L’EXPOSITION

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S’il y a bien un moyen d’expression qui nécessite une exposition, nul doute que le scénario est privilégié. Il faut néanmoins admettre que l’exposition n’est pas chose simple à mettre en place.

Définissons l’exposition

L’exposition est constituée d’éléments d’information essentiels – souvent partagés dans les dialogues – que le lecteur/spectateur doit connaître et comprendre pour que les arcs dramatiques des personnages et les divers points de l’intrigue aient un sens.

Ces fragments d’information existent généralement en dehors de la narration directe (ils n’apparaissent pas de manière évidente et ne peuvent être perçus immédiatement) et sont donc difficiles à insérer dans l’histoire et l’intrigue sans interrompre la dynamique du récit et des personnages.

Un scénario est raconté par des images et les scénaristes ont pour vocation de montrer plutôt que de dire. C’est lorsqu’ils utilisent le dialogue comme informations sous le prétexte erroné d’économiser du temps, des pages et des efforts qu’il y a un problème.

Et parfois, ils ne se rendent même pas compte qu’ils le font. Lorsque les personnages parlent d’informations et d’événements cruciaux au lieu que ces informations et événements soient montrés de manière vivante, il s’agit souvent d’une mauvaise exposition.

De même, lorsque les personnages apprennent des informations essentielles en lisant à haute voix des documents ou des écrans d’ordinateur, il s’agit aussi d’une mauvaise exposition. Certes, des inscriptions sur l’écran peuvent aider à expliciter la situation historique dans laquelle les personnages existent, tant qu’il n’y a pas d’abus, ce ne sera pas une mauvaise exposition.

Par contre, des séquences oniriques, des analepses systématiques qui ne sont comme le songe rien d’autre que remémorations et des prologues qui n’en finissent pas pour expliquer le passé ou des éléments qui entreront dans l’intrigue, mènent souvent à une mauvaise exposition des choses.

Le problème de l’exposition – qu’elle soit bonne ou mauvaise – est qu’elle est tout à fait ennuyeuse et dénuée d’intérêt dramatique. Il n’y a pas d’action, pas de suspense, pas de profondeur, ni de signification, pas de conséquence (peut-être seulement des causes), pas de début, de milieu ou de fin.
Il s’agit simplement d’un déversement d’informations qui ralentit tout élan narratif.

Le besoin d’exposition

La question à se poser, rappelle Ken Miyamoto, est de se demander si on en a vraiment besoin. La moitié du temps, vous n’en avez pas besoin. Si elle ne contribue pas à l’histoire, à l’intrigue et aux arcs dramatiques des personnages, faites-en l’économie.

Mais quand vous en avez besoin, faites-la bien.

L’exposition est plus efficace si elle est étalée en fines couches, plutôt qu’en couches épaisses. Lorsque vous utilisez des monologues, des scènes et des séquences prolongées, ainsi que des moments non dramatiques où les personnages lisent des informations à haute voix (y compris les personnages d’arrière-plan comme les présentateurs de journaux télévisés), là vous étalez à grosses couches.

Par contre, lorsque l’information donnée est brève, le récit s’en porte mieux. Lorsqu’elle est brève, l’information est subtile et s’intègre mieux au récit. Elle participe aux arcs dramatiques des personnages en créant des nœuds dramatiques, des révélations ; elle ajoute de la signification et explique certaines conséquences.

Il est inutile de craindre que lecteurs et lectrices ne perçoivent pas l’information. Ils ont suffisamment d’expérience avec ce médium. Ils savent quand saisir certaines informations et ils apprécieront que vous leur fassiez un peu confiance en distribuant ces informations tout au long du récit, au lieu de les leur imposer, de les forcer sur eux.

Le moment de l’information

Certains moments sont plus propices à l’information. Le risque, cependant, est que ces moments décrochent le lecteur/spectateur du récit. Pour éviter ce péril en la demeure, le scénario a alors recours à des constructions visuelles pour maintenir l’intérêt.

Ainsi, dans Inception, Ariane est initié aux rêves partagés par Cobb qui l’informe des rudiments de cette technologie. L’écoulement de l’information est interrompu par des effets visuels et des révélations tout aussi étranges que surprenantes. A ce moment précis de l’exposition, le lecteur/spectateur est comparé à Ariane et découvre avec elle le principe de l’extraction.

Un autre moyen de faire passer de l’information sans perdre le lecteur est par le conflit, essence même de l’art dramatique. Le recours au conflit dans l’exposition consiste donc à créer un conflit en faisant réagir différemment deux ou plusieurs personnages à l’information partagée ou révélée.

Si vous n’arrivez pas à trouver une meilleure façon de partager l’information et que vous vous retrouviez dans le piège de devoir utiliser des personnages pour la réciter sous forme de dialogue ou de lecture à haute voix de documents ou d’écrans, la meilleure solution consiste à faire en sorte que cette information provoque un conflit entre deux ou plusieurs personnages, propose Ken Miyamoto.

Dans Aliens, le retour, Ripley doit s’expliquer sur la destruction du Nostromo et la perte de son équipage. Toutes ces informations qui appartiennent au premier film auraient été ennuyeuses pour ceux qui les connaissent déjà et au mieux confuses pour ceux qui découvrent le xénomorphe.

Pour cela, l’ancien employeur de Ripley est comparé au lecteur/spectateur. Le récit avait besoin de plus d’informations pour mettre en place l’atmosphère et le cadre de la mission à laquelle Ripley allait être invitée à participer.

Normalement, ce déversement d’informations aurait dû ralentir le rythme de l’histoire, mais les auteurs ont eu la sagesse de créer du conflit entre les personnages. Les cadres de l’entreprise mettent en doute le récit de Ripley (les informations) et elle s’efforce de faire comprendre le danger qui menace la mission envisagée.

Ce rappel des faits est exigé par le récit et utilise cette exposition pour créer l’un des thèmes et conflits centraux de l’ensemble du film : l’avidité contre la logique, l’ignorance contre la réalité. L’exposition est importante dans les scénarios. On ne peut pas vraiment y échapper. Mais il faut bien l’écrire et ne pas l’utiliser comme une béquille narrative. Dans le doute, montrez, ne dites pas les choses.

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