CAMPBELL : ESSAI D’EXEGESE – PART 9

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PART 1 : THE ADVENTURE OF THE HERO

CHAPTER 1 : DEPARTURE
2. Refusal of the call

OFTEN in actual life, and not infrequently in the myths and popular tales, we encounter the dull case of the call unanswered; for it is always possible to turn the ear to other interests. Refusal of the summons converts the adventure into its negative. Walled in boredom, hard work, or “culture,” the subject loses the power of significant affirmative action and becomes a victim to be saved. His flowering world becomes a wasteland of dry stones and his life feels meaningless—even though, like King Minos, he may through titanic effort succeed in building an empire of renown. Whatever house he builds, it will be a house of death: a labyrinth of cyclopean walls to hide from him his Minotaur. All he can do is create new problems for himself and await the gradual approach of his disintegration.

Souvent dans la vie réelle, comme dans les mythes et les contes populaires, nous rencontrons le triste cas de l’appel sans réponse ; car il est toujours possible de tendre l’oreille vers d’autres intérêts. Le refus de la sommation transforme l’aventure en son contraire.

Emmuré dans l’ennui, son travail ou sa culture, le sujet perd le pouvoir d’une action positive significative et devient une victime à sauver. Son monde épanoui devient un terrain vague de pierres arides et sa vie n’a plus de sens – même si, comme le roi Minos, il peut, au prix d’un effort titanesque, réussir à bâtir un empire de renommée. Quelle que soit la maison qu’il construira, ce sera une demeure mortelle : un labyrinthe de murs cyclopéens qui le protégeront de son Minotaure.
Tout ce qu’il peut faire, c’est se créer de nouveaux problèmes et attendre la lente approche de sa désintégration.

Pour reprendre les termes de Joseph Campbell, on pourrait dire que la vie non vécue correspond au refus de l’appel à entreprendre le périple héroïque. Nous recevons tous cet appel à un moment ou à un autre de notre vie, dit Campbell, mais une option consiste à l’ignorer.

Lorsque nous répondons à l’appel et que nous nous aventurons au-delà du confort et de la sécurité de notre enclos, nous nous mettons immédiatement en danger (il n’y a pas d’aventure sans risque), mais c’est cette prise de risque, cette aventure dans l’inconnu, qui rend notre vie réelle.

De même, donc, comme le dit Campbell, le refus de la convocation à vivre cette aventure (Refusal of the summons) convertit l’aventure en son négatif. Le dilemme qui s’offre au héros ou à l’héroïne n’est pas sans conséquence.

Une interprétation possible est celle du logion 70 de l’Évangile apocryphe de Thomas : Jésus a dit : Si vous acquérez ceci en vous, ce que vous avez vous sauvera ; si vous n’avez pas ceci en vous, ce que vous n’avez pas en vous vous tuera.

Une interprétation synchronique

Une interprétation synchronique de ce propos de Campbell serait que l’aventure négative est la situation par défaut de l’ère moderne – c’est ce à quoi nous souscrivons automatiquement lorsque nous évitons la vie en devenant le consommateur passif de réalités de seconde main, qui consiste à vivre le monde passivement, à subir des réalités déjà posées.
Au cœur de l’aventure négative se trouvent l’ennui, la frustration, la stérilité, l’insignifiance et le désespoir, que nous masquons par une vie théâtrale – avec les atours glamour du samsara, pourrions-nous dire, une renaissance dans le même. Le type de vie que l’on nous propose à notre époque, particulièrement passive, incurieuse et peu aventureuse, est l’aventure négative – sauf qu’elle n’est pas, bien sûr, présentée comme telle !

On nous vante ce qui est essentiellement le monde d’une réalité virtuelle aux horizons mentaux restreints. Nous sommes habilement manœuvrés pour accepter des vies d’une morne conformité à une réalité générique, produite en série, qui est habilement maquillée pour apparaître comme si elle n’était pas générique, comme si elle n’était pas produite en série.
Ce monde fabriqué a un vernis qui semble merveilleusement attrayant, merveilleusement glamour, mais qui en même temps couvre quelque chose de vraiment malsain.

Un dilemme

Le refus et la résistance à l’appel sont une étape importante du périple héroïque qui exigent une décision personnelle. La plupart des débats sur le monomythe de Campbell présentent le refus comme une étape normale de tous les itinéraires. Ils expliquent que le héros rejette d’abord l’appel à vivre une aventure avant de prendre la décision d’entreprendre ce périple.
Cependant, cette interprétation semble inexacte, et nous devons faire une distinction importante : rejeter l’appel (le Call to Adventure) temporairement n’est pas la même chose que de le refuser définitivement.

L’hésitation ou le doute font partie de tout processus vers l’autre caché en nous. Lorsque l’initié se trouve face à l’inconnu d’un possible devenir, il commence à envisager les risques et les dangers auxquels il sera confronté. Cette résistance au seuil d’une décision lourde de conséquences force l’initié à comprendre et à s’engager dans la transformation qui l’attend.

C’est lorsque l’initié ne peut pas surmonter cette résistance initiale et se détourne de la quête que le refus de l’appel est prononcé. Nous avons affaire à deux niveaux de rejet : l’hésitation temporaire qui fait partie de chaque voyage et le rejet complet que nous trouvons parfois (Souvent dans la vie réelle écrit Campbell).

Le refus n’est pas véritablement une étape du hero’s journey. Il serait mieux considéré comme une proposition de sortie ou plutôt comme la proposition de vivre une autre aventure, moins risquée et moins transformatrice. Certes, cette réalité est plus rassurante mais elle n’est surtout que l’ombre d’une vie qui aurait méritée bien davantage, c’est-à-dire que nous nions notre besoin de grandir et de nous adapter.

En d’autres termes, lorsque nous refusons l’appel, nous refusons le flux naturel de l’énergie de la vie : le processus naturel dans lequel un stade de la vie meurt pour faire place à un autre plus éclairé.

Le refus se produit le plus souvent lorsque nous nous accrochons à notre ego, à notre image confortable de nous-mêmes et à la perspective, aux croyances et aux comportements ou pratiques qui la soutiennent. Cependant, s’accrocher à notre ego et nier ou réprimer l’énergie transformatrice de la vie peut conduire à de sérieux problèmes car cette énergie psychique non exprimée ne disparaît pas pour autant.

Être dans la négation

Être dans la négation, c’est se couper d’expériences qui nous offrent une croissance psychologique & une libération. C’est trébucher sous un fardeau qui pèse lourd sur notre ego. En refusant l’appel, nous sabotons notre avenir pour protéger notre présent. Nous avons résolu le problème en sacrifiant nos potentiels. Nous devenons notre propre victime.

Nous bâtissons des défenses et essayons d’éviter d’assumer la responsabilité de nos conditions de vie. Nous construisons un labyrinthe protecteur de rationalisations, d’excuses et d’illusions. Mais finalement, le mur que nous construisons pour nous protéger des rappels douloureux de notre choix devient une prison sans issue possible (Emmuré dans..).

Pour comprendre l’importance du dilemme et le caractère funeste du refus de l’appel, il suffit de considérer comment la vie de héros célèbres aurait changé s’ils avaient refusé l’appel. Par exemple, que serait-il arrivé à Ulysse s’il n’avait pas honoré son serment de protéger Hélène ? Aurait-il pu vivre avec lui-même après avoir enfreint son code d’honneur ? Son peuple l’aurait-il respecté ? Qu’aurait ressenti Harry Potter s’il avait rejeté son invitation à Poudlard, sachant qu’une vie plus grande l’appelait, mais qu’il avait refusé ?

Ulysse et Harry Potter auraient tous deux fini par sombrer dans l’amertume et le regret. Ils auraient peut-être tissé une toile de rationalisations pour tenter de protéger leur ego et leur amour-propre, mais ils se seraient finalement enfermés dans l’aspect obscur d’un appel refusé.

La désintégration

Le Refusal of the Call peut décrire une période de préparation, de méditation et de retrait qui précède parfois le voyage proprement dit. Nous pourrions citer en exemple Jésus et le Bouddha. Leur retrait est un acte positif. Ils franchissent essentiellement le seuil d’eux-mêmes pour entamer le voyage de la renaissance spirituelle.

Cet aspect du retrait semble moins répandu dans le mythe grec. Selon le philologue David Adams Leeming, le retrait méditatif et le refus de l’appel s’appliquent au grand Achille, qui se terre dans sa tente pendant la guerre de Troie et qui, enfant, avait revêtu des vêtements de femme pour que les ambassadeurs d’Agamemnon ne le reconnaissent pas lors de l’appel pour la même guerre.

Ulysse, lui aussi, tente d’éviter la guerre par la ruse. Mais cette esquive antique est plus étroitement liée au motif que Joseph Campbell nomme le refus de l’appel, dans lequel le héros choisit de ne pas assumer la tâche qui lui est demandée. On en trouve des traces dans les premières réactions de Moïse à l’appel de Dieu. C’est un motif commun à de nombreux héros.

Un engagement profond exige que le but et le sens soit bien plus grand que le champ de gravité morbide des routines. L’expérience originale et directe de la vie sur un chemin de courage et de sens n’est jamais routinière, ni monotone. Cette expérience originale est la matière brute qui nourrit l’engagement profond. Il s’agit d’une rencontre directe avec la vie qui exige que nous utilisions toutes les ressources, toutes les facultés dont nous disposons.

Dans ce genre de rencontre, nous ne pouvons jamais rester les mêmes. Une transformation complète est l’exigence et le résultat d’un tel engagement profond dans la vie.
Si l’ego est une pulsion qui unifie toutes les fibres de notre être vers le sens, alors nous pourrions percevoir une structure, peut-être de l’anxiété, qui consisterait en une rupture ou désintégration de cet élan vers la signification.

L’ego devient le mouvement vers l’intégration, vers l’organisation, vers l’ordre. Cela permet de mettre en place les moyens de la signification. Mais si l’ego ne parvient pas à maintenir cette orientation, nous aboutissons à la désintégration, au désordre et à la perte de sens.

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