UNE SCÈNE DRAMATIQUE

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Une scène existe en soi. Elle a une structure, une signification. Elle participe aussi au récit dans ses rapports avec les scènes qui la précèdent et celles qui la suivent.

La scène possède un personnage central. Le personnage principal n’est pas nécessairement au cœur de la scène. Il peut en faire partie (et ce sera dans la majorité des scènes mais le but de la scène peut porter sur un autre personnage que le personnage principal).

Une structure

Une scène possède un objectif, des obstacles, une acmé et une résolution (cette dernière peut intervenir plus tard si la scène fait partie d’une séquence).

A propos de qui est la scène que vous avez l’intention d’écrire ? C’est-à-dire que veut ou quel objectif poursuit le personnage au cœur de la scène ?

Dans La Mort aux Trousses, la première rencontre entre le protagoniste, Roger Thorn Hill et l’antagoniste, Phillip Vandamm, a lieu après que Roger ait été enlevé par les hommes de Vandamm. La scène appartient à Vandamm qui essaie de démasquer ce qu’il croit être un agent secret se faisant passer pour un publicitaire impatient et scandalisé.

Par ailleurs, un personnage secondaire peut aussi avoir sa propre scène tant que cette scène se justifie dans l’ensemble. En effet, une volonté secondaire peut avoir son importance dans les décisions et les choix du personnage principal.

Toutes les scènes ne sont pas dramatiques. Une scène dramatique expose une situation conflictuelle. Cette situation ne résout pas le problème (habituellement dénommé Story Goal) du personnage principal  mais présente de lui un aspect.

Une scène dramatique donne au lecteur/spectateur des clefs d’interprétation au sujet de ce qui préoccupe le personnage principal et pourquoi cela est-il si important au moins pour lui.

Contrairement aux scènes d’exposition qui constitue l’arrière-plan du récit, les scènes dramatiques participent à l’élan du récit, son momentum.

Il existe une dynamique au sein d’une scène dramatique, une sorte de flux et de reflux : le personnage principal peut débuter la scène plus proche qu’il ne l’a jamais été de son objectif mais à la fin de celle-ci, l’objectif lui est devenu encore plus impossible à atteindre. Et la réciproque est aussi vraie car la scène peut commencer avec un état d’esprit totalement désespéré du personnage principal puis se clore sur un espoir renouvelé.

Vous êtes-vous interrogé sur pourquoi vous avez eu l’idée d’écrire telle scène ? Est-ce par dépit ou parce que vous avez senti que l’histoire l’exigeait ?
Après un moment de fol espoir, le récit a besoin de sombrer dans l’angoisse car il y a des choses qu’il est impossible d’expliquer ; l’inquiétude devient un aspect de cet état d’esprit mouvant car un personnage de fiction est tout autant humain que nous le sommes.

Ainsi, une scène dramatique intensifie ce qu’il se passe et avec une tension dramatique qui devient plus forte et plus prononcé, vous gardez votre lectrice et votre lecteur dans votre récit.

Dans L’homme des vallées perdues après que Shane et Joe se soient battus avec les hommes de Ryker dans le magasin général de la ville et soignés par Marian, la femme de Joe, l’action de l’histoire se déplace pour quelques scènes. Nous suivons les manœuvres intimidantes de Ryker qui tente de dépouiller de leurs terres les fermiers et sommes amenés à comprendre pourquoi Frank Torrey finit par se faire tuer.
Bien que ces scènes n’incluent pas Shane, elles intensifient quand même sa quête parce qu’elles augmentent la pression sur lui pour qu’il reprenne les armes pour résoudre les problèmes des colons pacifiques avec lesquels il s’est aligné. Les scènes fonctionnent alternativement sur l’espoir et la crainte, une inquiétude qui se concentre sur Shane (ce qui le désigne aussi comme personnage principal).

Plus tard, lorsque Torrey est tué par les hommes de Ryker, cette pression exercée sur Shane est encore plus intense et les sentiments d’espoir et de peur qui en émergent sont encore plus puissants.

La tension dramatique

Une répartition de l’information savamment orchestrée participe à la tension dramatique. Alors qu’une scène a une toute autre visée, vous pouvez faire en sorte qu’un personnage entende ou voit quelque chose sans que les personnages présents dans la scène actuelle ne s’en rendent compte. Cette ironie dramatique prépare quelques scènes futures.
Sans que les autres personnages d’une scène ne s’en aperçoive, une légère brise peut révéler l’arme cachée sous une veste. Ce qui est compliqué à faire avec des lignes dramatiques différentes au sein d’une même scène, c’est que celles-ci ne s’anéantissent pas mutuellement.

Chaque ligne dramatique suit sa propre progression. Cette dernière se définit en quelques étapes. Des scènes marquent ces étapes. Cependant, des allusions à d’autres lignes dramatiques peuvent être intégrées aux scènes d’une ligne dramatique donnée tant que ces allusions sont clairement identifiées en tant que telles mais sans signification pour la scène actuelle qui porte sur une autre ligne dramatique.

Les scènes dramatiques attirent et retiennent l’attention. Expliquée succinctement, une scène dramatique expose un personnage qui veut quelque chose et qui éprouvent de sérieuses difficultés à l’obtenir. Par exemple, un personnage peut vouloir acquérir un objet tout comme se débarrasser d’un objet.
Gardez à l’esprit néanmoins qu’il n’y a pas que des scènes dramatiques. Certaines exposeront des personnages, d’autres seront des moments du passé pour expliciter le pourquoi d’un personnage, ce qui le fait agir ainsi par exemple.

Un brainstorming
  1. Avez-vous identifié le personnage pour lequel vous écrivez une scène ? Avez-vous bien établi ce qu’il ou elle veut ?
  2. Quel est le conflit ? Pourquoi y a t-il une situation conflictuelle ? Est-ce extérieur entre plusieurs personnages ou encore entre un personnage et les circonstances de la situation ? Ou est-ce intérieur lorsqu’un personnage se débat avec lui-même ?
  3. Concernant le lieu et le moment de la scène, un autre lieu ou un autre temps ne seraient-ils pas plus adéquats pour traduire votre intention ?
  4. In media res est une technique qui favorise la lecture. Ainsi, il y a des personnages déjà présents lorsqu’une scène débute (ils proviennent d’une scène antérieure) ; d’autres personnages interviennent dans le cours de la scène et certains d’entre eux ont quitté la scène en cours de route. Qui sont-ils ?
  5. Dans une scène d’exposition, est-il donné à la lectrice et au lecteur suffisamment d’informations sur qui est ce personnage ? Afin qu’ils s’en souviennent par la suite.
    Quand on a fait connaissance avec le Dude (The Big Lebowski), on a déjà une forte idée du personnage.
  6. La présence d’un personnage dans une scène est-elle logique avec sa présence dans les scènes précédentes ? Et là où il se rend, est-ce logique avec la scène actuelle ?
  7. Une ellipse de temps est-elle intervenue entre deux scènes ? Cette ellipse est-elle claire ? Et surtout crédible.
  8. Lorsqu’une scène décrit une progression tel un arc dramatique par exemple, y a t-il des scènes intermédiaires qui préparent chaque étape majeure du changement ? Car une scène peut exister seulement comme condition à une scène future.
  9. Une scène est souvent la conséquence d’une autre. Mais la loi de causalité ne s’applique pas systématiquement. Doit-il y avoir vraiment une cause à la scène que vous envisagez d’écrire ou celle-ci peut-elle se suffire à elle-même ?
  10. La scène que vous êtes en train d’écrire apporte t-elle quelque chose de nouveau ? N’est-elle pas une redondance d’informations déjà données par ailleurs ? Mais la répétition peut servir aussi votre propos afin de focaliser l’attention sur un péril par exemple. La répétition est une forme qui aiguise l’attention de la lectrice et du lecteur.
  11. L’action d’un personnage dans une scène est-elle conforme à ce que vous avez présenté d’elle ou de lui jusqu’à présent ? Un personnage caractérisé par sa lâcheté ne fera pas un geste d’une extraordinaire audace si cette action n’a pas été annoncée préalablement par une prise de conscience progressive. Des détails devront être donnés au préalable de l’action courageuse même si cette action existait depuis toujours déjà chez le personnage mais sans qu’il n’osa jamais la faire paraître ne serait-ce que par ignorance.
  12. Dans une action (du moins en fiction), il y a un mobile en amont et un motif en aval. Dans une situation conflictuelle, avez-vous correctement identifié ce qui motive les personnages en lice ? Est-ce que l’action décrite agit sur l’intrigue ?
  13. Est-ce qu’une scène peut profiter d’une ironie dramatique ? Ne pas donner immédiatement toutes les informations au lecteur/spectateur peut aider à créer la surprise plus tard.
  14. Est-ce qu’une scène respecte sa ligne dramatique ? Par exemple, s’il s’agit d’un moment important dans l’évolution d’un personnage, il est imprudent de noyer cette évidence parmi d’autres perceptions trop prononcées concernant par exemple ce qu’il se passe dans le monde. Certes, un événement extérieur peut modifier le point de vue d’un personnage l’amenant à reconsidérer sa place dans le monde mais c’est cette prise de conscience, c’est ce dessillement qui sera mis en avant.
  15. Parmi les thèmes que vous abordez dans votre récit, est-ce que la scène correspond à l’un d’entre eux ? Sinon, vous risquez de digresser. Dans un scénario, l’économie est plus sûre que la logorrhée.
  16. Les obstacles posés sur le chemin du héros ou de l’héroïne seront progressivement de plus en plus difficiles à surmonter. Est-ce que la scène que vous écrivez respecte cette escalade ? Au contraire, n’avez-vous pas posé des difficultés si terribles que seul un Deus Ex Machina, l’intervention de la Providence, sera en mesure de permettre le franchissement de l’obstacle ? Car dans ce cas, vous perdrez en crédibilité. Les actions et réactions sont certainement plus exagérées en fiction que dans la réalité, néanmoins, ils s’enracinent dans celle-ci.
  17. Est-ce que les événements décrits sont vraisemblables pour le genre dans lequel s’inscrit votre récit ? Un genre emporte avec lui des conventions. Les événements seront acceptés dans le cadre (certes restreint) de ces conventions. En somme, les événements peuvent être plus ou moins liés tant qu’ils sont en relation, même subtile, avec un thème, avec l’évolution d’un personnage, avec l’avancée de l’histoire..
  18. Votre intention pour une scène est-elle claire ? Vous êtes-vous assuré de l’effet que vous souhaitiez obtenir sur vos lectrices et vos lecteurs ? L’articulation est-elle claire lorsqu’un personnage comprend qu’il a échoué dans cette scène ? Et cet échec est-il bien perçu par le lecteur/spectateur ? En repensant la disposition d’une scène, comment elle est organisée, peut-être pourriez-vous obtenir un effet plus puissant.
  19. Chaque personnage se distingue par des attitudes expressives (idiosyncrasie) et cela se reflète aussi dans le langage parlé. Vous êtes-vous assuré que tous vos personnages ne parlent pas la même langue ?
  20. Même s’il n’est que le reflet d’un être humain, un personnage fictif n’en possède pas moins une profondeur. Cette profondeur se manifeste t-elle dans ses actions, réactions et dialogues ? Dans la vie réelle, l’intériorité d’un être nous est inaccessible. La fiction est l’occasion de spéculations sur la nature humaine mais sans être psychologue clinicien car malgré la complexité de nos personnages, nous ne pouvons en présenter que quelques aspects.
  21. L’acte Un est un acte d’exposition. Des scènes de récapitulation seront aussi régulièrement disposées dans le cours du récit. Il est nécessaire de bien identifier ces types de scènes car elles ne sont pas prévues pour faire avancer l’intrigue. D’autres scènes peuvent aussi s’avérer intéressantes : elles concernent l’anticipation des événements. Est-ce qu’introduire une telle scène lorsque l’intrigue semble s’immobiliser serait envisageable ?
  22. Est-ce que les didascalies suggèrent l’atmosphère de la scène à venir ? Il ne s’agit pas de dire à un réalisateur ce qu’il doit faire car ce n’est pas du tout apprécié mais plutôt de donner une indication sur l’ambiance, sur l’état d’esprit des personnages présents.
  23. Vous êtes-vous posé la question de savoir si la scène que vous écrivez appartient en effet à l’histoire que vous racontez ?

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