LES PERSONNAGES CHANGENT OU PAS

0
(0)

En plus d’éprouver de multiples émotions à un moment donné, certains de vos personnages peuvent changer au cours de votre histoire. L’arc dramatique des personnages se réfère à des personnages dont les valeurs et les sentiments changent au fil du temps. D’autres personnages peuvent ne pas changer de manière significative de personnalité ou de point de vue mais leurs motivations peuvent néanmoins changer à mesure que l’histoire progresse d’une situation à l’autre.

personnagesNancy Kress rappelle que les personnages qui changent tout comme ceux qui restent peuvent connaître une évolution de leurs motivations.

Les personnages sont de quatre types :

Nancy Kress distingue quatre types de personnages selon leurs arcs dramatiques :

  • Les personnages qui ne changent jamais, ni en personnalité ni en motivation. Ils sont ce qu’ils sont, et ils veulent ce qu’ils veulent.
  • Les personnages dont la personnalité de base reste la même ; ils ne se développent pas ou ne changent pas au cours de l’histoire. Mais ce qu’ils veulent change au fur et à mesure que l’histoire progresse. Leurs motivations évoluent.
  • Il existe des personnages qui changent tout au long de l’histoire. Leurs personnalités, leurs points de vue sur le monde évoluent parce que les événements les touchent émotionnellement mais leurs motivations (et par conséquent la nature des enjeux qui les font bouger) ne changent pas.
  • Les personnages qui changent tout au long de l’histoire à la fois concernant leurs personnalités mais aussi leurs motivations.

Personnages et intrigue sont étroitement liés. Sur cette affirmation, tout le monde semble d’accord.

Je suis ce que je suis

Parfois un personnage aura une seule motivation impérieuse pour toute la durée du récit, plus une forte personnalité qui ne s’altérera pas vraiment. James Bond en est un bon exemple. C’est un personnage plein de ressources (et de gadgets), suave, imperturbable et intelligent.

À la fin de chacun des romans de Ian Fleming, Bond est toujours plein de ressources, suave, imperturbable et intelligent.

Sa motivation ne change pas non plus. Au début de l’histoire, il reçoit une mission, et son but est de poursuivre cette mission jusqu’à ce qu’elle soit terminée, moment auquel l’histoire se termine. Il peut y avoir des objectifs intermédiaires et ponctuels (ne pas se faire manger par les alligators ou protéger une fille, par exemple), mais ils font tous partie d’une seule motivation.

personnagesIl n’y a pas que la fiction d’aventure à laquelle cela s’applique. Dans le classique de John Steinbeck, Des souris et des hommes, les deux personnages, George et Lennie, conservent la même motivation tout au long de l’intrigue.

Ils veulent gagner suffisamment d’argent pour s’acheter une petite ferme. Leurs personnalités restent les mêmes : George, le planificateur qui prend soin de Lennie, et Lennie, le colosse bien intentionné qui les mène tous deux à la tragédie.

Si vous écrivez ce type d’histoires, Nancy Kress conseille de présenter le personnage principal et son objectif de façon claire et distincte assez tôt dans l’histoire. Ensuite, développer votre intrigue ; nous savons qui est ce personnage et pourquoi il fait ce qu’il fait.
Cela vous laisse libre de compliquer d’autres choses que le héros, comme l’intrigue, les conspirations ou les lieux.

Concernant les émotions, un personnage qui reste apparemment le même tout au long de l’histoire poursuivant un même objectif peut ressentir plus d’une émotion. Il est naturel qu’il passe par tout un jeu d’émotions diverses et variées (voire contradictoires) selon ce qu’il vit. Un personnage de fiction est une imitation de la vraie vie (c’est d’ailleurs la description d’un fragment de vie).

Alors que les émotions sont un tourbillon, cela n’entraîne pas nécessairement une altération dans la personnalité ou les motivations d’un personnage si les exigences de votre histoire ne le réclament pas.

Des motivations évolutives

D’autres histoires mettent en scène un personnage qui ne change pas de personnalité ou de croyances, mais dont les désirs changent en fonction des événements de l’histoire. Il est intéressant de distinguer entre le désir qui est extérieur au personnage. Considérons le désir comme son objectif. Et le besoin qui est la nécessité pour le personnage d’atteindre à sa véritable nature, de prendre conscience de ce qu’il ne va pas en lui.

L’évolution du besoin est bien plus passionnante à suivre pour un lecteur et à écrire pour l’auteur.

Nancy Kress se fonde sur les fonctions des personnages : des héros ou des méchants de l’histoire, c’est-à-dire protagoniste et antagoniste. Les héroïques sont essentiellement des personnages admirables dès le début de l’histoire. Ils ne changent pas parce que l’auteur n’en ressent manifestement pas le besoin ; ils incarnent des vertus qu’il souhaite prôner.

personnagesJane Eyre de Charlotte Brontë est de ce type de personnages. Voici l’analyse qu’en fait Nancy Kress : Jane est courageuse, simple, passionnée et morale, même enfant. Elle croit en la dignité de tous les individus, y compris ceux qui se trouvent au bas de l’échelle de la société victorienne. Nous le comprenons dès le début du récit quand elle se défend elle-même, défend son amie Helen Burns, ou quiconque traité cruellement. A la fin du récit, elle n’a pas changé.

Cependant, à mesure que Jane grandit, ses motivations changent. Au début, elle veut simplement survivre aux brutalités de sa terrible tante et ensuite à celles de l’internat où la tante l’envoie. Plus tard, elle souhaite élargir son horizon en devenant la préceptrice de la petite Adèle.

Plus tard encore, elle tombe amoureuse de son employeur, Rochester. Ses sentiments sont sincères et orientent alors ses motivations jusqu’à ce qu’elle apprenne la vérité sur Rochester et veut (nouvelle motivation) fuir. D’autres motivations suivront.

Nancy Kress conclue donc que si votre personnage principal est fondamentalement héroïque (à la fois protagoniste et personnage principal au sens où l’entend la théorie narrative Dramatica), vous ne voudrez peut-être pas qu’il change.

Dans ce cas, vous construisez l’histoire de cette façon :

  1. Votre personnage essaie de vivre sa vie, mais le monde extérieur lui impose un obstacle.
  2. Cet obstacle donne au personnage une motivation : combattre le monde, le fuir, tenter de le changer ou s’adapter.
  3. Cette première motivation a une conséquence, qui à son tour fournit une autre motivation (la conséquence de la recherche d’un poste d’enseignant par Jane est la rencontre avec Rochester).
  4. Cette motivation se heurte à des obstacles, etc.

Il faut un personnage fort et intéressant pour suivre un tel modèle. Vous créez les conditions initiales pour que le personnage puisse faire face à chaque situation nouvelle (que ses décisions ont créée), puis vous faites en sorte que sa motivation change au fur et à mesure des conséquences.

Et bien sûr, ce n’est pas parce qu’un personnage change de motivations en cours de route qu’il est limité en émotions.

Certains méchants ont une personnalité immuable mais des motivations changeantes. Ils commencent par être véniels, cupides, malfaisants ou destructeurs, et ils finissent de la même façon. Cela est vrai qu’ils gagnent ou qu’ils perdent.
En cours de route, cependant, leurs motivations s’élargissent souvent : Ils deviennent plus avides de grandes choses, destructeurs à plus grande échelle, ou veulent réussir dans des projets maléfiques différents et plus grands. Ou, comme pour les héros, leurs motivations peuvent changer à la suite des événements de l’histoire.

Pour vous faciliter la tâche, liez la motivation aux enjeux car les enjeux augmentent avec chaque événement (une action, une décision, une rencontre…) et la conséquence de cet événement.

Un vrai changement

Dans de nombreux récits, un personnage important (c’est souvent le personnage principal, celui sur lequel l’empathie du lecteur est censé se poser) change de manière significative. Le personnage a une seule motivation et peut déployer d’énormes efforts pour l’atteindre.
Cependant, au cours du processus de réalisation (ou de non-réalisation) de cet objectif irrésistible, la personnalité, les croyances du personnage se modifient. En fait, cette altération est souvent le point central de l’histoire. Le personnage ose aller à la rencontre de cet autre lui-même en lui-même.

Ce n’est pas parce que l’objectif est fixe que la personnalité ou les croyances d’un personnage le seront.

Les suggestions de Nancy Kress (nous pouvons aussi les discuter au forum) :

Le changement doit se faire en réponse aux événements de l’histoire. Créez des événements qui pourraient logiquement amener le personnage à changer de la manière dont vous souhaitez qu’il change.
Devise incidents a déclaré W. Somerset Maugham lorsqu’on lui a demandé le secret de l’écriture. Vous devriez imaginer les événements de l’intrigue qui affecteront suffisamment vos personnages pour qu’ils réagissent avec un véritable changement soit dans leur personnalité par une prise de conscience, soit dans le point de vue qu’il porte sur les autres ou le monde, soit leurs croyances sont ébranlées ce qui est très perturbateur. La mort d’un être aimé par exemple pourrait remettre en question la foi en Dieu ou au contraire, renforcer une croyance aux anges.

Votre personnage devrait réagir émotionnellement à ces événements. L’auteur pourrait montrer (ou démontrer) par les comportements, les attitudes, les postures, les lignes de dialogue et pas seulement d’un point de vue sémantique mais aussi le ton, le choix d’un mot plutôt qu’un autre, le débit… autant d’indicateurs de ce qu’il se passe émotionnellement à l’intérieur de lui.

L’arc dramatique ne concerne pas seulement un personnage. Il peut aussi décrire l »évolution d’une relation entre deux personnages. Habituellement, une relation est la base de la conflictualité au sein d’une fiction. Entre deux personnages, l’auteur peut commencer à s’évertuer à nous prouver qu’entre ces deux-là, le torchon brûle. Cette situation conflictuelle n’est pas destinée à durer. Elle le peut et se résoudre finalement au moment du climax par la victoire de l’un des deux personnages sur l’autre.

Néanmoins, une évolution de la relation peut exister. Cela s’explique parce que les personnages eux-mêmes commencent à changer, à voir l’autre différemment.

L’auteur doit cependant valider ce nouveau regard. Un personnage qui change influe sur sa relation aux autres. On doit pouvoir comprendre pourquoi deux personnages commencent à s’accepter. Par exemple, faire la démonstration du comment (et préalablement du pourquoi) le changement d’un personnage modifiera une relation et entraînera soit un accord avec l’autre, soit renforcera le désaccord.

Le dénouement doit apporter la preuve que le changement n’est pas seulement temporaire mais fondamental. Le regard sur le monde a définitivement changé.

Les lecteurs trouvent ce genre d’histoire intrinsèquement satisfaisante. L’unique motivation qui sous-tend le récit lui confère une unité et une intelligibilité, et le personnage qui change répond au besoin de la fiction de faire un commentaire sur la vie. Ce commentaire peut être positif : on sort grandi de l’expérience.

Cependant, vous pouvez aussi utiliser le même modèle de personnage pour faire une observation négative sur le monde. Dans ce cas, le personnage avec un seul objectif, en cas d’échec, changerait d’une innocence naïve en un être probablement plus triste et peut-être plus sage.

personnagesConsidérons Lily Bart, l’héroïne de Edith Wharton. La protagoniste, Lily Bart, maintient la même motivation tout au long du récit : la quête d’un riche mari. Elle ne réussit pas. Ce n’est qu’à la fin, à la fois du roman et de sa vie, que les événements la forcent à changer.

Elle réalise alors qu’elle aurait pu avoir une vie meilleure, connaître l’amour véritable, si elle avait accordé moins d’attention au luxe et plus à l’amour. Mais à ce moment-là, il est trop tard. Vous pourriez vouloir aussi dire que la solitude du cœur n’est pas seulement une rétribution. Si vous optez pour ce type de contemplation, alors votre message serait positif contrairement à ce que Edith Wharton fait de Lily.

Un arc dramatique qui évolue avec une seule motivation en tête fonctionne également dans les histoires dont le personnage réussit à obtenir ce qu’il veut mais est déçu par cette réussite. Faites attention à ce que vous souhaitez parce que vous pourriez l’obtenir, semble nous dire l’auteur. Le changement chez le personnage peut être de deux types, selon Nancy Kress. Notons aussi que la théorie narrative Dramatica reconnaît elle aussi ce principe.
Dans le premier cas, le personnage se rend compte qu’il a payé un prix trop élevé pour son succès, et il peut décider de changer ou non sa vie. Ou bien, il ne s’en rend jamais compte (ou mieux ne l’admet pas), mais il change effectivement dans le regret et l’amertume pour avoir obtenu ce qu’il croyait vouloir.

Depuis 2014, nous voulons vous apporter toutes les informations dont vous pourriez avoir besoin dans vos projets d’écriture. Vous nous dites nous apprécier. Merci pour cela. Scenar Mag a cependant un coût. Soutenez Scenar Mag. Vos dons vont à 100 % à l’amélioration de Scenar Mag afin de vous aider davantage et toujours mieux. Soutenez cette initiative d’un partage généreux et gratuit. Ne passez pas sans nous voir. Faites un don. Merci.

Comment avez-vous trouvé cet article ?

Cliquez sur une étoile

Average rating 0 / 5. Vote count: 0

No votes so far! Be the first to rate this post.

Cet article vous a déplu ?

Dites-nous pourquoi ou partagez votre point de vue sur le forum. Merci

Le forum vous est ouvert pour toutes discussions à propos de cet article

2 thoughts on “LES PERSONNAGES CHANGENT OU PAS

  1. « Vous devriez imaginer les événements de l’intrigue qui affecteront suffisamment vos personnages pour qu’ils réagissent avec un véritable changement soit dans leur personnalité par une prise de conscience, soit dans le point de vue qu’il porte sur les autres ou le monde, soit leurs croyances sont ébranlées ce qui est très perturbateur. » –> quelqu’un comprend ce genre de phrase ?? Je fais une tentative :
    « Imaginez une intrigue qui affecte vos personnages : ils doivent réagir en changeant de personnalité ou de point de vue. Plus fort, leurs croyances peuvent être ébranlées ».
    Voilà, mais je ne suis pas sûr d’avoir bien traduit.

    1. Bonjour Frédéric,
      Vous avez raison. Parfois, je me laisse emporter par les idées et les mots que je trouve à ce moment ne les reflètent que confusément voire de manière obtuse. Entre ce que je perçois ou ce que je conçois et par quoi je perçois ou que je conçois, il peut y avoir un écart sérieux ce qui ne facilite pas la compréhension.
      Il me semble que l’emploi du verbe réagir que nous utilisons tous deux est celui par qui le scandale arrive. Les événements de l’intrigue affectent les personnages qui leur apportent souvent une réponse émotionnelle. L’action devient passion et le lecteur s’en émeut. Mais la personnalité du personnage, sa prise de conscience ou anagnorisis d’une vérité qui est peut-être sa vérité ne peut être immédiate. Il s’agit du terme d’une évolution (parce qu’il faut bien que l’histoire connaisse un dénouement). Ce dénouement laisse entendre que le personnage est maintenant ce qu’il a toujours espéré être mais qu’il ne pouvait être sans ses tribulations et pérégrinations tout au long de l’intrigue.

      Merci, Frédéric, d’avoir pris le temps de ce commentaire. C’est toujours très agréable de se savoir être lu. A très bientôt

Laissez un commentaire ou Ouvrez un sujet dans le forum

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :