LA MORALE

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moraleSelon Kenneth Dancyger et Jeff Rush, il existe un accord tacite entre l’auteur, l’autrice et leurs lectrices et lecteurs : bien sûr, nous savons que le personnage principal commettra des erreurs, nous souhaitons que le héros ou l’héroïne s’en sortent mais nous voulons aussi les voir souffrir, qu’ils paient le prix de leurs erreurs.

En cela, nous satisfaisons notre besoin dramatique. Cela implique que le personnage soit dans un système moral figé qu’il accepte et dont il connaît le besoin de châtiment.
Cette conception se prête bien à la structure en trois actes car celle-ci décrit assez bien le parcours d’un personnage vers sa rédemption. Ce qui signifie qu’il est d’abord dans l’erreur ou dans l’illusion, qu’il subit les conséquences de ses choix initiaux.

La souffrance et le châtiment sont alors parties intégrantes du récit et satisfont notre expectation. Parce que nous sommes invités à nous identifier au personnage transgresseur, qui est clairement défini à la fin du premier acte, nous sommes à même de comprendre ses motivations et de voir ses erreurs.

L’embarras vient de ce que ce type de récit repose sur la morale : le crime ne paie pas et le bien triomphe du mal. Et la morale nous désigne précisément ce qui est bien et ce qui est mal.

La morale est-elle indispensable ?

Et si ce que nous percevions du monde n’était pas la réalité de ce monde mais celle de notre monde, si nous ne saisissions pas cette détermination imposée du bien et du mal, si nous considérions que la cupidité n’est pas un vice ou, au mieux, un mal nécessaire ?

Et si nous avions l’intuition que les bonnes actions apparentes sont en fait entachées de troubles motivations ? Et comment expliquer cette angoisse que nous ressentons face au monde ? Le sentiment d’injustice doit-il être aussi tranché que celui qu’on nous inculque ?

La morale est définie en dehors de moi et de mes actes. Un personnage suggère un point de vue. Mais quel qu’il soit, ce point de vue ne l’emporte pas sur la structure de la rédemption que suggère les trois actes d’un récit.

Peu importe comment on la déguise, une histoire avec une violation claire suivie par la reconnaissance et la rédemption semble être un conte moral, une réaffirmation d’une éthique préexistante, communément comprise.

En fin de compte, l’autrice et l’auteur doivent prendre une responsabilité dans leur façon de voir le monde. C’est l’exploration d’un point de vue, c’est-à-dire d’un contenu. Que ce contenu aille contre le sens commun ou contre la morale, personne n’a à vous dire ce que vous avez envie d’écrire. Il n’y a pas une seule façon de raconter une histoire, ni de bonne façon, car le choix de la forme est une décision créative.

Le choix de la forme par l’autrice et l’auteur communique un sentiment et un point de vue qui détermine fondamentalement la façon dont nous, lecteurs et lectrices, comprenons l’histoire.

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