LE CONFLIT, C’EST INVENTER UN PROBLÈME

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Ce qu’une histoire promet, c’est d’abord du conflit. Le conflit est cependant une notion abstraite qui peut prendre une pluralité de formes.
Des motifs d’intrigue tels que la perte ou la trahison sont des formes conflictuelles par leur nature même.

Il faut cependant pouvoir expliquer ces formes au lecteur. Une poursuite, par exemple, c’est-à-dire qu’un homme en chasse un autre et c’est le motif de l’intrigue (ce n’est pas une course-poursuite), doit bien avoir une raison.

On ne peut pas imposer au lecteur une poursuite sans lui donner au moins une explication de cette poursuite. Il faut donc inventer au préalable un problème.
Le conflit se situe à tous les niveaux d’une histoire.
Considérons Rencontres du troisième type. Le tout premier problème qui nous est donné est la découverte de bombardiers de la Seconde Guerre Mondiale portés disparus au-dessus du Triangle des Bermudes au cours d’une mission.

L’histoire se développe à partir de ce problème

Ensuite, c’est la description du combat que livre Lacombe (les scientifiques ou plus symboliquement une certaine connaissance du monde) pour comprendre ce qui se passe. Il y a les obstacles qu’il rencontre au cours de cette recherche et puis il y a l’atterrissage de l’engin spatial d’où les pilotes des bombardiers disparus apparaissent.

Mais le conflit n’englobe pas seulement l’histoire (ou même seulement l’intrigue). Chaque scène pour être légitime doit porter du conflit. C’est par lui qu’elle s’explicite dans l’ensemble.

Indépendamment de sa signification, l’aspect pratique d’une scène est qu’elle doit retenir l’attention et donner envie au lecteur de continuer à tourner les pages de l’histoire.
Une scène ou une séquence (assemblage de scènes) devrait présenter un problème à résoudre (une scène peut positionner le problème et une autre scène ultérieure le résoudre) qui nécessite d’être solutionné.

Ainsi l’intérêt du lecteur s’enclenche parce qu’il y a un problème à résoudre et qu’il souhaite savoir comment il sera résolu. Que le problème soit mineur comme cette discussion entre Roy et ses enfants sur Pinocchio et le mini-golf ou bien qu’il soit une articulation majeure de l’histoire lorsque Roy est envoyé pour enquêter sur la coupure d’électricité et résoudre le problème.

Au cœur du conflit immédiatement

Et classiquement pour accrocher le lecteur immédiatement, il est préférable de montrer les choses in media res.
On ne tergiverse pas à décrire une situation vide et soudain y injecter du conflit. On débute en plein milieu des choses.

Le problème qu’il soit majeur ou non est foncièrement intéressant. Les problèmes majeurs sont structuraux et permettent à l’histoire d’avancer.
Quant aux conflits mineurs, ils servent non seulement à accrocher le lecteur à la scène ou à la séquence et de plus à leur apporter de la signification.

Lorsque vous tracez les grandes lignes de votre histoire (pour vous donner des jalons lors du processus d’écriture proprement dit), tentez d’y percevoir les empreintes conflictuelles que chacune des étapes de votre histoire pourrait contenir.

Thelma & Louise
  1.  Louise est au restaurant où elle travaille comme serveuse.
  2. Louise appelle Thelma au téléphone pour lui proposer de s’échapper toutes deux pendant deux jours.
  3. Thelma est avec Darryl et ne lui parle pas de cette escapade avec Louise.
  4. Thelma et Louise se prépare pour leur voyage.
  5. Louise passe prendre Thelma.
  6. Elles se dirigent vers les montagnes.
  7. Thelma demande à ce qu’elles s’arrêtent de rouler.
  8. Elles font un arrêt au Silver Bullet.
  9. Thelma rencontre Harlan.
  10. Thelma boit un peu trop.
  11.  Harlan et Thelma danse mais Thelma se sent malade.
  12. Harlan entraîne Thelma à l’extérieur.
  13. Il tente de la violer sur le parking.
  14. Louise tue Harlan.

Les points 1 à 4 sont essentiellement liés à l’exposition des personnages où l’on découvre une Louise obstinée et indépendante et une Thelma plutôt passive et naïve.
Le problème que la séquence met en avant vient de la personnalité de Thelma et de sa peur de se retrouver en pleine forêt sans qu’il y ait un homme pour les protéger. Mais comme elle craint aussi d’affronter Daryl, elle garde le silence sur cette virée qu’elles s’apprêtent à faire et s’empare de l’arme de Daryl.
Notez l’importance de cet objet qui va propulser l’histoire dans son acte Deux.

Les étapes 5 à 8 sont une séquence qui montre clairement que Thelma est le personnage par qui le scandale arrive. L’arrêt au Silver Bullet est l’incident déclencheur. Le problème est l’insistance de Thelma.

La séquence qui se compose des points 9 à 13 permet de préciser un peu plus les personnalités de nos deux personnages. Thelma tente de se réapproprier sa liberté, de se remettre en cause en quelque sorte. Au grand étonnement de Louise.
Comme le dit Thelma elle-même, elle est en vacances après tout. Et alors que la séquence débute de manière quelque peu romantique (le souci d’exposition ne permet pas de commencer in media res), un conflit s’installe vite entre Harlan et Thelma.

L’étape 14 est la séquence du passage dans l’acte Deux. C’est à ce moment que le personnage principal s’engage dans son aventure.
Louise est la véritable héroïne de cette histoire. C’est par elle que les événements se précipitent même si l’irresponsabilité de Thelma semblent en être la cause.
Louise résout le problème en tuant Harlan.


 

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