RÉCIT & PERSONNAGES

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personnagesLorsque vous inventez des personnages, vous considérez ce qui vous semble important et vrai pour prendre vos décisions. Cela se poursuivra tout au long de votre récit, mais une fois que vous commencez à jeter des mots, à les organiser en ce qui n’est plus conventionnellement un chaos, vous devez également prendre de nombreuses décisions en fonction de ce qui est bon pour toute l’histoire.

Maintenant, il est temps pour ces personnages nouvellement créés de se mettre au travail. C’est une erreur de penser qu’une bonne caractérisation répondant à quelques normes se retrouve dans toutes les œuvres de fiction. Différents types d’histoires exigent différents types de personnages, rappelle Orson Scott Card.

Le genre n’y est pour rien

il n’y a pas un type de caractérisation pour les histoires académiques ou littéraires, un autre pour la science-fiction, et d’autres encore pour les westerns, les mystères, les thrillers ou les épopées (peut-être quelques archétypes néanmoins).

Quatre vecteurs cependant détermineraient, selon Orson Scott Card (et vous pourriez le vérifier par vous-mêmes) quels types de personnage devrait posséder une histoire.

Ce sont le milieu (l’univers, le monde, l’espace-temps de votre récit), l’idée (et il est certainement plus subtil de penser l’idée plutôt que de la trouver), les personnalités de vos personnages et les événements (que le récit présente dans un ordre chronologique mais que l’histoire s’approprie et réarrange pour rendre plus intelligible ce que vous avez à dire).
Le milieu est le monde qui entoure les personnages : le paysage, les espaces intérieurs, la culture de ce monde et tout un ensemble d’informations environnantes dont les personnages émergent et auxquelles ils réagissent. C’est un quotidien que vous inventez pour vos personnages, plus précisément une routine quotidienne.

L’idée est l’information que le lecteur est censé découvrir ou apprendre pendant le processus de l’histoire. En effet, le message que l’auteur ou l’autrice essaient de communiquer est l’aboutissement d’un processus.

La caractérisation est la nature d’un ou de plusieurs personnages dans l’histoire — ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Cette personnalité singulière conduit généralement à une conclusion sur la nature humaine en général, avertit Orson Scott Card.

Quant aux événements, comme le nom l’indique, c’est ce qu’il se produit dans l’histoire et lecteurs et lectrices doivent comprendre pourquoi ils se produisent.

Chacun de ces éléments est présent dans toutes les histoires, à un degré ou à un autre. Chacun de ces éléments dramatiques a une structure implicite ; Si tel élément domine une histoire, sa structure détermine la forme générale de celle-ci, constate Orson Scott Card.

Le monde

Les personnages doivent avoir un lieu (à la fois espace et temps) pour exécuter les actes qui constituent l’histoire. C’est le cadre, le milieu de l’histoire. Il y a les lieux et la vie qu’ils abritent (images et bruits qui les animent).

Le milieu comprend aussi la culture, les coutumes, les lois, les rôles sociaux et, explique Orson Scott Card, les attentes du lecteur. Toutes ces contraintes en quelque sorte que s’imposent l’auteur et l’autrice limitent et illuminent tout ce qu’un personnage pense, ressent, dit et fait.

Dans certaines histoires, le milieu est à peine perceptible ; dans d’autres, il est précisément détaillé. En effet, il y a des histoires dans lesquelles le milieu est le principal centre d’attention, comme dans Les Voyages de Gulliver, par exemple. Le but de ces histoires n’est pas d’explorer l’âme d’un personnage ou de résoudre une intrigue tendue et passionnante, mais plutôt d’explorer un monde différent du nôtre, en le comparant à nos propres coutumes et attentes.

Orson Scott Card excelle dans la fantasy. Selon lui, la structure du milieu est simple : inventez un personnage qui sied au cadre dans lequel il évolue (qu’il accepte ou non les conditions de ce monde), et puis imaginez des raisons pour qu’il se déplace à travers le monde de l’histoire, montrant au lecteur tous les détails physiques et sociaux intéressants (au regard de l’intrigue) du milieu. Lorsque vous avez montré tout ce que vous vouliez montrer au lecteur, ramenez le personnage à son point de départ. Notez que le point de départ a évolué aussi.

Une expérience partagée

Si nous considérons le personnage principal, on s’attend à ce qu’il change au cours de sa trajectoire dans l’intrigue. Son monde aussi change. Et tout comme Frodon de retour après ses aventures, le personnage principal s’aperçoit qu’il ne correspond plus aux lois nouvelles de sa communauté (dont il est en quelque sorte la cause) et le dénouement consiste alors pour lui non pas de fuir un lieu mais de trouver ailleurs (s’il existe un tel ailleurs) sa place dans le monde.

personnagesSi vous faites un personnage trop individuel, vous attirez l’attention des lecteurs sur lui et vous vous éloignez du milieu, constate Orson Scott Card. Madame Danvers, l’antagoniste dans Rebecca de Daphné du Maurier est très liée à la première Madame de Winter. Manderley et singulièrement, la chambre de la défunte première femme de Maxim, ont une importance capitale dans l’explication de ce personnage.

Négliger cet aspect dramatique du récit serait une erreur. Au lieu de cela, garder l’attention des lecteurs sur le milieu. Ainsi, les réactions du personnage principal à tout ce qu’il se passe doivent être aussi normales que possible (ce que le lecteur s’attendrait à ce que quiconque fasse dans ces circonstances). Plus vous attirez l’attention sur le personnage, moins l’histoire tend à être sur le milieu, conclut Orson Scott Card.

Le plus souvent, les histoires mettent l’accent sur le milieu, mais développent aussi d’autres éléments dramatiques. Bien que le cadre puisse être le point de mire principal, le récit suit aussi sa propre ligne dramatique (l’Objective Story Throughline selon la terminologie de la théorie narrative Dramatica).

Le lecteur absorbe ensuite le milieu indirectement. Les personnages sont des résidents permanents du milieu de l’histoire. Les propres attitudes et attentes des personnages font partie de l’ambiance culturelle, et l’étrangeté et la méconnaissance du milieu font partie de l’expérience vécue par les lecteurs, car cette distance avec le monde est précisément ce qui permet cette expérience (le personnage principal plonge en effet dans un univers qu’il ne connaît pas encore d’où la nécessité parfois d’un mentor pour l’initier aux rudiments du nouveau monde).

Les personnages seront choisis, non seulement pour leur intérêt intrinsèque, mais aussi parce qu’ils caractérisent certaines sortes ou catégories de personnages au sein de la culture décrite. Les personnages sont destinés à nous fasciner, non pas parce que nous les comprenons ou partageons leurs désirs, mais à cause de leur étrangeté et de ce qu’ils peuvent nous apprendre sur une culture étrangère.

On ne peut négliger le monde parce qu’il n’est pas un personnage. Souvent, une certaine poésie est alors le biais par lequel le monde est donné au lecteur et à la lectrice. On ne peut seulement penser à caractériser ses personnages au détriment du monde dans lequel ils évoluent. Les personnages interagissent autant entre eux qu’avec le monde.

L’idée

L’idée a une structure simple, rassure Orson Scott Card. Un problème ou une question est posée au début de l’histoire, et à la fin de l’histoire, la réponse est révélée. Les mystères utilisent cette structure : Quelqu’un est retrouvé assassiné, et le reste de l’histoire est consacré à découvrir qui l’a fait, pourquoi, et comment.

Les histoires de casse suivent aussi une structure similaire : Un problème se pose au début (une banque à voler, une escroquerie à mener), le personnage principal ou les personnages élaborent un plan, et nous voulons découvrir si leur stratégie est en fait la réponse au problème.

Invariablement quelque chose va mal et les personnages doivent improviser, mais l’histoire est terminée quand le problème est résolu. Orson Scott Card dit aussi que l’idée est la motivation des personnages à faire ce qu’ils font. Lorsqu’un crime est commis, par exemple, ce n’est pas la révélation du coupable qui constitue l’idée mais plutôt les raisons qui ont poussé ce personnage à commettre ce crime.

Ce n’est pas le changement des personnages qui compte mais plutôt le processus par lequel on les voit changer. L’idée intervient dans le choix des événements. En somme, il est peut-être vain de vouloir formuler l’idée. La description du milieu et des événements qui s’y produisent et comment les personnages répondent à ces événements (selon comment ils se voient eux-mêmes dans le monde) est une façon de poser une idée parmi une multitude de possibilités.

Les relations entre les personnages et comment elles évoluent au cours de l’intrigue font aussi partie de l’idée. Par contre, Orson Scott Card ne pense pas que le passé du monde ou des personnages influe beaucoup sur l’idée. Le passé intervient dans la personnalité des personnages. Celle-ci néanmoins n’est pas légitime envers l’idée. Elle participe à l’idée seulement.

L’idée se décode de l’histoire contée. Elle est au cœur de la ligne mélodique et peut-être s’intuitionne t-elle plus qu’elle ne se raisonne.

Les personnages

Le récit est au sujet d’un personnage essayant de changer son rôle dans la vie. Il commence au moment où le personnage principal trouve sa situation actuelle intolérable et se met à changer, résume Orson Scott Card.

Il se termine quand le personnage trouve un nouveau rôle, retourne volontiers à l’ancien renforcé dans ses propres convictions, ou désespère d’améliorer son sort, comme le fait la tragédie. Le concept de rôle est assez simple chez Orson Scott Card. C’est un réseau de relations.

Des relations qu’on entretient aux autres. Que cet autre soit son propre entourage ou la communauté dans laquelle on vit, on tient un rôle parfois sincère, parfois composé. Est-ce un masque (ou personæ, la face que l’on oppose aux regards posés sur nous), est-ce un comportement spécifique telle la mauvaise foi du garçon de café chez Sartre qui vit son rôle de garçon de café et rien d’autre puis qui devient autre hors de ce contexte) ou encore est-ce un masque dont on se sert pour cacher notre ignorance de nous-mêmes et tenter de nous comprendre en se cherchant en l’autre ?

Ce peut être aussi un mensonge dont on se complaît sur soi-même. S’ouvrir aux autres, porter ne serait-ce qu’un moment, le masque de l’autre pour le comprendre et se comprendre soi-même.

En fiction, cependant, il est indéniable que l’on ne peut bien écrire sur le bonheur de l’autre. Le bonheur aperçu chez autrui met en évidence la souffrance qui nous afflige. Parfois, le protagoniste d’une histoire se détache très facilement de l’ancien rôle, et toute son aventure consiste en une recherche désespérée d’un nouveau.

Parfois, le nouveau rôle est facile à envisager, mais il est très difficile de rompre avec ce que nous sommes. Se libérer est plutôt abstrait, souligne Orson Scott Card. Les histoires de personnages les plus complexes et difficiles sont celles de personnes qui essaient de changer une relation à soi sans abandonner leur véritable nature ou réciproquement, trouver sa véritable nature sans briser les liens qui nous unissent aux autres, autrui dont nous avons tant besoin pour se dire légitime dans ce monde (ou le monde de l’histoire).

Inutile de dire que l’histoire d’un personnage est celle qui nécessite la caractérisation la plus complète. Aucun raccourci n’est possible. Les lecteurs doivent comprendre le personnage dans le rôle original, impossible à maintenir plus avant, de sorte qu’ils comprennent et, habituellement, sympathisent avec la décision de changer.

Ensuite, les changements possibles du personnage doivent être justifiés, prévient Orson Scott Card afin que le lecteur ne doute jamais que ce changement était possible. Quelqu’un de lâche est capable d’un geste héroïque, d’un sacrifice de soi si on a pris soin de faire comprendre qu’il était persuadé de sa propre lâcheté, que c’était une opinion négative qu’il possédait sur lui-même. Cet héroïsme néanmoins était déjà là, simplement enfoui dans les profondeurs de son âme.

Les événements

Chaque récit rapporte des événements en ce sens que de temps en temps quelque chose se produit qui a des causes et des résultats, constate Orson Scott Card. Mais l’histoire dans laquelle les événements sont la préoccupation centrale suit un schéma particulier : Le monde est en quelque sorte devenu chaotique.

Il y a dorénavant un déséquilibre, une injustice, une rupture. Le monde est exsangue du mal qui le ronge, la corruption et la maladie sont les nouvelles valeurs. L’histoire est alors au sujet de l’effort pour restaurer l’ordre ancien ou établir un nouvel ordre. Tout commence lorsque le personnage principal s’implique dans l’effort pour sauver le monde de ce qui le ronge, puis se termine quand il accomplit son but ou échoue complètement à le faire.

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One thought on “RÉCIT & PERSONNAGES

  1. Bonjour William, cet article (je te croyais en trêve ce week-end de fêtes) vient pertinemment décrire l’approche dont il faut se soucier.

    Je me permets d’y ajouter une chose que tu n’as pas omise (tu as bien parlé de « poésie ») mais que j’aborde actuellement.

    Frodon a dû affronter des forces surnaturelles et « la chambre de la défunte femme de Maxim » pourrait tout à fait héberger le mysticisme du « monde » de l’histoire.

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