BLAKE SNYDER : LE SUPERHEROS

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Le genre du superhéros est l’exacte opposé de celui du Dude with a problem et se définit comme une personne extraordinaire piégée (parfois) dans un monde ordinaire.

Penchons-nous sur le dixième et dernier des genres tels que Blake Snyder les a définis : le superhéros.
Une histoire de superhéros revient à prêter des qualités humaines et notre sympathie à des êtres qui ne peuvent les posséder naturellement.
Cela fonctionne un peu à la manière du rire provoqué par des animaux lorsque nous identifions en eux des comportements et attitudes humains. Ce n’est pas l’animal en lui-même qui nous amuse mais bel et bien la reconnaissance d’attitudes bien humaines chez un être qui n’est pas humain.

Le superhéros est une projection

Nous projetons dans des êtres des attributs qui nous permettent d’incarner nos peurs telles que ce mal être que ressentent souvent les adolescents.

Pour contraster la médiocrité du monde alentour, nul besoin d’aller chercher chez les comics les personnages légendaires ou mythiques pour nous procurer un peu de baume.
Et surtout pour les mettre en situation de défier cette médiocrité.
Un personnage comme le général Maximus de Gladiator est un superhéros, par exemple.

Assumer sa différence

C’est en fin de compte le problème majeur du superhéros. Ce sentiment d’être différent (Frankenstein ou les X-Mens sont dans le même cas) est au cœur des histoires.

Né dans un monde qui n’est pas fait pour lui, le superhéros doit faire face à la jalousie face à leur esprit supérieur ou leur point de vue unique sur ce monde.
Et de temps en temps, c’est un sentiment par lequel nous sommes tous passés.

Nous avons tous fait l’expérience du mépris. Que ce soit par nos idées audacieuses ou tout autre situation. Le syndrome de Frankenstein poursuivi par une foule ignorante et paniquée s’empare alors facilement de nous.

La différence fait mal

Posséder certains avantages sur le reste de l’humanité n’est pas considéré comme une bénédiction.
C’est aussi une malédiction dont les superhéros souffrent.

On admire Bruce Wayne parce qu’il renonce à son confort pour le bien de la communauté. Un être mythique attire la sympathie parce que sa différence est un fardeau.
Pas assez humain et pas assez divin, sa détresse sourde de l’hostilité, de la jalousie et de la peur que suscite sa différence.

C’est ce poids qu’il est intéressant d’explorer et non pas les aspects humains qui pourraient être mis en exergue. On constate souvent que lorsqu’un de nos sens vient à manquer, cela exacerbe les autres sens.
Ce qui permettrait à un auteur de développer certains thèmes comme l’importance du toucher dans nos relations aux autres.

Mais cet aspect des choses ne permet pas l’identification du lecteur avec le problème du superhéros.
Car c’est la nature même de ces personnages extraordinaires qu’il convient d’explorer et qui créera un lien empathique.

C’est l’incompréhension liée à la nature du superhéros qui établit la sympathie que nous pouvons ressentir envers eux. Et c’est ce qui maintient aussi la crédibilité de tels personnages.

Sa mission : nous sauver

Le superhéros est l’instrument de notre salvation. Il est un être spécial et il le sait. Il sait aussi qu’il devra payer le prix de cette différence.

Et bien que le superhéros n’a pas d’autre choix que d’être notre sauveur, les hommes ne le comprennent pas et le rejettent.
Jesus, Jeanne d’Arc ou Spiderman portent les mêmes stigmates dans leurs légendes respectives.

La peur de l’étranger s’applique aussi au superhéros. Ce qui est différent de nous fait peur. C’est ainsi que leurs histoires sont des histoires de triomphe et de sacrifice.

L’élu

Un personnage sort des rangs et doit faire face à un grand défi. Qu’il se nomme Robin des bois, Zorro, Général Maximus, Superman, Batman ou bien encore Jesus ou Lawrence d’Arabie, ils ont été élus pour accomplir une grande tâche.

Même un personnage comme Jake La Motta dans Raging bull est un superhéros.
Que le monde soit décrit à partir d’éléments réels ou imaginés comme dans Matrix ou Le Roi Lion, il lui faudra être sauvé. Il lui faut un élu, un sauveur.

La trinité du superhéros

On reconnait le genre du superhéros à trois conditions :

  1. Un pouvoir, un don que possède le personnage ou bien une mission au-delà de ce que peut réaliser un être humain.
  2. Un méchant de l’histoire (ou némésis) à l’égale du superhéros et qui va tenter de contrer l’élévation du personnage à un statut reconnu de superhéros.
  3. Un talon d’Achille ou une malédiction qui anéantit le pouvoir et qui sera souvent utilisé par le méchant contre le superhéros.
Le pouvoir

Lorsqu’il découvre son pouvoir ou son don, le personnage commence à s’en amuser ou à en faire la démonstration en toute innocence.
Que ce soit dans le Nouveau Testament ou chez Marvel.

Pour le lecteur, cette démonstration est magique et fascinante. Mais nous ressentons tout de même qu’il y aura un retour du bâton. Ces tours de passe-passe sont porteurs d’un malheur annoncé.

Le genre du superhéros traite aussi du problème d’identité. Souvent, il est reconnu sous une autre identité telle que Superman, Spiderman ou Maximus que l’on reconnait en tant que Gladiateur.
Mais cette feinte n’est pas une question de survie car le superhéros cherche à être officiellement reconnu.

Une chose est certaine, cependant. Dans ce genre, le personnage principal sait que son pouvoir particulier a un prix.
Et il ne se rend compte d’autant mieux que lorsqu’il affronte son némésis.

Le némésis

Car ce dernier possède une puissance à l’égale du superhéros. Goldfinger ou Commode sont de taille à répondre à James Bond ou à Maximus.

Qu’est-ce qui les différencie alors ?
La foi.

En effet, le superhéros sait qu’il est spécial. Il ne doute ni de ses pouvoirs, ni de sa mission.
Alors que le méchant de l’histoire doit user d’artifice et de son génie pour paraître tel que le superhéros.

Le némésis n’est pas l’élu mais il désespère de l’être. Au moment du climax, il n’a pas d’autre choix que de tuer son rival.
Car il sait qu’il ne peut faire autrement pour éliminer le véritable élu.

Mais s’il n’y parvient pas, c’est précisément parce qu’il n’est pas l’élu. S’il l’était, il n’aurait pas besoin de tuer pour triompher.
C’est ainsi que le personnage principal est souvent testé, mis à l’épreuve. Il fait face seul à ses ennemis et connait une crise profonde.
Et tout cela initié par le némésis.

Une malédiction

Si le pouvoir ou le don permettait au protagoniste d’obtenir tout ce qui’il veut, on perdrait en crédibilité. Sans compter que cela nuirait au lien empathique que l’on doit établir entre le personnage principal et le lecteur.

Le protagoniste sera donc affublé d’une sorte de handicap. C’est nécessaire car le message en fin de compte est que ce pouvoir surnaturel est une blessure. Cela fait mal.
Et le protagoniste doit abandonner quelque chose afin de l’assumer.

Cette blessure est le liant qui permet plus que tout de nous identifier au personnage.
Voir à ce sujet :
JOHN TRUBY SUR LA FAIBLESSE DU PERSONNAGE

Les autres genres définis par Blake Snyder :

 INSTITUTIONALIZED
FOOL TRIUMPHANT
BUDDY LOVE
WHYDUNIT
RITES OF PASSAGE
OUT OF THE BOTTLE
MONSTER IN THE HOUSE
GOLDEN FLEECE

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