SUR LA QUESTION DE L’ALTÉRITÉ

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L’altérité désigne l’autre ; l’autre des autres et parfois l’autre soi-même. Exister, c’est être différent ; la différence, en un sens, est le côté substantiel des choses, c’est-à-dire ce que nous possédons en propre et que nous comparons avec ce que nous avons en commun.

L’identité, le moyen de la différence ?

L’identité et la différence sont des concepts philosophiques complexes qui ont été explorés de diverses manières par différents philosophes et théoriciens. La question de savoir si l’identité d’un personnage est le moyen de sa différence ou non dépend du contexte spécifique et de la perspective philosophique à partir de laquelle on aborde la question.

Dans certaines théories philosophiques et sociologiques, l’identité est considérée comme un moyen pour les individus ou les groupes de se différencier des autres. Par exemple, l’identité culturelle ou sociale d’une personne peut servir à se distinguer des autres qui ne partagent pas cette identité. En ce sens, l’identité peut être un moyen de créer et de souligner les différences entre les individus ou les groupes.
D’autre part, certaines perspectives philosophiques soutiennent que l’identité n’est pas le moyen de la différence, mais plutôt l’expression de la différence. Selon ce point de vue, les individus ou les groupes ont des identités uniques qui découlent de leurs différences inhérentes. Ces différences ne sont pas créées par l’identité mais la façonnent. L’identité est considérée comme un moyen de reconnaître et de valoriser ces différences préexistantes.

Une autre perspective est que l’identité et la différence sont entrelacées de manière complexe. L’identité peut à la fois résulter de la perception de la différence et y contribuer. On se forge souvent une identité en fonction de la façon dont on se perçoit par rapport aux autres, et cette identité peut, à son tour, renforcer ou remettre en question les différences existantes.
Des philosophes poststructuralistes et postmodernes comme Jacques Derrida et Michel Foucault ont remis en question la nature fixe et stable de l’identité et de la différence. Ils affirment que l’identité n’est pas une essence (substantielle) stable mais une construction sociale qui est continuellement façonnée et remodelée par le langage, la dynamique du pouvoir et le contexte historique. Dans cette optique, l’identité et la différence ne sont pas des catégories fixes, mais fluides et contingentes.

Le processus consistant à attirer l’attention sur les distinctions a parfois été qualifié de négativité (ce que nous ne sommes pas) ou un jeu de différence interne, par opposition à la véritable altérité, celle de l’Autre.

Une critique du statu quo

Les récits jouent un rôle important en représentant diverses formes d’altérité et en fournissant une plate-forme pour critiquer le statu quo. Les récits, qu’il s’agisse de littérature, de cinéma ou d’autres formes, ont la capacité de dépeindre des personnages et des expériences qui s’écartent de la norme ou de la culture dominante (la norme permet l’exception, par exemple la norme est que les êtres humains mesurent entre un mètre cinquante et deux mètres, bien sûr il y a des exceptions à cette norme. Comparé à la loi, celle-ci ne supporte pas l’exception telle la loi de la gravité qui ne saurait être remise en question).

Ces autres peuvent englober un large éventail de diversités, notamment des races, des sexes, des orientations sexuelles, des capacités et des milieux socio-économiques différents. En décrivant ces diverses perspectives et identités, les récits mettent en lumière la multiplicité des expériences humaines. Les récits permettent souvent au lecteur/spectateur de se glisser dans la peau de personnages différents d’eux-mêmes.
Cette expérience immersive peut favoriser l’empathie et une meilleure compréhension des défis, des joies et des luttes auxquels sont confrontés les individus qui appartiennent à des groupes marginalisés ou minoritaires. Elle humanise l’autre et fait tomber les stéréotypes. Les récits peuvent remettre en question et renverser les stéréotypes et les préjugés en présentant des personnages nuancés et complexes qui défient les représentations unidimensionnelles. Ce faisant, ils encouragent le lecteur/spectateur à remettre en question ses propres préjugés et idées préconçues.

Les récits peuvent constituer un outil puissant pour critiquer les normes et les hiérarchies sociales, politiques et culturelles existantes (c’est-à-dire le statu quo). Ils peuvent mettre en lumière les injustices et les inégalités auxquelles sont confrontés les groupes marginalisés, rendant ainsi ces questions plus saillantes pour la lectrice et le lecteur. Les récits ont le pouvoir de susciter des discussions et des dialogues sur des questions sociales importantes. Ils peuvent créer un espace de conversation qui remet en cause ce statu quo, nous encourageant à remettre en question et à réévaluer nos propres croyances et valeurs.
Grâce à la narration, les récits peuvent attirer l’attention sur des problèmes systémiques et inciter le lecteur/spectateur à prendre conscience et agir pour un changement. Les récits peuvent également offrir des visions alternatives de la société et de la culture. Ils peuvent dépeindre des mondes où le statu quo a été transformé ou bien où les groupes marginalisés ont acquis plus d’autonomie et de visibilité. Ces récits alternatifs peuvent inspirer l’espoir et motiver les individus et les communautés à œuvrer pour un avenir plus inclusif et plus équitable. Un avenir plus inclusif fait référence à une vision de la société et des communautés où tous les individus, indépendamment de leur origine, de leur identité ou de leur situation, sont traités avec respect, dignité et équité. L’inclusion vise à créer un sentiment d’appartenance et d’égalité.

Une liberté

Les artistes et les conteurs ont souvent la liberté d’explorer et d’expérimenter des idées et des perspectives non conventionnelles. Cette liberté artistique permet aux récits de dépasser les limites de la pensée conventionnelle et d’offrir un éclairage nouveau sur les complexités de l’existence humaine.

Dans l’écriture de scénarios, la notion d’identité forte fait référence à la manière dont l’identité des personnages, y compris leurs valeurs, leurs croyances et leurs traits de caractère, est développée et représentée tout au long d’un scénario. L’identité renforcée est une technique narrative qui permet de créer des personnages bien équilibrés et proches du lecteur/spectateur et d’améliorer l’expérience narrative. Il est essentiel que les personnages affichent des comportements et des traits cohérents qui correspondent à leur identité établie. Cette cohérence aide le lecteur/spectateur à comprendre les personnages et à s’y attacher plus profondément.

Lorsque les actions et les décisions des personnages sont conformes à leur identité établie, leur authenticité s’en trouve renforcée. Si une caractérisation cohérente est importante, de nombreux scénarios convaincants incluent également des arcs dramatiques pour leurs personnages. Un arc dramatique est la transformation ou le développement qu’un personnage subit tout au long du récit. Le renforcement de l’identité peut consister à montrer comment l’identité fondamentale d’un personnage est testée, remise en question ou évolue au cours du récit.

Ce renforcement de l’identité peut être exploré à travers des conflits externes et internes. Les conflits externes impliquent souvent les interactions du personnage avec d’autres personnages ou des forces extérieures qui remettent en question ses croyances ou ses valeurs.
Les conflits internes, quant à eux, tournent autour des luttes intérieures d’un personnage et de la manière dont ces conflits façonnent son identité (par exemple, INTERVIEW PERSONNAGE : PÉRE & MÉRE).

Il est essentiel de comprendre les motivations et les objectifs d’un personnage pour renforcer son identité. Les personnages doivent avoir des désirs et des raisons d’agir clairs et cohérents avec leur identité établie. Ces motivations sont le moteur de l’intrigue et aident le lecteur et la lectrice à s’identifier au parcours des personnages.
Le désir n’est pas le besoin. Alors que le besoin est vital pour le personnage car s’il ne comble ce besoin, il sera perdu alors que le désir peut échouer sans conséquence particulière si par ailleurs, le personnage est satisfait de lui-même sur le plan intime. En revanche, s’il échoue à la fois dans son désir et dans son besoin, c’est que vous écrivez une tragédie.

Établir un passé aux personnages peut renforcer leur identité en expliquant comment leurs expériences passées ont façonné ce qu’ils sont aujourd’hui. Il peut s’agir de révéler des événements clés de la vie, des traumatismes ou des expériences formatrices qui influencent leurs actions et leurs décisions.
Des indices visuels et le symbolisme peuvent également contribuer à renforcer l’identité d’un personnage. Par exemple, la façon dont un personnage s’habille, son environnement ou les objets avec lesquels il interagit peuvent symboliser ou renforcer certains aspects de son identité. Ces éléments visuels peuvent ajouter de la profondeur au portrait d’un personnage. La façon dont les personnages parlent et interagissent avec les autres dans le scénario peut aussi révéler des aspects importants de leur identité. Le choix des mots, le ton et le style de communication doivent correspondre aux traits de caractère voulus par l’autrice et l’auteur.

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