SCÉNARIO : LA VIE EST BELLE

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Voici l’analyse du scénario de La vie est belle tel que l’interprète la théorie narrative (et pratique) Dramatica.

La vie est belle, le film fantastique de Frank Capra sorti en 1945, n’a peut-être pas été un succès au box-office, mais c’est l’un des films les plus acclamés par la critique et un classique. Le message thématique du film sur la valeur de la communauté par rapport à la satisfaction de l’ego personnel peut sembler un peu démodé depuis le règne de la génération du moi, de l’individualisme radical, mais il est tout aussi actuel aujourd’hui qu’au moment de la sortie du film.

En tout cas, La vie est belle est une grande histoire avec beaucoup d’impact émotionnel. Voyons donc comment la structure de l’histoire crée cet impact, en utilisant Dramatica comme outil d’analyse.

L’idée

La vie est belle débute dans la petite ville de Bedford Falls. Une crise financière éclate dans l’entreprise familiale locale, Building & Loan, où 8 000 dollars qui devaient être déposés à la banque disparaissent.

Le responsable de Building & Loan, George Bailey, est totalement innocent de tout méfait. Néanmoins, la crise pourrait mettre fin à sa carrière et à l’entreprise de sa famille. Il pourrait même aller en prison.
Pire, cette crise est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour George, dont la vie a été remplie de frustrations et de déceptions. Pour éviter ce qui lui semble être une inexorable terrible destinée, il envisage de se jeter d’un pont.

La vie est belle décrit comment la communauté sauve George Bailey en lui montrant que, malgré ses échecs apparents, il a en fait mené une belle vie et qu’y mettre fin prématurément serait une terrible erreur. (L’élément fantastique entre en jeu lorsque l’ange gardien de George, Clarence, lui donne un aperçu de ce qu’aurait été le monde sans l’influence positive de George).

Les quatre lignes dramatiques

Dramatica considère qu’une histoire complète contient quatre lignes dramatiques, correspondant à quatre perspectives. Ce sont…

  • L’Overall Story Throughline, la ligne dramatique qui concerne la majorité des personnages du monde de l’histoire et la poursuite de l’objectif (Story Goal).
  • La Main Character Throughline, la ligne dramatique du personnage principal, qui concerne son conflit intérieur, ce qu’il doit dépasser pour être en accord avec lui-même.
  • L’Influence Character Throughline, qui concerne l’influence qu’un personnage aura sur le personnage principal. Cette ligne dramatique ne décrit pas une fonction. Ainsi, cet Influence Character pourrait être l’antagonisme mais c’est vraiment n’importe quel personnage indépendamment de sa fonction dans le récit qui peut servir d’Influence Character.
  • La Relationship Throughline, la ligne dramatique qui décrit l’évolution de la relation entre le personnage principal et son Influence Character.

Dramatica n’emploie pas le terme d’arc dramatique. Néanmoins, cet arc évolutif des choses existe au sein de chacune des lignes dramatiques.
Chacun de ces axes opère dans un domaine différent (soit Situation (ou Universe), Activity (ou Physics), Fixed Attitude (ou Mind que l’on peut comprendre comme préjugés, opinions ou idées toutes faites) et Manipulation (ou Psychology).

Chacun de ces axes a son propre Concern, c’est-à-dire ce qui préoccupe le personnage au sein d’un domaine particulier (en Universe, le Concern n’est pas le même qu’en Physics par exemple). Ce qui préoccupe ainsi un personnage décrit une angoisse, un violent désir, un espoir…
Chaque ligne possède aussi son propre thème et son propre problème (Problem) parmi d’autres éléments dramatiques.

L’Overall Story Throughline de La vie est belle

Le but de l’histoire (Story Goal) dans La vie est belle est d’empêcher le suicide de George Bailey, de l’empêcher de gâcher son avenir. Cet objectif est partagé par la plupart des personnages de l’histoire, notamment sa femme, Mary, ses enfants, son ange gardien, Clarence, et les nombreux amis et parents de George.

Au climax, toute la communauté lui vient en aide en lui donnant de l’argent (pour compenser les 8 000 dollars manquants). George n’est cependant pas le seul personnage du film dont l’avenir est menacé.

En analepse, nous découvrons M. Gower, un pharmacien pour lequel George travaillait lorsqu’il était jeune. Dans un moment d’ivresse et de chagrin suite à la mort de son fils, M. Gower a failli empoisonner un enfant en mettant la mauvaise substance dans des pilules. Heureusement, George remarque l’erreur et la corrige.
George sauve également son petit frère lorsqu’il tombe accidentellement à travers la glace sur un étang gelé – un événement qui aurait pu écourter son avenir.

Plus important encore, lors de la crise financière, de nombreux investisseurs de Building & Loan font l’erreur de vendre leurs actions à la moitié de leur valeur. George sauve leur investissement par le dialogue et en donnant de son propre argent. En d’autres termes, la plupart des personnages de l’histoire traversent des crises qui menacent leur avenir. Et dans chaque cas, il faut l’aide de quelqu’un d’autre pour les aider à traverser cette crise, pour les empêcher de faire le mauvais choix dans la panique.

En termes de Dramatica, nous pouvons dire que l’Overall Story Throughline relève du domaine (Domain) de Situation (ou Universe) car les personnages réagissent à des actions extérieures, celles du monde (Universe) dans lequel ils sont jetés (par la volonté de l’auteur ou de l’autrice).

Le problème (Problem) est la perte de contrôle (une caractéristique que Dramatica désigne Control), et la solution (Solution) est la caractéristique Uncontrolled (puisque chaque caractéristique possède sa propre contradiction, et ainsi de Problem qui ne saurait se concevoir sans Solution).

Pourquoi Control & Uncontrolled ? Parce que les personnages doivent abandonner le contrôle de leur vie dans un moment de panique et laisser quelqu’un d’autre les sauver.

George Bailey : le personnage principal

scénarioGeorge Bailey est un homme doté d’une grande ambition. Dès son plus jeune âge, George rêve de quitter Bedford Falls, de devenir architecte, de voir le monde et d’avoir une vie plus excitante. Il élabore des plans détaillés pour réaliser ces rêves.

Selon les termes de Dramatica : le problème du personnage principal (Main Character Problem) relève dans cet exemple de La vie est belle de Logic. Les difficultés personnelles du personnage principal découlent d’un sens rationnel de la façon dont les choses sont liées (Main Character Problem : Logic).

Mais la raison ou logique n’apporte pas nécessairement la vérité. Les choses peuvent paraître être liées logiquement comme le propose la causalité en laquelle on détermine un effet en expliquant sa cause. Cependant, une même cause peut avoir de nombreux effets et puis, il y a aussi la question des conséquences en partant des principes, c’est-à-dire qu’on pose un principe sans le remettre en question et on en éprouve la conséquence.

A propos de principe, Dramatica a fait sien l’adage qu’à tout problème existe sa solution. Dramatica oppose ainsi Solution à Problem. Si Problem est Logic, alors Solution est Feeling. C’est le très ancien conflit qui a toujours opposé la raison à la passion. Donc la solution aux difficultés que soulève Logic réside dans un sens émotionnel de la façon dont les choses se passent (Main Character Solution : Feeling).

Ce sens émotionnel que suggère Dramatica replace le personnage sur l’écoute de ce qu’il ressent plutôt que sur de froids calculs, sorte de tactique logique qui est oubliée au profit d’une action ou d’une décision plus immédiate, peut-être plus intuitive.
Au moment de la crise, le personnage principal aura une décision à prendre : soit faire les choses comme il l’a toujours fait (Remain Steadfast selon la terminologie de Dramatica), soit adopter le point de vue alternatif présenté dans l’histoire (Change [qui s’oppose à Remain Steadfast] et qui est effectivement un changement radical dans la personnalité du personnage). Si le personnage décide de rester fidèle à son point de vue habituel, ce problème apparaîtra davantage comme une source de motivation pour le personnage principal (il le définira, ce qu’il est vraiment sera renforcé, il acceptera sa nature qu’il n’avait peut-être pas osé affronter jusqu’à présent). Ou bien s’il change, il le fera en adoptant la solution.

Cependant, chaque fois que George a la possibilité de commencer la vie de ses rêves, une crise survient et George se sent obligé de reporter ses projets pour aider les autres. En conséquence, il se sent de plus en plus dans la frustration.
En termes de Dramatica, le personnage possède l’attribut dynamique de Start – puisqu’il ressent une pression constante pour que sa vraie vie (ce qu’il croit être sa vraie vie) commence. Mais un élément de sa personnalité (Crucial Element) mine cette contrainte. Il s’agit de sa compulsion à aider les autres.

La principale préoccupation (Concern) de la ligne dramatique du personnage principal est de savoir si George peut abandonner ses rêves chimériques et reconnaître qu’il s’est en fait créé une belle vie avec sa femme, ses enfants et sa communauté.
En termes de Dramatica, il s’agit d’un Concern de Changing one’s nature ou Becoming (changer sa nature ou devenir autre), ce qui situe cette ligne dramatique dans le domaine (Domain) de Manipulation ou Psychology.

La comparaison avec le paradigme des trois actes de Syd Field

Syd Field distingue six articulations majeures dans un scénario :

  1. L’accroche
  2. Complication
  3. Le premier nœud dramatique (Plot Point 1)
  4. Le point médian
  5. Le second nœud dramatique (Plot Point 2)
  6. La résolution

Nous avons déjà parlé de cette analyse structurale de Syd Field revisité par Charles Deemer et je souhaiterais seulement intervenir sur Complication.

Sous cette articulation, c’est précisément la ligne dramatique du personnage principal que vous devriez tenter de réduire en une ou deux phrases. Ainsi, Charles Deemer interprète Complication dans La vie est belle de cette manière :
Après que Clarence ait suivi un cours sur George, l’adulte George est prêt à partir pour un voyage exotique lorsque son père a une attaque cérébrale, obligeant George à demeurer à la maison. George ne désire rien de plus que de quitter Bedford Falls.

  • Logic : George ne désire rien de plus que de quitter Bedford Falls.

  • Feeling : … obligeant George à demeurer à la maison.

Henry F. Potter : L’Influence Character

scénarioContrairement à la volonté de George d’aider, l’antagoniste de l’histoire, Henry F. Potter, a pour Crucial Element dans sa personnalité la caractéristique Hinder (Hinder caractérise un être qui empêche qu’on puisse s’accomplir).
Potter est un homme riche, déterminé à accroître sa richesse aux dépens de tous les autres habitants de la ville. Il se spécialise dans la location de maisons insalubres à des prix exorbitants et, d’une manière générale, il rend difficile aux personnes de modeste condition de réaliser le rêve américain et de jouir d’une belle vie.

Heureusement, M. Potter n’a pas le contrôle total du marché immobilier (Problem : Control. Vous constatez qu’un même problème peut être utilisé plusieurs fois). Tant que le Building & Loan reste indépendant de lui, tout le monde peut accéder à la propriété à un prix abordable et à une vie de classe moyenne.

En tant qu’Influence Character, Potter est la seule personne qui encourage réellement George à poursuivre ses ambitions et à renoncer à son besoin d’aider les autres. Potter est l’incarnation de l’attitude du moi d’abord. Cependant, cet exemple n’est pas du tout sympathique, puisque Potter n’a ni amis ni famille et qu’il est universellement détesté.

Avec pour préoccupation (Concern) Obtaining, c’est-à-dire obtenir autant de pouvoir et de richesse que possible, la ligne dramatique de ce personnage (Influence Character Throughline) tombe dans le domaine Activity (ou Physics), et Potter est certainement vu principalement à travers ses activités incessantes pour éliminer le Building & Loan comme une menace à ses propres objectifs.

George & Potter : Relationship Throughline

Tout au long de La vie est belle, la relation entre George et Potter évolue au fur et à mesure que l’influence de George sur la communauté de Bedford Falls augmente et que celle de Potter diminue.

Par défaut, la ligne dramatique de la relation entre George et Potter doit se trouver dans le seul domaine restant, Fixed Attitude (ou Mind). En effet, l’Overall Story Throughine s’est vue attribuer le domaine Universe, la ligne dramatique du personnage principal se situe dans Psychology, le domaine de Potter relève de Activity et donc, la relation entre Potter et George tombe dans le domaine Mind (ou Fixed Attitude).

C’est le domaine des préjugés et cela semble bien être le cas. En effet, George et Potter ont des idées bien arrêtées mais opposées envers les personnes à faibles revenus. George pense qu’ils méritent d’avoir une vie décente, voire belle, alors que Potter ne le pense pas. De plus, le noyau de cette relation, qui empêche ces deux personnages d’être autre chose que des ennemis, est que la conscience de George ne cède pas devant Potter. En termes de Dramatica, il s’agit d’un problème de conscience (Problem : Conscience).

Les difficultés entre le personnage principal et son Influence Character proviennent du fait que l’on renonce à un bénéfice immédiat en raison des conséquences futures (Relationship Problem : Conscience). La solution à ces difficultés réside donc dans le désir de profiter des avantages immédiats malgré les conséquences possibles (Relationship Solution : Temptation). Certaines histoires parlent de relations qui se renforcent. D’autres parlent de relations qui se dissolvent.
Si elles parlent d’une évolution positive, la solution permettra de surmonter le conflit qui les oppose. Si, au contraire, l’histoire parle d’une relation qui se délite, ce problème continuera à creuser un fossé entre le personnage principal et l’Influence Character.

La progression de l’intrigue

Selon la théorie Dramatica, chacune des quatre lignes dramatiques d’une histoire formulée dans toute sa plénitude passe par quatre étapes appelées Signposts (à comprendre effectivement comme des balises permettant d’orienter l’histoire dans une direction bien précise).

Ceux-ci suivent généralement le modèle d’un arc dramatique en quatre parties…

mise en place –> complications –> une crise –> une résolution.

C’est très proche somme toute de ce que Syd Field avait élaboré.
Plus précisément, Dramatica dit que chaque ligne dramatique (ou Throughlines) a son propre arc en quatre étapes (pour un total de 16 signposts (quatre lignes et quatre signposts par ligne).

La progression de l’Overall Story Throughline

Considérons ce schéma d’intrigue qui semble un peu plus construit que ce que propose Syd Field :

scénario

Chaque Signpost représente un acte :

  1. Acte Un : Setup (c’est-à-dire l’exposition)

  2. Acte Deux : Complication (ce n’est pas la même Complication expliquée plus haut pour la ligne dramatique du personnage principal. Ici, il s’agit vraiment de difficultés qui doivent être surmontées. Mais comme la force antagoniste est supérieure en puissance à celle du personnage principal, inexorablement ces difficultés mènent à l’acte Trois.

  3. Acte Trois : La crise (tout semble perdu).

  4. La résolution.

Chaque acte débute et se termine par un nœud dramatique (Plot Point chez Syd Field, Driver sur ce schéma et Signpost pour la théorie Dramatica).

Initial Driver

Alors que George envisage le suicide, ses amis et ses proches prient pour qu’il reçoive de l’aide.

Signpost 1 : The Past
En effet, cet Initial Driver est la conséquence d’un passé (Past) que nous ignorons encore. Entendant les prières, les anges chargent Clarence d’agir en tant qu’ange gardien de George et lui demandent de prendre connaissance du passé de George afin de découvrir comment l’aider. Clarence apprend les premières ambitions de George et sa volonté d’aider les autres. Notez qu’à partir de ce moment, le récit sera essentiellement conté en analepses.

Driver 2

Le père de George, Peter Bailey, meurt d’une attaque cérébrale l’année où Harry, le frère de George, obtient son diplôme de fin d’études secondaires.

Signpost 2 : Progress (How things are changing ou comment les choses sont appelées à changer. Quoi qu’on fasse, les choses ou bien nous_mêmes ou les autres changent. Ce serait folie de le nier ou de l’ignorer.
George avait passé plusieurs années après le lycée à économiser de l’argent pour pouvoir faire un voyage en Europe et ensuite commencer l’université. Au lieu de cela, il règle les affaires de son père et assume le rôle de son père en tant que responsable de la Building & Loan. Il envoie son frère, Harry, à l’université à la place.

Driver 3

Le jour du mariage de George avec Mary, une crise bancaire menace de mettre en faillite la Building & Loan.

Signpost 3 : The Future (et en effet, il est question du devenir ici).
George sauve la Building & Loan en faisant don de l’argent de sa lune de miel à l’entreprise et en convainquant les investisseurs de ne pas vendre dans la panique. Ses actions protègent l’avenir de nombreux habitants de la ville.

Driver 4

George est confronté à une nouvelle crise lorsque son partenaire, son oncle Billy, perd accidentellement 8 000 dollars de l’argent de la Building & Loan (une somme d’argent qui tombent dans les mains de Potter) et que Potter s’arrange pour faire arrêter George pour détournement de fonds.

Signpost 4 : The Present
Clarence transporte George dans une version du présent dans laquelle il n’est jamais né – une version dans laquelle toute la ville de Bedford Falls est bien plus mal en point – afin que George puisse constater que, malgré ses frustrations, il mène en fait une belle vie.

Final Driver (Resolution)
Tous les membres de la communauté qui sont reconnaissants envers George pour la contribution qu’il a apportée à leur vie donnent de l’argent pour compenser les 8 000 dollars manquants.

L’arc dramatique du personnage principal

Parallèlement à la ligne dramatique générale (Overall Story Throughline ou Objective Story Throughline car nous sommes effectivement dans une position d’observateur, nous observons comment les choses se passent indépendamment du point de vue des personnages), la ligne dramatique du personnage principal (Domain : Psychology [ou Manipulation]) passe également par quatre points de repère (un Signpost par acte)…

Signpost 1 : Conceptualizing (ou Developing a plan) c’est-à-dire développer une stratégie. On envisage d’abord des concepts.
En tant que garçon et plus tard en tant qu’adolescent, George développe des plans détaillés dans son esprit pour la vie merveilleuse qu’il veut mener. Ce qu’il ne réalise pas, c’est qu’un autre plan est en train d’éclore : celui de Mary, qui souhaite épouser George et vivre dans une vieille maison à Bedford Falls.

Signpost 2 : Conceiving a Idea (Par quelles causes l’idée s’est-elle forgée?)
Après que Harry a présenté sa nouvelle épouse à la famille, George réalise, malgré tous ses plans contraires, qu’il est réellement amoureux de Mary. Elle est la véritable passion de sa vie. C’est pourquoi il lui a demandé de l’épouser, en suivant son cœur plutôt que sa tête.

Signpost 3 : Being (c’est-à-dire paraître au regard des autres mais aussi vis-à-vis de son propre reflet dans le miroir). Being est une problématique de forme et non de fonds, une question d’attitudes, de suivre une ligne directrice dans sa vie quelles que soient les embûches.
George s’investit pleinement dans son rôle au sein de la Building & Loan, aidant de nombreuses personnes à acheter leur première maison. Il assume le rôle de père de famille lorsque Mary donne naissance à plusieurs enfants. Ne pouvant s’enrôler dans l’armée pour des raisons médicales, George joue également le rôle de leader communautaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Malheureusement, tous ces engagements qu’il assume ont un coût. George voit sa vie bien en deçà de ses anciennes ambitions, surtout lorsqu’il la compare à celle de son ami, Sam Wainwright. La crise personnelle de George est le moment où Clarence sauve George du suicide en sautant du pont le premier, ce qui incite George à le sauver.

Ainsi, selon Dramatica, George choisit de rester fidèle à lui-même dans sa volonté d’aider les autres. Remain Steadfast est ici tout à fait positif pour George.

Signpost 4 : Becoming (Changing one’s nature)
Dans le dernier acte, George laisse échapper ses frustrations de ne pas avoir réalisé ses rêves et se rend compte qu’il a toujours vécu une vie merveilleuse. Il cesse de détester la ville de Bedford Falls et exprime son amour pour elle et tous ses habitants.

L’arc dramatique de l’Influence Character

Ce qui est intéressant avec Dramatica, c’est qu’elle oblige à penser qu’un autre personnage que le personnage principal évolue lui aussi à travers l’intrigue. C’est comme dans la vie réelle. La fréquentation régulière avec un autre être (vivant ou non, d’ailleurs) crée une dialectique entre ces deux êtres et la conséquence de celle-ci est qu’intérieurement, chacun de ces deux êtres change.

Signpost 1 : Understanding
George voit Potter pour la première fois lors d’une dispute entre Potter et le père de George, Peter Bailey. Peter demande à Potter un prêt au nom de la Building & Loan et Potter s’y oppose. Peter ne comprend pas pourquoi Potter est si avare, puisqu’il n’a pas de famille pour laquelle dépenser son argent. Mais pour Potter, l’argent est tout. Plus tard, Peter donne à George une précieuse évaluation du caractère de Potter.

Dans cette séquence, une information nous est donnée sur la personnalité de Potter : Mais pour Potter, l’argent est tout. C’est le point de vue de Potter sur le monde que nous comprenons.

Signpost 2 : Doing
George remarque que Potter profite de la crise financière pour prendre le contrôle de la banque et d’autres institutions de la ville à bas prix. Potter sauve certes la majeure partie de la ville, mais la finalité de l’opération est de s’enrichir.

Bien que nous percevions Potter par les yeux de George, George ne juge pas Potter.

Signpost 3 : Obtaining
Potter profite de l’oubli de l’oncle Billy pour récupérer 8 000 dollars de l’argent de Building & Loan, créant intentionnellement une crise qui, espère-t-il, provoquera l’effondrement de l’entreprise.

Signpost 4 : Gathering Information
Lorsque George demande à Potter un prêt (faisant écho à la demande de son père des années auparavant), Potter interroge George sur ses actifs financiers, utilisant ces informations pour jubiler et rabaisser George.

L’évolution de la relation entre George et Potter

Cette relation (Relationship Throughline) est aussi connue comme Subjective Throughline car il s’agit de la relation entre deux subjectivités, deux sujets qui s’opposent l’un à l’autre considérant l’autre comme objet.
Selon Dramatica, cette évolution peut se décrire aussi par quatre points de repère :

Signpost 1 : Contemplation (ou Conscious)

Lorsque l’on dispose de tous les faits, que l’on connaît toutes les conséquences – tant positives que négatives -, que l’on est pleinement conscient des conséquences néfastes et que l’on décide malgré tout de suivre la mauvaise voie, il y a quelque chose qui ne va pas dans la manière dont on arrive aux conclusions. C’est la définition de Conscious telle qu’établie par Dramatica.

La clé d’interprétation ici n’est pas de redéfinir qui est un personnage, mais de l’amener à réapprendre à peser le pour et le contre d’une question (d’où le terme de Contemplation) afin que ses conclusions soient moins destructrices pour lui-même ou pour les autres. Essayons de préciser les choses. Prenons le cas d’une femme qui devient boulimique pour compenser un manque d’affection. Elle a pleinement conscience de sa prise de poids en conséquence de ses actes et que cela rend encore plus difficile sa vie affective. La destinée de ce personnage serait donc s’il est Contemplation ou Conscious de poser devant soi son problème.

La relation s’établit lorsque George (qui n’est encore qu’un petit garçon à l’époque) interrompt la dispute entre son père, Peter Bailey, et Potter. Potter considère Peter comme un raté parce qu’il n’est pas riche et qu’il doit mendier pour obtenir un prêt.
George défend son père en disant qu’il est le “plus grand homme de la ville”, plus grand que Potter, parce qu’il aide les gens. George est expulsé de la pièce pour son emportement.

Pourquoi Conscious ? Parce que l’emportement passionné de George est ce qui initie la relation.

Signpost 2 : Memories
Dans l’acte Deux, la relation se resserre car George, maintenant adulte, peut tenir tête à Potter. George et Potter se disputent sur le souvenir (Memories) de Peter Bailey. S’ils sont tous deux d’accord pour dire que Peter n’était pas un homme d’affaires, Potter affirme qu’en aidant les gens avec de faibles ressources à acheter des maisons par le biais de Building & Loan, Peter leur rendait un mauvais service, faisant d’eux “une populace mécontente et paresseuse au lieu d’une classe ouvrière économe”.
George n’est pas d’accord et affirme que Building & Loan contribue à faire des gens “de meilleurs citoyens, de meilleurs consommateurs”. De plus, George défend la conviction de son père selon laquelle il y a un impératif moral à aider les gens à vivre dans des maisons décentes.

Signpost 3 : Subconscious (ou Innermost Desire)

Pour faire court, Subconscious serait des désirs inconscients. Si je reprends l’exemple de la femme boulimique, Subconscious la concernant pourrait signifier que ce qu’elle prend pour un manque d’affection est en fait de faire l’amour incessamment : un étrange mélange de sexe et de nourriture.

Habituellement, lorsqu’une relation est appelée à être rompue d’ici la fin de l’histoire, ce troisième acte de la relation correspond à une crise.

Dans La vie est belle, cela se produit lorsque Potter offre un emploi à George. La motivation de Potter est de faire sortir George de Building & Loan pour que celle-ci puisse s’effondrer et cesser d’empiéter sur les affaires de location de Potter.
Potter offre à George tout ce qu’il a toujours voulu : un gros salaire, la possibilité de voyager et ce qu’il a toujours désiré : la satisfaction de son ego. George accepte presque, mais à la dernière seconde, sa conscience le pousse à rejeter l’offre.

Signpost 4 : Preconscious (ou Impulsive Response)

J’ai déjà développé Preconscious dans DRAMATICA : LA THÉORIE EXPLIQUÉE. Disons pour le moment que Preconscious serait le lieu des préjugés. C’est-à-dire que la réponse que l’on donne lorsqu’on est confronté à une situation est conditionnée par exemple par une habitude ou encore une opinion toute faite. Preconscious désigne les choses que l’on ne remet pas en question, que l’on considère comme acquise, comme un principe qui se suffit à lui-même. Ainsi, l’erreur est souvent plus présente que la vérité. On peut aussi compléter cette définition en précisant qu’elle ne mentionne pas l’intuition (qui est tout à fait autre chose).

Lors de leur dernière rencontre au quatrième acte, George supplie Potter de lui accorder un prêt pour couvrir les 8 000 dollars manquants et sauver la Building & Loan et sa carrière. Potter refuse et, suivant ses pires instincts, décide de lancer un mandat d’arrêt contre George.
Dans la panique, George s’enfuit. C’est dans cette fuite que l’on comprend la réaction impulsive (Impulsive Response) de George qui clôt définitivement la relation entre lui et Potter.

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