LE THEME : ARGUMENTATION MORALE (2)

Ce que font vos personnages au cours de l’intrigue est un moyen subtil de communiquer votre thème. En condensant votre thème en une seule ligne, vous précisez votre point de vue sur les actions justes.

Mais aussi sur celles que vous leur opposez pour justifier de la légitimité de vos actions justes.

Vous ne comparez pas deux actions en déclarant que l’une d’entre elles est meilleure que l’autre. Vous les exposez séparément pour démontrer comment les actions agissent sur la vie d’une personne.

A lire la première partie de cet article :
LE THEME : ARGUMENTATION MORALE (1)
En énonçant votre thème (du moins en vous efforçant de l’énoncer) en une seule ligne, vous allez droit au but de vos intentions. Vous avez un argument moral. Par exemple :
“…self-destructive or antisocial behavior is a response to circumstances and not a moral failing.”
Un comportement antisocial et auto-destructeur est une réponse aux circonstances et non un échec moral.

En travaillant sur un thème comme ci-dessus, vous pourriez vous concentrer sur tous les éléments moraux impliqués par ce thème.

Par exemple, le sentiment de mépris, d’humiliation ou d’atteinte à la dignité qui sous-tend un conflit social et pas seulement le seul conflit d’intérêts.

Le principe directeur

Voici ce que propose John Truby pour définir le designing principle que nous aimons traduire par principe directeur.
Le principe directeur est ce qui rend toutes les actions de l’histoire organique.

Pour comprendre son thème à partir de ce principe directeur, il faut se focaliser sur les conséquences morales des actions et seulement sur ces conséquences. En d’autres mots, comment les actions des personnages blessent les autres personnages et en fin de compte, comment les personnages arrangent les choses, remettent les choses dans l’ordre.

Il y a cet article sur le principe directeur que vous pourriez lire :
LE PRINCIPE DIRECTEUR DE VOTRE HISTOIRE

Continuons cependant avec Truby.

designingPrincipleTruby

Un designing principle (que nous traduisons par principe directeur) est une stratégie globale de l’histoire, une idée synthétique ou un facteur de façonnage de l’histoire qui provient de manière organique (tout est lié et interagit pour l’ensemble) de la prémisse de l’histoire, du thème et des personnages, plutôt que d’une structure externe appliquée à l’histoire. C’est une logique interne ou un mode d’organisation qui permet à votre histoire de devenir plus grande que la somme de ses parties.

Considérons Le Parrain :
Prémisse : Le plus jeune fils d’une famille mafieuse se venge de ceux qui ont voulu abattre son père et devient le nouveau parrain.
Principe directeur : Utilisation de la stratégie des contes de fées afin de montrer comment le plus jeune de trois fils devient le nouveau roi.

Avec cette conception sous-jacente du conte de fées, l’histoire n’est pas génétiquement à propos de mafia ou de vengeance. En suivant le principe directeur d’un conte de fée, cette histoire s’élève au niveau de la légende. C’est comme si vous montiez un échafaudage pour la structure de l’intrigue.

La métaphore du déplacement

Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.
coeurTenebres_josephConradAu cœur des ténèbres relate le voyage de Charles Marlow, un jeune officier de la marine marchande britannique, qui remonte le cours d’un fleuve au cœur de l’Afrique noire. Embauché par une compagnie belge, il doit rétablir des liens commerciaux avec le directeur d’un comptoir au cœur de la jungle, Kurtz, très efficace collecteur d’ivoire, mais dont on est sans nouvelles.
Marlow, le protagoniste, s’enfonce donc de plus en plus profondément dans la jungle. Le cours du fleuve que remonte Marlow est le principe directeur (designing principle) à la fois structure et métaphore. Elle emmène l’histoire dans trois lieux différents à la recherche de la vérité au sujet d’un homme mystérieux et apparemment immoral que Marlow doit retrouver.

Ce fleuve fournit la structure de l’intrigue à savoir découvrir la vérité sur le narrateur lui-même c’est-à-dire Marlow. Cette intrigue (que l’on peut qualifier de voyage initiatique) est l’histoire extérieure qui se déroule dans l’univers visible du récit.

Mais ce fleuve est aussi une métaphore de l’histoire intérieure et émotionnelle du protagoniste qui s’enfonce de plus en plus profondément dans sa propre psyché.

Et nous sommes nous-mêmes entraînés dans ce mouvement qui nous fait glisser de la civilisation jusqu’au cœur des ténèbres (la moralité barbare) de la nature humaine.

Les trois lieux différents que mentionnent Truby sont donc métaphoriquement :
– la vérité à propos d’un homme mystérieux et apparemment immoral,
– la vérité à propos du narrateur lui-même,
– le glissement de la civilisation vers la moralité barbare de la nature humaine.

Le symbole

La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne.
Un symbole peut aussi suggérer un thème ou un argument moral central à l’histoire. La lettre A que doit porter Hester Prynne rappelle son acte immoral d’adultère et cette histoire débute ainsi.

Mais elle symbolise aussi la profonde immoralité des gens de la ville qui cache leurs propres péchés et qui attaque l’amour véritable sous couvert d’une conformité sociale et hypocrite.

John Truby mentionne John Donne :

johnDonne« Nul homme n’est une île, un tout en soi ; chaque homme est partie du continent, partie du large ; si une parcelle de terre est emportée par les flots, pour l’Europe c’est une perte égale à celle d’un promontoire, autant qu’à celle d’un manoir de tes amis ou du tien. La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »
Devotions upon Emergent Occasions, 1624

Cette image du glas signifie la mort. Mais l’expression pour qui sonne le glas est la clef du principe directeur de l’histoire et du thème qu’on peut en tirer.
Le symbole de l’homme non comme un île mais comme individu d’une communauté organise l’histoire sous une image symbolique et cela implique le thème probable :

Face à la mort, la seule chose qui donne du sens à la vie est de se sacrifier pour les personnes que l’on aime.

D’autres exemples :

Voici quelques exemples donnés par John Truby pour éclaircir son propos :

Moïse dans la livre de l’Exode
Principe directeur : Un homme qui ignore qui il est se bat pour conduire son peuple vers la liberté et reçoit les nouvelles lois morales qui le définissent ainsi que son peuple.
Thème : Un homme qui prend sur lui la responsabilité de son peuple est récompensé par la vision de la vie selon la Parole de Dieu.

Quatre mariages et un enterrement de Richard Curtis
Principe directeur : Un groupe d’amis font l’expérience de quatre utopies (symbolisées par les mariages) et de l’enfer (les funérailles) alors qu’ils sont tous à la recherche de leur partenaire idéal.
Thème : Lorsque vous trouvez votre véritable amour, vous devez vous engager de tout votre cœur envers la personne.

A lire :
LE THEME : ARGUMENTATION MORALE (1)
LE THEME : ARGUMENTATION MORALE (3)

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