UNE QUESTION D’ENJEUX

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Il y a drame donc fiction donc enjeux lorsque quelqu’un veut quelque chose. A l’origine du drame, il y a la volonté. En fiction cependant, cet objectif que se fixe ce quelqu’un doit être quelque chose de suffisamment puissant ou intrigant afin que cela retienne notre attention.

Les enjeux peuvent être internes, souligne Alex Epstein. Si nous nous soucions de ce qu’il peut se produire dans l’histoire, c’est parce que ce qu’il arrive au personnage principal nous préoccupe d’abord. C’est la question dramatique qui s’ancre en nous : est-ce que Dorothée retrouvera le chemin de sa maison ? Pour y parvenir, Dorothée doit opérer un travail personnel sur elle-même afin de grandir, de passer de l’innocence de l’enfance à la vie de l’adulte.
La métaphore cependant trouve son chemin en nous même si nous n’en sommes pas totalement conscient. Et c’est pour cela que la destinée de Dorothée suscite notre intérêt.

Les enjeux peuvent être externes. La question dramatique ne nous touche peut-être pas plus personnellement mais nous fait sentir que nous appartenons à un ensemble. Est-ce que les Blues Brothers trouveront à temps l’argent pour sauver l’orphelinat dans lequel ils ont grandi ? Lorsque l’enjeu est externe, la thématique semble plus universelle.

Mais Alex Epstein recommande non pas de choisir entre un enjeu interne ou externe. Plutôt un enjeu qui soit à la fois interne et externe.

Dans Le Sixième sens, le Dr Malcolm Crowe essaie d’aider un enfant à résoudre son problème délicat de voir des personnes mortes ; mais ce qu’il essaie vraiment de résoudre est sa culpabilité de ne pas avoir su aidé un de ses anciens patients qui s’est suicidé.

Sans enjeux, l’histoire est condamnée

Une histoire peut échouer parce que nous ne nous intéressons pas aux enjeux. Par exemple, si votre personnage principal veut gagner un million de dollars, qui s’en soucie ? Il est difficile de s’enthousiasmer pour quelqu’un qui gagne beaucoup d’argent.

Mais s’il veut gagner un million de dollars pour sauver un hôpital de la faillite, cela peut nous intéresser, suggère Alex Epstein. S’il a besoin de gagner un million de dollars parce qu’il doit de l’argent à la mafia et qu’ils vont le tuer, certaines personnes pourraient peut-être se sentir concernées, mais la plupart pourraient dire que l’on ne récolte que ce que l’on sème surtout si on emprunte de l’argent à des voyous.

Nous pourrions même nous soucier du fait que notre héros gagne un million de dollars si le fait est qu’il a brouillé ses priorités. Dans ce cas, nous nous soucions qu’il obtienne l’argent mais seulement parce que nous ne voulons pas qu’il l’obtienne.
Nous voulons qu’il échoue, nous voulons le voir échouer non pas par méchanceté ou quoi que ce soit d’autres mais pour qu’il se rende compte qu’il a un mauvais objectif.

Mais si le personnage n’est qu’un homme d’affaires qui a pour mission très raisonnable de gagner de l’argent, il est peu probable qu’il nous implique dans l’histoire.

Il n’est pas nécessaire d’être tout à fait d’accord avec les décisions du héros. Ce n’est pas grave si on ne le comprend pas. Ce qu’il faut, argumente Alex Epstein, c’est de pouvoir s’impliquer émotionnellement dans ce qu’il essaie de faire. C’est un pouvoir qu’il faut assumer pendant la durée d’une fiction. Un récit a forcément des limites. Alors, laissons-le nous prendre par les sentiments.

Quelle importance d’être submergé le temps d’une histoire par ses émotions, ses passions, ses sentiments, tout ce qui nous rend vulnérable en fait et qui pourrait peut-être nous nuire si nous emmenions avec nous nos passions dans la quotidienne réalité.

L’objectif du héros : ticket d’entrée dans les enjeux

Notez que le but du héros peut vous aider à vous intéresser à lui. Dans All That Jazz, Joe est une personne terrible. Il utilise et abuse de tous les gens autour de lui. Il est convaincant parce qu’il essaie vraiment de faire un grand show, et il n’accepte pas la médiocrité dans tout ce qu’il fait.

Dans Patton, Patton est détestable, mais il essaie très certainement de chasser les nazis d’Europe. C’est cet enjeu qui consiste à gagner cette guerre qui fait qu’on apprécie le personnage. Si cet enjeu ne nous intéressait pas, on le détesterait.

Si votre héros essaie juste de vivre une vie paisible jusqu’à ce que quelque chose se passe, vous feriez mieux de vous assurer que quelque chose se passe rapidement, parce que tant que le héros n’a pas un but qui nous tient à cœur, il n’y a pas de drame, rappelle Alex Epstein.

Les enjeux peuvent être personnels (tomber amoureux est un enjeu important) ou universels (sauver le monde d’une météorite est un enjeu important), mais il ne peut y avoir aucune partie d’un scénario où le personnage principal n’a rien d’important à gagner.

Mais la nature de l’enjeu ne suffit pas. Votre protagoniste doit risquer quelque chose qui nous tient à cœur. Dans un film d’action, c’est probablement sa vie, dans un drame, c’est probablement son bonheur, mais cela peut être n’importe quoi, à condition que nous nous en préoccupions.

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