ÉMOTION SINCÈRE

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Une honnêteté émotionnelle se communique bien plus facilement que de tenter de forcer sur le lecteur/spectateur des sentiments forgés dans le stéréotype.

En tant qu’autrice & auteur, on ne fabrique pas des sentiments. Au contraire, il faut rechercher le moyen de communiquer une authenticité. Dans un sentiment amoureux par exemple, le coup de foudre est peut-être possible mais la réception par le lecteur/spectateur de l’émotion qui agite une jeune fille lorsqu’elle est en présence d’un garçon mais qu’elle ne sait pas comment exprimer ce qu’elle éprouve, dont elle n’est peut-être même pas certaine, sera bien plus sincère par une attitude discrète, un regard inquiet lorsque le garçon prend des risques ou bien encore une relation d’amitié fondée sur le non-dit qui peut prendre la forme d’un dialogue où l’un et l’autre se taquinent.

Les émotions ne se prêchent pas

Considérons une injustice sociale. On peut se contenter de l’exposer. C’est un fait historique mais il tombera à plat si lectrice et lecteur ne parviennent pas à vivre émotionnellement, c’est-à-dire à la fois dans leur esprit et dans leur chair, ce que fut cette injustice pour ceux qui l’ont vécue.

Ce qui importe est la manière dont on raconte une histoire. Celle-ci est un point de vue : le lecteur/spectateur vit ce que ressent un personnage à travers le regard qu’il porte sur les événements dans lesquels il est impliqué directement ou indirectement.
Posons que votre personnage soit une intelligence artificielle. Quelle que soit la forme que vous lui donnerez, si cette entité lutte contre des sentiments et des émotions pour lesquels elle ne fut pas programmée mais qui ont émanés naturellement de ce qu’elle possédait lorsqu’elle fut créée, alors vous lui conférez une authenticité.

Un vrai récit n’est ni un prêche, ni de la propagande. Vous ne forcez pas des sentiments sur le lecteur/spectateur, vous les lui faîtes reconnaître par petites touches, par des indices.

Écrire l’émotion, ce n’est pas décrire une situation qui se prête apparemment à pouvoir générer de l’émotion. L’autrice et l’auteur s’impliquent dans la scène. Peut-être même ne cherchent-ils pas cette émotion, celle-ci se révélant d’elle-même.

Quand on écrit une scène, on vise à mettre son lecteur/spectateur dans un certain état d’esprit. Par exemple, on voudrait qu’il plaigne un personnage pour telle ou telle raison. On écrit alors une scène pour que la lectrice ou le lecteur ressentent cet intérêt particulier à ce moment précis pour ce personnage (même si l’idée est d’entraîner le lecteur/spectateur sur une fausse impression).

Par ailleurs, quand on pose une émotion, elle oriente les dialogues. Les répliques d’un personnage dépendent de l’émotion qu’il éprouve à un moment particulier.

Mais un personnage ne tombe pas soudain dans une émotion. Il faut rechercher les causes ou les conditions de cette émotion. Pourquoi ressent-il maintenant cette émotion ? Par exemple, dans une petite communauté, vous avez un personnage qui se tient ostensiblement à l’écart des autres. Lors d’une situation donnée, il fait montre de chaleur humaine et on lui fait remarquer que c’est la première fois qu’on l’entend prononcer plus de cinq mots.
Il sera nécessaire pour que le lecteur/spectateur s’étonne lui aussi de ce comportement de préparer les circonstances qui contraignent ce personnage à s’ouvrir ainsi aux autres ne serait-ce qu’un moment avant qu’il ne retombe dans son mutisme.

Nous pourrions aussi avoir ce personnage qui aperçoit une jeune fille qu’il ne connaît pas, qui fait du vélo dans l’ignorance totale de notre héros, et cette distance est importante car elle signifie qu’il n’y a pas encore de relation entre les deux personnages et notre héros, pourtant, cherche du regard à croiser celui de la jeune fille.

Il y a dans cette attitude un désir qui n’a absolument rien de charnel. Mais dans ce regard, qui est une émotion, peut-on y voir la prise de conscience soudaine par le héros de sa propre solitude qu’il a toujours niée jusqu’à présent.

Il serait ridicule de traduire cette émotion par une gesticulation absurde. Bien plus intelligible serait d’avoir fait préalablement la démonstration de la négation de la solitude afin que l’émotion puisse être rapprochée de la prise de conscience.
Et puisque c’est cette prise de conscience que l’on recherche dans cette séquence, on introduit la jeune fille préoccupée à faire du vélo dans le champ de vision de notre héros. L’émotion est ainsi excitée sur la sensibilité de notre héros par une action extérieure.

Trouver les bons mots ou les bonnes actions

Une scène n’a nul besoin d’être explicitement émotionnelle. La situation par sa seule présence crée l’émotion ressentie par le lecteur ou la lectrice. Dans La vie est belle, Guido fait croire à son fils que le camp de concentration est un jeu grandeur nature organisé pour son anniversaire.

La situation n’est pas voulue pour provoquer une émotion chez le lecteur/spectateur et cependant, celui-ci ne peut s’empêcher de s’émouvoir devant ce père qui ne cherche qu’à protéger son fils des horreurs de la guerre.

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