SUR L’INTRIGUE

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Communément une intrigue, ce sont des rebondissements, des menaces, des moments terribles pour le héros ou l’héroïne du récit. Mais le propos d’une intrigue est de révéler ce que sont les personnages.

C’est par les personnages que lectrices & lecteurs pénètrent un récit. Mais que font ces personnages ? Ils agissent, c’est évident. Ainsi, ce sera par leurs actions que nous découvrirons qui ils sont et ce que nous pensons d’eux.

Une rencontre avec les personnages d’un récit peut être agréable ou désagréable. Ce n’est pas véritablement l’intention de l’autrice ou de l’auteur de vous faire aimer ou détester ses personnages. Autrices et auteurs s’adressent davantage à votre cœur qu’à votre esprit.

Il faut une histoire

Une histoire, ce n’est rien d’autre que des moments, des segments narratifs qui se combinent. Ils sont arrangés de manière à créer une progression. Dit autrement, éliminez ce qui ne participe pas à cette progression. Distinguez l’essentiel de la digression.

Si un personnage raconte ce qu’il s’est passé (pour expliquer certaines causes qui ont mené à la situation actuelle), c’est parce que montrer ce qu’ont été ces choses aurait gravement ralenti le rythme de l’histoire. Au contraire, si ces moments passés participent de l’intrigue, ils méritent qu’il leur soit consacré les scènes ou séquences qu’ils réclament.

Une histoire est une succession d’événements essentiellement liés logiquement : l’emphase est mise sur la causalité. L’histoire telle qu’on nous l’apprend dans les livres d’histoire, celle des historiens, est elle aussi une succession d’événements marquants, qui ont eu un impact sur le monde.

Cette histoire des historiens ne possède pas d’intrigue. Le roi est mort et la reine est morte sont deux faits historiques mais si vous contez que la reine est morte de chagrin parce que le roi est mort, vous possédez une intrigue.
Ainsi, l’histoire narrée pourrait débuter par la mort de la reine et l’intrigue conterait alors la passion qui animait les deux amants.

Un moyen narratif de passionner les faits consiste à décrire les enjeux personnels qui préoccupent les personnages. Quand un personnage tend vers un objectif, c’est parce qu’il existe quelque chose d’important pour lui qu’il peut perdre ou bien dont il a terriblement besoin. Quand Faust vendît son âme au diable, cela compensa l’angoisse qu’il éprouvait de ne pouvoir donner un sens à ses recherches.

Il est dramatique de renforcer les enjeux suivant la progression de l’intrigue. Imaginons qu’un personnage cherche à prendre sa revanche sur l’assassin d’un être qu’il aimait. Son plan est mûri depuis longtemps mais sa rencontre avec l’assassin est une situation nouvelle à laquelle toutes ses expériences ne l’ont pas préparée.
Il échoue donc lors de cette première tentative. Son besoin de vengeance est toujours aussi vivant mais cette fois, il a attiré l’attention de l’assassin sur lui. Au soulagement voulu (si tant est que faire sa propre justice peut apporter un quelconque apaisement ou une véritable délivrance) s’ajoute désormais la menace sur sa propre vie.

Et la question dramatique de savoir s’il réussira ou non devient d’autant plus incertaine. Avec la notion d’enjeux vient aussi la nécessité de décrire les personnages avec le plus de profondeur possible même s’ils sont des êtres répugnants.
L’adversaire qui s’oppose au personnage principal doit être fouillé autant que celui-ci.

La situation conflictuelle

Quel que soit l’objectif, une quête crée du conflit. Vous pourriez même créer un conflit personnel en faisant en sorte que le personnage se demande si la quête qu’il poursuit en vaut vraiment la peine.

Souvent, le méchant de l’histoire dépasse en tous points les aptitudes du héros ou de l’héroïne. Un être faible est capable d’actes héroïques, ne craignez pas de rendre votre personnage principal sous un jour qui n’en fait pas un super-héros.

Considérez un couple qui s’aime profondément. Cet amour sincère n’empêchera pas qu’il existe entre eux des sources de conflit. Une relation évolue en se renforçant par le dépassement des conflits ou bien se désintégrant sous la force irrésistible de ceux-ci. Dans un cas comme dans l’autre, cette évolution est rendue dramatique par le conflit.

Le conflit peut être personnel lorsqu’un personnage subit ses propres démons. La vengeance dont je parlais lui est-elle vraiment nécessaire ? N’est-il pas plutôt hanté par un désir de vengeance ?
Le désir est aveugle. Cette détermination à vouloir se venger est totalement subjective. C’est un conflit intérieur qu’il projette sur le monde sans s’apercevoir lui-même qu’il ne s’agit que d’une illusion, d’un faux espoir de délivrance.

Survivra t-il à sa propre volonté ? Telle est la question dramatique. Mais il y a plus. En effet, la volonté d’un seul individu (qu’elle soit juste ou non) possède une telle énergie qu’elle mobilise d’autres personnages qui soutiendront ou entraveront la quête.
Ainsi, la poursuite de la quête devient un phénomène social décrit par sa propre ligne dramatique alors que l’évolution personnelle du personnage est quasiment autonome, un récit parallèle. Pour James Patterson, rien d’intéressant ne peut se produire s’il n’y a pas conflit.

N’importe qui ou n’importe quoi peut être le méchant de l’histoire. Il faut essayer de comprendre ce qu’il est. Il se peut même que vous ne le deviniez pas tout de suite.

Néanmoins, il ne doit pas être conçu avec l’idée qu’il sera détruit. Aucun antagoniste n’est destiné à la mort (physique ou spirituelle) par la seule action de l’héroïne ou du héros. Comme je l’ai dit, l’antagoniste est souvent plus puissant que le protagoniste et sa fonction dans l’histoire n’est pas de servir de faire-valoir à un acte héroïque.
Ce sont deux êtres passionnés qui s’affrontent avec leurs désirs, leurs besoins et leurs contradictions. Les fonctions de protagoniste et d’antagoniste permettent d’établir un rapport entre deux personnages mais elles ne les définissent pas.

Si vous voulez que votre protagoniste laisse en vie son adversaire, c’est parce que vous sentez que c’est juste même si vous craignez que votre lecteur/spectateur n’accepte pas cette proposition que vous lui faites. Certes, on écrit pour un destinataire (un lecteur ou une lectrice). Néanmoins, ce que vous cherchez à communiquer est un effet, non une règle morale (à laquelle d’ailleurs ce lecteur ou cette lectrice pourrait ne pas souscrire).

Surprendre

Afin de relancer le récit lorsque celui-ci s’enlise, un procédé narratif consiste à créer un effet de surprise, un rebondissement. Généralement, le lecteur/spectateur n’a pas de problème avec les retournements de situation.

Ceux-ci ne sont pas liés à un genre particulier. Ils ne sont pas un topos, c’est-à-dire une situation attendue, une convention. En revanche, votre récit peut exiger de surprendre son lecteur. En tant qu’autrice et auteur, vous ressentirez si un rebondissement est nécessaire ou non.

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