes elles-mêmes autorisent les hommes à les traiter si misérablement).

  1. Ron, le metteur en scène, ment à Julie et triche avec elle en prétextant que la vérité lui ferait encore plus de mal que les mensonges.
  2. Julie dont Michael est tombé amoureux est jolie et talentueuse mais elle laisse les hommes, dont Ron, la malmener et ceux-ci profitent de cette faiblesse.
  3. John, la star de la série, est un être lubrique qui se sert de sa notoriété pour forcer ces partenaires féminines à coucher avec lui.
  4. Sandy, l’amie de Michael, a tellement peu d’estime pour elle-même que lorsque Michael lui ment et triche lui aussi avec elle, elle s’excuse.
  5. Rita Marshall, la productrice du show, qui cache sa féminité et refuse de voir les problèmes des femmes pour maintenir une position de puissance qui la place au même niveau que les hommes.

Michael, cependant, ne prend jamais position sur le problème moral puisque lorsqu’il est Dorothée, il aide les autres femmes à se dresser face aux hommes (du moins à leurs comportements discriminatoires envers les femmes) et lorsqu’il redevient Michael, il aborde les filles lors d’une fête, simule d’être engagé romantiquement avec Sandy et agit envers Julie très maladroitement (elle lui envoie même un verre à la face).

Celui qui a la réponse au thème, le personnage qui porte l’enjeu du thème est le père de Julie qui traite Dorothée avec le plus grand respect et qui prend délicatement le temps de la courtiser.

Poursuivez votre lecture de cet article :
LE PERSONNAGE SELON JOHN TRUBY – PART 6

 

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