SEQUENCE ET SCENE

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Définissons d’abord le Beat, terme quelquefois employé dans la littérature anglo-saxonne.
Un Beat est un échange non pas de répliques mais de comportements dans un processus d’action et de réaction. Ce processus de comportements alternés façonne une scène.
Les beats construisent donc les scènes. Les scènes construisent un mouvement dramatique plus large qui devient la séquence.Une séquence est donc une série de scènes (généralement entre deux et cinq). La séquence (la somme des scènes) a une signification propre dont l’impact sur l’histoire est plus important que chacune des scènes qui la compose.

Grâce au jeu des Story Values et des Story Events, une scène est capable de modifier le cours de la vie d’un personnage (son arc dramatique évolue).
Les scènes apportent des changements relativement mineurs mais cependant non dénués de signification (une scène doit pouvoir être expliquée et relative à la vue d’ensemble de l’ histoire).
Parmi les scènes qui composent une séquence, l’une d’entre elles est considérée comme un climax qui se résolve en un changement de la vie du personnage beaucoup plus puissant, beaucoup plus déterminant.

Pour asseoir son propos, Robert McKee donne un exemple.

Setup (La mise en place)

Barbara, une jeune femme dont la carrière dans le Midwest a été remarquable est approchée par un chasseur de tête qui lui présente un poste à responsabilités dans une grande entreprise de New York.
Si elle pouvait être retenue pour ce nouveau poste, Barbara pense que cela serait un véritable bond en avant pour sa carrière.
Elle veut absolument être engagée mais elle est une des six finalistes et elle sent bien que la tâche n’est pas gagnée d’avance.
(A ce moment, le personnage est dans une valeur négative).

Les dirigeants de la grande entreprise réalisent que le poste à pourvoir est d’une importance cruciale pour leur devenir et avant de prendre une décision, ils souhaitent rencontrer les 6 postulants lors d’une soirée informelle.
Les postulants sont alors invités à participer à une soirée sur Manhattan’s East Side.

Scène Une 

C’est la toute première scène du scénario. Elle se distingue d’un éventuel prologue qui la précède.

Cette scène se déroule dans un hôtel du West Side (à l’opposé du lieu de la soirée) où notre protagoniste se prépare pour ce rendez-vous d’une importance capitale pour elle.
(La Story Value au début de cette scène est Confiance en Soi & Doute. Pour réussir, elle doit avoir une confiance en elle inébranlable mais pour le moment, elle ne peut se débarrasser des doutes qui l’assaillent violemment. La polarité de la Story Value est donc négative).

Pendant qu’elle s’affaire dans sa chambre d’hôtel (on a plus l’impression d’ailleurs qu’elle tourne en rond), la peur lui noue le ventre et elle ne cesse de se demander pourquoi elle a voulu venir dans l’est loin de son Midwest natal. Elle est certaine qu’ils ne feront d’elle qu’une bouchée.
Elle fouille rageusement dans ses valises, essayant une tenue après l’autre, sans jamais trouver quelque chose qui lui convienne. Ses cheveux finissent tellement emmêlés que la brosse ne parvient même plus à se frayer un chemin à travers eux.

Exaspérée, elle décide d’abandonner, de faire ses valises et de rentrer chez elle avant de subir l’humiliation d’une soirée désastreuse.
Au moment où elle commence à refermer ses valises, le téléphone sonne.

C’est la mère de Barbara à l’autre bout du fil. Comme à son habitude, elle ne cesse de reprocher à sa fille son manque d’amour pour elle, la rendant coupable de la laisser seule et elle se sent déjà affreusement abandonnée.
Barbara ne peut bredouiller que quelques mots mais sa mère continue de l’admonester et de la blâmer pour son manque de gratitude.

A la fin de la conversation, Barbara pense que les piranhas qu’elle doit rencontrer à la soirée ne font pas le poids par rapport au grand requin blanc qu’elle a à la maison. Rassérénée, elle se dit alors qu’elle a absolument besoin de ce nouveau travail.
Cette fois, la tenue qu’elle essaye lui va à ravir, ses cheveux se coiffent presque tout seul. Elle est magnifique.
C’est d’ailleurs ce qu’elle pense d’elle-même en se voyant dans le miroir. Ses yeux brillent et elle se sent prête.

Fin de la scène : la Story Value de négative est passée à positive. Les doutes ne l’assaillent plus et sa confiance en soi est au plus haut point. Vous noterez que le changement de polarité de la Story Value a eu lieu dès que Barbara a raccroché le téléphone. Ce mouvement d’inversion a puisé sa force dans le conflit qui oppose Barbara à sa mère alors que le choix de la Story Value et sa charge initiale sont personnelles à Barbara et dictées par sa situation actuelle car même si l’incident déclencheur lors du set-up est la venue du chasseur de tête, Barbara est la seule à avoir pris la décision de se lancer dans cette aventure.

Scène Deux

Nous sommes devant l’entrée de l’hôtel. Il y a un orage et une pluie battante. Comme Barbara n’a pas donné de pourboire au portier de l’hôtel lors de son arrivée, celui-ci n’est pas décidé à se mouiller pour trouver un taxi pour quelqu’un qui ne lui remettra pas un pourboire pour son service.

Barbara doit donc se débrouiller toute seule. N’ayant pas réussi à trouver de taxi et bizarrement lorsqu’il pleut à New York, on ne trouve jamais de taxis, Barbara décide d’étudier la carte qu’on lui a remise se demandant quoi faire.
Elle commence par imaginer le chemin le plus sûr pour arriver saine et sauve à la soirée mais elle comprend vite qu’elle ne sera jamais à l’heure avec cette option. La seule solution est de traverser Central Park de nuit avec tous les risques que cela comporte.

Mais elle se dit que les gros titres des journaux en font peut-être un peu trop et que cet itinéraire qui lui permettrait d’arriver à l’heure pour son rendez-vous n’est probablement pas aussi dangereux qu’on veut bien le laisser croire. Du moins, cherche-t-elle à s’en persuader.
Avec tout de même un sentiment d’inquiétude, elle décide de se mettre en route et de traverser Central Park en pleine nuit après avoir déplié le journal qu’elle tenait en main sur ses cheveux.

Une nouvelle Story Value se met en branle pour cette seconde scène. Cette fois les valeurs en jeu sont Vie & Mort et c’est la charge négative (Mort) qui accompagne notre protagoniste lorsqu’elle choisit de traverser Central Park.
En s’enfonçant ainsi dans la nuit de Central Park, elle affronte non seulement ses peurs mais aussi un véritable danger qui ne manquera pas d’être tapi dans l’ombre. Ici, nous avons une anticipation d’un événement annoncé. Une connaissance que nous partageons avec le personnage car elle connaît les risques de Central Park la nuit tombée mais ne peut éviter cet obstacle puisque son objectif est de se rendre à la soirée et que c’est le seul moyen dont elle dispose.

Ce qui doit arriver arrive toujours et elle se retrouve très vite entourée par une bande de voyous. Mais Barbara a suivi des cours de combat. Elles brisent des mâchoires, les dents de ses agresseurs se répandent aux alentours. Finalement, devant une telle résistance, le gang décide de s’enfuir.
Dans un état malgré tout assez piteux, Barbara sort du parc.
Mais un sentiment de puissance l’envahit. Heureuse d’être toujours en vie, d’avoir vaincu brillament une adversité contre toutes probabilités, la confiance en elle-même est revenue encore plus forte.
Fin de la scène : la polarité s’inverse.

Scène Trois

Nous nous trouvons dans un hall aux murs tapissés de miroir.
Barbara se mire dans les miroirs et le spectable qu’elle y voit la plonge dans un profond désarroi. Elle ne ressemble plus à rien. Les cheveux trempés et décoiffés (des morceaux du journal subsistent çà et là), tâchée du sang de ses agresseurs, vêtements déchirés, sa belle confiance s’effondre et les doutes l’envahissent à un point qu’elle ne soupçonnait même pas.
A chaque nouvelle scène, une nouvelle Story Value s’impose. Ici, la Story Value est à propos de Réussite Sociale & d’Echec social. Barbara est à nouveau du côté négatif de la Story Value. Elle ressent non seulement un échec personnel mais aussi sur le plan social.

Les autres participants arrivent tous en taxis. Eux en ont trouvés. Ils prennent pitié de la pauvre Barbara, mais une pitié ironique de la pauvre loser du Midwest. Ils la poussent dans l’ascenceur. Barbara est comme pétrifiée dans son désespoir.
Malgré tout, ils l’aident tant qu’ils peuvent à se rafistoler dans la salle de bains de l’appartement. Des vêtements dépareillés, une coiffure sans nom, bref, Barbara est sous tous les regards au cours de la soirée.

Sachant que tout est perdu, Barbara décide de se détendre, de profiter de la soirée étant elle-même. Alors lui vînt l’audace de raconter sa mésaventure et même d’en rire provoquant des réactions d’effroi devant ce qui lui est arrivé ou de grands éclats de rire devant sa description anecdotique de l’événement.

A la fin de la soirée, les dirigeants de l’entreprise avaient déjà pris leur décision. En effet, quelqu’un qui est passé par ce que Barbara a vécu, qui a surmonté la terreur que Central Park aurait inspiré à n’importe qui d’autre et qui relate cette mésaventure comme une simple anecdote non sans humour est clairement la personne qu’il leur faut.
Fin de la scène : Barbara a réalisé son objectif. Elle a le job. Nous avons donc maintenant une double valeur positive : personnelle et sur le plan social, c’est-à-dire les meilleurs atouts pour réussir son intégration.

Analyse

Chaque scène se résoud sur un changement de polarité de la Story Value. La première scène montre que le doute qui empoigne Barbara commute en confiance. La scène Deux met en avant une Story Value entre Vie & Mort. L’enjeu est aussi plus élevé car Barbara risque sa vie. Plus l’enjeu est haut, plus la tension est vive. La scène Trois transforme un désastre social annoncé en un triomphe.

Mais ces trois scènes forment une séquence qui a une valeur, un impact sur la personnalité et la vie du personnage, qui outrepasse et subordonne les valeurs désignées dans les scènes.
Lors de la mise en place, lorsque Barbara se décide à postuler pour ce poste, elle a démissionné de son ancien travail. Au début de la scène Une, elle est donc sans emploi. Son objectif est de retrouver du travail en réussissant à se faire engager dans cette grande entreprise de New York.
Le climax de la scène Trois où elle affronte alors qu’elle est au plus bas le regard des autres (ce regard des autres que l’on peut considérer comme son antagoniste) et contre toute attente parvient à convaincre de se faire embaucher explicite la valeur qui est en jeu dans la séquence : le poste pour lequel elle postule et pour lequel elle a tout risqué y compris sa vie.


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