TRAVAILLEZ VOS SCENES

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Les conseils de cet article sont destinés à vous permettre d’améliorer vos scènes. Bien entendu, la réussite de vos scènes dépend essentiellement de ce que vous avez préparé avant : la structure du récit, le développement de vos personnages et les relations entre eux. Si cependant, vos scènes ne fonctionnent pas, alors suivez ces conseils.

Tout comme votre personnage central a un Story Goal,

votre scène devrait avoir son propre but. Imaginez deux personnages dans un bar. L’un deux a de sérieux problèmes dans son travail et vient en parler avec l’autre personnage. Vous avez la possibilité de vous lancer dans un dialogue qui exposera les problèmes du personnage ce qui risque d’être assez vite ennuyeux et de faire perdre des informations importantes à votre lecteur.

Pour pimenter cette scène et garder l’attention du lecteur, faites en sorte que le personnage a absolument besoin d’une solution à ses problèmes avant le lendemain matin. Ainsi, les deux personnages sont tournés vers l’urgence de trouver une solution.

Vous pouvez ainsi continuer l’exposition du problème du personnage mais comme vous avez dramatisé la scène en lui ajoutant un but, une raison d’être, cette scène composée de dialogues sans action focalisera l’attention du lecteur pris par la tension dramatique que génère la scène et sera dans l’attente de savoir quelles solutions seront apportées lorsque cette scène sera résolue et la tension relâchée.
Ajoutez ainsi des objectifs aux scènes est un moyen simple de les rendre beaucoup plus attractives.

Nul doute que les histoires prospèrent sur les conflits et le tumulte des situations.

Les dépendances diverses, le suicide, le déni, l’égoïsme, le divorce ou l’amour excessif ne sont pas des thèmes idéaux à explorer dans une comédie.
Cependant, les meilleures comédies sont avant tout des tragédies. Dans Little Miss Sunshine de Michael Arndt, ce ne sont pas les personnages qui sont amusants et ce serait même plutôt l’opposé. Ce sont justes des gens comme on pourrait en trouver dans la réalité qui essaient de tenir face aux complications de la vie.

Ce qui est amusant est la situation : une famille plutôt dysfonctionnelle entreprend un long voyage à bord d’un vieux minivan pour emmener la petite dernière à un final de concours de beauté.
Ainsi vos scènes seront beaucoup plus amusantes si vous décrivez une situation claire, compréhensible et plausible. Le lecteur aime les situations, il ne peut s’en détourner tant qu’une situation intéressante n’est pas résolue.

Une situation émerge de circonstances. L’idée est de prendre une scène où aucune situation n’est apparente et de trouver quelque chose qui force l’intérêt. Une astuce est le in media res ce qui signifie que la scène débute en plein milieu des choses.
Lorsqu’une scène décrit une situation, elle permet au lecteur de spéculer sur les événements futurs qu’elle tient en son sein ce qui permet de garder l’attention du lecteur sur l’histoire.

Prenons l’exemple d’un père et de sa fille qui se rendent à l’aéroport pour quitter le pays. Les personnages se rendent d’un point A au point B, ce n’est manifestement pas une situation.
Imaginez maintenant que le père a perdu la garde de sa fille après un divorce. Il tente de quitter illégalement le pays avec sa fille. Les forces de l’ordre sont à ses trousses. Sa carte de crédit vient d’être rejetée et il ne sait pas comment se procurer le cash pour payer les billets. En outre, sa fille ne comprend pas où ils vont et pourquoi et commence à poser des questions.

Maintenant, vous avez une situation. En changeant simplement les circonstances d’une scène, vous la transformez en situation. Dans le cas contraire, vous avez une scène de transition. Cela ne veut pas dire que les scènes de transition ou de récapitulation soient à éviter mais elles ne doivent servir qu’à cette fonction et cette fonction doit s’avérer nécessaire. La situation est à rechercher en priorité.

Un des critères d’une situation est que quelque chose risque de se produire dans l’immédiat ce qui crée une sorte d’urgence. Toutes les situations ne requiert pas cette urgence (un groupe de personnes perdu sur une île déserte est une situation intéressante qui ne contient pas en soi une urgence), mais lorsque devant une page blanche, vous vous demandez comment transformer une scène en situation, réfléchissez aux événements qu’elle pourrait impliquer.

Un autre critère qui définit une situation est qu’elle contient un impératif. Quelqu’un veut absolument quelque chose. Par exemple, ce père à l’aéroport qui se demande comment se procurer l’argent pour payer les billets.
Puisque son objectif dans cette scène est de quitter le pays en avion, cet impératif de se procurer les billets crée une situation tout en impliquant des événements immédiats s’il échoue son objectif.

Ce qui nous amène à un autre critère important des situations qui sont les conséquences, c’est-à-dire ces événements immédiats si le personnage réussit ou non son objectif particulier dans cette scène.
Il vous sera aussi plus facile d’amener votre exposition si les informations que vous entendez communiquer le soient à travers des situations. Non seulement, cela prouvera votre créativité mais vous amènerez votre lecteur à se poser des questions et c’est une étape indispensable pour l’engager dans votre histoire.

En conclusion de ce paragraphe, si vous trouvez que vos scènes sont minces ou ennuyeuses, trouvez le moyen de les transformer en situation.

Un troisième personnage

Un vieille astuce mais toujours efficace est d’ajouter un troisième personnage dans une scène où sont normalement prévus deux personnages. Lorsque les dialogues entre les deux personnages principaux de la scène risquent de tourner court, l’entrée d’un troisième dont la fonction est juste de compliquer un peu les choses permet d’enrichir la scène de façon inattendue.
Par exemple, dans Notting Hill, lorsque William rencontre pour la seconde fois Anna en pleine conférence de presse à son hôtel, son agent pénètre régulièrement dans la pièce ce qui oblige William et Anna a parlé du film et à reprendre les dialogues significatifs de la scène une fois que l’agent de presse est sorti.

Une scène doit avoir aussi des enjeux importants.

Pour déterminer les enjeux de la scène, posez-vous la question de savoir ce que les personnages perdent ou gagnent lorsque la scène sera résolue.
Ne rechignez pas à élever les enjeux au maximum de la crédibilité. Ce ne sont que des personnages de fiction. Vous ne risquez de blesser personne si vous poussez les enjeux aux limites du supportable.

Pour créer des enjeux, il vous faut des complications. Que sont les complications ? Quelque chose qui introduit dans la scène quelques difficultés, des problèmes, un changement.. souvent de façon inattendue.

Ces complications à quelque niveau qu’elles se produisent ne doivent pas être insignifiantes car nous devons être curieux de savoir comment le protagoniste les surmontera ou pas pour résoudre le problème particulier de la scène. Il faut donc qu’elles soient suffisamment denses pour garder notre attention.

Ces complications ne sont certes pas faciles à trouver car elles doivent vraiment être à la hauteur des besoins et des désirs du protagoniste et s’accorder avec sa personnalité. Vous ne pouvez pas lui jeter dans les jambes n’importe quelle complication et espérez que la tension et les enjeux suivront.
Il faut que ces complications soient calibrées pour contrecarrer l’objectif du personnage, que ce soit en matière de Story Goal ou de l’objectif particulier d’une scène.

Si vous considérez même intuitivement que votre scène ne fonctionne pas, il est probable que son enjeu n’est pas suffisamment élevé.
Dans Princess Bride de William Goldman, lors du combat à l’épée entre l’homme en noir et Inigo Montoya, les deux personnages ont un incroyable enjeu : si l’homme en noir perd, il ne sera pas capable de sauver la vie de son véritable amour et si Inigo perd, il ne pourra jamais venger la mort de son père.

C’est pour cela que cette scène de cape et d’épée fonctionne si bien et se distingue d’un simple combat à l’épée. Seuls les enjeux sont en mesure de lui apporter cet éclat qui la rend unique. Bien sûr, toutes les scènes ne réclament pas des enjeux astronomiques pour fonctionner, mais en recherchant les conséquences les plus désastreuses en cas d’échec du personnage, vous trouverez certainement le moyen d’écrire des scènes qui satisferont à la fois le lecteur et vous dans la foulée.

L’ironie dramatique est l’un des outils les plus puissants à la disposition d’un auteur.

Voyez notre article sur l’ironie dramatique.
Elle consiste en particulier à donner au lecteur une information inconnue du protagoniste le plaçant ainsi une longueur d’avance par rapport à celui-ci. Imaginez deux personnages assis à une table. Ils discutent. Ce n’est pas très excitant. Par contre, placez une bombe sous la table et votre lecteur sait qu’elle est là mais pas les deux personnages, tout devient nettement plus intéressant. De plus, vous augmentez les enjeux de la scène puisqu’il y va de la vie des deux personnages.

Ajoutez une quelconque forme d’urgence à une scène démultiplie son intérêt.

Parce que l’urgence crée de la tension. Elle ajoute une pression supplémentaire sur les personnages. En outre, l’action et les dialogues profitent de cette urgence.
Imaginez un couple qui discutent de leurs problèmes. Vous les faites asseoir à la table de la cuisine et les voilà en pleine discussion. Pas très intéressant. Maintenant, placez-les dans l’urgence de se rendre à leur travail respectif au risque d’être en retard avec les conséquences qui vont avec. Toute la scène prend une coloration différente, beaucoup plus intéressante à regarder. Les émotions décrites dans la scène prennent une valeur plus aiguë dû à leur empressement.

Si votre personnage se retrouve en un lieu ou une situation où il ne souhaite pas être, où il n’est pas à l’aise, vous ajoutez de la tension.

Bien sûr, il faudra aussi des scènes où le personnage se sente confortablement installé afin de créer un malaise lorsqu’il sera dans des situations où il sera fragilisé et beaucoup plus vulnérable. Ceci afin de créer un contraste et de mettre en avant la fragilité de votre personnage dans des situations qu’il ne maîtrise pas.
Par exemple dans Star Trek Into Darkness de Alex Kurtzman, Roberto Orci et Damon Lindelof, lorsque Kahn maîtrise Kirk à bord du vaisseau de l’Amiral Marcus, cela fonctionne car Kirk est en territoire inconnu loin de la sécurité qu’apporte l’Enterprise même si celle-ci est à moitié détruite.

Les personnages clefs de la scène ont des désirs.

Faites en sorte de bien assimiler les désirs de chacun d’eux. Plus les désirs entreront en conflit les uns avec les autres et plus la tension de la scène sera fascinante. Toutes les fois où deux désirs forts se heurteront dans une scène, plus votre scène aura un impact sur le lecteur.

Plus précisément, ce sont les motivations des personnages que vous devez étudier. Les motivations sont une combinaison des désirs et des besoins d’un personnage. Pour déterminer leurs motivations, définissez ce que désire les personnages et quels sont leurs besoins dans la scène.

Pour y parvenir, essayez de répondre à la question :
Pourquoi font-ils ce qu’ils font dans cette scène ?
Cette question en elle-même implique de l’action. Les personnages ont besoin d’agir, ce ne sont pas de simples potiches posées là dans une scène. Si le personnage n’agit pas, il n’a aucune raison de figurer dans la scène à moins qu’il ne serve de troisième larron pour épicer un peu la confrontation entre les deux personnages clefs d’une scène.

La réponse à cette question peut être à la fois concrète et psychologique. Dans Go de John August dirigé par Doug Liman, Pourquoi Ronna se rapproche-t-elle de Todd Gaines ? Concrètement, elle est sur le point de se faire expulser et a besoin d’argent. Todd Gaines est l’intermédiaire qui lui permettra de se procurer cet argent facile. Psychologiquement, elle doit se prouver à elle-même et aux autres qu’elle est capable de le faire.

Côté Dialogues

Avant de poser des dialogues sur vos personnages, imaginez comment les personnages pourraient agir pour dire ce qu’ils pensent. Montrez ce qu’ils pensent, ne leur faites pas dire ce qu’ils pensent.
Réfléchissez au but de cette scène et plutôt que de le traduire en dialogues, décrivez le en actions. Les dialogues qui viendront alors se greffer sur cette scène seront beaucoup plus pertinents et concis et précis.

Complexification

Compliquer la scène en ajoutant un obstacle qui rend la scène un peu moins directe est un excellent outil pour lui donner un peu plus d’ampleur. Nous savons ce qui doit sortir d’une scène et il est alors facile de l’écrire d’une manière directe. Mais ce n’est pas suffisant, cela est trop prévisible.

Prenons l’exemple d’une femme qui doit annoncer à son conjoint qu’elle le quitte. Si cette séparation se déroule telle quelle, votre scène risque d’être un peu plate.
Maintenant, pour ajouter un obstacle qui va venir compliquer cette séparation, imaginez que le conjoint en question s’approche d’elle au moment où elle s’apprête à lui dire qu’elle le quitte et lui, qui ne s’attend pas à cette séparation, lui déclare qu’il l’aime, lui parle de toutes ces choses qu’ils vont faire ensemble, lui lit même une lettre qu’il a écrit pour elle.

Et soudain, les choses ne sont plus aussi faciles. En ajoutant un obstacle inattendu au but de la scène, vous enrichissez cette dernière.


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